Blabla de début de chapitre : Bonjour à tous, navrée pour ce retard de publication ! Entre les partiels et les problèmes de connexion internet, impossible de pouvoir le faire !
Mais ce chapitre est enfin arrivé ! J'espère qu'il vous plaira lui aussi !
N'hésitez pas à laisser vos avis après si c'est le cas !
Bonne lecture à tous !
Chapitre 4
Francis referma la couverture rouge, le cœur battant. Les premières lueurs du jour perçaient par les rideaux de la chambre d'hôtel, et quelques oiseaux donnaient déjà de la voix près de la fenêtre.
Il avait lu le journal d'Arthur Kirkland toute la nuit.
Le jeune homme avait simplement commencé par lire une page, en se disant qu'il arrêterait quand il fatiguerait, regardant de temps en temps ses deux meilleurs amis jouer aux cartes à grands renforts de rires et de cris, ponctués par ses propres encouragements plein d'humours.
Puis, les cartes étaient retournées au paquet, les rires s'étaient éteints en même temps que la lumière principale, les discussions dans le noir s'étaient taries, la nuit avait fait son travail et Francis ne s'était jamais couché.
Pris par sa lecture, il avait été incapable de refermer l'ouvrage avant d'en lire le point final.
Le journal racontait le dix-neuvième siècle. L'époque victorienne, la Londres de ce temps-là, la révolution industrielle, le bazar dans les rues, les gentlemen, la vie dans le vaste Empire Britannique.
Francis s'était plongé dans cette époque, pas si lointaine que cela mais totalement inaccessible, pris par l'écriture du vampire qui ne quittait pas ses pensées, ayant l'impression de lire un roman historique très prenant.
Il ne savait si cela avait été le but d'Elwyn lorsqu'il était venu lui apporter le journal, mais Francis, au fil de l'encre, était irrémédiablement tombé amoureux d'Arthur. Le personnage principal.
Classique, de tomber amoureux du personnage d'une histoire… mais dans ce cas précis, le personnage existait.
Cette lecture avait permis à Francis d'apprendre à connaître celui qui avait éveillé des sentiments cachés en lui, et avait fait explosé ces mêmes sentiments dans son cœur.
Ses pensées, sa façon de raconter sa vie et ce qu'il voyait, son amour pour sa famille, tous ces autres lui qu'il avait aimé, reconnaissant leurs différences, leurs valeurs individuelles, tout ce qu'il aimait faire, ses anciennes habitudes, sa vision du changement, le regard qu'il portait sur les humains…
Toutes, toutes ces pensées et ces écrits séduisaient Francis.
Bien sûr, ce n'était pas comme s'il avait tout appris d'Arthur lui-même, mais après avoir lu ses pensées, sa vie par ses yeux, il se sentait bien plus proche de lui.
Arthur était un esprit pur. Il était à la fois un électron libre, et un animal sauvage à apprivoiser doucement. Sa réserve cachait un grand cœur blessé qui ne demandait qu'à se libérer.
Il avait réagi brusquement la veille, mais Francis ne pouvait lui en vouloir. Il avait lu un long passage consacré au « lui » de cette époque et il comprenait.
Il voulait mettre fin à toute cette souffrance. Il ne voulait pas n'être qu'un nouveau nom sur une longue liste. Il ne voulait pas être la nouvelle cause de souffrance de l'Anglais aux si beaux yeux verts.
Il voulait être le bon. Il était prêt à tout accepter, à se battre et à insister autant de temps qu'il le faudrait pour qu'Arthur l'accepte.
Il voulait l'aimer et le rendre heureux. Tout simplement.
-T'as lu toute la nuit ?
Francis se tourna vers Gilbert. Ce dernier avait la voix pâteuse, ses cheveux blancs étaient en bataille et ses yeux étaient encore gonflés de sommeil.
-Oui… désolé, je ne voulais pas te réveiller, lui sourit-il.
-Oh, c'pas toi, c'est le piaf, là…
Grognant, l'albinos enfouit sa tête dans l'oreiller, comme pour échapper à l'insupportable chant de la pie qui s'était posée près de la fenêtre.
N'y parvenant pas, l'Allemand se retourna sur le flanc, posant son regard écarlate sur Francis.
-Alors, c'était bien ?
-Très, fit le blond.
Il hésita quelques instants, puis :
-Gilbert ?
-Mmmmh… ouais ?
-Tu crois que c'est possible de tomber amoureux de quelqu'un juste en lisant sa vie ?
Son ami cligna des yeux quelques secondes, avant qu'un large sourire ne s'étale sur son visage.
-J'sais pas, Franny, j'sais pas… fit-il d'un ton lourd de sous-entendus. Par contre j'crois bien que c'est possible de tomber amoureux d'un mec que t'as vu que trois fois dans un pays étranger pendant tes vacances avec tes meilleurs potes !
Il éclata de rire devant la moue boudeuse du Français, avant de se lever et de venir s'étaler sur son lit.
-Ça s'voit comme le nez au milieu de la figure ! se moqua-t-il.
-Sois gentil, toi, protesta Francis. Sinon je te pousse !
-Si j'tombe, tu tombes avec moi !
L'albinos passa alors bras et jambes autour de son meilleur ami, s'agrippant à lui comme un koala.
Francis poussa un faux soupir irrité avant de craquer et d'éclater de rire lui aussi, rendant son câlin à son andouille de meilleur ami.
Le bruit qu'ils firent réveilla alors Antonio.
-Vous vous faites un câlin sans moi ! protesta-t-il avec une tristesse feinte. Vengeance !
Il se jeta alors sur les deux idiots enlacés, s'étendant de tout son long sur eux, s'attirant un mélange de rire et de protestations.
-Tu pèses ton poids ! se moqua Gilbert.
-Et toi, tu as vu ton joli ventre à bière ~ ? susurra l'Espagnol en lui tapotant le ventre.
Gilbert lâcha alors Francis pour se jeter sur Antonio, commençant à le chatouiller sous l'arbitrage neutre de Francis qui les encourageaient en riant.
Lorsque les deux jeunes hommes se séparèrent, tous deux essoufflés par leur bataille de chatouilles, ils se concertèrent du regard.
-Tous les deux sur lui ?
-Tous les deux sur lui !
Dans un faux cri de guerre, ils se jetèrent sur Francis qui n'eut que le temps de lancer une vaine supplication, et le prirent d'assaut.
Le blond aux yeux bleus se retrouva impuissant, riant compulsivement sous les chatouilles combinées de ses deux presque frères.
Riant eux aussi, ils ne s'écartèrent que lorsque ses supplications ne ressemblèrent plus à des paroles un tant soit peu cohérentes.
Les trois amis restèrent quelques instants allongés sur le lit du Français, haletants et riant encore, heureux d'être là, tous les trois, ensemble.
-Franny ? fit Gilbert au bout de quelques instants.
-Hm, oui ?
-Si tu restes avec Arty, nous, on restera avec toi ! Ça doit être trop cool d'être un vampire !
Francis se remit sur le ventre pour mieux regarder Gilbert et Antonio, qui lui souriaient tous les deux.
-Vous êtes sûrs ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.
-Certains ! J'en ai même parlé à Luddy et il serait d'accord aussi… m'enfin on le ferait pas direct ! On attendrait un peu quand même ! Puisqu'apparemment nous aussi on aurait des « âmes sœurs » !
Le blond se rallongea dans sa position initiale, contemplant le plafond quelques instants. Puis, il sourit et leur prit une main chacun.
-Vous êtes des andouilles… je vous aime, sourit-il.
-Nous aussi on t'aime Franny ! lança joyeusement Gilbert.
-Et ça serait super de rester tous les trois pour toujours ! renchérit Antonio, dont la voix trahissait un large sourire.
-Je suis bien d'accord avec vous ! rit alors Francis.
Il n'avait pas de famille, mais pour lui, les liens de sang n'étaient pas nécessaires. Gilbert et Antonio étaient comme des frères pour lui, et rien, pas même le temps, ne pouvait les séparer.
oOoOoOo
Arthur n'avait pas peur de la guerre.
Il en avait vu trop pour cela.
Elles se finissaient toutes, même les plus longues.
Les humains, en revanche… eux ils avaient peur. Il pouvait sentir leur peur, intense, palpable. Cela tenait naturellement ses sens en éveil, bien qu'il fut rassasié. Il n'avait pas non plus envie de chasser ces pauvres gens.
Il aurait pu se tenir éloigné de Londres, certes, mais il voulait user des talents propres à son espèce pour aider les gens.
Janvier 1941, Londres, le Blitz.
Il ne pouvait pas sauver tout le monde, mais quelques vies pouvaient continuer d'exister. Au moins quelques unes.
Le vampire jeta un coup d'oeil à travers un vitrail de l'église. Il avait rassemblé un petit groupe de personnes dépossédées de leurs logements par les bombes et les avait aidés à se rendre dans un endroit sûr, le temps que les bombardements se calment. Le groupe était blotti dans un endroit dont Arthur avait jugé qu'ils seraient en sûreté, même si les bombes touchaient l'église.
Devait-il continuer de chercher des gens à l'extérieur ? Il faisait nuit, et depuis que le Blitz avait commencé, un peu moins de six mois auparavant, de nombreux londoniens avaient été évacués de la capitale britannique.
Cependant, il y avait encore des gens à aider. Il y en avait toujours.
Alors qu'il s'apprêtait à sortir par l'arrière du bâtiment, avec toute la discrétion qui le caractérisait, il aperçut un homme qui avançait, clopin-clopant, vers le grand édifice. Il semblait blessé à la jambe. Malgré les lampadaires et la lueur des incendies, la nuit était noire. Jamais Arthur n'aurait pu distinguer son visage sans ses aptitudes surnaturelles.
Pour la première fois depuis très longtemps, il sentit son cœur rater un battement.
Il n'avait plus vu ce visage depuis plusieurs décennies. À force de se tenir reclus, et avec la première grande guerre…
Mais il ne pouvait oublier ces traits fins, ces cheveux soyeux et blonds quoique plutôt emmêlés, et ce regard bleu comme le ciel…
Sans réfléchir, il ouvrit la large porte de l'église, au moment où une bombe touchait le bâtiment adjacent.
Cette fois-ci…
Cette fois-ci il n'y eut pas de choix à faire.
Pas de décision.
Juste une souffrance silencieuse.
Et un regard qui s'éteignit dans le sien, à la lueur des flammes, sous les yeux des rescapés de l'église.
Une dernière souffrance.
Arthur n'attendait plus rien.
oOoOoOo
Francis eut une pensée pour l'homme qui avait repoussé les avances d'Arthur en 1856 avant d'avaler son premier verre d'alcool de la soirée.
Il eut une pensée pour ces lois contre l'homosexualité, à l'époque.
Il eut une pensée pour toute la bienséance, les préjugés, les prétendues obligations des gentlemen.
Il eut une pensée pour tous les lâches qui n'avaient pas le cran d'assumer ce qu'ils ressentaient.
Et puis il n'eut plus de pensées du tout lorsque l'alcool eut bien atteint son organisme au bout de deux heures passées en compagnie de ses amis, dans un bar écossais.
Il ne restait guère plus que cinq petits jours avant la fin de leur road trip dans le pays celtique.
Ils avaient certes le temps d'en profiter encore beaucoup, mais la fin semblait approcher de plus en plus vite.
Francis n'avait toujours pas revu Arthur : d'un côté il avait l'intuition qu'il ne pouvait pas se rendre chez lui comme ça au vu de leur dernière rencontre, et de l'autre, il avait voulu effacer son comportement absent des jours passés dans la lune en étant plus présent encore avec ses amis.
Cependant, chaque soir, quand Antonio et Gilbert s'endormaient, il rouvrait le journal d'Arthur, lissait les pages et relisait les passages, dans l'ordre, ou au gré de ses envies.
Il se replongeait au dix-neuvième siècle, dans la vie du vampire, alors âgé de 569 ans. Et il tombait toujours plus amoureux en y pensant, en s'imaginant y avoir vécu à la place de l'homme qui l'avait rejeté, préférant sa relation hétérosexuelle, n'assumant pas d'être tombé amoureux d'un homme, vampire en plus.
Certes, Francis pouvait comprendre. En se mettant dans l'esprit de l'époque, la réaction semblait logique. Mais il continuait de trouver ça triste, et cruel pour Arthur, qui avait tant de fois été rejeté…
En l'occurrence, ce soir-là, il ne risquait pas de lire. Les vapeurs de l'alcool embrumaient déjà son esprit, altérant ses réflexes, et lui donnant l'impression que le monde entier s'était soudainement juché sur un tourniquet géant.
Le monde était, à vrai dire, déjà un tourniquet géant.
Sauf qu'habituellement, il ne le remarquait pas.
Il riait sans trop de raisons depuis un moment déjà. Cela avait commencé lorsqu'il avait éclaté de rire en regardant Gilbert, qui ne faisait rien de spécial, et son rire s'était encore accentué quand ce dernier avait arboré une moue faussement boudeuse. Depuis, les trois amis riaient comme des imbéciles dans le bar, racontant tout et n'importe quoi, mais… surtout n'importe quoi.
Ils finirent par se lever. Tout du moins, seul Gilbert y parvint réellement : Antonio et Francis trébuchèrent sur les pieds de leurs chaises et s'étalèrent au sol en gloussant.
Le patron, un grand écossais massif à la barbe rousse assez épaisse, les regardait d'un œil méfiant.
Les trois jeunes hommes eurent du mal à se déplacer dans le bar, tant ils vacillaient. Les clients ne leur prêtèrent guère attention, ayant l'habitude de voir des jeunes adultes ivres à cette heure-ci de la soirée.
Ils improvisèrent une danse vaguement écossaise au milieu de la salle, qui leur valut un regard noir du tenancier, qui, visiblement, ne se contentait pas de porter sa nationalité sur son visage : il l'avait également dans son caractère.
Néanmoins, tout aurait pu encore très bien se passer si les trois amis n'avaient pas décidé de partir sans payer, tout simplement parce qu'ils étaient trop saouls pour se rappeler qu'ils devaient de l'argent à l'homme qui leur avait servi l'alcool.
Ils ne furent cependant pas très impressionnés lorsque le grand roux les suivit dans la rue d'un air menaçant.
-Mon argent, exigea-t-il avec l'air de celui avec qui il ne vaut mieux pas plaisanter.
-Oooooh ça va ! répondit Gilbert avec une voix pâteuse et à la tonalité aléatoire. En plus l'est dégueu vot' w-w-whisky. C'même pas vous qui l-l'avez in-inventé. C'les Irlandais. Ceux en vert là. Y vivent dans des marmites et y pêchent des t-trésors 'vec leur châteaux… chameaux… chapeaux !
Puis il éclata de rire tout seul, tombant à la renverse sur le trottoir, les quatre fers en l'air.
Le visage du tenancier était désormais rouge carmin, et il saisit par le col le plus proche de lui, à savoir Francis.
La conscience de ce dernier parut percer à travers le brouillard alcoolisé embrumant son esprit lorsqu'il vit un large poing se lever.
Il se crispa, attendant le coup violent qui n'allait pas tarder à venir, mais une voix claqua sèchement, le sauvant à temps.
-Veuillez le reposer immédiatement, je vous prie.
Le barman se retourna vers le jeune homme blond, paraissant minuscule à côté de lui. Un look aristocratique datant d'il y a deux siècles, une petite taille, un corps fin…
Le géant eut un sourire en coin moqueur.
-Sinon quoi ? ricana-t-il. Ils me doivent de l'argent !
-Sinon je vous brise les os, siffla Arthur d'un ton bas et menaçant.
La menace paraissait évidemment ridicule. L'homme aurait pu être intrigué par ce jeune homme si peu impressionnant proférant de telles menaces avec un air si sûr de lui, mais il était trop piqué dans sa fierté pour réagir à de telles choses.
Il haussa les épaules et assena son poing vers le visage de Francis. Ce dernier ferma les yeux, attendant de nouveau l'impact qui semblait inévitable.
Un courant d'air fit virevolter ses mèches et il sentit quelque chose près de lui. Ne sentant pas de douleur, il se décida à rouvrir les yeux. Arthur était là, tranquillement, paraissant vraiment petit à côté du tenancier, mais retenant sans aucun effort manifeste son poing à la seule force de sa paume.
-Je vous avais prévenu, dit-il calmement.
D'un geste si rapide qu'il en devenait flou, il brisa le poignet de l'homme, celui avait lequel il tenait Francis. Le gérant du bar poussa un cri de douleur et lâcha Francis. Arthur le rattrapa dans ses bras sans broncher et l'amena plus loin.
-Ne bouge pas d'ici, je m'en occupe, fit-il.
Francis se sentit cloué sur place. Il eut l'impression que même s'il l'eut voulu, il n'aurait pu faire un seul pas, dans n'importe quelle direction.
Le vampire qui était devant lui un instant plus tôt avait disparu, et réapparu aussi vite devant l'agresseur, auquel il assena un coup de poing dans la carotide. Le souffle coupé, l'Écossais tomba à terre, incapable de produire autre chose que des sifflements douloureux.
Puis, Arthur sortit de la poche arrière de son jean quelques billets et pièces qu'il laissa tomber à terre, dans la poussière.
-Votre argent, gronda-t-il d'un ton menaçant. Si je ne vous fais rien de plus ce soir, c'est uniquement parce que je suis gentleman.
Son ton assurait qu'il aurait pu lui faire bien pire encore, et l'homme fut intimement convaincu qu'il avait beaucoup de chance de s'en tirer si facilement.
Puis, Arthur avisa Gilbert et Antonio qui s'étaient endormis par terre, un peu plus loin, et ronflaient bruyamment. Il soupira longuement.
-Vous êtes vraiment des ivrognes… je reviens, dit-il à Francis.
Tour à tour, il saisit Gilbert et disparut, avant de revenir prendre Antonio, et de finalement retourner auprès de Francis. Il l'examina quelques instants. Francis, lui, n'arrivait pas à réfléchir quelques instants sur ce qu'il venait de se passer, à cause de l'alcool.
-Tu es vraiment un imbécile quand tu es ivre, dit finalement Arthur avec une légère moue. C'est une première, ça…
Puis, un léger demi-sourire étira ses lèvres, et il passa une main devant le visage du Français, qui eut l'impression que la brume envahissant son esprit se dissipait peu à peu. Il vacilla et ses genoux ployèrent. Arthur le rattrapa juste avant qu'il ne tombe au sol.
-Désolé… fit alors Francis, l'esprit soudainement plus clair.
-Ne t'excuse pas. Ce barman est un sauvage. Ce n'est pas la première fois que je le vois malmener des clients dont la tête ne lui revenait pas.
-J-je vois…
Arthur passa alors l'un des bras de Francis autour de ses propres épaules, et sauta. Très haut, suffisamment pour atteindre le toit le plus proche.
-Accroche-toi bien, je vais te ramener à l'hôtel.
Puis, il passa l'un de ses bras autour de la taille de Francis pour mieux le tenir, et il se mit à sauter de toits en toits pour rejoindre l'hôtel. Tout allait très vite, et tout était très flou, aussi Francis préféra fermer les yeux pour ne pas vomir. Il se concentra sur la sensation du bras d'Arthur autour de sa taille, et ses cheveux qui chatouillaient son poignet découvert. Le vent provoqué par leur déplacement lui fouettait le visage, mais il s'en moquait.
Il sentait quelque chose de tout chaud dans son ventre. Une sensation douce et agréable. Il avait envie de rester proche d'Arthur longtemps, comme ça.
La seule fois où ils avaient été en contact physique, Arthur avait eu une très mauvaise réaction. Et là… soudainement… comme si de rien n'était…
L'Anglais était vraiment blessé par tous les rejets auxquels il avait dû faire face, des nombreux anciens « Francis »… L'actuel ne savait pas exactement combien il en avait connu. Peut-être pas un par génération, mais en tout, cela devait faire un joli nombre tout de même. Plus de dix, à son avis.
Au fond, il n'était pas certain de vouloir le savoir.
Ils furent très vite arrivés au balcon de la chambre d'hôtel. Arthur fit entrer Francis, qui constata que ses deux meilleurs amis ronflaient généreusement dans leurs lits respectifs.
Le vampire s'approcha de celui de Francis, avant de s'immobiliser et de froncer les sourcils. Le blond suivit son regard, avant de se sentir légèrement coupable.
Le journal d'Arthur était resté sur son lit.
Le petit blond s'en approcha et le saisit, avant de l'ouvrir et d'en parcourir quelques pages. Puis, ses sourcils se froncèrent plus encore. Il n'avait pas l'air ravi du tout de trouver son journal ici.
-Tu me l'as volé ? demanda-t-il, visiblement en colère.
-Non ! se défendit Francis.
Il hésita quelques instants, avant d'opter pour la vérité. Être honnête lui semblait être le meilleur choix possible.
-C'est… c'est ton frère qui me l'a apporté. Elwyn. Je crois qu'il… voulait que j'apprenne mieux à te connaître. D'une autre façon qu'en te côtoyant. Il est venu un soir et il me l'a donné…
Arthur resta silencieux quelques secondes. Il ne parvenait pas à croire que son frère ait pu lui faire une chose pareille !
-Tu… l'as lu ? finit-il par dire plus calmement, mais avec de l'appréhension dans le regard.
-Oui. Tu as un vrai talent de conteur, tu sais…
-Merci… souffla Arthur, l'air légèrement gêné et embarrassé. Mais c'était des pensées intimes… Elwyn n'aurait pas dû te le donner…
-Je suis désolé, répondit Francis en baissant les yeux. J'aurais dû y penser. J'ai vu ça comme une occasion de savoir un peu mieux qui tu es… mais ce n'était pas très correct.
Arthur ne put s'empêcher d'être touché par la sincérité qui émanait de Francis. Il avait vraiment voulu le connaître, malgré ses rejets, malgré son attitude, et malgré le fait qu'il savait ce qu'il pouvait arriver.
-Je ne veux pas te blesser, lui assura Francis. Je te le jure. J'ai lu ce qu'il s'était passé, par rapport à l'autre « moi » de cette époque-là, le dix-neuvième siècle. Je trouve ça vraiment triste qu'ils t'aient tous rejetés… ou bien que tu aies été forcé de t'en détacher, comme tu le disais, pour le révolutionnaire. Mais je ne veux pas être comme les autres, et je sais que je ne suis pas comme les autres. Je… je suis vraiment tombé amoureux de toi, même si j'ai du mal à réaliser que ça ait pu arriver aussi vite. Je… je t'aime sincèrement, Arthur Kirkland… tout ce que j'ai lu de ta main à ton propre sujet, et tout ce que je sais de toi… et tout ce que je vois de toi… j'ai envie de rester à tes côtés. Je ne veux pas t'oublier… je ne pourrais pas… même si tu me forçais à t'oublier, je sais qu'il y aurait toujours un grand vide ici…
Il posa la main sur son propre cœur. Ses yeux bleus demeuraient dans ceux d'Arthur.
Un courant d'air fit voleter le rideau devant la porte-fenêtre, et Francis reprit sa respiration.
-Je veux que tu me donnes une chance de te prouver que je ne te blesserai pas… s'il te plaît…
Arthur se mordit la lèvres, le regard torturé, et il détourna le visage. Francis voyait qu'il tremblait légèrement, mais il n'osa pas s'avancer vers lui, craignant de le brusquer.
-Je…
La voix de l'Anglais était tremblante, elle aussi. Le Français sentait son hésitation. Il avait envie de le prendre dans ses bras, le rassurer, lui dire que tout irait bien cette fois-ci, qu'il voulait toujours, toujours, toujours rester avec lui.
Mais il ne le fit pas. Il se contenta d'attendre en silence l'ultime réponse d'Arthur, celle qui scellerait probablement leur destin, quelle quelle soit.
