Le lendemain, en cours de potion, le regard de Malefoy pesa lourd sur le dos d'Hermione. Elle qui avait été si certaine de connaître la raison de cette attention permanente...elle n'en était plus si convaincue désormais.

Après les événements de la veille, elle avait eu un peu de mal à s'endormir. Elle avait cherché par tous les moyens un sens caché à ce "bonne nuit", en vain. Pourquoi diable lui souhaitait-il bonne nuit ? Il préparait un autre mauvais coup, c'était certain.

Nerveuse, gênée par le regard insistant et narquois du jeune homme à la chevelure d'or pâle, Hermione avait du mal à réaliser son élixir. Elle comprenait désormais pourquoi Padma avait surnommé le jeune homme " l'Abominable Zyeuteur". Il était vraiment effrayant. Elle déglutit anxieusement une nouvelle fois, et faillit pousser un cri de surprise quand une main s'abattit sur son épaule.

« Tout va bien ? »

Reconnaissant le timbre si familier d'Harry, la jeune femme se détendit. Se penchant vers son ami, elle baissa la voix et lui murmura tout en jetant un coup d'oeil vers Malefoy :

« Il n'arrête pas de me fixer, tu crois que son cerveau a fait une indigestion d'information ? »

Harry jeta un coup d'oeil à Malefoy. Il haussa les épaules.

« Tu sais, j'arrive plus à comprendre ce qu'il se trame dans son cerveau...il doit être tellement petit qu'il n'y a la place que pour une seule action et apparemment il est resté bloqué sur toi. Je pense qu'il bugue...

-Moi aussi, » murmura Hermione.

Plus tard, Hermione se dirigeait vers le bureau de Slughorn, ayant oublié un ingrédient -ce qui ne lui arrivait jamais en temps normal- quand elle se prit un coin de table dans la hanche. Des bras la rattrapèrent alors qu'elle trébuchait sur le côté, une grimace de douleur peinte sur le visage. Elle était sur le point de remercier son sauveur quand son regard croisa des prunelles grises luisantes de mépris.

« Fait gaffe Granger, tu as failli renverser la potion de Blaise... »

D'abord surprise, Hermione ne prit pas la peine de s'attarder sur sa voix traînante et cynique. Elle leva les yeux au ciel quand elle vit qu'il attendait une réponse.

« C'est bon Malefoy, lâche-moi...au sens propre comme au figuré ! »

Elle se dégagea de la prise du jeune homme et recula de quelques pas. Elle repartait vers sa destination, le bureau, quand un détail resurgit de sa mémoire.

« Eh dis donc, c'est toi qui vas me faire rater mes études à m'envoyer des mots doux comme ça ! »

Fronçant les sourcils elle se tourna vers lui, contrariée. Le jeune homme en face d'elle prit nonchalamment appui sur le bureau de Seamus qui le fusilla du regard. Slughorn, lui, dormait profondément, la tête posée sur son bureau. La vieillesse...

« Ça ne t'as pas fait plaisir, Granger ? Enfin quelqu'un pour s'intéresser un tant soit peu à toi... »

Narquoisement, Malefoy haussa un sourcil. Un sourire se dessina sur les lèvres d'Hermione. Elle releva sa dernière remarque, innocente.

« Oh ! Tu t'intéresses donc à moi ? Charmant, Malefoy, mais je ne suis pas sûre de trouver cela très agréable...tu m'excuseras, mais j'ai mieux à faire... »

Sur ce, elle tourna les talons, récupéra son essence de Pantouflard et s'en retourna à son bureau, satisfaite. Elle surprit le regard meurtrier de Malefoy sur elle. En définitive peut être que ces échanges de piques lui avaient manqué. Peut-être.

Ce soir-là, sa ronde avec Flitery fut plus ennuyante que jamais. Le jeune homme n'ouvrit pas la bouche, intimidé qu'il était par la présence d'Hermione. Depuis quand était-elle intimidante ? La jeune femme, un peu blessée par cette attitude distante, ne put s'empêcher de maugréer dans sa barbe inexistante durant une grande partie de la soirée.

Quand elle fut de retour au dortoir, elle s'endormit aussi sec que sa joue touchait l'oreiller.

Le lendemain...rien ne se passa bien le lendemain. Une nouvelle altercation avec les Serpentard vint troubler le calme des couloirs. Ron faillit se transformer en crapaud, mais Hermione réussi à le sauver à temps. Puis, le cours d'Histoire de la Magie avec Binns fut si ennuyeux qu'Hermione faillit fermer de l'oeil une fois de plus. Au déjeuner, Ron faillit s'étouffer de rire quand Harry bafouilla devant sa soeur, avalant puis recrachant son jus de citrouille par les narines. L'après-midi ne se déroula guère mieux car, en botanique, Hermione faillit assassiner sa plante avec un pissenlit, tandis que Neville suffoquait à cause des aigrettes qu'il avait malencontreusement avalées. La soirée fut également source de désastres. Hermione, Ron et Harry se firent asperger après qu'un élève de première année ait gouté sa première pastille de gerbe. Hermione eut une très forte envie de tuer les jumeaux. Ils allaient le payer ! Après une douche rapide, elle se concentra pour métamorphoser l'une de ses chaussures en poussin. Malheureusement, elle ne réussit qu'à affubler son soulier de plumes. Elle était exténuée. Même au moment de se coucher, tout se passa mal. A peine s'était-elle allongée et tournée sur le côté, qu'elle chutait douloureusement au sol. Elle réalisa qu'elle s'était trompée de côté. Elle espéra de toutes ses forces que la journée du lendemain se montre plus fructueuse. Vraiment.

Malheureusement, à Poudlard, il fallait s'attendre à tout.

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« Hermioooone, je vais te maaaaanger ! Bouuuuhouuuu ! »

La jeune femme se retourna, éberluée. Ron avançait vers elle, les bras tendus, un sourire idiot aux lèvres.

Assise à la table des Gryffondor dans la Grande Salle, la jeune femme relisait son cours d'Aritmanthie quand cet individu étrange l'avait dérangée.

« Ron ?! Mais qu'est-ce que tu fais ? »

Hermione se recula alors que son ami tentait de passer ses bras autour de son cou, les lèvres tendues dans un baiser baveux.

« Huhuhu, je vais te maaanger ! »

Alarmée, la jeune femme se tourna vers Harry. Ce dernier suivait Ron, circonspect. Il se tordit nerveusement les mains avant de déclarer :

« On a, heu...rencontré Malefoy dans le couloir et...il...lui a fait boire un truc...

-Oh, oui, booooon ! »

La voix pâteuse de Ron et son sourire béat firent presque rire Hermione. Malheureusement, le fait qu'il soit sous l'emprise d'une potion la contrariait. Qu'avec donc mit Malefoy dans cette potion ?

« Il faut l'emmener à l'infirmerie », déclara-t-elle, « il ne peut pas rentrer en cours comme ça ! »

Elle grimaça quand les lèvres baveuses de Ron se collèrent à sa joue.

« Beurk ! C'est dégoûtant ! Ron ! Voyons ! Arrête ça immédiatement !

-Beuuuuuusouuuus ! Huhuhu... »

Désemparée, Hermione se leva d'un bond et s'éloigna de son ami collant qui se mit à avancer en riant, se balançant de droite à gauche, essayant de la rattraper. Harry restait en arrière, grimaçant.

« Eh bien...Malefoy a dit que l'effet devrait se dissiper d'ici quelques minutes... »

Et effectivement, Ron revint à lui-même quelques minutes plus tard, les lèvres collées sur la joue d'une Hermione grimaçante.

Il se recula immédiatement, rouge et bafouillant. Ses yeux bleus s'écarquillèrent en avisant la mine résignée de son amie.

« C'est pas moi ! »

Hermione le regarda d'un air morne, la joue luisante de salive.

« Qui d'autre alors ? »

Ron soupira et tendit une serviette à son amie qui l'accepta se bonne grâce.

« Désolé...

-Mais qu'est-ce qui t'a pris de boire ce truc ? Surtout si c'est Malefoy qui te le propose ? »

Hermione, fâchée, regardait son ami, les sourcils encore froncés. Quand elle se rendit compte qu'elle allait effectivement finir avec des rides, elle détendit son front et se le massa d'un doigt tout en essuyant sa joue contaminée à l'aide de la serviette.

« Mais Hermione, c'est pas de ma faute, il l'a lancé, j'avais la bouche ouverte, et c'est tombé dedans... »

Hermione jeta un coup d'oeil à Harry, assit à côté d'elle, qui semblait fasciné par son jus de citrouille qu'il faisait tourner dans son verre.

« Mais qu'est-ce que tu faisais dans un couloir à bayer aux corneilles ? »

Les oreilles de Ron prirent une incroyable couleur rose fuchsia.

« Je...bah...yavaitcettefille... »

Hermione fronça les sourcils. La fin de la phrase de Ron venait de se perdre dans un gargouillement indistinct.

« Pardon ? »

Ron se racla la gorge. Il tordait nerveusement ses doigts et n'osait regarder Hermione dans les yeux.

« ...Il y avait cette fille qui me plaisait dans le couloir et comme ça faisait un moment que je ne l'avais pas vue... »

Hermione leva une main pour lui faire signe de s'arrêter. Elle soupira. Désespérant.

« Je vois. La prochaine fois fait plus attention ! Et ferme la bouche quand tu la regardes ! Combien de fois t'ai-je dit qu'un homme à la bouche ouverte avec un filet de bave au coin des lèvres n'est clairement PAS attirant ? »

Sous le regard sévère de son amie, Ron s'inclina. Il s'assit prestement aux côtés de Finnigan qui faisait semblant de tousser pour ne pas rire et s'empressa de fourrer quelque chose dans sa bouche pour ne pas avoir à parler.

Hermione soupira. Cette journée aussi promettait d'être longue !

Heureusement, une nouvelle vint égailler l'humeur un brin maussade de la jeune femme.

En effet, Minerva McGonagall informa ses protégés qu'une sortie à Pré-au-Lard était prévue ce week-end-là. Le petit hameau sorcier avait été rénové suite aux événements de l'été et avait retrouvé un visage avenant.

Enthousiasmés par la perspective d'une sortie hors des murs du château, Hermione et ses amis ne firent même pas attention aux piques que leurs lancèrent Parkinson et Zabini quand ils les croisèrent dans un couloir. Malefoy, lui, resta étonnement silencieux. Malgré tout, son air hautain et son ignorance ne firent que renforcer son apparente froideur. L'air distant qu'il arborait mettait étrangement ses yeux gris en valeur et Hermione entendit nettement Lavande Grown s'évanouir derrière elle.

« Tu as vu ? Pas de caresse ni de bisous, c'est bizarre, Malefoy doit être malade... »

Hermione sourit à Harry qui avait prononcé cette dernière phrase sur un ton narquois.

« Heureusement il n'y a pas encore eu de bisous ! Je crois qu'il n'aurait eu qu'à enterrer ses bijoux de famille s'il s'était avisé de poser ses lèvres sur moi... »

La jeune femme et son ami ricanèrent en imaginant la tête que ne manquerait pas de tirer Malefoy si une telle chose devait lui arriver un jour.

« Je crois qu'il préférerait mourir plutôt que de vivre sans ses chéris », hoqueta Hermione.

Ron les regardait, perplexe. Il se pencha vers eux, mortellement sérieux.

« Bah...il est tellement riche qu'il pourrait toujours en racheter...et puis c'est pas comme si Malefoy avait des émotions. Donc perdre des bijoux de famille même avec une valeur sentimentale... »

Harry et Hermione le regardèrent un instant, se retenant d'exploser, hilares. Hermione resserra sa prise sur son sac, manquant de le faire tomber tant la mine de Ron était tordante. Son ami était visiblement très fier de son analyse psychologique et les regardait tous deux avec un petit air entendu.

« On lui dit ou pas ? » Chuchota Harry à son amie, le vert de ses yeux pétillants de malice.

Hermione secoua la tête, pouffa. Ils repartirent tous deux dans un fou rire incontrôlable. Ron, toujours perdu, haussa les épaules et se dit que, finalement, il n'était peut-être pas le plus bête des trois. Rire comme ça pour des bijoux de famille...Malefoy en plus ! Vraiment, il ne comprenait pas.