Voici quelques notes de musiques –pas toujours très justes -pour ce 4 décembre…
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Quatrième jour, quatrième vignette : Pourquoi moi ?
Mot du jour : Chansons
« Pourquoi moi ? » était une pensée récurrente chez le jeune comte Phantomhive. Depuis le décès de ses parents, deux ans plus tôt, et l'arrivée inopinée d'un diable de majordome dans sa vie, Ciel avait dû bousculer toutes ses habitudes. Qu'il ait à reprendre le flambeau de son défunt père et à enquêter pour le compte de la reine passait encore. Ça l'amusait, même. Et, bien qu'il ait dû mal à se l'avouer, ça donnait un certain sens à sa vie, quelque peu – quelque peu seulement – plus noble que de simplement courir après la vengeance.
En revanche, ce qu'il n'avait pas prévu, c'était que Sebastian, le dit majordome, engagerait d'autres servants soi-disant dans le but de « renforcer sa sécurité ». Des servants, pourquoi pas. Ça pouvait toujours être utile. S'ils étaient compétents, discrets et obéissants, Ciel n'avait rien à y redire, c'était toujours ça en plus pour répondre à ses caprices.
Mais, bien sûr, puisque Sebastian se trouvait doté d'un sens de l'humour démoniaque –sans mauvais jeu de mots -, il n'avait choisi que des imbéciles. Obéissants, ça, ils l'étaient. Mais surtout bruyants, maladroits et empotés. Que des idiots. Qui s'étaient en plus mis en tête de le faire sourire. De le faire sourire, lui. Qui ne savait plus ce que c'était depuis que son manoir et toute sa vie étaient partis en fumée.
Et c'est parce qu'ils s'étaient incombés de cette stupide mission que May-Linn, Finn, et Bard avaient décidé de décorer tout le manoir à l'occasion de Noël. A grand coups de guirlandes, d'illuminations et de figurines géantes, et, bien sûr, sans oublier d'installer un immense sapin fraichement coupé dans le hall d'entrée, et d'ensuite l'habiller de boules rouges et dorées. Les nerfs de Ciel avaient été mis à rude épreuve durant tout le processus. Ils avaient été bruyants, comme d'habitude. Très bruyants. Mais ça passait encore. Si ça pouvait leur faire plaisir et les tenir loin de lui, pourquoi pas. Et, accessoirement, si ça pouvait aussi les empêcher de penser au repas de ce soir, ça serait parfait. Un repas de réveillon se devait d'être parfait. Donc, c'était à Sebastian de s'en charger – et surtout pas à Bard.
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Installé à la table soigneusement décorée par son majordome, Ciel se délectait du repas – également mitonné par Sebastian. Au menu : foie gras poêlé sur tranche de pain d'épices légèrement grillée accompagné de son confit de figue et de ses pommes caramélisées, suivi d'un carpaccio de saumon aux baies roses et aux échalotes, pour finir avec une buche glacée trois chocolats. L'apothéose culinaire.
Tout était parfait.
Tout aurait pu être parfait.
Mais, généreux comme il l'était, Ciel avait spécialement invité ses servants à diner avec lui pour le réveillon. Or, ces imbéciles ne savaient pas se tenir. Il le savait. Mais il avait bon cœur. Résultat des courses, en plus d'encore une fois discuter bruyamment – « joyeusement » préféra lui glisser Sebastian à l'oreille, un sourire particulièrement hypocrite sur les lèvres -, May-Linn avait commencé à chantonner. Un chant de Noël, à n'en pas douter – quoique Ciel n'y connaissait rien du tout.
Rapidement suivie de Finn et de Bard, c'était bientôt un concert de voix – fausses, très fausses ! - qui s'était élevé dans son salon. Une veine palpitante sur le front et la mâchoire serrée, Ciel avait failli empoigner son couteau et les égorger un à un. Mais il n'était pas de ce genre-là. Ces deux dernières années passées à la tête de la société Phantom à négocier avec des types plus véreux les uns que les autres l'avaient endurci. Il savait se contenir quand il le fallait, lui. Alors, il chercha simplement à retenir l'attention de son majordome afin de lui demander quelque moyen démoniaque dont il avait le secret pour faire taire ces imbéciles trop heureux.
Cependant, ce dernier avait déjà commencé à les accompagner au violon.
Trahi. Il se sentait trahi. Tout bonnement trahi.
« Here comes Santa Claus, here comes Santa Claus,
Right down Santa Claus lane!
He's got a bag that's filled with toys
For boys and girls again… »
Effondré sur la table, il ne put s'empêcher de penser que son diable de majordome devait bien se délecter de son désespoir. « Pourquoi moi ? » Au fond du trou, il crut que rien ne pourrait l'enfoncer davantage.
C'était sans compter la cloche qui résonna à l'entrée. Des invités non invités, sans doute. Il craignait le pire. Est-ce que c'était Lau ? Madame Red ? Ou pire, Soma, le prince de pacotille ? Alors qu'il en était resté là dans ses pensées, un gros bruit avait attiré son attention. Le trio de servants s'était lamentablement écroulé au sol. En effet, May-Linn, surprise par cette interruption inopinée, avait trébuché sur le tapis avant d'entraîner ses confrères avec elle dans un splendide effet de dominos.
Conséquence ; plus la moindre note de musque dans l'air.
Un sourire en coin, particulièrement moqueur et teinté de soulagement, naquit au coin des lèvres de Ciel.
En revanche, c'est un sourire particulièrement forcé et fort peu naturel qui barra son visage lorsqu'il vit Lizzy et sa délicieuse tante Frances Midford revenir avec Sebastian. Sa très charmante fiancée, gaie comme un pinson, lui tendait déjà son cadeau en entonnant :
« I wish you a merry Christmas
I wish you a merry Christmas… »
Dépité, Ciel en perdit toute contenance, quels que puissent être les principes d'ordre et de rigueur prônés par sa tante. Il laissa sa tête retomber dans son assiette encore pleine de glace chocolatée.
« Pourquoi moi ? »
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J'espère que ça vous plait jusque-là, n'hésitez pas à me laisser vos impressions ! La prochaine fois, nous retrouverons la génération des miracles dans une bataille épique ! – ou pas.
