Chapitre 4
.
Juillet 1994
.
Flash-back
Juillet 1994
À peine arrivé, Harry vit ses affaires être enfermées à double tour dans le placard sous l'escalier, puis il dut commencer les différents ouvrages que lui avaient planifiés ses ''parents''. Entre autre, préparer le repas, désherber les plates bandes, passer l'aspirateur et la serpillière, récurer les toilettes et faire la poussière du salon. Il alla se coucher, épuisé, sale et la faim au ventre alors que la nuit était tombée depuis longtemps. Et personne ne lui avait adressé la parole à part pour lui donner des ordres. La seule bonne nouvelle était que son cousin lui avait fichu une paix royale.
Ce ne fut, en revanche, pas le cas du dimanche où ce dernier décida que Harry devait lui servir de partenaire pour ses exercices de boxe. Le garçon n'ignora plus à la sortie de cette séance que dans l'esprit de Dudley et de ses parents, ''partenaire'' signifiait en réalité punching-ball.
Le lundi se passa de la même façon que le samedi, c'est à dire sans coup mais avec de nombreuses tâches à accomplir. Si nombreuses que le garçon savait qu'il ne pourrait pas toutes les faire dans la journée. Il ne se leurra pas, c'était bien le but et ainsi le parfait futur prétexte pour le punir ou le railler. La seule différence consistait au fait que ni Vernon, ni Dudley n'étaient présents. L'un était à son travail, l'autre avec des amis à la piscine municipale pour la journée. Harry savait donc qu'il ne serait pas frappé. Sa tante était dure mais il fallait reconnaître qu'elle n'avait jamais levé la main sur lui, sauf quelques fessées quand il était petit.
Harry entra donc dans la cuisine, en sueur, le visage et le torse sales, afin de boire un grand verre d'eau sous son regard perçant. Il espérait qu'elle ne lui dirait pas non, ce qui fut le cas.
« Tu pues, c'est une infection, » lui lança-t-elle en revanche. « Je t'ordonne de te prendre une douche ce soir. Hors de question que tu salisses cette maison. Tu te laveras avant de préparer le dîner. À l'eau froide, tu es tellement inconscient que si tu prends de l'eau chaude, tu serais capable de vider le chauffe-eau et Vernon n'en aura plus. Compris ? »
« Oui, tante Pétunia. »
Sa tante allait rajouter quelque chose quand la sonnette de la porte d'entrée résonna dans la maison. Fronçant ses sourcils de mécontentement, Pétunia pointa rapidement son index vers le jardin, indiquant à son neveu de disparaître rapidement, ce qu'il fit sans demander son reste. Cependant, Harry avait à peine commencé à reprendre le bêchage dans le coin du jardin consacré à être le potager que la voix criarde de sa tante se fit entendre.
Surpris, Harry se dépêcha d'entrer, essuyant une nouvelle fois ses mains sur l'ancien short de Dudley qui lui faisait office de bermuda trois fois trop grand pour lui. Il se figea alors qu'il entrait dans le salon. Devant ses yeux ahuris se tenaient Severus Snape et Albus Dumbledore, tous les deux en habits moldus.
Voir l'illustre directeur de Poudlard dans une chemisette hawaïenne à fleurs, rose et violette, et bermuda blanc était un spectacle que Harry sut qu'il n'oublierait jamais de toute sa vie. Dut-il vivre pendant deux cents ans. Snape, quant à lui, était sobrement vêtu d'une chemise à manches courtes vert foncé et d'un pantalon noir. Mais là encore, Harry n'en crût pas ses yeux. Il se sentit rougir de honte devant le regard qu'il lui lança. Lui-même était encore plus sale qu'un elfe de maison, était aussi mal habillé au vu des chiffons qui lui servaient de vêtements et il arborait un magnifique coquard.
« Eh bien, tu ne dis pas bonjour à tes professeurs, Harry ? » fit sa tante sèchement.
Elle était assise du bout des fesses dans l'un des fauteuils du salon, de même que Dumbledore. Snape était resté debout, accoudé sur le manteau de la cheminée.
« Bonjour... Professeur Dumbledore, professeur Snape... » marmonna le gamin sans oser entrer plus en avant dans la pièce.
« Harry, le professeur Dumbledore et Severus sont venus te chercher, » l'informa Pétunia.
« Me... Me chercher ? »
Harry n'en croyait toujours pas ni ses yeux, ni ses oreilles.
Et depuis quand tante Pétunia appelait la chauve-souris des cachots ''Severus'' ?
Alors c'était bien vrai, ils se connaissaient. Snape avait connu sa mère, connaissait sa tante et suffisamment bien pour qu'ils ne s'appellent que par leur simple prénom encore aujourd'hui. Il déglutit.
Devant le regard plein d'incompréhension de son neveu, Pétunia se retourna prestement vers le maître des Potions.
« Severus, Harry n'est pas au courant ? Comment cela se fait-il ? »
« Il s'avère que certaines choses ont été effectuées dans l'urgence. J'ai l'accord du ministère depuis une heure seulement, » rétorqua froidement Snape.
Pétunia hocha simplement la tête avant de se lever, crispée
« Bien, dans ce cas, je vous laisse lui expliquer en détails. J'ai des courses à faire. »
« Vous ne souhaitez pas entendre nos explications ? » s'étonna Dumbledore. « Ni aider votre neveu à préparer ses affaires ? »
« Quel intérêt ? Tous ce qui m'importe, c'est que ce gamin sorte de ma vie le plus rapidement possible. Que je sache, vous ne m'avez pas demandé mon accord avant de le déposer devant ma porte, comme un vulgaire chien abandonné. Alors débrouillez-vous avec lui et disparaissez de ma vue. »
Le visage choqué de Dumbledore aurait certainement mérité que Colin Crivey en fasse un portrait mais Harry ne sourit pas à cette pensée, blessé malgré tout par les propos de sa tante. Et puis, il était inquiet. Où devait-il aller ? Pour combien de temps ? Et surtout, pourquoi et en quoi Snape était concerné ?
« Pas même un au revoir, Pétunia ? Tu ne le reverras sans doute pas avant longtemps... » se moqua Snape.
« Que je ne le revoie jamais, si cela était possible. Ce monstre ou tous ceux de votre espèce ! Des aberrations, voilà ce que vous êtes ! Et lui, il n'a jamais été qu'un nuisible, un bon à rien comme ce Potter et mon anormale de sœur, » cracha-t-elle alors avec hargne.
La réaction rapide de Severus fit pousser un petit cri de surprise au garçon échevelé. À peine sa tante avait-elle fini de dire sa phrase qu'elle se retrouva avec une baguette sous la gorge.
« Ta sœur était la créature la plus merveilleuse que la terre n'ai portée, ne t'avise plus jamais, jamais, de dire le moindre mot contre elle. Et cet enfant est son fils, de sa propre chair et de son sang. Ton neveu. Tu ne vaux rien, Pétunia. Alors effectivement, je pense qu'il est préférable pour nous tous que tu disparaisses. Maintenant, » murmura l'homme d'une voix sourde et terrifiante.
Blême, sa tante prit son sac à main puis, faisant claquer ses talons sur le sol, elle sortit à la fois du salon, de sa maison et de la vie de Harry qui l'ignorait encore.
Dans le silence pesant de la pièce, Harry ne savait plus quoi faire. Beaucoup de questions tournaient dans sa tête, sans oublier qu'il était à la fois mortifié et impressionné par ce qui s'était passé.
« Harry, je pense que tu devrais t'asseoir, mon garçon, » lui proposa gentiment Dumbledore.
Harry s'avança et s'assit prudemment, se demandant à quelle sauce il allait être mangé. Il jetait de fréquents coups d'œil à Snape. Quelle mouche avait bien pu le piquer ?
« Bien, je suppose que tu dois te demander pourquoi nous sommes là, » commença le plus vieux sorcier. « Voilà, suite à tout ce qui s'est passé depuis maintenant trois ans, Severus m'a demandé s'il était prudent que tu restes sans la protection d'un sorcier pendant tes vacances. Je pensais que la protection du sang que ta tante te procurait était suffisante, mais... Eh bien, je dois avouer que Severus a su mettre en avant certains arguments qui, de ce que je viens de voir et d'entendre, se révèlent parfaitement exacts. À ma grande honte, je dois bien le reconnaître. Harry... Severus a fait une demande en urgence auprès du ministère afin de devenir ton tuteur. Il a reçu l'accord du secrétaire délégué à l'enfance il y a une heure à peine. À partir de maintenant, Severus est légalement le seul responsable de toi. Au vu des circonstances, le ministère a en effet également jugé utile de déchoir Sirius de tous ses droits envers toi. Il reste bien sûr ton parrain mais désormais, tu es le pupille de Severus. »
Harry sentit sa respiration se bloquer alors que ce que venait de lui annoncer Dumbledore se frayait un chemin dans sa tête. Il devint pâle comme la mort, ne sachant plus qui du vieux sorcier ou de son professeur de Potions il devait regarder.
« Non... Non... » murmura-t-il enfin.
« Si. Nous allons préparer tes affaires et ensuite, nous irons chez moi. C'est là désormais que tu vivras, » intervint alors Snape.
« Non ! » répéta Harry d'une voix plus forte et en se redressant brusquement. « Vous... Vous ne pouvez pas ! Vous me détestez ! Professeur Dumbledore, non, je vous en prie ! »
« Le ministère a tranché, Harry. De plus, je suis persuadé que tu trouveras avec Severus tout ce qui t'a visiblement manqué ici. »
Harry explosa de rire tandis que ses yeux se remplissaient de larmes.
« Vous plaisantez ? Je ne pensais pas la chose possible, mais ça sera pire ! Je refuse d'aller vivre avec lui ! »
« Cela suffit, Harry. Maintenant, montre-moi où est ta chambre afin que nous fassions rapidement tes bagages, » trancha durement Snape.
« Jamais ! » cria Harry.
Snape s'approcha de lui, l'attrapant par le bras que le garçon avait instinctivement mis en protection devant son visage. Trois jours qu'il était de retour chez les Dursley et déjà ses vieux réflexes avaient refait surface. Il attendit le coup qui pourtant ne vint pas.
« J'ai dit, cela suffit, Harry. Maintenant, montre-nous ta chambre, » répéta l'homme, glacial.
« Severus, je ne pense pas... »
« Je me passerai de vos conseils, Albus. Harry est mon pupille désormais, pas le vôtre. Je vous prierez donc de vous tenir éloigné de son éducation en dehors de Poudlard.
Le directeur soupira de façon théâtrale avant de se lever à son tour et de poser sa main sur l'épaule de son professeur.
« Inutile de vouloir démontrer ton autorité et ta légitimité auprès de moi. Tu sais parfaitement que je respecterai tes décisions. Cependant, n'en rejette pas pour autant mes conseils, mon garçon. Bien, Harry, je vais vous laisser, il est temps pour vous deux d'apprendre à vous connaître. Je passerai dans la semaine pour voir comment cela se passe. Si tu en es d'accord bien sûr, Severus. »
Celui-ci hocha la tête en signe d'approbation avant de relâcher le bras de Harry qui sentait les larmes menacer de s'échapper d'entre ses cils. Ce n'était pas possible, c'était un cauchemar, il ne voyait que cela. Dumbledore allait vraiment l'abandonner aux griffes de Snape ? Snape qu'il avait injurié il y avait de cela trois jours, frappé, et, oh Merlin, sur lequel il avait craché dessus ? L'ancien Mangemort allait lui faire subir mille tortures, il en était persuadé, en comparaison desquelles les gifles qu'il recevait de Vernon ressembleraient à de douces caresses.
« Professeur Dumbledore, je vous en supplie, ne me laissez pas, pas avec lui ! » gémit-il.
Mais Dumbledore se contenta de lui faire un fin sourire avant de tourner sur lui-même et de disparaître dans un crac sonore.
Harry se tourna donc vers le seul adulte restant qui était de surcroît désormais son tuteur, son nouveau parrain s'il avait bien tout compris. Une énorme envie de pleurer le saisit, ainsi qu'une colère sans nom. Mais le regard sombre qui ne le quittait pas le retint de laisser exploser l'une comme l'autre. Il marcha comme un automate dans sa chambre, laissant Snape le suivre.
« Où sont tes affaires ? » demanda aussitôt Severus après avoir jeté un œil clairement assassin aux barreaux en fer que Vernon avait réinstallés suite à l'été précédent.
Le garçon pointa du doigt vers une armoire branlante en formica qui se tenait dans un coin. Snape leva les yeux au ciel.
« Avec des mots, Potter, des mots ! »
« Dans l'armoire, professeur, » répondit Harry, notant au passage que Snape ne l'appelait plus ''Harry'' comme il l'avait fait tant que Dumbledore était présent.
Voilà, pensa-t-il, c'est bien la preuve qu'il se jouait de lui, il m'appelle de nouveau par mon nom de famille, exit la faible démonstration d'une quelconque possible affection.
Cette constatation le fit grimacer et relança un point douloureux dans sa poitrine. Il changeait donc bien de calvaire pour un autre. Ce n'était pas encore maintenant qu'il allait avoir un vrai foyer. Ses pensées dérivèrent vers Sirius. Sirius qui n'avait plus aucun droit sur lui. Sans qu'il ne puisse cette fois les contrôler, quelques larmes s'échappèrent de ses yeux, qu'il fit rapidement disparaître de sa paume. Pas question de donner satisfaction à Snape bien que ce dernier les vit, sans l'ombre d'un doute.
Cependant, le sorcier ne dit rien, se contentant d'ouvrir les portes de l'armoire en grand. Après un rapide coup d'œil, il se retourna vers sa charge.
« C'est tout ? Il n'y a que ces quelques nippes immettables ? »
« Oui, monsieur, » répondit Harry, rouge de honte.
« Et tes affaires de Poudlard ? »
« Dans le placard, sous l'escalier. »
Snape fronça ses sourcils.
« Ah... ce fameux placard... »
Harry le regarda, surpris. De la façon dont il l'avait dit, il aurait juré que Snape savait ce que représentait le placard. Pourtant, il ne l'avait dit à personne. Un affreux doute l'envahit alors qu'il repensait au sort inconnu qu'il lui avait lancé dans la Tour d'Astronomie.
« Bon, dans ce cas, prends déjà la cage de ta chouette, je m'occupe de ta malle, » conclut son désormais tuteur.
Harry le suivit docilement, s'étonnant du manque de remarques acerbes de son professeur. Quand enfin tout fut prêt, il posa sa main sur le bras de Snape, comme ce dernier le lui demandait. Une sensation d'écrasement, combinée à celle de manquer d'air le saisit aussitôt. Il ne vit rien d'autres que des images informes devant ses yeux, des taches de couleurs, avant de tomber dans les bras de son deuxième parrain. Étourdi, il lui fallut quelques instants avant de réaliser qu'ils étaient dans le salon sombre d'une autre maison.
« Nous sommes chez moi. C'est ici que j'ai grandi, » lui expliqua Snape. « Viens, je vais te montrer ta chambre. »
Une nouvelle fois, Harry ne dit rien tout en gravissant à son tour les escaliers. La maison ne lui plaisait pas. Elle était poussiéreuse, vieille et lugubre. Puis Snape lui ouvrit une porte, le laissant passer devant lui. C'était une petite pièce, aux murs autrefois blancs mais qui étaient devenus gris terne avec le temps. Un lit simple était aligné contre un mur avec une table de chevet, un bureau, un placard. Point. La seule touche de déco était une grande écharpe de Serpentard ainsi qu'une banderole verte et argent.
« Mon ancienne chambre. Tu pourras l'aménager comme tu veux, du moment que tu ne mets pas des couleurs qui me brûlent les yeux à chaque fois que j'y pénétrerai. »
Le message était clair, aucun mur peint en rouge ne serait toléré.
Snape referma ensuite la porte, laissant Harry seul dans la pièce. Il aurait dû se sentir soulagé sans la présence de l'homme mais ne l'était aucunement. Il regarda tout autour de lui, sentant la boule de chagrin dans sa gorge devenir de plus en plus grosse. Enfin, n'y tenant plus, il se jeta sur le lit, frappant le matelas de ses poings, hurlant dans son oreiller, le tout en battant des pieds. Quand il se fut un peu calmé et que la colère eut disparu, il garda son visage dans le coussin doux, respirant pour la première fois son parfum. Cela sentait le propre, le frais... Même si le reste semblait décrépi, Snape avait sans l'ombre d'un doute fait son lit avec des draps propres et très doux au toucher réalisa également le garçon.
Il n'y comprenait plus rien. Il ferma les yeux et laissa les minutes s'écouler lentement.
Il resta plus d'une heure dans sa nouvelle chambre. Harry ne savait plus quoi faire ni penser. Il commençait aussi à avoir faim et se sentait toujours atrocement sale. Sa tante avait raison, il puait et cet état ne s'était pas arrangé avec le temps. Pour couronner le tout, Snape n'avait pas daigné prendre ses nippes, il n'avait donc que ce qu'il avait sur le dos, plus les uniformes de sa malle et les quelques affaires qui s'y trouvaient.
Décidant de prendre son courage à deux mains, on est un Gryffondor ou on ne l'est pas, il descendit précautionneusement les escaliers, à la recherche de son tuteur. Il trouva ce dernier dans un endroit qui lui sembla pour le moins improbable, c'est à dire la cuisine.
« Professeur Snape, » chuchota-t-il à l'homme qui lui tournait le dos.
« Que veux-tu ? » répondit ce dernier sans se retourner.
Harry ferma brièvement ses yeux. Bon, cela n'allait pas le changer beaucoup de chez sa tante. À la différence que ce n'était pas lui qui préparait le repas, lui glissa néanmoins son cerveau.
« Je voudrais pouvoir prendre une douche... s'il vous plaît, » fit le garçon sur le même ton que précédemment.
Il avait bien réfléchi, là-haut dans sa chambre, et décidé de faire profil bas, du moins pour le moment. Histoire de voir comment réagissait Snape. Il n'avait pas du tout envie d'empirer sa situation. Il était un Lion, oui, mais il n'était pas suicidaire non plus. Et puis, il espérait avoir des réponses à ses questions. Ce n'était sûrement pas en affrontant Snape de front qu'il y parviendrait, il en avait parfaitement conscience.
Severus se retourna vers lui, le Survivant baissa les yeux, prenant l'air le plus innocent qu'il pouvait.
« Ce ne serait pas du luxe, je te le confirme. Je t'accompagne à la salle de bains. »
Ils remontèrent au premier étage. Harry entra dans une salle de bains qui était dans le même état miteux que le reste de la maison. Toutefois, il constata que là aussi son arrivée avait été préparée, des serviettes blanches étant soigneusement pliées et posées sur un petit meuble alors que des vertes, sans doute déjà utilisées par Snape, étaient accrochées à des portes-serviettes. Harry osa jeter un œil circonspect à son tuteur qui le dévisageait pour sa part sans aucune retenue.
Le garçon recula alors que l'homme faisait un pas en avant vers lui.
« P... Professeur ? »
« Ne bouge pas. »
Harry ne bougea pas d'un pouce tandis que la main du maître des Potions se posait sur sa joue avec délicatesse. Le contact étonna Harry qui sursauta légèrement. Décidément, cette journée allait de surprise en surprise. Les doigts froids mais plutôt doux de Snape se déplacèrent sur sa peau et Harry comprit. Il était en train d'examiner son œil au beurre noir. Comme pour confirmer sa pensée, le sorcier enleva sa main, agita sa baguette et bientôt une fiole de potion apparut, flottant devant eux.
« Prends-là, elle soignera ton bleu. »
Puis sans attendre de réponse, Severus tourna les talons et sortit de la salle.
Harry se posa ensuite des questions pour le moins stressantes, comme, pouvait-il prendre de l'eau chaude ? Quel savon utiliser ? Quel shampoing ? D'ailleurs, comment se faisait-il que Snape avait du shampoing ?! Mais la plus primordiale fut, comment se présenter à Snape pour la soirée qui se profilait ? Chez sa tante, Harry mettait toujours un pyjama après sa douche. À Poudlard aussi, d'autant qu'il la prenait en général juste avant de se coucher. Mais l'idée de se présenter devant son professeur avec un pyjama était extrêmement dérangeante, sans compter que les seuls qu'il possédait étaient en encore plus mauvais état que cette maison. Finalement, il se décida à ouvrir sa malle de l'école et à prendre une chemisette et un pantalon d'uniforme.
Après encore quelques minutes à se demander quoi faire, la faim le fit sortir de sa tanière. Il rejoignit son tuteur qui était cette fois-là dans le salon, occupé à lire un magazine, sorcier en à juger par les images qui bougeaient.
Il se tint devant lui, sans plus savoir du tout comment agir.
« Tu veux quelque chose ? » lui demanda Snape sans lever les yeux de sa lecture.
« Est-ce que je pourrais manger ? S'il vous plaît ? »
Cette-fois, le regard sombre de Snape apparut derrière une feuille.
« J'avoue que je suis agréablement surpris. Je ne pensais pas que tu étais non seulement capable de formuler autant de phrases correctes en une seule journée mais aussi d'être poli. Comme quoi, tout peut arriver. Tu as faim, donc, si je comprends bien. Le dîner est servi à 19h00 dans cette maison. Tu le sauras pour la prochaine fois. Viens, je vais te donner de quoi manger à la cuisine. »
Harry le suivit une nouvelle fois, clairement éberlué. Le sinistre professeur remplit une assiette de ragoût et de pommes de terre qui sentaient délicieusement bon et la posa sur la table. L'estomac du jeune sorcier en fit des bonds dans son ventre. Cela faisait depuis le petit-déjeuner de Poudlard que Harry n'avait pas fait un repas correct. Après que Snape lui ait désigné la chaise d'un air impatient, Harry s'assit et se jeta sur la nourriture, l'engloutissant goulûment pendant quelques secondes, avant qu'une main ne se pose gentiment sur son épaule.
« Mange plus lentement. Je me doute que tu dois avoir très faim mais si tu manges trop vite, tu auras du mal à digérer. »
Le plus jeune sorcier releva le nez de son assiette en clignant stupidement des yeux. Était-ce bien Snape qui venait de parler ? Certes, la voix était douce et basse, comme à l'accoutumée, mais il ne s'y trouvait pas le moindre soupçon d'ironie, pas la minuscule goutte de sarcasme. C'était à n'y rien comprendre. Il s'obligea donc à mâcher plus calmement, sous le regard vigilant de Severus.
« Monsieur ? »
« Oui ? »
« Est-ce que je peux vous demander quelque chose ? »
« Il me semble que c'est déjà ce que tu fais, mais je t'en prie, pose ta question. »
« Pourquoi vous avez voulu devenir mon tuteur ? »
« Je ne sais pas pourquoi mais j'étais persuadé que tu allais me poser cette question, » ricana-t-il.
Harry se rembrunit immédiatement. Là, c'était Snape.
« Je l'ai fait pour plusieurs raisons. L'une d'elle est bien entendu la volonté dont tu fais preuve pour te mettre dans des situations plus dangereuses et abracadabrantes les unes que les autres. Comme avec Black. Au moins maintenant, je t'aurai sous les yeux afin de veiller à ta sécurité. »
Harry manqua s'étouffer avec une pomme de terre.
« Vous avez fait cela pour... contre Sirius ? C'est uniquement pour cela ? »
Il reposa sa fourchette qui clinqua contre l'assiette. Il se sentit d'un coup totalement stupide. Stupide et malheureux. Au vu des petites attentions dont Snape avait fait preuve et surtout en constatant son manque de mépris envers lui, il avait eu comme une petite lueur d'espoir. Pas que Snape puisse l'aimer ou l'apprécier, il ne fallait pas rêver, mais au moins le tolérer et ne plus être aussi désagréable. Il avait espéré aussi que son professeur avait fait ce choix parce qu'il désirait s'occuper de lui, pas parce qu'il devait le faire par obligation, comme sa tante. Une fois encore, il s'était lourdement trompé. Snape n'avait pas fait cela pour lui, mais contre Sirius. Il n'était qu'un moyen d'atteindre un vieil ennemi, de le blesser, de les blesser tous les deux, là où cela ferait le plus mal, c'est à dire en les séparant. C'était tout.
Il se leva brusquement, faisant tomber sa chaise sur le sol dans un bruit sourd. Il allait pour fuir de nouveau dans sa chambre quand le bras de Snape le retint.
« Harry, reste ici ! »
« Non ! Lâchez-moi ! Vous avez fait ça uniquement pour vous venger de Sirius et pour vous moquer de moi ! Tout ce qui vous intéresse, c'est vous ! Vous et rien que vous ! Je sais bien que vous me détestez parce que vous pensez que c'est ma faute si ma mère est morte ! Mais c'était ma mère ! Ma maman ! Elle est morte, je l'ai jamais connue, vous ne pensez pas que je paye déjà suffisamment le prix de mon crime ? Ce n'est pas encore assez pour vous ? »
« Cela n'a rien à voir ! Si je pensais vraiment que tu doives payer, je t'aurais laissé dans ce trou à rat de Privet Drive ! »
« Trou à rat ? Parce que vous pensez qu'ici c'est mieux ? Vous allez faire quoi, maintenant ? Vous aussi vous allez mettre des barreaux à mes fenêtres pour que je ne puisse pas m'évader et ainsi m'avoir sous les yeux, comme vous dites ? »
Il se tut subitement alors qu'une horrible pensée lui traversait l'esprit.
« Est-ce que... est-ce que vous allez m'interdire d'aller à Pré-au-Lard, l'année prochaine ? De voir mes amis ou d'aller à la Coupe du Monde de Quidditch avec les Weasley ? » demanda-t-il d'une voix blanche.
« Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, en effet. »
« Je le savais ! En fait, tout ça c'est un prétexte ! Tout ce que vous voulez, c'est que je sois le plus malheureux possible ! Je vous déteste ! » cracha le gamin.
Il se dégagea d'un mouvement vif et s'échappa dans les escaliers. En s'enfermant dans sa chambre, il eut la sinistre impression de ne rien faire d'autre que fuir Snape depuis plusieurs jours. Il se jeta sur son lit, criant sa rage et sa détresse.
Chez les Dursley, il était traité pire qu'un elfe de maison mais cela ne durait pas. Pas plus d'un mois par an en tout cas depuis qu'il allait à Poudlard. Là, il réalisa que son calvaire allait durer douze mois sur douze, sans plus aucune porte de sortie ou bouffée d'air frais. Snape allait lui interdire tous ses plaisirs. Des larmes se mêlèrent à ses cris étouffés de colère. Sans doute n'aurait-il plus le droit non plus de jouer au Quidditch.
Le lendemain, Harry refusa de sortir de sa chambre. En désespoir de cause, Snape lui apporta le soir un plateau repas. Il avait bien évidement réussi à ouvrir la porte mais n'avait pas pu tirer un seul mot de la bouche du gamin qui restait fermement close. Il avait essayé les menaces, les petites piques vexantes, le chantage, rien n'avait fonctionné.
Le jour suivant, voyant que la situation n'évoluait pas, il se décida à contrecœur à faire appel à la seule personne susceptible de l'aider.
Harry regardait par la petite fenêtre de sa chambre qui donnait sur un minuscule jardin aussi peu accueillant que le reste de la maison. La pelouse était sèche, recouverte non pas de gazon mais de mauvaises herbes agonisantes.
Déprimant.
La porte s'ouvrit derrière lui mais il contrôla sa curiosité en restant stoïquement à sa place.
« Eh bien Harry, c'est ainsi que tu accueilles tes visiteurs ? » fit une voix chaude.
Le garçon se retourna pour tomber nez à nez avec son directeur de Poudlard.
« Bonjour, monsieur. »
« Alors, comment vas-tu ? » demanda le vieux sorcier en s'asseyant sur le matelas de Harry.
Ce dernier haussa les épaules.
« C'est pas pire que chez les Dursley. Mais cela va durer plus longtemps, » répondit-il, morose.
Dumbledore parla avec lui pendant une petite heure, ne recueillant la plupart du temps que des oui, non et autre hum.
Quand le vénérable sorcier redescendit les escaliers, il se fit de suite alpaguer par un Severus plus sombre que jamais.
« Alors ? Que vous a-t-il dit ? »
« Eh bien, il me semble que vous ayez encore un long chemin à parcourir tous les deux, beaucoup d'incompréhensions à lever mais tout espoir n'est pas perdu, cependant. Quant à toi, mon enfant, tu ferais bien de réfléchir un peu plus quand tu t'adresses à lui. Ce garçon a été si souvent blessé qu'il se braquera encore si tu n'y prends pas garde.
« Eh voilà, c'est encore de ma faute, pourquoi cela ne m'étonne pas ? » ronchonna Snape, lugubre.
Il s'affaissa dans son canapé, sans aucune grâce.
« Ce n'est pas ce que j'ai dit. Severus, tu as encore beaucoup de choses à apprendre pour être père... »
« Je ne suis pas son père ! »
« Certes, mais en devenant son responsable, tu es devenu sa figure paternelle que cela te plaise ou non. Si tu n'étais pas prêt à assumer ce rôle, il ne fallait pas faire des pieds et des mains auprès de tout le ministère afin d'obtenir sa garde. »
Le maître des Potions se renfrogna un peu plus.
« Je ne sais pas du tout comment m'y prendre avec lui. J'ai pourtant tout essayé mais rien ne fonctionne ! »
« Eh bien, dans un premier temps, je suppose que tu pourrais lui affirmer qu'il est le bienvenu avec toi, que tu ne cherches pas une nouvelle façon de le rabaisser en l'accueillant ici et que ce n'est sûrement pas pour te venger d'autres personnes que tu as voulu devenir son tuteur. Tu devrais aussi le rassurer sur le fait que tu ne vas pas le couper de ses amis, l'obliger à intégrer Serpentard ou encore lui interdire de jouer au Quidditch. »
Snape haussa un sourcil sous le coup de la surprise.
« Pardon ? Je n'ai jamais affirmé de telles choses ! »
« Sans doute, mais c'est ce qu'il craint. Il t'a dit qu'il était invité à passer quelques jours avec les Weasley, pour aller à la Coupe du Monde de Quidditch. Quelle a été ta réponse ? »
« Bon sang, mais quel foutu gamin ! Il ne pense donc qu'à s'amuser ? »
« Il va avoir quatorze ans, évidement qu'il pense essentiellement à cela ! Quelle sera ta réponse, Severus ? »
« Je ne sais pas... Cela pourrait être dangereux pour lui. »
Albus se mit à rire d'abord discrètement, puis de plus en plus en fort avant de carrément s'esclaffer.
« Puis-je savoir ce qui cause ainsi votre hilarité ? » aboya le maître des Potions.
« Toi ! Oh par Merlin, si un jour on m'avait dit que tu te transformerais en mère poule, je n'y aurais jamais cru ! »
Les yeux noirs de Severus se mirent à flamboyer dangereusement.
« Albus, avec tout le respect que je vous dois, ne me traitez pas de ... mère poule ou je ne réponds plus de rien ! »
« Voyons, Severus, c'est pourtant ce que l'on pourrait croire ! Tu ne pourras pas empêcher Harry de vivre ses expériences. Plus tu le cloîtreras, plus tu l'empêcheras de, tout simplement vivre, plus cela sera difficile entre vous. Que vas-tu faire ? L'enfermer dans sa chambre jusqu'à ce qu'une longue barbe blanche lui pousse au menton ? Est-ce vraiment cela que tu souhaites ? »
L'homme bougonna sur son canapé tout en continua de lui jeter des regards furieux.
« Non, bien sûr que non. Merlin, pourquoi a-t-il fallu qu'il soit un foutu Gryffondor ! »
« Tu savais ce qu'il était avant de faire ta démarche. Assume maintenant. »
Pour la première fois, la voix d'Albus était sèche.
« Oui, je le savais, je savais bien que ce n'était qu'un adolescent inconscient et horripilant. Je suppose que je vais devoir le laisser aller à ce fichu match avec toute cette bande bruyante de rouquins. Mais hors de questions qu'il reste chez eux plus que quelques jours. Je veux qu'il soit avec moi pendant l'été. Nous devons absolument apprendre à nous connaître, il doit comprendre que je n'ai pas fait cette démarche sur un coup de tête. Je suis son tuteur, il me doit obéissance et respect. Tout comme je connais aussi mes devoirs envers lui, je vous rassure. Mais il est si... borné. Si je ne m'impose pas auprès de lui maintenant, la situation va tout de suite devenir ingérable. Il faut qu'il comprenne que je suis son véritable tuteur et que mes décisions devront être respectées. Je ne tolérerai pas de désobéissance de sa part. Aucune. »
« Oh... Et c'est uniquement de cette façon que tu imagines ton rôle auprès de lui ? Être un tuteur ne signifie pas dicter sa loi. Il te faudra prendre aussi en compte son bien-être, Severus. Aussi bien matériel qu'émotionnel. Je ne pense pas que tu souhaites lui faire vivre ce que d'autres lui ont déjà fait... Ou ce que certaines de mes connaissances ont vécu pendant leur enfance. N'est-il pas ? »
Le sourire était revenu sur les lèvres du vieux sorcier, mais ses yeux montraient une certaine inquiétude. Snape soupira en se prenant l'arrête du nez entre ses doigts fins. Voulait-il faire avec Harry comme son oncle et sa tante ? Pire, voulait-il faire avec Harry ce que Tobias avait fait avec son fils, c'est à dire lui-même ? Non, il ne le voulait pas.
« Non, vous le savez bien. J'aimerais que l'on puisse s'entendre. Mais j'ai eu beau tout faire depuis qu'il est là, rien ne marche avec cette tête de bois. Je suis confronté à un mur. »
« Tout, vraiment ? Réponds-moi sincèrement, pourquoi as-tu voulu devenir son tuteur ? La vraie raison ? »
Un long silence s'ensuivit.
« Vous le savez, Albus. Vous le savez bien. »
« Dis-le dans ce cas, » insista le vieux mage en prenant place dans un fauteuil en face de son ancien élève.
Snape poussa un long soupir.
« Lily. Bien sûr, Lily. »
Il regarda Dumbledore, trouvant particulièrement agaçant le petit sourire victorieux qui glissa sur ses lèvres ainsi que l'abominable pétillement dans ses pupilles.
« Bon sang, Albus, vous connaissez parfaitement mes sentiments pour elle. Elle... Elle n'aurait pas dû mourir cette nuit-là. Pas elle. »
« Uniquement Lily ? »
« Que voulez-vous dire ? »
« Et Harry ? Tu penses réellement qu'il aurait dû mourir cette nuit-là ? À la place de sa mère ? Et James ? Comment crois-tu que Lily aurait réagi si son mari et son fils avaient été assassinés et qu'elle seule aurait survécu. Est-ce vraiment ce que tu voulais ? »
Snape ferma les yeux tout en basculant la tête sur le dossier du canapé. Quel terrible dilemme.
« Non, » souffla-t-il enfin. « Non. »
« Alors pourquoi, Severus ? »
Un deuxième long silence naquit entre les deux hommes.
« Je... Je ne sais plus ce que je ressens pour cet enfant, Albus. Il ressemble tant à son père. Physiquement ou de part son comportement. Mais... Mais ces derniers temps... J'ai... Oh par Merlin, pourquoi est-ce donc si difficile à expliquer. Ce gamin... Il était avec Pétunia ! Pétunia, Albus ! J'ai vu dans son esprit... J'ai vu que tout ce que je croyais savoir sur lui était faux ! Lily... Elle en aurait été malade. Le fils de ma Lily n'aurait pas dû vivre ça et... Je ne sais plus où j'en suis. »
« Dois-je comprendre que tu tiens un peu à lui ? Que tu as réussi à dépasser ta haine envers James pour réaliser que son fils n'est pas lui ? »
« Je ne sais plus... »
Severus évitait toujours consciencieusement de regarder Albus dans les yeux. Pourtant, il était un maître en Occlumencie et savait parfaitement que jamais Dumbledore n'utiliserait la Legilimencie contre lui. Mais c'était plus fort que lui. L'image de Lily flotta une nouvelle fois dans sa tête.
« Lily...Elle était si belle, si douce, si merveilleuse. C'était ma meilleure amie, ma seule amie. Et je l'ai perdue, Albus. Je l'ai perdue à cause de ma stupidité, à cause de ce Potter et à cause de cette prophétie. Harry... Il aurait pu être mon fils, il aurait dû être mon fils, et alors rien ne serait arrivé. »
« Tu ne peux refaire le passé, c'est impossible et tu le sais. Tu ne peux pas non plus dire ce qui aurait été. Lily et James s'aimaient, c'est douloureux pour toi, mais c'est la stricte vérité. Ils ont donné leur vie l'un pour l'autre et pour Harry. Severus, Harry n'est pas la cause de tes malheurs. C'est un cadeau pour toi... Le comprends-tu enfin, maintenant ? Cet enfant est non seulement le fils de Lily, le fils que vous auriez pu, ou pas, avoir si vos chemin ne s'étaient pas séparés, mais il est tellement plus que cela. Severus, Harry est un être bien à lui, une personne avec ses défauts et aussi ses qualités propres. »
« Je sais tout cela, Albus, même si j'ai mis du temps à le comprendre. Si je n'avais pas réalisé ce que vous me dites, je n'aurais jamais demandé à être son tuteur. Il est aussi tout ce qui me reste d'elle, la preuve vivante de son passage sur terre. Je ne veux pas qu'il lui arrive du malheur, je ne veux pas qu'il meurt ni qu'il souffre, que ce soit entre les mains de ces abominables Moldus qu'entre celles de Mangemorts. Oui, je veux pouvoir m'occuper de Harry, dignement. J'ai fait cette démarche pour prendre soin de cet enfant, du mieux que je le peux. Mais je ne sais pas comment faire avec lui. Je l'ai détesté, lui ai rendu la vie impossible, je ne sais pas comment me rapprocher de lui maintenant. »
Severus détailla le sorcier en face de lui qui, malgré tout ce qu'il venait de lui dire, affichait un air plutôt satisfait.
« Vous saviez tout cela. Et ce que vous ne saviez pas, vous vous en doutiez. À mon tour de vous poser une question, Albus. Pourquoi m'avez-vous demandé tout cela ? » fit-il d'une voix fatiguée.
« Tu as tout fait raison, je le savais. Mais je crois que quelqu'un ici présent l'ignorait et avait besoin de l'entendre, » répondit Dumbledore doucement.
D'un geste lent, il pointa son doigt vers Severus, lui indiquant un point derrière lui. Le maître des Potions se retourna, sachant déjà ce qu'il allait voir, ou plutôt, qui il allait voir.
C'était effectivement Harry, cependant, Severus ne s'attendait pas au visage défait de l'enfant, ni aux larmes qui coulaient sur ses joues.
« Harry, » souffla-t-il en se leva prestement.
Il se dirigea vers l'enfant, doucement, s'attendant à ce qu'il s'enfuit ou ne lui hurle dessus. Mais le gamin aux cheveux identiques à ceux de son père ne bougea pas, se contentant de le contempler de ses grands yeux verts. Les yeux de sa Lily.
Severus s'approcha encore, jusqu'à pouvoir poser ses mains sur les épaules frêles, avec précaution. Le jeune sorcier le regardait toujours, visiblement perdu. Les sourcils étaient fins, les cils longs et recourbés, comme ceux de Lily. Il partageait aussi avec sa mère le petit menton et le nez droit. En fait, en y regardant bien, en grandissant le visage de Harry avait pris de plus en plus de ressemblances avec sa mère. Bien qu'il restait indiscutablement un Potter. Le fils de James.
Mais il n'était pas James. Comme il n'était pas Lily. Il était le fruit de leur amour, le symbole vivant de sa défaite, de son incapacité à pouvoir garder Lily près de lui. Pourtant, alors qu'il y songeait, pour la première fois Severus n'en ressentit pas d'amertume. Albus avait raison, Harry était un être à part. C'était un cadeau. Le cadeau que lui avait légué Lily.
« Harry, laisse-moi une chance, s'il te plaît, » s'entendit-il murmurer à l'enfant.
Ce dernier sanglota et se mit à balbutier : « Est-ce que vous aimiez ma mère ? Vous l'aimiez vraiment ? »
« Oui. Je la connaissais depuis si longtemps... Elle était mon amie et je l'ai aimée, de tout mon cœur. »
« Est-ce que... Est-ce que vous voulez vraiment vous occuper de moi ? Pour de vrai ? Comme un vrai tuteur, comme un... Est-ce qu'un jour, vous ne me détesterez plus ? Est-ce que vous me pardonnerez d'être le responsable de sa mort ? »
Snape le prit alors contre son torse, le serrant, l'étouffant, disant aussi ainsi adieu au fantôme qui envahissait sa vie et son cœur depuis ce fameux 31 octobre, comme une dernière promesse.
« Oui, oui, je te le promets... Et je ne te déteste pas, tu n'es pas responsable de sa mort. Tu es son fils, tu es mon pupille. Je prendrai soin de toi, mon enfant. »
Puis il sentit deux bras qui l'encerclaient avec force alors que sa chemise devenait humide.
... ... ...
À suivre
... ... ...
