Hello à tous !

Le dessert est passé ! Place à la danse !

Athéna exige du vin, Saga fluctue, et Camus se voit forcé d'ouvrir sa cave...

J'ai l'impression de partir encore en vrille - ne m'en voulez pas ^^

Bonne lecture à tous !


Titre: Margaritas ante porcos

Couple: Milo x Camus

Disclaimer: Tout à M. Kurumada, Shueisha, Toei. J'aimerais bien la cave de Camus ^^


Margaritas ante porcos

Quand il ne resta plus que les miettes du gâteau et les petites queues vertes des fraises, les organisateurs de la fête décidèrent que la danse pouvait commencer.

Camus du Verseau, invité dans son propre temple, frémit et se ratatina sur son siège. A plus de vingt-deux heures, il n'aurait rien eu contre aller dormir. Enfin, se câliner avec Milo puis dormir.

- Couvre-feu illimité ! scanda la déesse Athéna en frappant encore dans ses mains chocolatées/fraisées.

Le Français se sentit achevé par le laxisme patronal de sa supérieure olympienne.

Dokho se précipita pour pousser la sono à fond, et une bouillie de sons infâmes se déversa dans le salon, faisant trembler les murs, les lustres et les verres vides.

- Mister Freeze, t'ouvres ta cave oui ou non ? attaqua DeathMask, qui manquait d'alcool.

- Non ! refusa fermement le Verseau.

- Radin ! accusa Aphrodite, moi je donne volontiers de mon thé à la rose favori.

- Normal, il est dégueulasse, s'immisça le Scorpion hilare.

- Exact, appuya peu aimablement le Français, qui était difficile question thé - enfin, les mauvaises langues disaient qu'il était difficile sur absolument tout, sauf sur le choix raté de son petit ami.

Le troisième membre du trio, Kanon des Gémeaux pour ne pas le nommer, prit lui la tangente la plus futée pour arriver à ses fins : il s'étaya de Saori.

- Chère Athéna, ronronna-t-il d'une voix moins râpeuse que ses écailles, Camus refuse de nous donner à boire. Donc, de vous offrir son vin comme tout bon Chevalier et galant homme devrait le faire !

Il suffisait de savoir parler au cœur d'Athéna/Saori pour qu'elle mette toute son opiniâtreté à obtenir le meilleur pour ses chers guerriers.

- Camus du Verseau, viens ici ! glapit-elle donc avec tout le poids de son autorité divine.

Inquiet – qui ne serait pas inquiet en se voyant convoqué devant Athéna ? –, le maître des lieux s'avança, traînant des sandales vers sa déesse vierge.

- A votre service, Déesse Athéna ! se hâta-t-il d'affirmer.

- J'ose l'espérer, oui, sourit la jeune donzelle. Je veux du vin, Camus, je t'ordonne donc de m'ouvrir ta cave réputée dans tout le Sanctuaire !

- Mais… mais… bégaya le Français catastrophé. Il y a des apéritifs et des digestifs dans le bar et…

- Je veux une très grande bouteille, du vin rouge de grand cru ! réclama l'adolescente.

- Sans vouloir… vous offenser, Altesse, il me semble qu'après tant de Muscadet, un mélange avec du vin rouge n'est pas conseillé. Vous pourriez… être malade.

- Douterais-tu de mes capacités divines, Chevalier ? s'irrita Saori, dont le teint virait à la couleur framboise, ce qui n'était jamais bon signe.

- Non ! Je ne me permettrais pas de douter de votre capacité à tenir l'alcool mieux qu'un pilier de comptoir ! osa avec acrimonie répliquer le Français.

Milo du Scorpion, qui avait suivi avec inquiétude le dialogue salé/sucré de l'amour de sa vie et de la déesse de sa mort, se crispa les doigts sur sa chemise déjà froissée.

Malheureusement, Saori, si elle avait une tête de linotte distraite, une futilité de jeune héritière pourrie gâtée, et un manque flagrant de subtilité, repérait très bien les sous-entendus vénéneux cachés sous les couleurs attrayantes de la politesse de commande. Et si Camus excellait à cette ironie quasi-indétectable, Athéna excellait à la repérer et à la punir.

- Va ouvrir ta cave, Camus du Verseau ! ordonna donc la jeune personne susceptible, tapant de la paume sur la table – une assiette tomba et se brisa au sol, dépareillant davantage le service de porcelaine du Français.

- Oui, Altesse, grincha Camus.

- Et cesse de m'insulter Chevalier ! Je pourrais changer d'avis et renvoyer ton Milo pour un an au lieu de deux semaines !

A la perspective d'une année de séparation, Camus perdit de sa superbe et s'empressa de tourner les talons en direction des sous-sols de son temple. Il fut suivi par le Scorpion, qui avait du mal à ne pas foudroyer sa supérieure de ses prunelles rouges d'assassin patenté.

Seiya de Pégase, lui, serrait les poings autour de sa divine fiancée, ayant entendu seulement la fin de sa phrase.

- On t'insulte ma Saori ? On t'insulte ma Saori ? ne cessait-il de répéter en tournant son cou équin dans toutes les directions pour tenter de repérer le traître.

- Viens danser, Pégasounet, soupira la jeune fille pour le canaliser.


Rageant tout intérieurement, Camus du Verseau avait allumé une torche avec son briquet – les sous-sols ne bénéficiaient pas de l'électricité – et descendit avec précaution les marches glissantes, négligeant l'entrée du souterrain reliant les douze temples pour bifurquer du côté des caves.

Frissonnant de froid et de terreur rétrospective – un mot acide de plus de Camus et Athéna se serait vengée -, Milo suivit son compagnon, qui stoppa ses pas devant une porte en bois barricadée par de la glace impénétrable.

- C'est celle-ci ?

- Pourquoi je l'aurais gelée sinon ? répliqua avec mauvaise humeur le Français.

Il détestait les questions illogiques et inutiles.

- Pardon mon cœur, se recroquevilla le Scorpion.

" Milo, à quel âge t'as couché ? " parvint par delà les escaliers la voix horriblement sonore et enrobée de mélange cognac/Muscadet de l'immortel Phénix.

- LA FERME, POULET ! beugla le Grec à en provoquer un éboulement.

Camus, qui commençait à faire fondre la glace, tourna vers lui un regard de compassion.

- Tu ne l'as jamais dit qu'à moi ?

- Ouais. T'en fais pas, c'est loin maintenant tout ça. Mais toi, je ne savais pas que DeathMask et Aphrodite…

- Ma foi, je crois que le Cancer ne s'est pas vanté de s'être fait démolir ses bijoux de famille par un adolescent qu'il pensait forcer facilement.

Milo en tomba sur le sol humide tellement il s'était mis à rire.

- Oh mince, par Zeus, tu lui as vraiment…

- Avec le genou, et j'avais mon armure, le renseigna le Verseau avec un rictus de contentement. Il est resté calfeutré dans son temple durant quelques jours…

- Oh la la, trembla le Grec en se relevant péniblement. Je l'ai échappé belle quand je t'ai déclaré ma flamme !

Camus acheva de dégager la porte et pivota vers son amant.

- Cela aurait été fort dommage pour moi… Tu viens ?

- Cool, chouchou, la caverne d'Ali-Baba !


Au sixième temple, l'eau coquine se répandait maintenant dans le couloir, se divisant pour envahir la chambre monacale de Saint Shaka, renonçant à celle de Kiki – le jeune Atlante, être bourré de ruse, ayant barricadé l'espace au bas de sa porte par plusieurs sari de l'Indien roulés en boule.

L'eau, déçue, reprit sa course vers le salon et la cuisine.


Après une petite danse débridée et sans règles caracolée avec Pégase, Athéna s'éventa avec un " Sciences et Vie " trouvé sur la sono, et constata que sa bouteille de vin n'était toujours pas remontée de la cave.

- Mais que fabrique ce lambin ? insulta la déesse, qui n'avait visiblement pas vraiment besoin d'alcool supplémentaire.

- Je vais voir, se dévoua incontinent le consciencieux Saga.

- Oui, merci Saga.

- Du vin, du vin ! clama Seiya, qui n'avait jamais autant découvert de vins et spiritueux que depuis qu'il sortait officiellement avec Saori.

Aiolia dut réprimer le cri naturel d'approbation qui lui montait spontanément à la mâchoire, car Marine, privée d'alcool par son état de future mère, surveillait d'autant plus la consommation de son Lion. Il n'avait eu droit qu'à un seul verre de Muscadet, et pour l'heure dansait contraint et forcé au milieu du salon de Camus, tentant en vain de glisser que des gesticulations techno étaient mauvaises pour bébé lionceau.

Aphrodite le coinça définitivement en bousculant Beethoven et Mozart dans le classement du Verseau pour chercher un CD importé par Milo, et lancer un slow. Aiolia, résigné, enlaça Marine et se mit à tourner, occupant le temps à penser que le tableau monumental suspendu au dessus de la cheminée était étrange : il ne reconnaissait pas dans les taches de couleur le pont japonais et les nymphéas chers à Monet.

A côté de la perplexité artistique du Lion, Shiryu sortait de sa cascade d'asocialité pour faire tournoyer une Shunreï très en beauté, et Dokho englobait de bras tentaculaires son Shion, histoire de lui casser son image de Grand Pope lugubre.

June du Caméléon tentait en vain de s'approcher de Shun, qui était encadré par Ikki et son nouveau verre de cognac à droite, et Hyoga encore tout secoué des turpitudes révélées de son vénéré maître à gauche.

Poussé dans le dos par un Kanon déchaîné, Aiolos s'était décidé à inviter Seika.

Shaina de l'Ophiucius se démenait encore à l'italienne face à un DeathMask qui réclamait de temps en temps son vin à grands cris.

Saori piétinait dans sa robe longue, aimablement distraite par un canasson inquiet. Certaines petites lueurs dans les prunelles de sa divine fiancée restaient facilement déchiffrables : la réincarnation céleste cuvait à la fois son vin et une colère grandissante.


Dans les sous-sols, Camus avait placé la torche dans un support en hauteur et marchait le long des caveaux remplis de bouteilles, passant un doigt dédaigneux sur les premiers pour arriver au centre.

- Ouah, chouchou, combien de temps tu as mis à accumuler ces trésors ?

- Depuis que je suis Chevalier.

- Ne me dis pas que tu flûtais à treize ans ! se marra le Scorpion. T'étais si sage à l'époque que tu devais encore biberonner du jus de fruits…

Le Français plissa des narines vexées.

- C'était pour les collectionner. Et puis, le précédent Chevalier du Verseau devait aimer le vin aussi, car il y avait déjà des crus rares.

- C'est super, s'agita le Grec, passant un nez curieux parmi les toiles d'araignées.

- Tu aurais vu les caves de mon père alors… Le triple de celle-ci.

Milo dressa l'oreille mine de rien.

- Les caves ? C'était si grand que ça chez toi ? s'enquit un arachnide curieux sur la pointe des pinces.

- Mmm… Nuits-Saint-Georges… Euh, oui, plutôt.

- Avec un parc ?

- Oui. Pfff, grogna le Verseau, sacrifier mes bourgognes ou mes bordeaux…

Il passa les années avant quatre-vingt : trop précieux pour Athéna et les commères.

- Près de Paris ? continua Milo.

- Oui. Quoique les caves de notre manoir normand étaient plus petites mais il y avait aussi beaucoup de…

Le Français s'interrompit, réalisant sa prolixité soudaine, et se retourna face à un Scorpion au minois angéliquement innocent.

- Toi… prononça Camus en agitant un doigt faussement menaçant. Arrête de me tirer les vers du nez…

- Pardon chouchou, ricana le Grec, bras croisés derrière sa nuque.

Il jubilait.

- Tu ne peux pas lui donner une mauvaise année, mon ange ?

- Athéna s'y connaît malheureusement un peu en cuvées rares.

- Il faut bien qu'elle ait quelques talents, railla le huitième gold.

Pendant que Camus était dans l'expectative la plus abominable, hésitant entre sacrifier une bouteille de Château Margaux, de Nuits-Saint-Georges, de Saint-Emilion ou de Gevrey Chambertin, il sentit les pattes scorpionnesques de son amant envelopper sa taille.

- C'est un bon fantasme, la cave à vin, souffla moqueusement Milo dans sa nuque. Un peu froid, mais je me chargerais de faire grimper la température…

- Très mauvais pour le vin, exhala péniblement le Français, sa main sur une bouteille de l'année deux mille.

Comment diable résister à l'érotisme sur pinces que représentait son amoureux ?

La réponse lui apparut sous la forme de Saga des Gémeaux, Petit Pope tout neuf, prétendant encombrant et fouineur, empêcheur de se cajoler en rond.

- Encore ! mugit le plus vieux des golds, les mains sur les hanches, le ton rude.

- Oh merde, jura peu élégamment le huitième gardien, fustigeant le gêneur de son regard orangé. Encore toi !

- Athéna réclame sa bouteille, se disculpa Saga. Tu viens, Camus ?

- Ouais.

- A moins que tu ne cherches à te faire maltraiter dans un contexte approprié ? provoqua avec très peu de sagesse " L'Autre " – Saga protesta mentalement en vain.

- Vraiment, fit le onzième gardien, retenant à bras le corps un Milo qui s'énervait déjà. Tu deviens vraiment barjot, Saga ! Je ne te reconnais plus !

- Il a toujours été barjot ! feula le Scorpion irrité. Quand je pense que je dois te laisser seul pendant quinze jours ! Mais je te préviens, Saga, si tu touches mon Camus, je me fous des conséquences : je t'exploserai ta double cervelle !

- Je plaisantais, prétendit Saga bleu pour tenter de rattraper le persiflage impromptu de Saga gris.

- Ben ton humour est aussi nul que toi ! grinça Milo.

A cet instant, la voix olympienne d'Athéna, toute en douceur travaillée et miel de montagne, se répandit comme le tonnerre le long des caveaux.

" CAMUS DU VERSEAU ! MA BOUTEILLE ! "

Maugréant de plus belle, Camus saisit à grand regret une bouteille Clos Vougeot Grand Cru, cruellement étiquetée de l'année quatre-vingt-dix, et poussa les deux hommes attachés passionnément à ses pas d'ours polaire pour refermer la porte et la bloquer à nouveau d'une épaisse couche de glace.

- La confiance règne, se plaignit le Petit Pope.

- En toi, plus jamais ! le cingla incontinent Camus, mis de très mauvaise humeur par le gaspillage d'une grande bouteille.

Non, pas qu'il soit avare, loin de là, mais il y avait une indéniable souffrance à jeter inutilement des perles aux pourceaux !

- Margaritas ante porcos, traduisit-il d'ailleurs pour lui-même.

- Camus ! Méfie-toi, notre Déesse a des bases de latin, le gronda Saga.

- Pas possible…

Milo éternua trois fois de suite, victime de la fraîcheur humide des caves.

- Oh, Milo, s'inquiéta Camus, comment va ton rhume ?

- Chai pas, renifla le Scorpion. Mieux je crois.

- Comment, par Athéna, as-tu réussi à t'enrhumer en plein été caniculaire ? intervint dédaigneusement le Petit Pope, mettant toute son attention à ne pas glisser sur les marches traîtresses.

- J'ai filé mon sweat à Camus pour qu'il dorme au chaud à l'aéroport…

- Tu n'aurais pas dû, protesta un Verseau victime d'un remord rarissime.

- Quel con, proféra " L'Autre ", au grand dam de Saga bleu.

- Oh, le remit à sa place le Français, acide. Je me doute que tu serais du genre, toi, à laisser ton petit ami geler sur place pour préserver ton propre confort…

- Mais Camus, voyons… s'agita la bonne partie du jumeau double face.

- D'ailleurs il t'a laissé vomir sans t'aider ! jugea utile de rappeler Milo, triomphant devant cette preuve sans appel de la fausseté sentimentale de Saga.

Saga ne put point répondre, car ils arrivaient enfin à la lumière, et une tornade enrobée de brocard mauve à cheveux assortis bondit sur Camus, avec une telle promptitude brutale qu'on pouvait se demander si lors des batailles, la déesse ne jouait pas les faibles créatures exprès.

- Te voilà enfin, Camus du Verseau ! trépigna la donzelle divine. Tu as osé me laisser attendre un temps ignoblement long !

Milo éternua encore, sa main se fourrant dans celle de son amant, et Camus afficha son plus beau sourire d'hypocrisie concentrée.

- J'avais à cœur de choisir le meilleur pour vous, Déesse Athéna. Me dépêcher mais prendre une mauvaise bouteille, aurait été tout à fait impardonnable de ma part.

Milo camoufla un rire méchant en un nouvel éternuement postillonneur.

Cette avalanche de sucre et de guimauve servile calma Saori plus vite qu'un yorkshire capricieux serait calmé par le jet d'un seau d'eau froide.

- Donne, imposa seulement l'adolescente.

Le Verseau œnologue vit avec chagrin disparaître sa bouteille dans des doigts manucurés de mauve brillant, et se consola par les lèvres chaudes que son compagnon posa dans son cou.

- Tu viens danser, chouchou ?

- Danser ? articula désespérément un Chevalier qui n'aspirait qu'à son lit et au silence. Devant eux ?

Complètement oublié, Saga bleu passa une main dans ses cheveux, tristement. Saga gris, lui, insuffla à son ennuyeuse enveloppe sage de pincer les fesses de Camus en passant à côté.

Ce geste anodin déclencha un piaillement outragé du Français, un rugissement de rage du Scorpion, et une fuite en avant de Saga, terrorisé par l'évidence : " L'Autre ", ancien compagnon superflu de ses jours et de ses nuits, n'était pas mort et avait ressuscité par une grâce des dieux avec lu.


Au salon, Shaka de la Vierge, mais rappelons-le, plus officiellement vierge, flottait pratiquement jusqu'au plafond dans une bulle dorée, clamant sans conteste par cette attitude qu'il dédaignait encore les vils mortels et l'esprit fêtard indécent de ses pairs.

Mü du Bélier, qui tordait son cou délicat depuis un quart d'heure pour admirer son Bouddha personnel, télékinésia une chaise pour s'assoir dessus et rejoindre son homme dans les hautes sphères des voûtes. Planant au dessus de la masse dansante, ils entamèrent par télépathie un fin dialogue philosophico-mystique.

Saga déboula dans le tas, fuyant un Milo ivre de Muscadet, de colère, de jalousie et de pulsions homicides.

Le premier jumeau fila très courageusement se cacher dans la cuisine, où Saori Kido jouait son rôle de mortelle ordinaire en s'efforçant de déboucher la bouteille de Clos Vougeot Grand Cru, maniant le tire-bouchon de façon aussi habile qu'une poule qui s'essaierait au tricot.

- Je peux le faire, ma Saori, je suis le Chevalier de l'espoir ! brailla Pégase.

Seiya commençait à ressembler à un héros/jouet en plastique, de ceux qui répètent quelques phrases types quand on leur pousse un bouton dans son dos – le genre de jouet dont il faut souvent changer les piles.

- Je te fais confiance, Seiya, mon plus fidèle Chevalier ! s'empressa de couiner la réincarnation, jetant le tire-bouchon à son bourricot servant mais gardant la bouteille.

- Mais Saori, réalisa le héros des guerres saintes. Pour déboucher la bouteille, il me faut la bouteille !

Athéna, demoiselle fine et pleine d'humour, plia le buste sur la table de la cuisine, gardant la main gauche sur la bouteille et tapant du point droit sur la nappe cirée.

- Oh, par Papa, Seiya, que tu es drôle ! rit-elle à en perdre son haleine alcoolisée.

Saga des Gémeaux parût à l'instant où Seiya se rengorgeait de plaisir, fila derrière Athéna et la table en une glissade mal contrôlée qui envoya se fracasser au sol deux mugs à café posés sur le plan de travail.

- Oups.

- Saga, traître à cervelle de schizo, viens ici !

Milo du Scorpion, huitième servant d'Athéna et ex-assassin professionnel, apparut, et hurla davantage devant les morceaux de feu les mugs à café.

- T'as cassé nos tasses !

- Milo, intervint Camus, arrivé le dernier dans cette charmante scène de famille. Du calme voyons… Tu m'avais promis d'ignorer Saga.

- Mais il a cassé nos tasses de Saint Valentin ! pleurnicha rageusement l'amoureux transi de l'iceberg.

- De Saint Valentin ? questionna Saori, qui avait cessé de tabasser la table.

- Oui ! geignit Milo, sous le rougissement charmant du magicien de l'eau et de la glace. C'était la première fois qu'on était en couple pour la Saint Valentin ! Même si Camus détestait les fêtes, je lui ai quand même acheté ça en mission après avoir tué un mafieux pour Saga…

- Mais c'est vrai, ma Saori, ajouta Seiya, qui tentait le sort en tripotant les morceaux cassés comme un enfant désobéissant. Regarde, il y avait des petits cœurs dessus, avec " Happy Valentin ". Saga, t'es vraiment un mec pénible.

- Saccager un souvenir si important, hocha de la tête Athéna, déesse remplie de pitié. Juste après votre première fois en plus !

- C'est un accident ! grogna le Petit Pope, coincé entre la table et le frigo.

- Ce n'est pas grave, tenta d'apaiser Camus, qui commit de ce fait une grosse erreur.

- Pas grave ? hulula aussitôt Milo. Cela ne compte pas pour toi, notre première Saint Valentin ? T'as oublié notre soirée en amoureux ? Tu t'en fiche de mon cadeau ?

Le Français, qui s'apprêtait à dire que le 14 février était un jour comme un autre, un peu plus commercial seulement, referma la bouche, déstabilisé par la tristesse contenue dans les prunelles diaboliquement expressives de l'arachnide.

- Euh, se reprit-il donc. Si, bien sûr, moi aussi je les aimais bien, mais il faut en prendre notre parti… Ce ne sont que des objets, toi tu es à mes côtés et ça vaut toutes les tasses à petits cœurs du monde !

Quand Camus du Verseau voulait rattraper un mot de travers, il n'y allait pas à moitié. Le résultat ne se fit point attendre, et Milo se jeta au cou de son partenaire pour un baiser débordant de sensualité amoureuse.

- J'en achèterai d'autres, mon Camus ! promit le généreux Grec.

- Mais au fait, pourquoi poursuivais-tu Saga, Milo ? s'avisa Saori.

- Il a pincé les fesses de mon Camus ! dénonça le Scorpion, furibard.

- Est-ce vrai, Saga des Gémeaux, mon Petit Pope ? fit sévèrement la jeune file, bras croisés sur la bouteille de grand cru.

- J'avoue quelques pulsions imprévisibles devant le plus beau postérieur de la Chevalerie, Athéna, avoua l'aîné des jumeaux, l'œil émeraude contrit sous une mèche bleutée.

- Tssst, tu n'es pas raisonnable, le tança Athéna. Rappelle toi notre petite conversation autour d'un thé à l'hostellerie " La Belle Aurore " ! Mes conseils !

- Ah, oui, se repentit une nouvelle fois l'homme exercé à un cycle félonie/rédemption.

- Ouille, ouille, ouille ! Mon dooooigt ! hennit Pégase dans son coin.

A force de jouer dans les bouts de porcelaine cassés, Seiya de Pégase, habitué aux blessures superficielles mais impressionnantes de dégoulinements de sang, venait de se couper méchamment le bout de l'index.


Au salon, Shaina avait rendu son compatriote Angelo à Aphrodite des Poissons, et avait produit un coup d'éclat très dangereux en tirant d'office le Phénix asocial par le bout des plumes pour le forcer à danser.

Hérissé d'avoir été arraché à son cognac par une simple femelle griffue, Ikki ne dut qu'à l'encouragement sonore de son petit frère chéri de ne pas griller du Serpentaire, la sono et le tableau de Monet dans la foulée – les foulées guerrières du Phénix étaient toujours plus amples que la nécessité ne l'imposait.

Au bout de quelques figures de style, le Japonais marginal dut se rendre compte que la femme Chevalier dansait plus que mieux.

Comme avec la contradiction flagrante des êtres qui manquent de repères à force de ne suivre que leur propre loi, l'oiseau de feu n'était pas insensible à l'admiration, il finit par se prendre au jeu et à offrir le meilleur partenariat possible à l'Italienne pour montrer à tous ces ploucs qu'il était le Phénix des hôtes de ce temple.

Shun d'Andromède, petit roué à la teinture noire toute fraîche, en profita pour s'éclipser avec Hyoga dans la bibliothèque – la soif de lecture était un prétexte tout trouvé à servir éventuellement à Camus qui ne pourrait qu'approuver -, passant devant la cuisine où des éclats de voix retentissaient.

June du Caméléon avait été harponnée par un Kanon déchaîné, qui insinuait sournoisement entre deux mouvements que la liste des Chevaliers gays ne cessait de s'allonger, et que les jeunes bronzes allaient y venir eux aussi.

Shiryu continuait sagement de danser avec Shunreï, montant les projets de vie les plus sains et cohérents de tout le Sanctuaire.

Marine récitait à Aiolia quelques règles oubliées.

Seika et Aiolos se découvraient, et découvraient qu'on observait leur nouvelle amitié avec une avidité gentiment moqueuse. Ils ne s'en préoccupèrent pas.

Dokho cherchait à farfouiller sous la toge de Shion, qui abandonna lâchement son devoir de garde-chiourme pour quitter la fête avec son amant et remonter jusqu'à ses élégants quartiers grand-popaux.

Aldébaran du Taureau riait de bon cœur avec Shura du Capricorne sous le cirque ambiant, et échangèrent quelques points de vue navrés sur le déclin récent de la Chevalerie.


Dans la salle de bains, Camus avait généreusement ouvert sa pharmacie pour panser le doigt blessé de Pégase.

Seiya hurla sous le désinfectant, par un illogisme étrange – n'avait-il pas encaissé des chutes de falaise, des coups sur le crâne qui auraient tué un humain ordinaire, et autres joyeusetés mutilantes ?

- Ça pique, Camus ! brailla donc le bourricot volant, sous un presque évanouissement d'Athéna, qui supportait la vue de ses protecteurs réduits en bouillie en temps de guerre, mais tournait de l'œil sous une gouttelette de sang en temps de paix.

Milo la rattrapa à contrecœur dans ses bras pourtant désormais interdits aux femmes, et Saga passa un cou intéressé par l'embrasure.

- Je suis obligé de désinfecter, expliqua le Verseau d'une voix presque gentille, raisonneuse, pédagogue. Tu avais les mains si sales que tu risques une infection.

Peu susceptible pour lui-même, Seiya renifla sans relever l'insinuation du Français au sujet de sa possible hygiène déficiente.

Saori se réveilla et décida qu'elle ne supporterait pas davantage de voir son fiancé souffrir : elle embarqua donc le petit Pope dans son sillage céleste pour s'occuper d'enfin ouvrir la fameuse bouteille de vin - elle menaça tout de même Camus des pires supplices si Seiya ne s'en sortait pas.

Milo étira un sourire devant la patience de Camus avec les enfants, ou les Pégases, ce qui le fit repenser avec nostalgie à son rêve impossible de bébés.

- Voilà, c'est fait, informa Camus en se relevant, l'index de Seiya étant désormais enrubanné d'un pansement solide.

- Merci Camus, t'es chic ! fit sincèrement le canasson. Je vais retrouver ma Saori !

Restés seuls dans la salle de bains, Milo s'approcha et les amants commencèrent à échanger gracieusement leurs salives, la passion montant lentement mais sûrement.

Par une loi en vigueur au Sanctuaire et dans le sillage de Saori, ce pur instant d'amour et de bonheur ne tarda point à être rompu.

" CAMUS ! Viens m'aider, chevalier, la bouteille ne veut pas s'ouvrir ! " se lamenta puissamment la tonalité enfantine de la réincarnation actuelle d'Athéna.

Le Grec sursauta, ce qui fit tomber le verre à dents poussiéreux d'un Camus qui squattait désormais le Temple du Scorpion, et arracha sa bouche à celle de son homme.

- Petite peste, souffla le Scorpion démoralisé.

- Allons-y, se résigna le onzième gardien en se rajustant. On se rattrapera tantôt.

Soulagé que son Verseau lui promette implicitement de finir la nuit à cabrioler, Milo prit son mal en patience pour accourir à l'aide de Saori aux prises avec la bouteille de grand luxe soutirée de force à son protecteur doré.

Elle n'était pas encore finie, cette fichue soirée de bienvenue…