Woops! La joie des vacances et des résultats des exams m'a fait oublié les jours de la semaine ^^

Bonne lecture!


Il toussota pour cacher sa nostalgie et lui offrit, bourru :

-Le dîner est prêt. Si vous voulez bien, vous reprendrez demain...

-Pas trop tard, répliqua aussitôt la jeune fille. J'ai pour grand défaut de laisser tomber les choses ou de les oublier si je ne les fais pas vite. »


11 mai :

Comme chaque matin, il s'éveilla alors que le soleil glissait à travers la toile qu'il avait tendue sur la fenêtre de sa chambre, avec le chant des oiseaux. Il s'étira et se leva avec lenteur, alors qu'une odeur inhabituelle lui parvenait.

Étonné, il passa dans la pièce à vivre, puis à l'extérieur.

Une tasse à la main, Anastasia lui fit un signe accueillant en lui désignant la cafetière à ses pieds :

« J'ai fait du café. Vous connaissez ?

-Cela fait bien deux ans que je n'ai plus eu droit à du vrai café, mais oui, je connais, sourit-il en se servant une tasse. Comment avez-vous... ?

-Prévention. J'ai de quoi camper pour une semaine, là-dedans, fit-elle en tapotant ses bagages avec un sourire. Et, si je dois vous avouer que les céréales étaient trop grosses pour rentrer, ça ne coûte pas cher de prendre un paquet de café pour le matin... en plus, ça fait toujours plus accueillant.

Il eut un nouveau sourire, touché par la spontanéité de la jeune fille, et n'osant le lui faire remarquer de peur de la replonger dans de sombres considérations. Il s'assit à même le sol à ses côtés, observant silencieusement le soleil illuminer peu à peu le paysage devant eux, et savoura son café d'autant plus qu'il ne sentait aucunement cet horrible goût d'algue qu'avait pris toute nourriture pour la flotte.

-Quel est votre programme, aujourd'hui ? s'enquit-il en reposant sa tasse pour se relever.

Anastasia suivit le mouvement et répliqua avec assurance :

-Je compte continuer votre muret, bien sûr. D'ailleurs, j'aimerais beaucoup savoir ce que vous avez, comme matériel, pour voir ce que je peux utiliser et ce qu'il faut que je crée.

Il hocha la tête et lui désigna un coin de la cabane :

-Là-bas, c'est tout ce que j'ai gardé. Vous pouvez toujours essayer de récupérer ce que vous pouvez du Rapace, mais je doute que...

-Le Rapace ?

-Le vaisseau avec lequel je suis arrivé ici.

-Un... vaisseau. Adama vit très clairement Anastasia refréner un mouvement dubitatif, mais finalement elle hocha la tête et son regard devint calculateur. Il est possible que je puisse utiliser beaucoup de cet appareil, Monsieur Adama.


« Elle te plairait, tu sais. Anastasia. C'est une jeune fille très intrigante, et il flotte encore tant de mystères autour de sa présence ici... j'ai constamment l'impression qu'elle danse sur un fil. Prête à passer du rire aux larmes, du courage à l'abattement. C'est un peu comme toi : je sens que si on l'empêche de bouger, de chercher, de défier, elle s'écroule. Mais après tout, cette existence entière n'est-elle pas un défi ?

Il fit une pause et jeta un coup d'œil à la tombe.

-Les travaux avancent bien. Cette petite n'est pas très douée en architecture et construction, mais je dois dire qu'elle se débrouille sacrément bien en ce qu'elle appelle l'agronomie... elle m'a dit qu'elle aurait terminé le muret d'ici à cinq jours maintenant. Je commencerai les plantations à ce moment-là... je ne sais pas trop quoi faire, pour être franc. Il y a des plantes qui poussent ici et font des graines qui ressemblent à notre blé. Selon Anastasia, c'est mangeable, et tant mieux parce que j'ai du mal à m'imaginer vivant de racines et de baies jusqu'à... tu vois.

Nouvelle pause.

-Je pensais planter des fleurs, aussi. J'en ai découvertes de très belles, à quelques kilomètres au Nord d'ici, tu aurais adoré la couleur. Un certain rouge qui me rappelle cette splendide robe que tu avais portée, à l'inauguration sur Nouvelle Caprica...

Il poussa un profond soupir.

-Cette planète est fantastique, Laura. Extraordinaire. Elle offre tant de possibilités, tant de vies... cette gamine m'en fait découvrir chaque jour. Chaque jour un peu plus de miracles, de diversité. De vie. Tu aurais vu ta vie reprendre son envol, ici, Laura, si nous n'étions pas arrivés... si tard...

Les larmes envahirent à nouveau sa vision, coulèrent le long de ses joues.

-Fallait-il que tu meures pour que nous terminions notre voyage ? murmura-t-il en se tournant vers la tombe pour y déposer une main hésitante. Fallait-il que je te perde pour que l'Humanité comprenne le cadeau merveilleux qu'était la vie ?


13 mai :

« Ce n'est pas un cadeau.

-Vous croyez ?

-Vous faîtes bien d'utiliser ce terme. Je dois vous avouer que c'est effectivement une croyance... elle soupira avec un sourire et tourna la tête vers lui. Je crois au hasard, Monsieur Adama. Je crois au hasard comme d'autres croient en Dieu, mais dans un sens moins mystique, moins adorateur. Je sais qu'on ne pourra jamais comprendre tout ce qui fait ce que nous sommes, ce que ce monde est, et ça me va, parce que le hasard est tellement total, tellement... tellement parfait parce qu'il est tout, que ça me paraît normal que des êtres aussi réduits que nous le sommes ne puissent pas le saisir. Nous ne sommes que des êtres humains, vous voyez ? Il y a tellement de concepts, de choses que notre intelligence ne peut même pas envisager, c'en est... grisant, je trouve. Et pour revenir au hasard... ça n'est pas mystique dans le sens où je ne vénère pas une entité, mais un concept. Un concept n'a pas de volonté, il est tout simplement, et c'est sa simple existence qui amène à une cascade de conséquences qui, finalement, en particulier, amène à l'Humanité, et à vous et moi assis sur cette pierre en train d'en discuter. En particulier. En très particulier. C'est ça, pour moi, la vie. Une conséquence très particulière du hasard. Et que le hasard ait pu amener à quelque chose d'aussi bien fait, d'aussi perfectible, d'aussi fin... ça, c'est le vrai miracle. Ça, c'est pourquoi il est plus intéressant de faire de la biologie à haut niveau que de la manucure, ou de la sociologie, ou même de la philosophie. Parce qu'en faisant de la biologie, on touche à ce qui est, pour moi, l'essence même de l'existence de... tout. Le hasard.

-Donc vous croyez que le hasard m'a mené ici, sur cette planète, à cet endroit précis, et maintenant ? Et vous par la même occasion ?

-Je crois, et ceci je vous l'ai déjà expliqué, Monsieur Adama, que l'être humain doit cesser de se prendre pour le centre du monde pour enfin comprendre l'infime part du hasard qu'il est, et combien il est négligeable face aux forces qui ont mené à son existence. Je crois que ce que nous appelons « hautement improbable » est bien trop centré sur nous mêmes, et qu'en fait l'existence même de l'Homme est déjà en elle-même si hautement improbable qu'à partir de ce point ça ne compte plus vraiment. Je crois qu'il y a plus, Monsieur Adama... tellement plus.

-Mais ce sont vos croyances.

-Les croyances ne sont pas de ce qu'on peut prouver, Monsieur Adama. Le hasard non plus, alors oui, c'est une croyance.

-Mais vous ne croyez pas en une divinité particulière.

-Non. Pas assez parfaites à mon goût. Trop subjectives.

Elle pencha la tête et l'observa en souriant.

-À votre tour, Monsieur Adama. Je vous ai exposé toute ma belle théorie sur les croyances, à vous.

Il sourit à son tour en détournant le regard sur le champ devant eux.

Rempli de ce qu'Anastasia appelait des coquelicots, et qu'elle avait contemplé quelques instants avec surprise, il étalait son rouge glorieux comme une insulte de beauté à la face du monde.

-Je n'ai jamais été satisfait de ce qu'on me proposait, je crois. Je ne croyais pas en les dieux des Douze Colonies. Zeus, Apollon, tout ça... je ne voyais pas le résultat qu'on me promettait. Et puis les Cylons sont arrivés, avec leur Dieu unique, tout entier fait de pardon alors qu'ils venaient en vengeurs... il ne m'a pas aidé non plus. Et puis, un jour...

Il sourit à nouveau, étonné de la facilité avec laquelle la réponse lui venait. Jamais il n'aurait qualifié cet instant de cette manière, mais maintenant qu'Anastasia le forçait à se poser la question, il voyait l'événement sous un nouvel angle.

-Un jour, elle est arrivée, murmura-t-il, les yeux brillant d'émerveillement. Dans une robe rouge absolument magnifique, elle était rayonnante... vous savez, dit-il en se tournant vers la jeune fille, je crois qu'il y a sur cette planète deux choses qui se rapprochent de cette vision. Le lever du soleil, le matin, sur le lac, et le festival de lumière et de vie qu'il entraîne avec lui. Et ce champ de coquelicot, d'un rouge si profond, si vibrant, si vivant que c'en est renversant. La nature ici est extraordinaire, Miss, j'espère que vous le savez.

-Je le redécouvre tous les jours, Monsieur Adama, répondit-elle avec douceur. Mais je vous en prie, terminez votre explication.

Il répondit à son sourire et se tourna à nouveau vers le champ en jouant avec un brin d'herbe, l'enroulant autour de ses doigts.

-Je crois en l'amour, murmura-t-il. Je crois en ce que l'amour peut faire à lui seul, je crois en les miracles que je l'ai vu accomplir. Je crois en sa capacité de lier les personnes entre elles pour les amener à faire des choses dont ils ne se seraient jamais crus capables. Je crois en sa faculté de frapper même ceux qui n'ont jamais cru en lui. Je ne croyais en rien, et elle m'a fait croire... elle m'a fait la croire. Par l'amour que je lui portais.

-Vous ne pensiez pas trouver la Terre, pas vrai ? demanda Anastasia avec un petit sourire.

Il se figea brusquement, et la dévisagea avec surprise, repassant leurs diverses conversations dans son esprit.

-Je ne vous ai jamais dit comment nous avions décidé de nommer cette planète, laissa-t-il tomber. Les autres même ne savaient pas, nous n'étions que deux... je suis le seul, conclut-il, abasourdi.

-Mon cher, je peux vous assurer que là d'où je viens, 7 milliards de personnes savent comment s'appelle cette planète, se moqua la jeune fille en bondissant sur ses pieds. Il faut croire que vous auriez dû déposer un brevet, quelqu'un vous a volé l'idée.

-Ou s'est contenté de la répandre... murmura Adama.

Anastasia sentit un poids très lourd tomber dans sa poitrine et, tout à coup, l'évidence lui sauta au visage.

-C'est impossible... chuchota-t-elle en tombant à genoux.

-Je pensais que nous avions banni ce mot de notre vocabulaire, Miss, s'amusa Bill en posant une main réconfortante sur son épaule.

-Non, là c'est impossible comme dans « Nous avons des lois qui régissent l'univers, et ce à quoi je pense en brise une bonne partie », répliqua-t-elle en s'asseyant plus confortablement.

-Développez.

-Selon la physique moderne, le voyage dans le temps est impossible.


14 mai :

« Le voyage dans le temps. Cette jeune fille serait issue d'une civilisation qui n'existerait pas encore, et découlerait de notre arrivée... mais selon elle, l'évolution qu'ils ont mise en place au cours des recherches ne correspond pas : nulle part sur Terre on a trouvé de fossiles si proches d'eux et pourtant suffisamment anciens pour être contemporains de ces tribus que nous avions observées en arrivant... selon elle, il y a, à son époque, ou chez elle, je ne sais plus très bien, des faits qui ne collent pas. Sans compter les lois qui, elle le reconnaît elle-même, sont faillibles.

Il eut un petit rire.

-Si je m'attendais à ce que notre civilisation renaisse de ses cendres... je n'en voulais plus, tu te rappelles ? Lee encore plus que moi. Il voulait croire qu'en lançant l'humain sur de nouvelles bases, il pourrait éviter de finir dans le même fonctionnement auto-destructeur. D'après Anastasia, ça n'a pas marché... elle m'a conté de passionnantes histoires à propos de ses légendes. Sais-tu que nos Dieux, nos douze Dieux coloniaux, ont été vénérés ici ? Une entière civilisation leur a été dédiée, et de nombreuses autres s'en sont inspirées. Il y avait une complète mythologie pour expliquer leur existence, et leur comportement... leur culte est depuis longtemps tombé en désuétude, et à présent la multiplicité des croyances est assourdissante. Là d'où vient Anastasia, bien qu'une grande partie de la population se soit très récemment tournée vers l'athéisme, on loue traditionnellement un Dieu unique, doté de miséricorde, un Dieu d'amour et de pardon. Un Dieu étrangement cylon... tu y crois, toi ? À une telle similitude dans nos deux histoires, à des centaines de milliers d'années d'écart ?

Il eut une pause.

-Bien sûr, tu ne t'attarderais pas à de tels détails, toi. Tu croirais. Par tous les Dieux, te suivre toi quand tu croyais, ça me manque. Croire me manque. Croire en toi, encore plus. Tu me manques, Laura. Tellement... »