Chapitre 3 : Jeudi 16 Mars 2006 (crépuscule)
Quelque part, vers le Canada, un orage gronde. Une lande dévastée, désolée, dont les rares herbes ploient sous le vent et la pluie. Il n'y a guère plus que des rongeurs qui peuplent ces lieux. De temps à autre, un éclair zèbre l'horizon.
Voilà l'endroit que « maître » Raspoutine a choisi pour mener en toute tranquillité son nouveau plan : réveiller les entités Ogdru Jahad (le terme « nouveau » n'étant alors plus justifié…).
Je commence à avoir l'habitude de ce genre de rituels, mais le problème, c'est que pendant que l'autre malade s'agite, moi je m'ennuie. En plus –et même si j'aime bien la pluie - je suis à présent trempé de la tête aux pieds (et il fera nuit dans quelques minutes). Pour faire passer le temps je me concentre sur les élucubrations mystiques du vieux.
« L'un t'éclaire avec son ardeur,
L'autre en toi met son deuil, Nature !
Ce qui dit à l'un : Sépulture !
Dit
à l'autre Vie et splendeur !
…
Par
toi je change l'or en fer
Et le paradis en enfer ;
Dans le suaire des nuages »(1)
°
« Cieux déchirés comme des grèves,
En vous se mire mon orgueil,
Vos vastes nuages en deuil
Sont les corbillards de mes rêves,
Et vos lueurs sont le reflet
De l'Enfer où mon cœur se plait. »(2)
°
...Mais c'est n'importe quoi, ce qu'il raconte ! Enfin ça me rappelle le bon vieux temps, la guerre de 39, notre première tentative d'ouverture de portail…Ca me donne envie de m'assoire dans un bon fauteuil, au coin du feu, avec une bouteille de vin français et du Wagner en fond…
"KRRAKK"
Ah, ça y est ! Après plus d'une heure et demie de gesticulations et de formules en tout genre, il a enfin réussi à ouvrir un portail (il devrait arrêter la bière). Il y a déjà des tentacules qui émergent, et les choses se parent d'un halo doré, malsain.
Debout dans mon coin, je rigole doucement dans mon masque (je ne porte pas la barbe) : on peut voir la lumière du portail se refléter sur le crâne d'œuf de Raspoutine. Mais mon rire cesse net lorsque j'entends derrière moi :
« Hé, machin !
-Le beau gosse ! »
Les deux filles… Mais comment ont-elles fait pour me retrouver ? (Dois-je être inquiet ou flatté.)
« On voulait s'excuser.
-Si on avait su que c'était toi dans le réservoir, on ne t'aurait pas chassé.
-Non, bien au contraire…
-Enfin, on peut toujours s'arranger : pour se faire pardonner, on a décidé que tu pouvais nous demander une chose à chacune. »
O.o …Elles me draguent !
Toutes sortes de suggestions me passent par la tête, et mon pauvre cerveau fini par buguer :
« Je me nomme Karl Ruprecht Kroenen. »
Schiese, c'est nul comme réplique.
« Des intruses ! Kroenen, occupe-toi d'elles ! », beugle Raspoutine.
Zut, pépé a fini par se retourner… Ahem, mauvaise idée : ça lui fait perdre sa concentration.
Les tentacules disparaissent soudainement, et le cercla de lumière devient rouge sang, se tordant comme un être à l'agonie, avant de plonger vers le noir le plus profond. Le monde autour de moi paraît exploser et fondre. Les couleurs s'inversent, se transforment et s'annulent. Je sens le sol s'effondrer sous mes pieds. Les seuls points fixes sont quatre taches : violet et vert doré.
Je chute.
°
Baudelaire « Les Fleurs du Mal » :
(1) « Alchimie de la douleur »
(2) « Horreur sympathique »
A : reviewz ?
K&L : puisqu'on t'as dit que c'était pas la peine...
A : oui mais quand même, TT.TT snif
(un ptit Daendereth passe par là) : oh quelle belle fic, niark, je vais mettre un peu d'Ombre là-dedans ! (se met à rire façon psycopathe névrosé, ce qu'il n'est pas... ou si peu...)
A : c'est bon maintenant on peut s'inquiéter.
