Auteur : Murron

Personnages/couples : Dean x Castiel / Sam / Michael / Lucifer

Rating : M – gardez le rating en tête –

Spoilers : Réalité alternative après l'épisode 10 de la saison 6

Disclaimer : Aucun mal et aucune atteinte à la loi voulue.

Titre traduit : Au Ciel et en Enfer

Traductrice : Marple-Juice.

Bêta-lectrice : Mama-Marple


Vous pouvez retrouver le lien vers la fanfiction originale dans mon Livejournal (lien dans mon profil)

Les reviews anonymes sont acceptées et tous les messages que vous laisserez seront traduits et envoyés à l'auteur original de cette fanfiction.

! Attention, le rating de cette fanfiction est M !


Notes du chapitre :

- Énée : héros de la guerre de Troie. Il est descendu en Enfer pour parler avec son père et y retrouve la reine Didon, qui, éprise de lui, s'était suicidée à son départ.

- Orphée : époux d'Eurydice, qu'il alla chercher en Enfer. Hadès et Perséphone acceptèrent de rendre Eurydice au monde des vivants si Orphée ne se retourne pas pour la regarder jusqu'à la surface. Il se retourna.

- Ulysse : Autre héros de la guerre de Troie, il errera pendant vingt ans sur la mer. Il se rend aux Enfers dans l'épisode de la Nekuia.

- Gilgamesh : héros mésopotamien qui passa une partie de sa vie à la quête de l'immortalité. À sa mort, il devint roi des Enfers.

- Pwyll : Pwyll, prince de Dyved, se retrouve à administrer l'Annwvyn, l'autre monde, à la place d'Arawn, le légitime propriétaire des lieux.

- Pierre 3:19-20 : traduction d'Ostervald.

- Traverse : la pièce de bois posée sous les rails à intervalle régulier pour maintenir l'inclinaison de la voie ferrée.

- Foyer des artistes : (ou greenroom en anglais; littéralement 'la salle verte') est la loge de théâtre dans laquelle les artistes attendent avant d'entrer en scène. Elle se nomme ainsi en anglais à cause de la couleur verte qui lui était attribuée la plupart du temps. Dans Supernatural, le foyer des artistes (connu plus communément comme étant la 'pièce luxueuse') est la salle dans laquelle les anges gardent leurs humains 'invités'. C'est là que Dean avait été retenu par les anges en attendant que Sam ouvre le dernier sceau.

- Sergio Leone : réalisateur et père du Western Spaghetti. Il a réalisé Le Bon, la Brute et le Truand ainsi qu'il était une fois dans l'Ouest.

- Une Banshee est un être surnaturel dont le cri annonce la mort.


2

Les Déserts

Les gens qui sont allés en Enfer : Énée, Orphée, Ulysse, Gilgamesh, Pwyll
Cf La descente aux Enfers, Pierre 3 :19-20
Par lequel aussi il est allé prêcher aux esprits en prison qui avaient été autrefois incrédules, lorsque, du temps de Noé, la patience de Dieu attendait. (Trombone)
Catabase = La convention épique qu'à un héros de voyager en Enfer.
- Extrait des notes de Dean, 23 décembre 2010, Cicero.

Pour passer d'un cercle de l'Enfer au suivant, ils devaient franchir un seuil. Cas avait dit à Dean qu'il serait en mesure de sentir la soudure entre les cercles, du moins jusqu'à un certain point. Dean ne savait pas trop comment ces seuils se manifesteraient, mais il supposait qu'ils étaient marqués d'une certaine manière. Il s'avéra qu'il ne remarqua même pas lorsqu'ils franchirent le premier.

La nuit dans la montagne de sembla pas aussi longue que les nuits normales et avec les premières lueurs de l'aube, Dean, Sam et Cas reprirent leur marche, suivant le chemin que Cas avait éclairé pour eux.

Sam n'avait pas dit le moindre mot depuis la révélation de la veille, mais il les suivit sans protester. Dean se méfiait de son silence, mais pour le moment il ne pouvait faire qu'accepter ce qu'il avait.

Après un moment, la piste quitta la corniche et passa dans une gorge, menant régulièrement vers le bas. Bientôt, les montagnes furent derrière eux et le paysage se nivela plus gentiment de chaque côté du chemin. Des arbustes épineux poussaient entre les rochers et du sable fin de mêlait aux graviers sous leurs pieds. Peu de temps après, le terrain s'aplanit et ils purent voir un bassin plat qui s'étendait jusqu'au bout de l'horizon.

Cas les conduisit au travers d'une ceinture de ronces et ils alors qu'ils quittèrent la plaine, ils tombèrent sur, ridiculement, des rails de trains qui commençaient au loin. Les rails semblaient à l'abandon, de la mauvaise herbe en étouffant les traverses. Un butoir poussiéreux marquait la fin de la ligne.

Regardant au-delà des rails, Dean embrassa du regard la plaine, essayant d'estimer l'étendue du sable des galets et des touffes de coleogyne. De grandes buttes de roche s'élevaient au loin, leurs contours rendus flous par un brouillard bleuté.

« Cas, » demanda Dean, regardant le désert avec le cœur lourd. « On est loin du prochain niveau ? »

« Nous y sommes déjà, » dit Cas et Dean haussa les sourcils de surprise. Il se retourna vers la chaîne de montagne qui semblait déjà si loin d'eux.

« Tu en es sûr ? » Demanda Sam, rompant le silence. « Tu ferais mieux de vérifier ta boussole, mon vieux. Ton aiguille est peut-être un peu de travers ? »

« Sam, » soupira Cas qui tourna son visage vers lui. « Pourquoi est-ce que tu ne prends pas la tête pendant un moment ? »

« Tu rêves. »

« Non, c'est le bon moment, » insista Cas tout en fixant Sam de son regard perçant. « Tant que mon 'aiguille' marche, je peux vérifier si trouves le chemin vers ton âme. »

« Ou si je vous induis en erreur, » dit Sam.

« Ou ça, » acquiesça Cas, aimablement.

De la colère traversa si vite le visage de Sam que Dean la remarqua à peine. Avec sa bouche serrée en une ligne dure, Sam se tourna et commença à marcher, sans regarder s'ils le suivaient ou non.

« J'espère que son âme le rendra moins agaçant, » marmonna Cas, alors que Sam s'éloignait le long des rails.

Dean se souvint des différents degrés du visage que faisait Sam lorsqu'il n'était pas d'accord et sourit.

« Ne compte pas là-dessus. »

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Plus ils s'enfonçaient dans le désert, plus Dean voyait avec précision les formations rocheuses qui s'alignaient sur l'horizon. Ce paysage lui rappela Monument Valley, sauf que ces butes de roche étaient trop bizarres pour être naturelles. Pour commencer, elles étaient toutes pareilles, carrées et grandes, comme si un enfant géant avait laissé derrière lui ses briques de jeu.

Marchant droit devant lui, Sam ne s'était pas retourné une seule fois et Dean le laissa bouder. Il était encore étonné de voir que Sam avait fait ce que Cas lui avait demandé. Il avait décidé de ne pas lui chercher des noises et acceptait le côté arrangeant de Sam aussi longtemps qu'il déciderait de l'être. Le silence commençait tout de même à lui taper sur les nerfs.

« Alors, comment ça se fait que tu en saches si peu sur la géographie de l'Enfer ? » Demanda Dean, qui avait envie d'entendre quelqu'un parler.

« Cela ne faisait pas partie de mon entraînement, » répondit Cas et sa bouche se pinça en une ligne dure. « Je suis un soldat, tu te souviens ? La seule fois où j'ai reçu des informations sur l'Enfer fut lorsque j'ai dû y aller. »

« Tu veux dire, lorsque tu es venu me chercher, » spécifia Dean.

« Oui, » acquiesça Cas. « Ils ont à ce moment-là détaillé le territoire. Nous avons attaqué un autre côté de l'Enfer, qui était une région peuplée. La voie vers les salles de tortures est plus courte mais bien mieux gardée. »

Dean déglutit, fixant à nouveau ses yeux sur l'horizon. Sa mémoire sensorielle émergea en lui, faisant apparaître rapidement des images de sang noir suintant sur un mur et le son de la chair qu'on arrache. Il lutta contre ces images, remettant en place les murs qu'il avait construits pendant les deux dernières années.

Inconscient du malaise de Dean, Cas continua. « Je pense que ceux qui sont d'un rang plus élevé ont des connaissances plus vastes des routes de l'Enfer et sur ses présages mais ils doivent se baser sur des rapports peu précis. Nous avons eu quelques espions qui ont mené à bien leur mission pendant le dernier millénaire, mais généralement, lorsque des anges tombent en Enfer, ils y restent. »

Dean lui lança un regard. « Combien d'anges déchus sont ici ? »

« Plus que tu ne le penses, » répondit évasivement Cas. « Je sais que l'un d'eux empêche quiconque de passer dans le sixième cercle. »

« Génial. »

Pendant un moment, ils marchèrent péniblement sans parler davantage et pendant lequel Dean contemplait la poussière de l'Enfer sur ses bottes. Il regarda devant lui et vit que Sam était passé sur les rails, marchant de traverse en traverse. Cela lui prit une seconde pour se rendre compte que Cas l'observait toujours.

« Je suis surpris, » laissa échapper Cas.

« De quoi ? »

« Je pensais que revenir en Enfer t'affecterait plus que cela, » admit Cas. « La plupart des gens seraient morts de peur. »

Cas semblait si sérieux et impressionné que Dean ne put s'empêcher d'éclater de rire.

« Quoi ? » Demanda Cas, ses sourcils tiquant.

« C'est juste que, » commença Dean, qui secoua la tête. « Mon vieux, j'ai peur. Je suis mort de trouille. » Il inspira, sentant une fois de plus sa poitrine oppressée par les souvenirs. Il s'était rendu compte depuis longtemps qu'il n'oublierait jamais le temps qu'il avait passé ici-bas et cela était assez difficile de vivre avec. Et il se retrouvait ici, là où il s'était donné tant de mal pour se traîner hors du piège… Il n'avait pas encore pris la pleine mesure de l'impact que cela avait eu sur lui.

« C'est comme si chaque respiration que je fais ici me ramenait sur le chevalet, » murmura Dean, déglutissant et se forçant pour que sa voix ne faiblisse pas. « Comme si je n'en étais jamais parti, tu vois ? »

« Tu en es parti. »

« Des fois, je me le demande, » admit Dean. « Je fais ces cauchemars et ils ont l'air tellement réels, Cas. Je ferme les yeux et je pense toujours qu'il y a quelqu'un près de moi, qui attend, tu sais. Qui me surveille… »

« Alastair– » commença Cas mais Dean l'interrompit.

« Non. » Il éclaircit sa gorge, pensant qu'il serait préférable qu'il ne continue pas, mais maintenant qu'il avait commencé, il ne pouvait plus s'arrêter. « C'est moi, Cas, » admit-il en sentant son cœur s'effondrer devant cette vérité. « Je me vois. Comme si j'étais là-bas. J'étais devenu un monstre malsain et sadique. Et le pire ? C'est que c'était toujours moi. Et en plus, même… »

Dean s'interrompit, serrant les dents alors qu'il sentait la bile remonter dans sa gorge. Sa peau brûlait encore de honte, non au souvenir de la douleur qu'il avait enduré, mais à celui des tortures qu'il avait infligé et de ce que cela lui avait fait ressentir.

Libre. À ce moment, il s'était senti libre.

Dean passa une main dans ses cheveux et soupira, sa respiration plus irrégulière qu'il ne l'aurait voulu. Cas le fixa, puis tourna son visage vers les rails.

« Je suis désolé de ne pas t'avoir récupéré plus tôt. »

Moi aussi, pensa Dean. S'il avait su que de l'aide allait arriver, aurait-il tenu plus longtemps ? Il en doutait. Cela lui avait pris du temps pour dissiper la honte qui s'approchait de lui comme une vague prête à se fracasser. Mais cela lui faisait du bien d'avoir Cas près de lui. Cas avait toujours semblé convaincu que Dean méritait d'être sauvé. Même après qu'ils aient découvert le plan qui se cachait derrière la résurrection de Dean, Cas croyait toujours en lui et pensait qu'il pouvait faire le bien autour de lui. Il avait choisi Dean dans le foyer des artistes et Dean ne l'avait jamais oublié.

« Pourquoi est-ce que tu l'as fait ? » Voulut savoir Dean.

« Quoi, venir te chercher ? » Demanda Cas et Dean secoua la tête.

« Non, ce que je veux savoir, c'est pourquoi toi ? » Il se posait souvent cette question. Le Chœur Céleste aurait pu envoyer n'importe quel ange pour être son fer de lance mais il avait choisi Cas. Cas, qui avait pris le parti de l'humanité et s'était rebellé contre le Ciel. Si Uriel avait arraché Dean à son chevalet de torture, il y avait des chances pour que l'Apocalypse batte son plein à l'heure qu'il est.

Dans ses moments les plus philosophiques, Dean supposait que l'ordre qui avait distingué Cas ne venait pas de Michael, mais de quelqu'un plus haut dans la chaîne alimentaire et qui savait exactement ce qui arriverait.

Mais la réponse de Cas renversa toutes les hypothèses de Dean. « Parce que je l'ai demandé. »

Dean trébucha en s'arrêtant et Cas s'interrompit en même temps, l'air à moitié désapprobateur.

« Pourquoi est-ce que tu– » Commença Dean, mais avant qu'il ne puisse terminer, Sam les appela.

« Hum, les gars ? »

Cas se sauva tout à coup, monta sur les rails et avança à grands pas vers Sam. Dean marcha au petit trop derrière lui, égrenant sur son passage les questions qui avaient parcouru sa tête.

Alors qu'ils le rejoignaient, Sam leva brusquement sa tête vers le ciel. Dean suivit son regard et vit un point noir se diriger vers eux. Un corbeau, peut-être ?

« Ça vole rapidement, » marmonna Cas.

« Et contre le vent, » ajouta Sam.

Dean sortit le couteau de Ruby et se prépara à, quoi exactement ? À le jeter ? Sam sortit un couteau, lui aussi, normal et sans capacités surnaturelles. Cas avait convaincu Dean qu'apporter des armes normales seraient inutiles mais Dean aurait bien voulu avoir son pistolet en cet instant. Sa main tressaillit vers son étui absent.

Dean maudissait encore leur arsenal réduit lorsqu'il remarqua Cas, qui se tenait les jambes écartées et le bras levé. Il étendit la main vers le point qui approchait comme s'il voulait l'attraper en vol.

Le point fut secoué deux fois avant de se mettre à voler vers eux encore plus rapidement. « Cas ? »

Dean déglutit.

En l'espace de quelques secondes, la chose était assez près d'eux pour prouver qu'il s'agissait bien d'un oiseau, ou du moins, qu'il avait des ailes. Et il s'approchait aussi vite qu'une balle. Dean se prépara pour l'attaque lorsque Cas serra tout à coup son poing et l'abaissa. L'oiseau s'arrêta en plein vol et tomba, s'écrasant au sol avec un froissement violent.

Sam siffla et s'éloigna du chemin, s'approchant de la créature déchue. Dean le suivit avec Cas dans son sillage.

Son cœur battant violemment dans sa poitrine, Dean fixa le tas de plumage noir à leurs pieds. Ça avait les ailes d'un cordeau, mais le reste de son corps était couvert de fourrure. La tête était chauve et grise, et se terminait en un grand bec dentelé. C'était la chose la plus étrange que Dean ait jamais vu.

« C'est quoi ce truc ? » Laissa échapper Dean.

Cas toucha la créature avec le bout de sa chaussure et fronça les sourcils. « Ce sont des screeches, je crois. »

« Des ? »

« Elles se déplacent toujours en volée. »

Dean eut à peine le temps de digérer l'information que Sam se raidit près de lui.

« Oh, merde, » murmura Sam et lorsque Dean suivit son regard, il repéra un nuage de points noirs qui se dirigeait vers eux.

« Cas, » Dean serra les dents. « Tu t'en occupes ? » Lorsqu'il se retourna pour le regarder, le visage tendu de Cas lui dit que ça ne serait pas aussi facile. Cela avait-il déjà été le cas ?

« Allez, mon vieux, » insista Sam, fasciné par la volée en approche. « Fais appel à tes pouvoirs et fais-les marcher ! »

« J'ai besoin de temps, » grogna Cas qui enroula ses poings sur ses côtés.

Dean serra la mâchoire. « Tu as deux minutes ou on va servir de graines pour oiseaux. »

Ces mots avaient à peine quitté sa bouche que Dean entendit le son d'un éboulis près d'eux. Fronçant les sourcils, il chercha au sol la source de ce bruit et vit une taupinière s'élever d'un point de sable et de terre.

En l'espace de quelques secondes, le tas gonfla et se fissura, du sable s'écoulant des fêlures comme si quelque chose poussait en-dessous. Le bout d'une aile noire se montra, puis une bosse de fourrure. La poussière cascadait d'une tête informe alors que la screech se formait dans le désert comme une larve géante.

Une chair de poule le parcourut de dégoût, Dean regarda d'autres bosses qui se formaient dans le sol près d'eux.

Avait-il bien dit deux minutes ?

« Eh bien, tu portes la poisse, » cria Sam qui recula jusqu'à ce qu'il ne se retrouve contre l'épaule de Dean. Dean compta six tas qui pulsaient et bougeaient et encore plus qui se préparaient.

« Cas, » dit-il, fier qu'il ait réussi à ne pas briser sa voix.

Cas regarda les screeches émergeantes, retira son épée de son manteau et la lança à Sam. « Gardez-les à distance. »

« Merde, » répéta Sam, qui laissa tomber son couteau et leva l'épée de Cas.

Suivant d'anciens pas de dance, Dean se précipita pour couvrir Sam et marcha lourdement sur une des créatures qui se dégageait des éboulis. Les os des ailes craquèrent et le corps de fourrure céda sous les bottes de Dean. Mais alors que Dean enfonçait ses talons dans la screech, une autre se libéra et bondit vers le visage de Dean.

Reculant, Dean la frappa latéralement avec son bras et sentit le bec acéré raser sa joue. Il entendit encore plus de bruits d'ailes derrière lui et le sifflement d'une épée angélique. Sam jurait alors que de plus en plus de screeches sortaient du sol et courraient à toute vitesse vers eux.

Quelque chose frappa Dean à la nuque, aussi lourd qu'une batte de baseball. Il se retourna pour essayer de l'attraper et sentit une autre screech buter contre son bras.

« Merde, » cria-t-il en arrachant le screech de son dos, donnant des coups de pieds dans une autre qui s'agitait près de sa cheville. Deux autres le frappèrent à la poitrine, enfonçant leurs serres dans son manteau. Il entendit Sam crier son nom et quelque chose qui avait l'air d'un « Fais attention ! »

Arrachant les screeches de ses vêtements, Dean leva subitement la tête et vit la volée juste au-dessus de lui, leurs ailes occultant le ciel.

Alors que les screeches se dirigeaient vers sa tête, Dean se raidit et se retrouva face à deux douzaines de becs qui le transpercèrent sur-le-champ.

« Dean ! » Cria Sam qui se retrouva tout à coup près de lui, agrippant Dean par les épaules et le poussant au sol. Dean se laissa tomber par réflexe, se faisant tout petit et Sam s'enroula autour de lui, tirant Dean contre les courbes de son corps. Dean eut le temps d'haleter, et d'inhaler une vague de sueur, de sang et de chaleur, puis la volée tomba sur eux comme une pluie drue.

Dean serra les dents face à la douleur et serra la manche de Sam. Il sentit Sam se raidir, l'entendit grogner entre ses dents serrées alors que de plus en plus de screeches plongeaient sur lui.

Dean ouvrit la bouche pour dire à Sam, non, ne fais pas ça, lorsqu'un coup aussi fort que le tonnerre traversa l'air et fit trembler le sol sous leurs pieds.

L'espace d'une seconde, rien ne se passa, puis les screeches tombèrent du ciel et s'écrasèrent sur le désert comme des fruits trop mûrs.

Lentement, Sam étira son corps et dégagea Dean, tous deux s'étirèrent. Tout autour d'eux, le sol était couvert de screeches mortes, leurs ailes et leurs serres faisant des angles assez étranges.

Dean tourna la tête vers Cas, qui se tenait debout avec ses paumes toujours pressées l'une contre l'autre. Son visage était tellement dur qu'il aurait pu être fait de pierre mais l'air autour de lui semblait encore trembler. De fines mèches de feu bleu serpentaient autour des mains de Cas, puis elles s'éteignirent.

Sans un mot, Dean se mit sur ses pieds. Sam fit de même, grimaçant alors qu'il déroulait son dos meurtri.

« Alors l'Enfer draine ta force ? » Demanda Dean.

« Une partie, » répondit Cas en s'approchant pour jeter un œil au dos de Sam.

« Rappelle-moi de ne pas te mettre en colère lorsqu'on sera là-haut. »

Cas sourit et plaça ses mains sur le manteau en lambeaux de Sam. « Si j'avais aussi peu de sang-froid, tu serais mort depuis longtemps. »

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Laissant derrière eux le tas de screeches mortes derrière eux, Dean, Sam et Cas continuèrent leur marche le long des rails. Sous peu, Dean repéra un alignement de bâtiments au loin. Ils semblaient être sortis de nulle part, poussant dans le désert comme des mirages. Ou des taupinières. Dean frissonna.

Alors qu'ils s'approchaient, Dean vit que les maisons faisaient partie d'une ville en frontière, quelque chose tout droit sorti d'un Western de Sergio Leone. Les rails s'étendaient au-delà du village mais il n'y avait aucune plateforme, juste une cabane avec un panneau qui indiquait qu'il s'agissait de la Station Sandy Skull.

Dean n'avait pas besoin d'aller vérifier pour savoir que la ville était déserte. À force de voyages sur les routes secondaires des États-Unis, il avait eu sa dose de villes fantômes. Ironiquement, très peu d'entre elles étaient hantées. Descendant des rails, Sam, Dean et Cas contournèrent la station et arrivèrent sur la rue principale.

Dean observa les fausses devantures des maisons, les porches qui allaient d'un bâtiment à l'autre et cela en dit beaucoup sur la façon dont l'Enfer modelait ses paysages en fonction des endroits construits par l'homme. Il n'y avait aucun endroit en Enfer qu'on ne pouvait déjà visiter à la surface.

« Je vous en prie, dites-moi qu'on est près d'un autre seuil ? » Demanda-t-il.

« Oui, » répondit Cas en faisant un signe de tête à Sam. « Bon travail. »

Sam lui renvoya un regard noir et enfonça ses mains dans ses poches.

Cas inclina la tête, imperturbable. « Tu ne peux pas encore sentir ton âme, n'est-ce pas ? »

« J'ai juste suivi les rails, mec. »

Comme si sa réponse n'avait pas d'importance, Cas hocha la tête et reprit le commandement. Tous trois descendirent la rue principale qui était en fait la seule route de la ville.

Cas avait soigné le dos de Sam mais il y avait encore des déchirures dans son manteau, marquant les endroits dans lesquels les screeches avaient réussi à tailler. Alors qu'ils marchaient dans cette ville, Dean continua de regarder le dos de Sam et se souvint comment Sam s'était enroulé autour de lui, le protégeant.

Pour lui, cela n'avait pas de sens. Comment cela pouvait-il concorder avec l'attitude de Sam qui consistait à je-me-fous-de-tout-et-surtout-de-toi ? Cela tourmentait Dean, mais il ne pouvait pas se résoudre à le lui demander.

« Par ici, » annonça Cas qui monta sur l'un des porches qui entouraient la route. La maison qu'il avait désignée ressemblait à un lieu public, peut-être un saloon, avec des portes en ailes de chauve-souris. Cependant, une fois à l'intérieur, Dean se rendit compte de son erreur.

« Mon vieux, » dit-il. « Tu es sûr de toi ? »

Cet endroit était muni d'un bar, mais sans les tables et les chaises, la pièce était décorée de riches divans rouges et de tapis
orientaux. Un boa en plumes traînait sur l'un des canapés comme la peau abandonnée d'un serpent. Encore plus révélateurs, les instruments sur le bar se composaient d'un fouet et d'un collier en cuir dont Dean imaginait qu'il n'irait pas sur un caniche. Deux verres de whiskey attendaient sur le comptoir comme si les propriétaires venaient tout juste de sortir.

« Attendez-moi une seconde, » dit Cas et Dean haussa les sourcils.

« Pour quoi faire ? »

Cas leva les yeux vers lui et partit, disparaissant derrière le rideau près du bar.

Fasciné malgré lui, Dean traîna dans la pièce, regardant les trous dans les divans où les souris avaient élu domicile dans les coussins. Il y avait des souris en Enfer ?

« Mon vieux, » dit Sam. « Cet endroit est bizarre. »

« Tu m'étonnes, » marmonna Dean. Ils se tinrent devant une peinture accrochée à un mur, montrant une femme nue sur des draps. L'eau avait craqué et fait enfler la toile, changeant le visage de la femme en une tâche, de la peinture verte, beige et rouge descendant en traînées.

Dean mordilla ses lèvres et détourna le regard, fixant Sam alors qu'il regardait par-dessus son épaule, tirant sur les déchirures de sa veste. Dean ouvrit la bouche, hésita, puis se lança et dit sa question. « Pourquoi est-ce que tu as fait ça ? »

« Fait quoi ? » Demanda Sam et Dean dut refouler l'envie de lui dire 'arrête de faire ton idiot'.

C'était simple. « Dans le désert. Pourquoi tu m'as sauvé ? »

Sam le regarda et pendant une seconde, Dean aurait juré que Sam n'en savait pas la réponse. Puis le visage de Sam se durcit et il haussa une épaule.

« Je t'avais dit que je surveillais tes arrières, » dit Sam. « C'est ton problème si tu ne crois pas en moi. » Puis il laissa Dean et se dirigea vers le rideau par lequel Cas était passé.

« Cas ? » Appela Sam et Dean entendit Cas lui répondre.

« Je suis là. »

Sam disparut derrière le rideau mais Dean s'attarda, digérant la réponse de Sam. Sa première impression était que Sam voulait vraiment dire ce qu'il avait dit, mais il devait se tromper. Peut-être qu'il avait protégé Dean parce qu'il le pouvait et que cela pourrait lui servir plus tard.

Il n'avait cependant pas eu cette impression. La sensation de Sam le recouvrant était la même qu'avant, comme Sam, le frère avec qui Dean avait grandi. Sam, qui avait pris un pistolet et tiré entre les yeux d'une banshee avant qu'elle ne pose la main sur Dean.

Dean ferma les yeux, se débattant contre ses doutes. Il était tellement sûr que le Sam qui était revenu de la Cage n'était rien d'autre qu'une coquille vide, et au mieux un imposteur. Mais était-il possible qu'une trace de l'ancien Sam soit toujours logée dans son corps ?

Merde, il ne devait pas se fourvoyer. Cela n'avait pas d'importance de toute manière. S'ils sauvaient l'âme de Sam, Dean ferait tout ce qui est en son pouvoir pour que Sam soit à nouveau entier. S'ils échouaient, ils seraient morts de toute façon donc les questions sur l'authenticité de Sam seraient franchement discutables.

Se dépêchant pour les rattraper, Dean écarta le rideau, gagnant une bouffée de poussière et de moisissure. La pièce derrière le bar était plus grande qu'elle ne devrait l'être et elle était également plus haute, sans fenêtres et le sol était d'un fer grillé sous leurs pieds.

Lorsqu'ils le rejoignirent, Cas se débattait avec la porte d'un ancien ascenseur. Dean ne demanda même pas pourquoi il y avait un ascenseur dans un bâtiment muni uniquement d'un rez-de-chaussée. Il regarda plutôt la poulie au-dessus de la cabine et devina que cet ascenseur ne pouvait aller que dans un sens.

« C'est le seuil ? » Demanda Dean.

Cas ouvrit la porte d'un mouvement brusque et les charnières crissèrent. « Oui. »

Dean regarda le sol de la cage d'ascenseur ouverte et se mordit la langue.

« Nous descendons. »