Note de l'auteure: Stephenie Meyer est la créatrice de la saga Twilight et Twilight est ma muse. Pas de Twilight, et je ne serais jamais entrée dans l'univers de la fan fiction. Donc si vous aimez ce que j'écris, vous le devez en grande partie à cette fabuleuse romancière mentionnée ci-dessus.

Encore une fois merci de me suivre dans cette aventure (que vous m'avez demandée en premier lieu), et merci de vous manifester par l'intermédiaire de vos commentaires.

Sur ce, bonne lecture.

Quatrième chapitre

EPOV

Mardi soir, longtemps après être revenu de JFK, je faisais les cent pas dans mon penthouse en attendant Jasper. Nous allions utiliser mon jet privé et faire un vol de nuit pour tenter d'arriver en France à peu près en même temps que nos compagnes à qui nous voulions faire une surprise de dernière minute.

Et quand je disais "surprise de dernière minute", c'est que tout avait été planifié in extremis.

Flash-back sur la conversation téléphonique dans le parking de JFK.

J'avais suggéré à Bella de me devancer au comptoir d'enregistrement pendant que je m'occupais de ses bagages, mais en fait c'était un prétexte pour pouvoir passer un coup de fil à Jazz. Alice le croyait toujours au Texas alors qu'en réalité il y avait déjà quelques jours qu'il était à New York pour régler les formalités concernant sa nouvelle maison mère de Dragon Rouge.

Je regardai Bella s'éloigner vers l'énorme porte tournante tout en sortant mon BlackBerry de ma poche. J'appuyai sur la touche de signalisation rapide et Jasper me répondit presque aussitôt.

« Edward, j'allais justement t'appeler. J'imagine que Bella t'a dit qu'Alice l'accompagnait à Paris? Et bien elle veut que j'aille la rejoindre pour le week-end… »

« Justement, vieux, c'est pour ça que je voulais te parler, » l'interrompis-je brusquement. « J'ai reconduit les filles à l'aéroport, et il se trouve qu'Alice ne va pas bien du tout; elle a le moral à zéro. Je pense que tu n'aurais jamais dû la garder dans le noir à propos du déménagement de ton siège social à Manhattan. En fait elle est même furax contre toi en ce moment et je crains qu'elle ne décide de mettre un terme à votre relation… »

« Hein? Mais enfin qu'est-ce que tu racontes, Edward? Je viens juste d'aller acheter une bague de fiançailles chez Tiffany's, bon sang de merde! Quelle mouche l'a piquée? » S'exclama-t-il en réalisant l'ampleur de ce que je lui disais.

« Je n'ai pas le temps de t'expliquer en long et en large parce que Bella m'attend au comptoir d'enregistrement, mais je pense que le mieux serait que tu ailles t'expliquer avec ta dulcinée au plus vite, et je crois même que ça ne pourra pas attendre quatre jours. Que dirais-tu d'aller surprendre nos compagnes demain à l'Hôtel Récamier? Avec mon jet privé, on pourrait y être presque en même temps qu'elles… »

« Je croyais que tu ne pouvais pas te libérer avant lundi prochain, » fit remarquer mon ami.

« Il s'agit d'un cas de force majeure, Jazz. Rejoins-moi au penthouse à 20h. »

Je coupai la communication sans même lui donner le temps de me répondre et je sortis prestement la valise de Bella du coffre. Elle allait sûrement commencer à se demander ce qui me prenait autant de temps…

Retour au moment présent.

À 20h pile Jasper sonna à l'interphone de mon appartement, et peu de temps après il arriva à mon étage (le dernier, il va sans dire) et cogna à ma porte. J'allai lui ouvrir, dans un état avoisinant celui dans lequel devait se trouver un junkie en manque d'héroïne. Évidemment Jasper vit tout de suite que j'avais les nerfs en boule, ce qui lui fit froncer les sourcils avant même d'ouvrir la bouche pour parler.

« Je viens de me servir un double scotch. Tu en veux un? » Demandai-je en me dirigeant vers le bar qui trônait dans un coin de mon séjour.

« Volontiers, quoi que je ne sois pas certain que se soûler la gueule avant de monter à bord de ton jet soit nécessairement l'idée du siècle…, » répondit-il, l'ombre d'un sourire traversant son visage autrement redevenu impassible.

Il ne devait rien comprendre à mon comportement. Moi-même j'avais de la difficulté à saisir ce qui m'angoissait à ce point. Pourquoi étais-je tellement inquiet à propos de Jasper et Alice? Mais si je voulais être honnête, je devais bien admettre que les problèmes qui menaçaient la relation de mon ami n'étaient que la pointe de l'iceberg et que j'avais également un mauvais pressentiment concernant Bella.

« Alors comme ça tu crois qu'Alice est sur le point de me jeter? » Questionna-t-il, me faisant émerger de mes sombres pensées.

« Je peux me tromper, Jazz, mais une chose est sûre: il faut que tu la mettes au courant de tes projets, et ça presse, parce qu'en ce moment elle s'imagine qu'il n'y a que le cul qui t'intéresse avec elle, autrement dit qu'elle n'est bonne qu'à baiser. »

Jasper s'affala dans mon canapé, la mine dévastée. « Ça m'apprendra à vouloir lui faire la surprise de sa vie… »

« Jasper, Alice n'aime pas les cachotteries. C'est un point qu'elle a en commun avec Bella, et tu aurais dû t'en rendre compte au cours des six derniers mois, putain de merde! Et puis d'abord si tu l'aimes comme tu le prétends, tu aurais dû lui dire que tu étais ici quand tu es arrivé il y a trois jours! » M'emportai-je impulsivement.

Il faut dire que le manque de discernement de mon meilleur ami avait de quoi énerver…

Je lui versai son scotch et revins vers lui. Il s'empara du verre que je lui tendais et fronça à nouveau les sourcils comme si je l'avais insulté, pourtant ce que je disais était d'une logique indéniable. « Je ne te suis pas, mec. Pourquoi fais-tu tant de drame avec ma vie privée? La tienne va trop bien, c'est ça? »

Et ce disant, il avala la moitié de l'alcool que je venais de lui servir. Je préférai ne pas continuer à lui jeter ses torts par la figure et détournai la conversation puisqu'il me tendait la perche.

« Je ne sais pas si je peux dire ça, vieux. J'ai failli me faire arrêter pour atteinte à la pudeur aujourd'hui dans le Terminal 4, » répondis-je.

« Donc j'ai raison, foutu bordel, tout baigne dans l'huile pour toi, » ironisa-t-il.

Il vida le reste de son verre et le déposa sur la table à café devant lui.

« Bella se doute de quelque chose, Jazz, » tentai-je d'expliquer sur un ton plus neutre. « Elle m'a attiré dans les toilettes pour essayer de me faire cracher le morceau. »

Jasper me lança un sourire qui n'atteignit pas ses yeux. « Laisse-moi deviner, Eddie, vous vous êtes faits surprendre par une octogénaire pincée qui vous a menacés avec sa canne? »

« Non, par un père de famille et son môme de six ans. Tous les deux ont cru que Bella était en train de se faire violer… »

Le sourire de Jasper se fit plus empathique. « Décidément, Edward, cette Bella Swan va finir par réellement ternir ta réputation… »

« Ha! Ha! Très drôle, » répliquai-je en grommelant.

« Bon, si je comprends bien, ta chérie se doute que je trame quelque chose, mais elle ne sait pas quoi, et tu as peur qu'elle alarme Alice avec ses présomptions? »

« C'est une partie de mes craintes, oui, mais ça vient seulement s'ajouter au problème central qui est le moral d'Alice. Quand je t'ai passé un coup de fil cet après-midi, je ne savais pas encore que Bella avait des soupçons. C'est Alice qui m'inquiétait; elle qui est si pétulante et joyeuse d'habitude… aujourd'hui j'avais peine à la reconnaître. »

Jasper se leva et alla se planter devant l'immense fenêtre qui occupait tout un côté du living-room. Il passa une main dans ses cheveux en signe de contrariété. « Je me doutais bien que notre relation longue distance mettait la patience d'Alice à rude épreuve, et c'est pourquoi j'ai décidé de déménager le siège social de mes écoles à New York, d'ailleurs. Mais si tu me dis qu'elle pense qu'il n'y a que le sexe entre nous qui m'intéresse, je suis dans une merde plus dense que je ne le croyais. Qu'est-ce que j'ai bien pu faire pour qu'elle s'imagine un truc pareil? Elle est la femme de ma vie, connerie de bordel! »

Son visage perdit subitement toutes ses couleurs – du moins si je pouvais me fier à son reflet dans la vitre. « Ça y est Edward, je crois que je sais ce qui se passe! Elle a rencontré quelqu'un d'autre et elle essaye de trouver des excuses pour me laisser tomber! C'est tellement facile de me jeter le blâme… Je te parie que quand elle va se retrouver en face de moi, elle va me reprocher de vivre au Texas et insinuer que je la traite comme une p… »

Mais je ne laissai pas mon ami terminer sa phrase. Il était en train de perdre le nord, et tout ça parce que j'avais eu le malheur de répéter les paroles qu'Alice avait lancées sous le coup de la frustration. « Et moi, alors? Il doit me trouver complètement insignifiante quand je lui montre les esquisses de mes collections! Tiens, ça ne m'étonnerait pas qu'il fasse semblant d'être intéressé juste pour être sûr d'avoir sa dose de sexe après! »

« Tais-toi avant de dire quelque chose que tu pourrais regretter, Jazz! Alice était frustrée cet après-midi parce que non seulement elle ne sait pas que tu déménages à New York et que tu as l'intention de la demander en mariage, mais en plus elle ne savait même pas que tu ouvrais trois nouvelles écoles d'arts martiaux en avril. Est-ce que je peux te demander de quoi vous discutez quand vous vous voyez? »

Jasper se retourna vivement et me regarda intensément en croisant les bras. « On parle de mode, Edward! On discute des tendances de l'heure et de ceux qui les ont inspirées! Et ça ne devrait pas te surprendre outre mesure, d'ailleurs, étant donné que la première question que tu m'as posée quand tu t'es retrouvé dans le même cours d'économie que moi à Berkeley, c'était pour savoir si j'avais voyagé à travers le temps à cause du kilt que je portais. »

En entendant les paroles de mon ami, je fis un effort pour me rappeler ce à quoi il faisait allusion. « Enfin, Jasper, tu étais vêtu comme Christophe Lambert dans le film Highlander. Je pensais que c'était une bonne entrée en matière… »

« Edward, si tu te souviens comme il faut, avec mon kilt je portais un tee-shirt sur lequel il était écrit "Plus on est civilisé, moins on a besoin de matière grasse"; je n'avais rien à voir avec ce type qui n'est pas foutu de se battre à l'épée de façon décente! »

Parce qu'en plus d'être un ancien champion mondial de kung-fu, Jasper pratiquait l'escrime de manière assidue. Il était même allé aux jeux olympiques de Sydney en 2000, et il avait raflé deux médailles d'or, une à l'épée, l'autre au sabre.

« Au moins je ne t'ai pas demandé si tu étais gay, » dis-je encore en me forçant à sourire.

« Ah mais c'est sans doute uniquement parce que j'étais toujours entouré de mes groupies, et si tu te souviens bien, ça ne me gênait pas du tout de les embrasser devant toi… »

Il semblait faire un effort pour ne pas pouffer de rire à présent. C'était sans doute une bonne chose qu'il ne soit pas aussi alarmé que moi par le comportement d'Alice. L'alcool devait aider aussi, bien entendu, ou alors il préférait attendre de voir son amoureuse et évaluer lui-même l'ampleur des dégâts. Si seulement mon double Jameson avait pu me relaxer moi aussi…

« Bon, en conclusion Alice est totalement à côté de la plaque, » constatai-je.

« Qu'est-ce que tu veux dire? »

« Et bien, elle en était à se demander si tu ne faisais pas seulement semblant de t'intéresser à ses croquis dans l'unique but d'obtenir ses faveurs. »

« Ça par exemple! Tu as raison Edward, il faut qu'on s'explique elle et moi, et ça urge! À quelle heure est prévu notre vol? J'ai des fourmis dans les jambes tout à coup… »

« Banner est censé passer nous prendre à 21h, et nous devrions être prêts à décoller au plus tard à 22h, » répondis-je.

« Mais il sera déjà 4h à Paris avec le décalage horaire. À quelle heure les filles sont-elles supposées arriver à Charles de Gaulle? »

« Autour de 6h. Mais elles vont sûrement avoir besoin de dormir encore, donc même si on arrive à leur hôtel vers les 11h, on risque de les surprendre comme prévu. »

« Eh merde, j'espère vraiment qu'elles vont être contentes! »

« Si tu avais vu dans quel état pitoyable se trouvait ton amoureuse cet après-midi, tu n'en douterais pas une seconde, vieux, » le rassurai-je.

« Et ta Bella? » Demanda-t-il.

« Tu poses vraiment la question? J'ai eu toutes les misères du monde à la persuader de partir tellement elle ne voulait pas s'éloigner de moi. Elle n'a jamais voyagé outre-mer et elle était extrêmement angoissée. Et n'oublie pas qu'il s'agit d'un voyage d'affaire pour elle. »

« Donc, pour résumer, pendant que moi je vais devoir essayer de désamorcer une bombe avec Alice, toi tu vas aller réchauffer le lit de ta chérie, c'est bien ça? »

« On peut voir les choses comme ça, je suppose, » dus-je admettre.

« T'es un sacré veinard, Masen, tu sais ça? »

Oui je le savais, et pourtant en ce moment je ne pouvais pas m'empêcher de penser que ma veine, justement, était sur le point de tourner…

ooo

Tel que prévu la veille au soir, mon jet privé se posa en banlieue de Paris à 10h du matin le mercredi 28 mars. Et maintenant, une demi-heure après s'être acquittés des formalités douanières, nous nous dirigions tranquillement vers le sixième arrondissement dans la Peugeot 508 que j'avais louée à l'aéroport. Jasper n'avait pas protesté; pour lui les voitures se valaient toutes, de manière générale, et il conduisait par pure nécessité. Il n'y prenait aucun plaisir et avait refusé catégoriquement que je lui offre une Ferrari F430 pour le remercier d'avoir organisé le séminaire dans les Catskills en septembre. Moi, par contre, j'adorais les bagnoles et la vitesse, et j'étais foutrement découragé de ne pas pouvoir pousser la Peugeot au maximum à cause de la circulation qui était toujours problématique dans la capitale française.

« Si ça continue à rouler aussi lentement, Alice et Bella vont sortir pour déjeuner et on va les louper, » soupirai-je au bout d'un moment.

Ça faisait cinq minutes qu'on stagnait à un rond-point dans le quatrième arrondissement.

« Nom d'un chien, Eddie, cette voiture est une berline, j'te signale, donc rien à voir avec ton Aston Martin avec laquelle tu aimes tant t'amuser à battre des records de vitesse. Et parlant de vitesse, on ne serait pas très avancés si on se faisait prendre en train de dépasser les limites, » commenta Jasper.

« Parce que je suppose que tu trouves qu'on frôle l'excès de vitesse en ce moment? » raillai-je, commençant à perdre patience.

Autour de nous les klaxons n'arrêtaient pas de se faire entendre, comme si les gens dans leurs voitures s'imaginaient que de se manifester bruyamment allait régler le problème de congestion routière. Même à Manhattan ça n'atteignait jamais ce niveau de frénésie déconcertant. Heureusement que nous n'étions pas trop mal disposés en cette fin de matinée blême de début de printemps, ayant pu profiter du confort du jet pour dormir durant le vol.

Cependant, je devais bien avouer que l'envie qui me démangeait le plus en ce moment, c'était précisément d'aller retrouver Bella dans son lit… Je jetai un coup d'œil à ma montre. 11h15. Peut-être qu'elle ne dormait plus et que je pourrais lui téléphoner et lui demander innocemment si elle avait fait bon voyage et si elle avait des plans avant de rencontrer son éditrice. Ça ne gâcherait en rien la surprise que j'étais sur le point de lui faire puisqu'elle ne se douterait pas que je l'appelais de Paris. D'ailleurs elle-même aurait dû me téléphoner tout de suite en sortant de l'avion…

« Au fait, tu as réservé une chambre supplémentaire au Récamier? » S'informa Jasper.

« Oui mon grand, et j'ai comme l'impression que tu ne vas pas beaucoup quitter cette chambre au cours des prochains jours, » le narguai-je encore.

« Ouais, ben ça c'est seulement si ton hypothèse s'avère exacte et que je parviens à m'expliquer avec Alice, » répliqua-t-il.

Je vis sa mine s'assombrir et je n'ajoutai rien. À la place, comme on avançait toujours que d'à peu près un centimètre par minute, j'en profitai pour sortir mon BlackBerry et je pressai sur la touche pour joindre Bella. Au bout de cinq sonneries sans obtenir de réponse, je me rendis à l'évidence qu'elle devait dormir comme une souche et qu'il était inutile d'insister. Je m'apprêtais à couper la ligne lorsque j'entendis quelqu'un répondre à l'autre bout du fil, « Allô? Qui est à l'appareil? » J'en fus tellement étonné que je mis fin à l'appel sans répondre à la question. Et pour cause. Ce n'était pas Bella que je venais d'avoir sur mon portable, mais plutôt un homme qui s'exprimait en anglais avec un fort accent. Nul doute qu'il s'agissait d'un Parisien. Je sentis mon cœur bondir dans ma poitrine.

Était-il possible que pendant tout le temps que je me faisais du souci à propos d'Alice et Jasper, la véritable raison d'être anxieux ait été du côté de Bella? Que mon pressentiment soit fondé sur des bases rationnelles? Était-il possible que durant toute la journée d'hier, mon amoureuse m'ait joué une odieuse comédie pour endormir ma méfiance? Qu'elle ait entretenu une relation avec un Français à mon insu? Après tout, elle avait eu une vie bien à elle avant de me rencontrer; une vie dont je ne connaissais pas tous les détails, malgré les recherches faites par l'investigateur privé engagé à l'époque où nous nous préparions pour le foutu séminaire de gestion des pulsions sexuelles.

« Quelque chose ne va pas, mec? Tu viens de laisser tomber ton cellulaire comme s'il t'avait brûlé les doigts, » remarqua mon compagnon.

Finalement, si Bella me trompait impunément, le moins qu'on puisse dire c'est que j'avais eu un éclair de lucidité en décidant de venir la retrouver plus vite que prévu. Je me retournai vers Jasper et vis qu'effectivement, mon BlackBerry avait glissé sur son siège.

« Hein? Non, Jazz, c'est juste la fatigue musculaire. Je commence à être vanné, en fait… »

« Ton somme dans l'avion ne t'a pas suffi? Tu n'as pas l'intention de sauter Bella aussitôt arrivé à l'hôtel? »

« Oui, mais seulement si elle me supplie à genoux… »

Je ne voulais pas que Jasper se doute que la première chose que je ferais, une fois que j'aurais intégré la chambre de Bella, serait d'en fouiller le moindre recoin pour retrouver le fils de pute qui avait osé répondre au téléphone à sa place.

Après vingt autres minutes, nous arrivâmes enfin à destination. J'avais choisi l'Hôtel Récamier pour son charme vieillot – bien qu'il vienne tout juste d'être rénové – mais aussi parce qu'il était situé en plein cœur de la ville, à proximité de toutes les attractions touristiques, y compris les bouquinistes au bord de la Seine. Bella avait dû être ravie en passant la porte de ce charmant hôtel. Mais peut-être aussi qu'elle n'avait pas porté attention au décor de l'endroit, trop empressée qu'elle était de se débarrasser d'Alice et d'aller retrouver son amant…

Voyons, Edward, te voilà à faire le même genre de conjectures que tu reprochais à Jasper hier soir... Serais-tu en train de perdre le nord toi aussi?

Je tâchai d'avoir l'air impassible en me présentant au comptoir de la réception, Jasper sur les talons. La jeune employée en poste me regarda comme si j'étais une apparition divine. Il était difficile pour moi de savoir si c'était parce que j'étais quelqu'un de relativement célèbre ou si c'était plus prosaïquement à cause de mon apparence physique que les femmes me dévoraient constamment du regard. Un peu des deux, je présume, bien qu'en Europe je ne devais certainement pas être mentionné dans les bulletins de nouvelles sur une base presque quotidienne comme c'était le cas de l'autre côté de l'Atlantique, ce qui m'amena donc à conclure que la fille à la réception n'en avait qu'après ma belle gueule.

« Que puis-je faire pour vous, Monsieur…? » Demanda-t-elle avec une voix haut perchée en ne se défaisant pas de son sourire un peu niais.

« Masen. Edward Masen, mademoiselle, » répondis-je en français. « J'ai réservé une chambre pour ma fiancée et je devais venir la rejoindre la semaine prochaine, mais j'ai décidé d'avancer mon arrivée à Paris afin de lui faire une surprise, » expliquai-je en lui décochant mon sourire de tombeur.

La jeune femme fit un effort pour cesser de me dévisager et elle jeta un coup d'œil à l'écran devant elle. « D'après les données ici, Monsieur Masen, vous avez réservé une deuxième chambre à la dernière minute au nom de Monsieur Jasper Whitlock, c'est bien ça? »

Ce disant, elle posa son regard sur Jasper qui s'était approché du comptoir mais qui ne devait pas comprendre un traître mot de notre échange.

« En effet, j'ai réservé une deuxième chambre, mais j'ai également demandé qu'on ne prévienne pas vos deux clientes, mesdemoiselles Swan et Brandon, à propos de ce changement lorsqu'elles se présenteraient ici tôt ce matin. »

L'employée de l'hôtel fronça les sourcils en reportant son attention sur l'écran de l'ordinateur. « Le hic, Monsieur Masen, c'est que ces deux clientes qui devaient arriver ce matin ne se sont toujours pas manifestées… »

Putain de merde! Cela signifiait-il que Bella était ailleurs avec l'autre bozo en ce moment? Je fermai les yeux et me pinçai l'arête du nez avant de soupirer bruyamment.

« Foutu bordel, Edward, ça n'a vraiment pas l'air d'aller! Qu'est-ce que la petite employée derrière le comptoir a bien pu te dire pour te mettre dans cet état? » Questionna Jasper qui était de plus en plus désemparé.

« Il se trouve qu'Alice et Bella ne se sont pas encore enregistrées, Jazz, et il est presque midi. Ce n'est pas normal, » répondis-je les dents serrées.

Je me retenais depuis tout à l'heure pour ne pas hurler comme un malade. Comment Bella avait-elle pu être sournoise à ce point? Est-ce que c'était un autre moyen pour se venger de la maudite fellation qu'elle avait presque effectuée sur Mike à son insu? N'avais-je pas été assez puni quand elle s'était déguisée en poule de luxe et que je n'y avais vu que du feu jusqu'à la dernière minute, moi qui croyais de prime abord qu'elle était une très mauvaise actrice?

Flash-back sur une soirée très particulière au mois de décembre.

La soirée s'annonçait tranquille et j'avais l'intention de m'installer confortablement dans mon salon pour entreprendre la lecture du roman de Bella qui venait juste de sortir en librairie. J'étais fatigué car j'avais passé la journée à me balader dans Central Park et les rues avoisinantes avec ma chérie pour m'imprégner de l'ambiance festive du moment. Noël était dans moins de dix jours, et mine de rien j'avais tenté de la faire parler pour obtenir des indices de ce qu'elle aimerait trouver sous le sapin que nous avions décoré la veille.

Je soupirai en m'assoyant dans mon fauteuil en cuir beige. Bella n'avait pas été aussi bavarde que je l'escomptais, et je n'étais pas plus avancé dans ma quête de lui dénicher le cadeau idéal. Il faudrait probablement que je me résigne à appeler Alice pour lui demander conseil. Pas maintenant, par contre, car elle passait justement la soirée avec Bella, Rosalie et Esme. Les quatre amies essayaient de se rencontrer au moins une fois par semaine. Ensuite Bella rentrerait sagement chez elle, à mon grand regret. À la Thanksgiving je lui avais offert de venir vivre avec moi de façon permanente, mais elle était encore en période de réflexion. J'ignorais ce qui la faisait hésiter. Son appartement à Brooklyn était minuscule, et en plus elle le partageait avec une fille qui passait son temps à lire les magazines à potins, à se limer les ongles et à mâcher du chewing-gum.

J'en étais là dans mes réflexions lorsque mon interphone sonna. Comme j'étais épuisé, j'avais aussi décidé de commander un assortiment de sushis de mon restaurant japonais préféré, aussi ne pris-je même pas la peine de demander l'identité de la personne qui voulait que je lui ouvre la porte à sécurité maximale en bas de l'immeuble. Quand on frappa à la porte du penthouse, peu après, je m'empressai d'aller ouvrir, mais au lieu de me retrouver devant le livreur du restaurant, mon regard se posa plutôt sur une rousse magnifique bien que trop maquillée et trop peu vêtue, surtout pour un soir du milieu de décembre. Elle ne portait qu'un bustier en latex noir, une minijupe dans le même matériel ainsi que des cuissardes à talons aiguilles.

« Bonsoir Monsieur Masen, je suis Renata, et on m'a envoyée ici pour agrémenter votre soirée, » expliqua la jeune femme d'une voix très grave et très sensuelle.

Avant que j'eus le temps de répliquer quoi que ce soit, la dénommée Renata s'avança d'un pas assuré dans mon antre. Je lui avais cédé le passage sans même le réaliser.

« Je pense que vous vous êtes trompée d'appartement, Renata, » finis-je par dire, sortant lentement de ma surprise.

« Vraiment? Voulez-vous dire que vous n'êtes pas Edward Masen, PDG de Softag? Vous lui ressemblez drôlement en tous cas…»

Touché, songeai-je en la regardant marcher jusqu'au living-room. Comment elle faisait pour tenir en équilibre avec des talons si hauts et si effilés, je n'en avais pas la moindre idée. Elle se pencha et prit le roman de Bella que j'avais laissé sur la table à café.

« Qui vous a envoyée chez moi? » Demandai-je sèchement, vaguement irrité par l'attitude de cette fille qui de toute évidence était une prostituée de luxe.

« Un certain Mike Newton. C'est lui qui m'a payée, et il m'a dit que vous adoriez les fellations… » Elle leva son visage vers moi et me fit un grand sourire. « Ça tombe bien, car voyez-vous, c'est ma spécialité. »

Elle ouvrit le livre qu'elle tenait dans ses mains et commença à en lire un passage au hasard tout en revenant vers moi. J'étais toujours figé à quelques mètres de la porte. "Ta mère sait s'y prendre pour allumer un homme, Lola, mais elle est nulle lorsqu'il s'agit de livrer la marchandise. Toi, par contre, tu ferais fortune à Manille…"

« Je préférerais que vous remettiez ce livre où vous l'avez trouvé, Renata, et ensuite je vous dédommagerai pour vous être déplacée inutilement. Il semblerait que Mike Newton ait voulu se payer ma gueule ce soir, » l'interrompis-je en croisant les bras en signe d'exaspération.

Mais, ou bien elle ne m'avait pas entendu, ou bien elle se fichait carrément de ce que je venais de lui dire, car elle se contenta de fermer le livre et de jeter un coup d'œil sur l'endos. « Isabella Swan? C'est qui ça? La nouvelle Danielle Steel? » Questionna-t-elle avec un relent de mépris dans sa voix qui était, je m'en rendais compte à présent, anormalement basse pour une femme. Bon sang, s'agissait-il en réalité d'un travesti?

« Non, je dirais plutôt la nouvelle Isabel Allende, mais c'est surtout ma compagne, et elle risque de vouloir vous étrangler si vous êtes encore ici lorsqu'elle va rentrer, » répliquai-je, sentant ma patience s'étioler. « Combien dois-je vous offrir pour que vous fermiez votre clapet et que vous déguerpissiez d'ici? »

« Fermer mon clapet? Ah, j'aime bien votre manière de vous adresser à moi. Ça confirme ce que je pensais déjà de vous en lisant les tabloïds… »

Elle laissa tomber le livre qui fit "toc"en entrant en contact avec la moquette de deux centimètres d'épaisseur. La seconde suivante elle était à genoux devant moi et elle commençait à s'affairer sur mon pantalon.

« Pour l'amour du ciel, qu'est-ce qui vous prend? Je vous ai dit de me laisser tranquille! » M'exclamai-je en tentant de la repousser par les épaules.

Mais elle résista et redoubla d'ardeur, si bien qu'elle réussit très vite à ouvrir ma braguette et à libérer ma verge de mon boxer d'une main agile, tandis que de l'autre elle s'emparait de mes testicules pour les titiller. Le pire, c'est qu'elle allait sans doute parvenir à me faire bander par simple réflexe.

« Allons, ne vous faites pas prier, Monsieur Masen. Mike Newton m'a prévenue que vous aimiez vous faire forcer la main, alors je sais qu'en réalité vous rêvez que je fasse sa fête à votre marteau piqueur. Ou là! Voyez comme il réagit déjà! Il a l'air d'aimer ce que je lui fais… »

Aussitôt qu'elle eût prononcé ces mots, elle mit ma demi érection dans sa bouche et commença à pomper vigoureusement.

« Ça suffit maintenant! Je pense avoir été très clair! » M'emportai-je en agrippant ses cheveux afin qu'elle me lâche même si ce qu'elle me faisait était effectivement très agréable.

Toutefois, au lieu d'avoir prise sur elle et de pouvoir repousser sa tête, je me retrouvai avec une perruque rousse entre les mains. Renata me lâcha finalement en réalisant ce que je venais de faire, mais seulement pour rouler sur le tapis en riant à gorge déployée. En même temps, sa voix se fit plus claire et plus familière.

Ça par exemple, se pouvait-il que…? Je me précipitai sur ma visiteuse impromptue et la retournai pour observer son visage plus attentivement. Sous la couche impressionnante de fond de teint, de fard à paupière et de rouge à lèvre, je reconnus une Bella en nage d'avoir tellement ri.

« C'est pas possible, dis-moi que je rêve! Qu'est-ce que tu fais dans ce déguisement de pute, Isabella Marie Swan? » Interrogeai-je le plus sérieusement du monde.

Mais ma mauvaise humeur la fit rire de plus belle. « Le plus drôle dans tout ça, c'est que j'aie réussi à te faire bander, ha! Ha! »

« Il n'y a pas de quoi rire, bon sang de bon Dieu! Qu'est-ce qui t'a pris de me jouer ce tour complètement tordu? »

« Comment oses-tu me poser cette question, Edward Anthony Masen? Ne sais-tu pas que la vengeance est un plat qui se mange froid? »

J'aurais bien dû me douter que Bella chercherait tôt ou tard à se venger de la façon immonde dont je l'avais traitée au spa dans les Catskills pendant que mon ami Carlisle s'envoyait en l'air avec sa copine Esme. Elle ne pouvait pas enterrer cette affaire sans d'abord me rendre la monnaie de ma pièce… C'était bien fait pour moi, sauf que ma fierté venait de prendre un sacré coup.

« Je pensais que j'allais jouir dans la bouche d'un travesti, Bella. C'est épouvantable ce que ça m'a fait, » repris-je, mais sans grande conviction parce que ma colère était en train de fondre comme neige au soleil.

« Mon pauvre Edward, comme tu fais pitié, » rétorqua mon amoureuse en se relevant avec précaution. Elle alla s'asseoir sur le canapé du séjour pour retirer ses cuissardes. « T'es-tu seulement arrêté pour réfléchir à ce que moi j'avais pu ressentir en réalisant que j'avais introduit la bite d'un mec que je ne connaissais pas dans ma bouche? »

« Je suppose que je n'avais pas pleinement réalisé l'ampleur de ce que tu avais ressenti, Bella, mais après ce que tu viens de me faire subir, j'y vois plus clair et j'avoue que je me sens reconnaissant que tu ne m'aies pas tiré dessus avec la carabine en revenant au spa. Est-ce qu'on est quittes maintenant? » Demandai-je en refermant mon pantalon.

« Pas si vite, mon cher. Tu ne t'es jamais excusé formellement pour m'avoir manqué de respect, et j'ignore toujours si c'est toi ou Mike qui a brouté de la chatte au Nutella ce jour là, » répondit-elle avec des éclairs dans les yeux.

« Je m'excuse, ma chérie. Je m'excuse d'avoir profité de toi, et je m'excuse aussi pour tous les torts que je t'ai causés au nom de mon orgueil mal placé. Il y aurait eu moyen de s'expliquer sans que j'aie recours à d'odieuses manigances lubriques. Et tu as raison sur toute la ligne; j'ai reconnu que j'étais un salaud, mais au lieu de m'en excuser sur le champ, j'ai continué à essayer de t'extirper des confidences plutôt que d'attendre patiemment que tu sois prête à m'avouer tes sentiments. Est-ce que tu me pardonnes à présent? »

« Je ne suis pas encore certaine, Edward. Si tu me dis que c'est Mike qui m'a fait un cunnilingus cet après-midi là, je vais définitivement devoir remettre certaines choses en question… »

Je ne savais pas si elle disait ça juste pour me mettre à l'épreuve ou si elle était sérieuse, mais de toute façon elle méritait de savoir la vérité. C'était d'ailleurs peut-être tout ce que ça lui prenait pour accepter de venir habiter avec moi. J'inspirai profondément. « Bella, j'étais déjà fou amoureux de toi lorsque j'ai abusé de ta confiance dans la cuisine du spa. Par conséquent, je n'aurais jamais pu laisser un autre homme te toucher de quelque manière que ce soit… »

Je vins m'asseoir à ses côtés sur le sofa et elle me regarda droit dans les yeux. « D'accord, je suis au moins rassurée sur un point. Mais que moi j'aie touché à un autre homme, ça n'a pas semblé te poser de problème, et c'est ça que je n'arrive pas à saisir, Edward. »

« C'est à contrecœur que j'ai laissé Mike prendre ma place, Bella. Et je l'ai énormément regretté par la suite, mais il faut comprendre que tu m'avais mis hors de moi avec ton mensonge, et que la colère a momentanément brouillé mon jugement. Au fait, parlant de mensonge, n'étais-tu pas censée être avec tes amies ce soir? »

Ce fut à son tour de soupirer. « J'étais bel et bien avec mes amies. On s'était données rendez-vous chez Alice. Crois-tu honnêtement que j'aurais pu me déguiser en pute et réussir un maquillage aussi sophistiqué moi-même? »

« Et quel prétexte leur as-tu donné pour qu'elles embarquent dans ta combine? » Questionnai-je. « À moins que tu aies fini par leur avouer toute la vérité… »

« Non, je n'ai pas eu besoin de rentrer dans les détails et elles ne savent pas qu'en réalité je complotais ma vengeance. Je leur ai seulement expliqué que je voulais mettre ta fidélité à l'épreuve. Elles m'ont trouvé gonflée mais ça les amusait en même temps… »

« Je t'ai posé une question, Edward. »

La voix de Jasper me ramena dans le présent.

« Quoi? Oh, désolé. J'ai vraiment l'impression que je dors debout en ce moment. Qu'est-ce que tu disais? »

« Je viens d'essayer d'appeler Alice et elle ne répond pas. Tu n'avais pas tenté de joindre Bella tout à l'heure pendant qu'on était bloqués dans la circulation? »

« Si fait, et elle ne répondait pas elle non plus, sauf que… »

Je m'éloignai du comptoir de la réception pour expliquer mes soupçons à Jasper. « … Un homme a fini par répondre à sa place. Un type qui parlait avec un accent français. »

Jasper ouvrit des yeux plus grands. « Attends là, qu'est-ce que tu veux insinuer au juste? Pourquoi c'est quelqu'un d'autre que Bella qui a répondu? »

« Je n'en sais rien, mais j'espère sincèrement qu'elle a une excuse valable pour ne pas prendre ses appels, vieux, sinon… » Je préférai laisser ma phrase en suspens.

Jasper hocha la tête de droite à gauche. « Cesse de t'imaginer que tu es cocu avant d'en savoir plus, Edward. Je suis d'accord avec toi que ce qui se passe en ce moment n'est pas normal, mais Bella n'est pas une hypocrite, et tu aurais dû t'en rendre compte depuis six mois que tu la fréquentes, sacrebleu! »

Jasper me renvoyait la remarque que je lui avais lancée hier à propos d'Alice qui n'aimait pas les cachotteries. C'était de bonne guerre…

« Jasper, ce que toi tu sembles insinuer est beaucoup plus angoissant. Si tu crois que Bella et Alice se sont évaporées dans la nature, il faut tout de suite alerter la police, » répliquai-je à voix basse pour que l'employée de la réception ne nous entende pas.

Encore une fois mon ami me dévisagea comme si je venais de dire une ineptie. « La police n'interviendrait pas tout de suite, Edward. Tu ne regardes jamais la télé ou quoi? Y a que les gosses qui se font rechercher immédiatement après le signalement de leur disparition, et d'ailleurs on ne sait même pas ce qui est arrivé à nos compagnes. »

Je passai nerveusement une main dans mes cheveux. « Qu'est-ce que tu suggères, alors? »

« Tu dis qu'il y a un type qui se sert du téléphone de Bella. Je pense que ça vaudrait le coup d'essayer de le rejoindre encore et de le garder en ligne pour repérer l'appel. À moins que j'aie mal compris quand tu m'as dit que tu avais fait installer un localisateur dans le cellulaire de ta petite amie à son insu… »

Quel idiot j'avais été tout à l'heure de ne pas vérifier la provenance de l'appel, même en état de choc! Le manque de sommeil était en train d'avoir raison de mes capacités intellectuelles…

« Oui, Jazz, il y a bel et bien moyen de connaître l'endroit où Bella se trouve quand elle fait ou prend des appels. Viens, ne perdons pas une minute de plus ici. »

Je me précipitai hors de l'hôtel et réintégrai la Peugeot de location, suivi de près par Jasper. J'eus vite fait d'appuyer sur la touche correspondant au numéro de Bella, et pendant que la sonnerie se faisait entendre à répétition, la location de son portable s'inscrivit sur l'écran de mon Blackberry. Si je me fiais à l'information que j'avais devant les yeux, Bella (ou du moins son téléphone) se trouvait présentement au n°33, rue Gabrielle, dans le dix-huitième arrondissement. Autrement dit, en plein cœur de Montmartre. Je poussai un juron au même moment où celui que j'avais entendu plus tôt prenait l'appel encore une fois. Décidément, s'il s'agissait de quelqu'un avec qui Bella me trompait, on ne pouvait pas dire qu'il avait grand-chose dans la cervelle. Quel mec le moindrement intelligent s'entêterait à prendre les appels destinés à sa maîtresse?

« Allô, j'écoute? »

Il avait répondu en français cette fois-ci.

« Espèce d'enfoiré, si tu es avec ma Bella, je m'en viens t'éclater la figure et ta mère ne te reconnaîtra plus lorsque tu lui rendras visite! » Hurlai-je à l'homme inconnu à l'autre bout du fil.

« Eh, ducon, ma gonzesse elle s'appelle pas Bella, elle s'appelle Irina, et je te préviens tout de suite, je partage pas, » répondit le bozo, n'ayant pas l'air de réaliser à quel point il était stupide.

« C'est moi que t'appelles ducon? Et toi, c'est con-au-carré alors, parce que tu t'adresses à moi avec le portable de Bella, et si tu ne m'expliques pas pourquoi ce n'est pas elle qui répond à son putain de téléphone, c'est pas seulement la figure que je vais t'éclater, connard d'enculé! »

« Faudrait d'abord me trouver, triple idiot! » Fit mon interlocuteur comme s'il croyait avoir le dernier mot.

« Manque de pot, c'est déjà fait. »

Je coupai la communication et me tournai vers Jasper qui semblait faire un effort surhumain pour demeurer placide. « Qui t'a appris à jurer comme ça en français? » Demanda-t-il.

Même s'il ne parlait pas la langue du pays, il avait saisi l'essence de ma brève conversation rien que par le ton de ma voix.

« Personne. J'ai appris en regardant des films de la nouvelle vague. »

« J'espère au moins que tu n'as pas engueulé le type à l'autre bout de la ligne pour rien. »

« Boucle ta ceinture, Jazz, » me contentai-je de répondre.

« Tu sais où on s'en va? »

« Oui, et je connais un raccourci pour s'y rendre sans se taper la circulation de tout à l'heure… »

Sur ce, je fis démarrer la voiture en trombe et nous nous faufilâmes dans les petites rues moins achalandées pour atteindre le quartier Montmartre. Il nous fallut moins de quinze minutes pour aboutir sur la rue Gabrielle et trouver une place pour garer la Peugeot. En descendant de la berline, Jasper fit remarquer, « Dis donc, Eddie, tu n'as pas peur que l'homme que tu viens d'insulter au téléphone ne soit armé jusqu'aux dents? »

« Je ne regarde peut-être pas beaucoup la télé, Jazz, mais toi tu as lu trop de romans de Dennis Lehane. Et de toute manière, même si le mec à qui nous rendons visite détient une quelconque arme a feu, je te parie n'importe quoi qu'il ne sait pas s'en servir. Il a l'air d'avoir le QI d'un pot de géranium… »

« Dans ce cas il a peut-être seulement trouvé le portable de Bella en fouillant les poubelles… »

« Jette un coup d'œil à ces jolies devantures de maisons, Jasper, et dis-moi si un clodo pourrait vivre dans un pareil voisinage, » ripostai-je.

« Bon, je suppose qu'on va savoir assez vite à quoi s'en tenir. Tu as dit que l'appel provenait du n°33? Et s'il y a vingt logements dans l'édifice, qu'est-ce qu'on fait? »

Mais la question de Jasper s'avéra futile au bout du compte parce que l'adresse qui était apparue sur mon BlackBerry était en fait celle d'un café terrasse. Malgré la température peu clémente, il y avait plusieurs clients qui y étaient installés. Du coup, je réalisai que nous serions très chanceux si celui qui avait répondu au téléphone de Bella pour ne pas attirer l'attention sur lui en le laissant sonner était encore sur les lieux. Je me mis à regretter amèrement de lui avoir fait des menaces.

Je fis halte avant d'avoir atteint la terrasse. « J'ai une idée, Jazz. Prends mon portable et va te dissimuler au coin de la rue là-bas. Donne-moi deux minutes, le temps d'aller m'asseoir, et appuie sur la touche n°5. De cette manière je vais pouvoir voir si le fils de pute est encore là et s'il prend l'appel. Dis-lui un truc en anglais, comme ça je vais savoir quand je vais l'entendre parler. Il se peut que je sois obligé d'aller à l'intérieur aussi, alors essaye de lui faire la conversation. »

« Okay, et une fois que tu l'auras repéré, qu'est-ce que tu comptes faire? N'oublie pas qu'on ne sera pas plus avancés si tu attaques ce mec et qu'il porte plainte contre toi… »

« Je vais t'attendre et tu vas m'aider à ne pas péter les plombs si ce salopard y est vraiment pour quelque chose dans le fait que nous sommes sans nouvelles de nos compagnes depuis qu'elles ont atterri à Roissy. »

Je tendis mon téléphone à Jasper qui s'éloigna dans l'autre direction et je repris ma marche vers le café à moitié bondé de gens qui prenaient tranquillement leur déjeuner, inconscients du drame que j'étais en train de vivre. Pourvu que le dégénéré qui savait – j'en étais presque certain – quelque chose au sujet de Bella et Alice soit encore parmi eux…

Bon, en vérité ce chapitre était censé s'arrêter plus loin, mais la suite devra attendre parce que là, dans l'immédiat, je dois traduire le chapitre 17 de Des gens comme nous.

Sans rancune, j'espère…

Merci à Evelyne-raconte de me relire.

Vous aurez la conclusion de cette histoire d'ici la fin du mois, donc ne désespérez pas trop…

Je voudrais profiter de la publication de ce chapitre pour transmettre mes sincères condoléances à Sandrine qui vit des moments difficiles présentement. Puisses-tu remonter la pente (à ton rythme) et continuer de procurer du bonheur à tes lectrices.

Milk.