Harry Potter - Le Maître de la Mort

Chapitre 4 : Chagrins - Attentes discordantes

(Réédition du 11/08/2010)

Bonjour à tous !

Nous voilà déjà au quatrième chapitre de ma fiction… J'espère qu'il recueillera vos suffrages ! Un très grand merci à tous mes critiques (reviewers). Vous me portez vraiment et vous m'avez donné des ambitions nouvelles pour cette histoire.

Droits : Tous les personnages et tous les lieux de cette fiction appartiennent, bien sûr, à J.K. Rowling. Je la remercie de m'avoir emporté dans son monde merveilleux durant toutes ces années de la saga Harry Potter (HP)… mais puisqu'elle a décidé de jeter l'éponge, voici comment j'imagine la suite de son œuvre.

Avertissement : Cette fiction est un spoiler ! Si vous n'avez pas lu les 7 tomes de HP et que vous comptez le faire, ne lisez pas cette histoire, elle commence juste à la fin du tome 7, après la bataille du chapitre 36. L'épilogue est ignoré. C'est aussi un slash HP/DM - DM/HP à venir. En clair, je parle d'une relation homosexuelle ! Ceux qui n'apprécient pas, vous voilà prévenus. Certains lecteurs peuvent aimer une histoire tout en préférant ne pas y lire certaines scènes. Pour eux, j'indique au début de chaque chapitre une cotation particulière qui s'y applique. Le début d'une scène « chaude » sera signalé par un avertissement du type « Attention - Lemon / Slash - Attention ». De même, la fin de la scène en question sera signalée par une mention du type « Fin - Lemon / Slash - Fin ». Il suffira donc de se reporter d'une mention à la suivante pour éviter la séquence « chaude »...

Cotation : K+ (déconseillé aux moins de 12 ans) pour ce chapitre, bien que l'ensemble sera probablement classé M (déconseillé aux moins de 16 ans) au final.

Note de l'auteur : il y a 2 intrigues principales dans cette fiction. D'une part, la prise de conscience d'Harry, son acceptation progressive de qui il est et de ce qu'il est appelé à devenir. D'autre part l'évolution des positions et sentiments d'Harry et Drago l'un par rapport à l'autre. En partant de l'histoire originale et des personnages originaux, je décris cette évolution en restant le plus plausible possible. Je place les personnages dans des situations qui les font évoluer émotionnellement mais logiquement…

Introduction au quatrième chapitre : Que va faire Harry ? Reprendre ses études là où il les avait arrêtées ? Aller travailler sans attendre ? En réalité, il ne s'est pas encore posé ces questions. Mais d'autres se les sont posés pour lui. Son devenir se précise dans tous les domaines : études, orientation professionnelle, choix de sa résidence privée, sort de Kreattur, son elfe de maison. Il va aussi découvrir qu'il est bien plus riche qu'il ne le croyait et que s'il le voulait, il pourrait vivre oisivement, sa subsistance étant assurée jusqu'à la fin de ses jours. Mais il n'envisage pas les choses ainsi. Enfin et surtout, ce chapitre va voir la mise entre parenthèses de sa relation avec Ginny. La belle a décidé de bousculer son cher et tendre et n'y va pas par quatre chemins ! Attention, elle sort l'artillerie lourde, Harry va être balayé… sentimentalement parlant.

Bonne lecture !

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Harry Potter - Le Maître de la Mort

Chapitre 4 : Chagrins - Attentes discordantes

(Réédition du 11/08/2010)

Au moment d'emmener la famille Malefoy, Kingsley Shacklebolt hésita un instant puis, se tournant vers Harry, lui demanda :

« Harry, est ce que vous restez ici cette nuit ? »

« Heu… j'avoue que je ne me suis pas posé la question, monsieur le Ministre ! » répondit le jeune homme.

« En fait, Harry, » poursuivit Shacklebolt en consultant sa montre, « j'ai des affaires à régler au ministère dans la matinée. Mais je vais revenir cet après-midi pour une réunion avec la Direction et le Conseil d'Administration de l'Ecole. Nous devons trouver rapidement des réponses aux questions les plus urgentes qui se posent pour la survie de Poudlard. Questions qui, je ne le cache pas, sont épineuses et que nous avons à peine abordées hier… pourtant, c'était l'objet de ma présence ici… les évènements en ont décidé autrement. »

« J'ai prévu aussi de rencontrer les familles de ceux qui sont morts au champ d'honneur. Je dois les assurer de la reconnaissance et du soutien du Monde de la Sorcellerie. Je dois aussi leur certifier que tout sera fait pour faciliter les démarches et les prises en charge dans ces tragiques circonstances. »

« J'aimerais bien, avant ou après, à l'heure qui vous conviendra, pouvoir m'entretenir avec vous, Harry ! »

« Monsieur le Ministre, » affirma un Harry hébété par tant de précautions et d'égards, « c'est d'accord bien sûr ! Je suis à votre disposition, faites-moi appeler dès que cela vous conviendra à vous ! »

Minerva McGonagall qui attendait à côté, prête à raccompagner le Ministre, déclara alors :

« En ce cas, M Potter, je crois qu'il serait effectivement plus pratique que vous restiez dans l'enceinte de l'école jusque là ! La tour Gryffondor n'a pas été trop gravement touchée. Vous n'aurez qu'à occuper la chambre qui a toujours été la vôtre, comme vous l'aviez fait hier après-midi… de toute façon, nous ne rappellerons pas les élèves avant un bon moment semblerait-il. Et… il y aura toujours une place pour vous dans cette institution, du moins tant que j'en serai la Directrice en titre ! »

Kingsley Shacklebolt prit alors congé d'Harry et fit signe aux Malefoy de le suivre. Le petit groupe se mit en marche. La directrice ouvrait la voie. Narcissa et Drago suivaient docilement… ils n'avaient nullement l'intention de se rebeller. Ils étaient résignés, d'accord pour payer leurs dettes à la société.

Harry les suivit des yeux jusqu'au bout du couloir avec un serrement au cœur. Il ne comprenait pas pourquoi. Normalement, il aurait dû exulter devant ce spectacle. Son rival, son ennemi personnel, celui qu'il haïssait et qui le lui rendait bien, était hors course. Il allait sûrement être enfermé. Il ne le trouverait plus en travers de son chemin avant longtemps. Plus de joutes orales stériles, plus de disputes imbéciles, plus de bagarres infantiles à redouter. Plus besoin de se tenir perpétuellement sur la défensive, prêt à rendre coup pour coup.

Quelques semaines avant, Harry aurait tout fait pour voir cela. Il se serait réjoui de voir Drago partir ainsi, tombé de son piédestal, tel un ange déchu… Un ange ? Quelle pensée étrange : Malefoy… un ange ? Le mot ne pouvait pas être associé au Prince de Serpentard.

Mais plus il le regardait, aussi irréel que cela lui paraissait, dépouillé de son air hautain, débarrassé de son attitude méprisante, son visage empreint de résignation et de mélancolie, Drago avait véritablement l'air d'un ange. Bien évidemment cela n'était qu'une illusion, cela ne pouvait être qu'une illusion. C'était sans doute cette illusion qui provoquait cet accablement en lui.

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Pendant ce temps, les Weasley, parmi d'autres, s'étaient dirigés vers la chapelle ardente où reposaient les victimes de la bataille de Poudlard. Les familles, les amis, ressentaient le besoin de se recueillir devant les corps de leurs chers disparus. Avec les vicissitudes de la veille, ils n'avaient pas eu l'opportunité de le faire convenablement jusque là. Alors, avant d'aller se coucher, ils étaient là, presque pour s'excuser d'avoir été détournés de leurs devoirs.

Harry entra à son tour dans la chapelle. La vue des cadavres allongés sur les tables, les uns à côté des autres, le ramena à la dure réalité. Ce fut comme s'il venait de recevoir une baffe magistrale… et bien mérité, d'après lui. Car c'était sa faute tout cela. Tous ces gens étaient morts pour lui, à cause de lui. Ils étaient si nombreux, environ cinquante avait-il entendu. Il n'osait pas les compter. D'abord ce n'était pas des numéros… et puis même un seul, c'était déjà bien trop.

Plusieurs des dépouilles mortelles étaient entourées de parents, d'amis. Silence et paix étaient de mise. Une grande ferveur régnait dans la vaste pièce. La tristesse, la douleur, la désespérance, se lisaient sur les visages. Mais on y lisait aussi foi et honneur.

Autour du corps de Fred, la famille Weasley était au complet. Personne ne parlait. Georges était le plus affligé. C'était un peu comme s'il s'était éteint. Harry ne se rappelait pas l'avoir jamais vu en train de faire autre chose que de plaisanter ou de préparer une blague avec son jumeau, même dans les conjonctures les plus graves. Là, la vie le soumettait à la plus dure épreuve qui soit. Il était durement touché et donnait la nette impression qu'il n'arriverait pas à franchir l'obstacle cette fois, en tous cas, pas par une pirouette ou une facétie. Toutefois, dans sa détresse, il pouvait compter sur sa famille dont les membres, aussi meurtris qu'ils fussent, comprenaient bien qu'en la circonstance, Georges était le plus fragile. C'est pourquoi ils faisaient tous un avec lui.

La noble et généreuse famille Weasley, celle là même qui avait pratiquement adopté Harry, faisant tout son possible pour lui rendre l'existence plus douce. Bien qu'il se sentît plus proche des membres de cette famille que de n'importe qui d'autre, sa culpabilité le taraudant amèrement, Harry ne se reconnut pas le droit de les rejoindre, de s'immiscer et de rompre ce moment de parfaite communion entre eux.

Un peu plus loin, courbée au dessus du corps de Tonks, une femme pleurait en silence. Harry reconnut Andromeda, la mère de Nymphadora. Elle aussi avait payé un lourd tribut à la cause. Un énorme tribut. Elle venait à peine de perdre son mari et voilà que sa fille et son gendre lui étaient également enlevés. Il ne lui restait plus que son petit fils et elle était toute seule pour l'élever désormais. Harry s'approcha d'elle. Son sentiment de culpabilité le paralysait. Mais il fallait qu'il assume… c'était la moindre des choses.

« Je suis tellement triste… » balbutia-t-il gauchement, sans pouvoir dire un mot de plus.

« Merci Harry ! » répondit Mme Tonks doucement. « Je suis anéantie moi aussi, mais je vais réagir, il le faut… pour le petit Ted. Il n'a plus que moi et je n'ai plus que lui… »

« Je comprendrais très bien que vous m'en vouliez, mais… »

« Qu'est ce que c'est que ces bêtises, Harry ? » répliqua vivement Mme Tonks. « Pourquoi devrais-je t'en vouloir à toi ? »

« C'est de ma faute s'ils sont morts, j'ai pas compris, j'ai mis trop de temps à… »

« Pardonne-moi Harry, mais c'est un tissu d'âneries que tu nous débites là ! » trancha Mme Tonks.

Andromeda n'avait pas notablement élevé la voix, mais dans le silence qui prévalait, tous les présents l'avaient entendue et se rapprochèrent.

« Harry, » poursuivit Mme Tonks, suffisamment haut cette fois, pour que tout le monde puisse suivre, « tu as été marqué et désigné pour affronter Voldemort, c'est un fait ! Mais personne n'a jamais dit, personne n'a jamais prétendu que tu devais tout faire tout seul. Toi-même, tu as reconnu cette nuit, que tu n'aurais rien pu faire sans nous. Tes parents ont fait leur part et nous tous, nous avons fait la nôtre pour que toi tu puisses faire la tienne ! Nous avions tous le choix et c'est conscients de ce qui pouvait arriver, que nous avons choisi notre camp. »

« Prendre tout sur toi, comme tu crois devoir le faire, c'est de l'orgueil ! C'est dénier aux autres, à tous ceux qui se sont fait un point d'honneur de combattre à tes côtés, la responsabilité de leurs propres choix. C'est leur dénier le courage dont ils ont fait preuve ! C'est leur dénier la dignité qui était la leur ! Contrairement à ce que tu crois, tu n'es pas responsable de la mort des personnes qui sont ici. Tu n'es responsable d'aucune des morts qui ont jalonné ta route. Le Seigneur des Ténèbres et ses mangemorts, eux, sont les seuls responsables. »

« Nous avons choisi de nous opposer à lui et par conséquent, nous nous sommes retrouvés à tes côtés. Mais beaucoup avaient fait ce choix bien avant ta naissance. Dès ton arrivée, notre devoir à tous était de te protéger comme tes parents l'ont fait, au prix de leurs vies. Nous devions faire en sorte que tu puisses combattre Voldemort dans les meilleures conditions possibles. Et tu l'as fait Harry ! Tu l'as fais exactement comme nous attendions que tu le fasses. Et si tu l'as si bien fait c'est parce que nous tous, nous avions fait ce que nous avions à faire… librement. Harry, tu ne peux pas nous enlever cela ! Tu ne peux pas enlever cela à tous ceux qui sont tombés ici… tu ne peux pas enlever cela à tous ceux qui sont tombés avant ! »

« La seule chose que j'ai envie de te reprocher en cet instant, c'est justement d'avoir voulu supporter tout cela tout seul. Ceux qui t'ont aidé ont dû quasiment s'imposer pour pouvoir le faire. Ta vie n'en a été que plus pénible ! Orphelin dissimulé dans une famille qui ne l'aimait pas, adolescent chargé de missions difficiles et cruelles, victime de rumeurs infâmantes et de campagnes médiatiques scandaleuses, tu as fais preuve d'une ténacité peu commune. Mais tu aurais dû nous faire un peu plus confiance, tu aurais dû te reposer un peu plus sur nous, ne crois-tu pas ? »

D'un geste ample de la main, Mme Tonks engloba toute la chapelle ardente, vivants et morts, et elle continua :

« Ne méritaient-ils pas cette confiance, cet honneur ? Ne les méritions-nous pas ? Ne méritions-nous pas de porter cela avec toi ? »

Chacun, autour d'eux, s'observait et observait Harry. Silencieusement, tout le monde approuvait Andromeda. Et tout le monde attendait la réaction d'Harry. Celui-ci réfléchissait à ce qu'il venait d'entendre. Il n'avait jamais vu les choses sous cet angle. Depuis qu'il avait compris qu'il devrait un jour affronter Voldemort, il s'était imaginé qu'il s'agirait d'un duel entre eux. Que personne d'autre ne devrait intervenir, du moins de son côté, car du côté de Jedusor, tous les coups étaient permis. Il s'était imaginé que ce serait de sa responsabilité à lui et à lui seul. Les paroles de Mme Tonks agissaient sur sa sensation d'indignité à la manière d'un sortilège de guérison agissant sur une blessure. Au fur et à mesure que ces paroles soulageaient son mental, Harry se sentait de plus en plus léger. Il se déchargeait peu à peu d'un poids énorme qui l'écrasait depuis très longtemps.

L'auditoire pouvait suivre le cheminement de sa prise de conscience sur son visage. Harry lâchait prise…enfin. Et en même temps, il relâchait toutes ses tensions. Son visage se faisait moins grave, son attitude plus dégagée… Il redevenait aux yeux de tous, le tout jeune homme qu'il était, à peine sorti de l'adolescence. Sur les visages qui le scrutaient, Harry ne voyait qu'amitié, sympathie et compréhension.

« Merci Mrs Tonks et merci à vous tous ! J'avais tout faux, hein ? » reconnut-il dans un sourire désarmant. « Je m'en rends bien compte maintenant. Etait-ce de l'orgueil ou autre chose ? J'en sais rien et c'est pas très important. Ce que je viens de comprendre, c'est que j'ai toujours eu le choix. Même si mon chemin semblait tout droit, sans autre destination possible, ce sont mes choix qui me montraient la direction, toujours la même direction. J'aurais pu, à n'importe quel moment, prendre d'autres décisions. Personne m'a jamais obligé à aller jusqu'au bout. J'ai choisi de le faire tout seul. Et je reconnais que vous aviez aussi le droit de faire vos choix y compris celui de déblayer le chemin pour moi… même au péril de vos vies. Je vous rends hommage pour ça ! Et je vous respecte trop pour continuer à m'approprier votre part dans notre victoire… je me rendais pas compte que je le faisais. »

Etant donné les lieux, personne ne manifesta son approbation de façon excessive. On se contenta de petits sourires, de tapes amicales sur les épaules. La Directrice de l'école rejoignit le groupe sur ces entrefaites.

« Je voulais vous demander, Mrs Tonks, » reprit Harry, « si Ton… euh, si Nymphadora et Remus vous avaient dit qu'ils voulaient que je sois le parrain de Ted ? Parce que je suis très heureux qu'ils aient pensé à moi et que j'aimerais bien respecter leur volonté. Et ça sera pas pour faire bien… j'ai envie d'être un vrai parrain, avec tout ce que ça implique ! »

« Ils me l'ont dit en effet, » témoigna Andromeda, « et si à ce moment là je pensais que tu étais bien jeune pour assumer un tel rôle, aujourd'hui, je suis sûre que le petit Ted ne pouvait pas rêver meilleur parrain ! »

« Oh, merci Mrs Tonks, vous… »

« Il y a de petites conditions cependant… En devenant le parrain de mon petit-fils et du fait du décès de ses parents, tu deviens notre seule famille à Ted et à moi, du moins la seule qui s'intéresse à nous et qui nous importe. Dans cette famille là, on ne fait pas de manières, on me tutoie et on m'appelle Andromeda ! »

« Je m'en souviendrai Mrs… heu… Andromeda ! Et heu… n'hésite pas à faire appel à moi au moindre problème ! »

« Eh bien justement, tout à l'heure, il va falloir que j'aille chercher Ted et que je m'occupe de lui, je ne peux pas le laisser en nourrice indéfiniment. Si tu pouvais t'occuper des formalités afin que je puisse récupérer les corps de Nymphadora et de Remus, cela… »

« Récupérer les corps… oui bien sûr ! » l'interrompit Harry, hésitant. Puis s'adressant à tous, il déclara :

« J'avais pensé que les victimes resteraient ici ! Elles appartiennent au Monde de la Magie. Elles sont tombées ici, à Poudlard, pour un idéal commun. Toutes ces personnes faisaient partie de l'Ordre du Phénix ou de l'armée de Dumbledore. Ou elles étaient sympathisantes. Je pensais qu'il était normal qu'elles rejoignent le Professeur Dumbledore dans sa dernière demeure et qu'on aurait pu ériger ici un mémorial. Comme ça, dans le futur, tous les jeunes formés ici auraient pu se souvenir de ce qui s'est passé sans avoir besoin de l'apprendre dans des livres… »

Dans la chapelle, tout le monde étudia Harry et médita ses paroles. Puis l'on commenta la proposition entre proches.

« C'est une excellente motion M Potter ! » finit par proclamer McGonagall. « Je vais la soumettre au Ministre dès qu'il reviendra… si tout le monde est d'accord ! »

Elle sonda les visages afin d'y recueillir des assentiments ou d'éventuelles oppositions. Apparemment, personne ne semblait vouloir faire d'objection.

« Bien, il nous faudra obtenir l'accord des familles absentes, mais je pense que cela ne devrait pas poser de difficulté. » assura McGonagall. « La journée a été longue ! Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, je vais tâcher d'aller dormir un peu. Bonne nuit ! »

A ces mots, l'on réalisa qu'il était plus de quatre heures du matin et que si l'on comptait se reposer un peu, c'était maintenant ou jamais.

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Harry en profita pour rejoindre Ginny… enfin. Il arriva à sa hauteur et lui glissa tendrement un bras autour de la taille. Ginny se raidit légèrement. Surpris, Harry la dévisagea. Elle lui fit un petit sourire. Un petit sourire de rien du tout. Un sourire indigne de sa Ginny. Elle devait être morte de fatigue. Harry s'arrêta pour l'attirer à lui. Lorsqu'ils se trouvèrent face à face, il la dévisagea avec chaleur et tendresse.

Puis il s'approcha encore et se pencha doucement vers elle, vers ses lèvres. Il voulait juste, puisqu'elle était si fatiguée, lui manifester son attachement par un léger et tendre baiser. Leurs lèvres s'effleurèrent. Harry caressa doucement celles de Ginny avec les siennes. Puis, de sa langue, il dessina les contours de la bouche de sa bien-aimée. C'était bizarre, Ginny, d'ordinaire si entreprenante, restait singulièrement passive. N'y tenant plus, Harry s'enhardit et chercha sa langue. Mais Ginny s'écarta de lui, mettant fin à leur étreinte.

« Qu'est ce qu'il y a Ginny ? » demanda Harry, blessé.

« Il est très tard et comme l'a dit McGonagall, la journée a été très longue… et j'ai pas fait de sieste, moi ! »

« Bien sûr, » approuva Harry, « tu restes à la Tour avec moi ? »

« Non, » répliqua Ginny sèchement, « la famille rentre au Terrier. Ma place est avec elle ! Nous reviendrons dans l'après midi pour les formalités et pour prendre connaissance du déroulement des obsèques. Nous nous reverrons à ce moment là ! »

D'abord abasourdi, Harry s'en voulut rapidement. Pouvait-on être égoïste à ce point ? Pouvait-on être dénué de compassion à ce point ? Ginny était exténuée. Et bien sûr que sa place était avec sa famille dans ces dramatiques circonstances. Il n'y avait rien d'anormal dans son attitude. Il ne voulait rien y voir d'anormal… Il la laissa rejoindre les siens.

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Ginny franchit rapidement la porte, sans se retourner. Si elle l'avait fait, Harry aurait pu voir les larmes qui baignaient son visage. C'était encore plus dur qu'elle ne se l'était imaginé. Elle avait eu recours à toutes ses ressources, toute son énergie, pour repousser Harry. En quelques secondes elle s'était retrouvée exsangue.

Elle se posait de nombreuses questions. Sa décision de prendre un peu de recul avec Harry n'était-elle pas une énorme erreur ? Avait-elle raison de vouloir provoquer un choc en lui ? D'attendre en retour, une réaction salutaire pour leur relation ? Et si elle se trompait ? N'y aurait-il pas plutôt une sorte de retour de manivelle ? N'était-elle pas en train de risquer quelque chose de très beau, d'exceptionnel, sur la base d'une sournoise et inexplicable sensation de malaise ? Sur une vague intuition… mais une intuition de quoi ?

L'attitude d'Harry était-elle si étrange, si anormale que cela ? L'avant-veille, il s'était mis en route pour affronter la mort… sans le moindre espoir de survivre. Puis, au dernier moment, la donne avait miraculeusement changé : il avait combattu et vaincu Voldemort !

Aujourd'hui… plutôt hier, il avait dû remettre ça car le Seigneur Noir, même mort, avait encore un atout dans son jeu qui pouvait permettre à toute l'histoire de recommencer. Oui, depuis des mois, Harry avait été accaparé par sa destinée et il l'avait été d'une façon encore plus dramatique ces deux derniers jours. Le tragique de sa situation avait été poussé à son paroxysme.

Bref, pour lui, aujourd'hui n'aurait pas dû exister… il y avait de quoi être à côté de ses pompes. Mais justement, s'il en était là, pourquoi n'était-il pas venu chercher soutien et réconfort auprès d'elle ?

Quoiqu'il en soit, la machine était lancée maintenant. Et elle était trop épuisée pour raisonner. Elle aviserait après quelques heures de sommeil… si elle arrivait à dormir.

Un peu plus loin dans le hall, Molly Weasley se retourna et vit l'état de sa fille. Elle appela Ron. Celui-ci s'approcha avec Hermione qui l'accompagnait. Ensemble ils attendirent Ginny. Lorsqu'elle fut tout près, Molly la prit dans ses bras et lui dit doucement :

« Tu sais, Hermione, Ron et toi, vous pouvez rester ici avec Harry ! Ca changera pas grand-chose. Et nous nous retrouverons tous dans l'après-midi… »

« Je crois qu'il est préférable que je rentre avec vous ! » rétorqua bravement Ginny.

Molly, Hermione et Ron étaient stupéfaits. Ron, soupçonneux, fut le plus rapide à demander :

« Il s'est passé quelque chose avec Harry ? »

« Oui… non ! Non ! Harry n'a rien dit ou fait de mal… c'est moi qui… je… je sais pas vraiment ! Je me sens mal… minable… je vous dirai quand j'aurai compris ce qui arrive, mais pas maintenant ! » gémit Ginny.

« Et Harry est dans le même état que toi ? » s'alarma Hermione.

« Je sais pas ! » répliqua Ginny. « Je ne crois pas. Il comprend pas ce qui se passe. Mais il a eu l'air meurtri… »

« Alors, Hermione et moi allons rester là ! » décréta Ron.

« Pas toi Ron, s'il te plait ! » reprit vivement Ginny. « Ta place… notre place… est avec la famille en ce moment… pour Fred ! Hermione peut rester si elle veut, mais faut pas qu'elle lui parle de ma peine… »

« Enfin, Ginny, vas-tu enfin nous dire ce qui t'arrive ? » intervint Mme Weasley, fort inquiète.

« Je fais ça pour lui… pour nous ! » bredouilla Ginny. « Je l'aime. C'est assez difficile comme ça pour moi. J'ai dit que je vous expliquerai et je le ferai… quand j'en serai capable. Mais il a rien fait de mal, changez rien avec lui. Simplement, Hermione, si tu restes et qu'il veut parler de moi, essaye de détourner la conversation ! »

« Ginny, » reprit un Ron tenace, « je vais pas abandonner mon meilleur ami sur ces paroles décousues. Même si c'est ma sœur qui les prononce. Il faut en dire plus tout de suite ou je… »

« Ronald Weasley ! » ordonna Molly, « tu rentres à la maison ! Ta sœur a ses raisons et elle nous les donnera en temps voulu ! »

« Ron, je te demande de me faire confiance et à toi aussi Hermione ! » insista Ginny. « Je ne veux rien de mal à Harry, bien au contraire. Mais il y a quelque chose d'étrange... quelque chose qui me met mal à l'aise… peut-être que je me trompe… je sais pas ! Il faut que je tire ça au clair ! »

« Je suis d'accord avec Ron, » annonça Hermione, « tout ça m'a l'air aussi limpide qu'une potion de polynectar ! En tout cas, moi je reste avec Harry… il aura peut-être besoin d'une amie. »

Sur ce, Hermione enlaça son Ron adoré et l'embrassa tendrement.

« A tout à l'heure ! » chuchota-t-elle à son oreille tout en ne résistant pas à son envie de la mordiller.

« A tout à l'heure Mione, prends bien soin de lui ! » répondit Ron. « Et, Mione… je t'aime ! »

« Je t'aime aussi, Ron ! »

Hermione était aux anges. Ils avaient mis du temps à s'avouer leur amour tous les deux. Depuis deux jours, depuis que dans la bagarre la peur de tout perdre les avait poussés à se déclarer, les mots doux, les petits gestes tendres, les baisers chastes ou plus enflammés, comblaient les instants propices… en attendant plus. Mais ils allaient laisser les choses suivre leur cours. Ils étaient patients, rien ne pressait. Tout viendrait à point nommé, simplement, naturellement, comme une évidence, quand ils se sentiraient prêts tous les deux. Et ça serait merveilleux.

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Harry, se posant toujours des questions à propos de Ginny, la principale étant de savoir s'il y avait lieu de se poser des questions ou pas, entra dans la salle commune des Gryffondors. Neville, Dean et Seamus y discutaient, confortablement installés dans les fauteuils près de la cheminée. Bien que l'on soit début mai, les nuits étaient fraiches et un petit feu réchauffait la pièce tout en lui communiquant cette ambiance chaleureuse qu'Harry lui connaissait bien.

« Ha ! Enfin ! Nous t'attendions, Harry ! » l'accueillit Neville en lui faisant signe de venir s'asseoir avec eux. « Nous tenions à te dire que pour nous, t'avais pas à t'inquiéter, tu restes le Harry que nous connaissons et que nous apprécions, même si nous devons admettre que tu es parfois harry-hussant ! »

Le rappel du mot de Ron amena de nouveaux rires dans le petit groupe. Quand l'allégresse reflua, Harry fut bombardé de questions sur les évènements depuis la mort de Dumbledore. Ses amis voulaient tous les détails. Harry commençait à répondre de bonne grâce quand Hermione fit son entrée. Il se demanda pourquoi elle n'était pas partie au Terrier avec Ron. Hermione s'approcha et l'on s'empressa de lui faire une place. Puis elle participa à la conversation, complétant les réponses, apportant des précisions, étant donné que depuis le départ d'Harry du 4, Privet drive elle avait presque constamment partagé ses aventures et mésaventures.

Intelligemment, comme elle voyait qu'Harry, une nouvelle fois, n'abordait pas le sujet des reliques de la mort, elle n'en parla pas non plus, d'autant plus qu'elle se doutait fort bien des raisons pour lesquelles il ne le faisait pas, même si elle ne connaissait pas les derniers développements de l'affaire. Harry ne savait pas encore s'il allait parler à quelqu'un de son espace et de tout ce qui allait avec. Mais s'il le faisait un jour, Hermione et Ron seraient les premiers à savoir. Pour l'instant, il appréciait l'intelligence, la lucidité, la délicatesse et la confiance de sa meilleure amie.

Reconnaissante, Hermione l'était aussi envers Harry. A aucun moment, celui-ci n'avait évoqué le lâchage de Ron devant ses amis. Au contraire, quand il parlait de lui, c'était avec gratitude, respect et fierté. Dans son discours, peu auparavant, il avait fait de même pour l'ensemble de ses amis ou prétendus amis. Pourtant, Merlin savait qu'il y aurait eu à dire… Hermione était heureuse d'avoir la chance de figurer au rang des meilleurs amis d'Harry et intérieurement, elle prit l'engagement de rester pour lui cette amie sincère, dévouée et indéfectible quoiqu'il puisse arriver. Harry devait pouvoir compter sur son soutien à elle en toutes circonstances.

« Les garçons, » signala-t-elle, « nous aurons tout le temps d'approfondir tout ça plus tard ! Nous devrions essayer de dormir un peu, non ? Est-ce que vous savez si mon lit est libre ? »

« Tu rigoles Hermione, » protesta Dean, « tu crois pas sérieusement que nous aurions laissé quelqu'un s'installer dans ton lit, ni d'ailleurs dans celui de Ron ou d'Harry ? Pour nous, vous alliez revenir ! C'était sûr. Et vous deviez naturellement retrouver les places qui étaient les vôtres… »

« Ouais ! » confirma Seamus. « Y a d'ailleurs personne, dans la maison Gryffondor, qui se soit seulement imaginé que l'on pouvait prendre vos places ! La Tour Gryffondor tout entière vous attendait ! »

« Avant de nous coucher, j'ai encore quelque chose à dire ! » confessa Neville. « Harry, pendant ton discours tu as été très honnête avec nous. Tu nous as parlé de tes doutes, de tes faiblesses, de ce que tu considères comme des lâchetés de ta part. Je dis bien que tu considères comme des lâchetés parce que moi j'ai vu la dedans prudence et esprit de conservation ! »

« Non… laisse moi finir ! Tu as été très élogieux à mon égard. J'ai bien écouté tout ce que t'as dit. Devant tous ici, il faut que je le dise : jamais j'aurais pu faire le dixième de ce que t'as fait, même si tu penses le contraire. Je n'ai pas tes compétences et mon courage est loin d'approcher le tien… je… je ne pense pas que j'aurais accepté de me sacrifier ! »

« Et pourtant tu l'as fait devant tout le monde ! » réfuta vivement Harry. « Quand tout semblait perdu et que Voldemort te proposait de rejoindre son camp, tu l'as envoyé paître ! Je ne pense pas que quelqu'un l'ait fait avant toi. Pas même moi ! Et la suite était évidente : Voldemort allait t'exécuter. Tu t'es bien sacrifié, Neuville ! Et nous connaissons la ferveur que peut déclencher un martyre pour sa cause... »

« Tu sais, t'es pas le Neville d'il y a six ans, pas même celui d'il y a six mois. » poursuivit Harry. « Si on t'avait dit, il y a quelques années que tu tirerais l'épée de Gryffondor du Choixpeau magique. Que pour ça, il fallait d'abord que tu fasses preuve d'un immense courage et que tu sois dans une nécessité absolue. Et enfin, qu'avec cette épée, tu abattrais Nagini devant le Seigneur des Ténèbres, sachant que celui-ci tenait à son serpent autant qu'à la prunelle de ses yeux, tu y aurais cru ? »

« Je ne pense pas, non, » répliqua Neville, « mais en fait j'ai pas réfléchi à tout ça, tout s'est enchainé tout seul sans que je fasse rien de spécial… »

« Exactement comme pour moi, » décréta Harry, « c'est ce que j'essaie de vous faire comprendre à tous depuis hier ! »

« Donc, Harry, si je comprends bien, quand je dis que t'es un héros, il faut que je précise que j'en suis un aussi ! » conclut Neville en riant.

« Exactement Neville ! T'as tout compris… » confirma un Harry souriant.

« Bon ! Et les héros ne sont pas fatigués, là ? » intervint Hermione, en ayant du mal à garder son sérieux. Et tout en se félicitant du fait que, grâce à ses amis, Harry n'avait pas eu matière à s'interroger sur Ginny. C'était toujours ça de gagné. Car si le sujet avait été abordé, elle se demandait comment elle s'en serait tirée. Broder sans connaître les tenants et les aboutissants d'une situation, ce n'était pas son style.

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En riant, tous se souhaitèrent bonne nuit et se dirigèrent vers les chambres. Harry se prépara, dissimula les reliques dans son lit et se coucha rapidement. Trop rapidement, il n'était pas fatigué. Ses allées et venues dans le voile l'avaient rechargé. Son esprit se mit à fourmiller d'idées et de pensées diverses.

Bientôt, il se remémora les conditions du départ de Ginny pour le Terrier. En y réfléchissant bien, ce n'était pas aussi normal qu'il voulait le croire. Ce n'était pas normal du tout, même. Que se passait-il ? Il n'en saurait rien avant d'avoir revu Ginny… il fallait absolument qu'il ait une conversation sérieuse avec elle afin de comprendre ce qui se passait et de dénouer un probable malentendu.

Mais il ne put s'empêcher de cogiter. Il imagina toutes les possibilités : la plus douloureuse étant que Ginny se soit rendu compte qu'elle ne l'aimait pas. Il imagina la conversation qu'il allait avoir avec elle, ce qu'il lui dirait, ce qu'elle pourrait répondre. Il essaya d'envisager tous ses arguments à elle pour pouvoir y répondre. Mais bon, s'il s'avérait que Ginny ne l'aimait pas, au bout du compte, qu'est ce qu'il pourrait bien faire contre ça ? Il ne pouvait pas la forcer tout de même.

La nuit risquait d'être bien longue, même si elle était largement entamée. Alors il songea qu'un petit voyage dans son espace serait le bienvenu. Il n'y était jamais allé volontairement jusqu'à présent et se demanda comment faire. Lorsqu'il estima qu'il lui fallait peut-être empoigner une des reliques, il réalisa qu'il était déjà dans le voile ! Il le réalisa parce qu'il sentit immédiatement amour et sérénité l'imprégner. Là, au moins, il n'avait pas à se poser de question… là, on l'aimait !

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« Harry ! Harry ? Tu es malade ? Tu te sens mal ? » Hermione était affolée et les garçons autour du lit n'étaient pas plus rassurés qu'elle.

Il était plus de onze heures et Hermione était venue voir, comme souvent à Poudlard, si son ami était réveillé et au besoin, lui servir de réveille-matin. Elle avait découvert Harry, couché dans son lit, le haut du corps enveloppé d'une brume claire peu épaisse. Elle avait tiré légèrement sur les couvertures, assez pour se rendre compte que cette brume enveloppait probablement tout son corps.

Il respirait très lentement, trop lentement pour quelqu'un qui aurait été en train de dormir. Si l'aspect général de son visage donnait une impression de félicité sans pareille, ses yeux étaient ouverts… et ils étaient vitreux… pas réellement vitreux… ils avaient l'air voilés. Oui, c'était cela, son corps était entièrement enveloppé de brume et ses yeux étaient fixes derrière un voile translucide. C'était effrayant. De quel sortilège était-il la victime ?

Si le réveille-matin n'avait pas encore fonctionné pour Harry, il avait fait des ravages sur les autres occupants de la chambre. En entendant Hermione s'inquiéter pour le Survivant, Neville, Dean et Seamus avaient bondi de leurs lits comme s'ils en avaient été éjectés.

Soudain, la brume s'estompa, le voile devant ses yeux se leva et Harry souriant, charmant et de fort bonne humeur annonça :

« Tout va bien Hermione ! Je vais très, très bien ! Et toi, ça va ? T'as passé une bonne nuit ? Et vous les gars, bien dormi ? Désolé pour le réveil en fanfare ! »

C'était bien connu, les levés d'Harry étaient plutôt cotonneux. Il lui fallait des dizaines de minutes, parfois des heures, pour émerger du cirage matinal. Le voir aussi détendu et aussi bien disposé était tout aussi bizarre que de l'avoir vu dans l'état où il était une minute avant.

« Tu es sûr que tout va bien Harry, parce que… »

« Oui, ça va bien, Hermione ! » répondit Harry. « J'essayais un sort de régénération dont j'ai appris l'existence y a pas longtemps. Je ne pensais pas être capable de le réaliser, mais avec cette baguette, tout est possible ! Harry dégagea la baguette de sureau et l'exhiba. »

Puis, devant l'air suspicieux d'Hermione, il lui assura discrètement, pendant que les garçons commentaient entre eux ce qu'ils avaient vu :

« Je t'assure, tout va bien, y a des choses dont j'ai pas eu encore l'occasion de parler. Dès que Ron sera là, je vous raconterai. Mais seulement à vous deux, d'accord ? »

« D'accord ! » acquiesça Hermione tout bas. Puis se redressant, elle claironna :

« Bon ! Ben… si tout va bien pour tout le monde, pourquoi est ce que l'on ne se préparerait pas à aller déjeuner tous ensemble ? Allez, les garçons… à la douche ! Et ne lésinez pas sur le shampoing et le savon… y a eu comme un relâchement ces derniers temps ! »

Trois Gryffondors mâles, un peu vexés, se disaient que pour être de retour, ça oui, Hermione était de retour. Et penauds, ils allèrent chercher leurs nécessaires de toilette. Le quatrième des mâles présents jubilait en voyant les trois autres filer en baissant l'oreille. Il fit un clin d'œil complice à Hermione. Pour donner le change, elle avait bien donné le change. Il n'y avait qu'elle pour faire ce genre de trucs sans en avoir l'air.

« C'est pas pour dire Harry, » reprit Hermione avec un petit sourire carnassier, « mais ça ne serait vraiment pas du luxe que tu les rejoignes avant de descendre ! Je vais vous attendre dans la salle commune. »

Sur ce, elle lui renvoya son clin d'œil. Son enthousiasme douché pour le coup, Harry, bon enfant quand même, se décida à aller faire un tour, lui aussi, dans la salle de bain du dortoir des garçons. Il y apprécia le fait tout simple de pouvoir prendre une douche. Ces derniers mois, il n'avait pas eu souvent l'occasion ou le temps de faire des ablutions convenables.

Bien sûr, il y avait les sorts de nettoyage mais rien ne remplaçait la sensation de l'eau chaude coulant agréablement le long du corps. Sans être négligé, il n'avait jamais été non plus un forcené de la toilette. La plus part du temps, c'était pour lui une corvée nécessaire qu'il expédiait en quatrième vitesse. C'est finalement, lorsque l'on est privé de certaines choses élémentaires, que l'on se rend compte à quel point elles sont essentielles.

Pour une fois, il prit son temps, se déplaçant lentement pour que le jet d'eau lui masse délicieusement toutes les zones du corps. L'effet en devint troublant, presque… érotique. Ses mains se firent lascives en répandant le gel-douche et en accomplissant leur tâche. Une chaleur sensuelle monta en lui tandis qu'il insistait sur la région de son bas-ventre et sur ses fesses. Son sexe durcissait, il avait envie d'aller plus loin… mais en entendant ses camarades chahuter dans les cabines voisines, il y renonça.

Pendant qu'il faisait durer le plaisir de se bichonner, il se remémora sa dernière visite dans le voile. Il y avait été extrêmement bien, comme d'habitude. Cette fois, c'était Cédric qui était venu lui parler. Harry avait été étonné, car l'impression de plénitude et d'amour avait été la même que pour les fois précédentes. Cédric lui avait fait ressentir intérieurement, les mêmes sensations que ses parents ou Sirius ou les autres auparavant.

Pourtant, Cédric et lui n'avaient jamais été très proches. Il apparaissait à Harry que les âmes devaient avoir le même immense amour pour la condition humaine en général. Et qu'elles devaient avoir aussi une conscience collective ou au moins, partager une base de connaissances communes. Car, au cours de la discussion, Harry avait compris que Cédric était au courant des sujets débattus lors des rencontres précédentes comme s'il y avait participé. Il était aussi au courant de ce qui se passait en bas.

Mais il s'en était tenu à ce qui lui avait déjà été dit. Quoiqu'il arrive, il lui avait recommandé d'avoir confiance en lui et en la vie. Au sujet de Ginny, il lui avait simplement conseillé de ne pas s'inquiéter et de parler avec elle quand elle y serait disposée… soit, en somme, ce qu'Harry avait déjà prévu de faire. Cela ne l'avait pas avancé et Harry avait compris qu'il lui fallait d'abord défricher un peu avant de pouvoir espérer une aide quelconque dans le voile.

« Harry ! T'es vraiment sûr que ça va ? » questionna Hermione derrière la porte de la salle de bain. « Parce que les autres ont fini depuis un bon moment ! Nous t'attendons… »

« Oui, oui, tout va bien, j'arrive ! » rétorqua Harry.

Il passa un drap de bain autour de sa taille, récupéra ses affaires, dont les reliques qu'il gardait à portée de vue quand il ne pouvait pas les avoir sur lui et ouvrit la porte.

« Par contre j'ai pas de vêtements de rechange ici ! » signala-t-il.

« Qu'à cela ne tienne, » affirma Hermione, « je vais prendre les choses en main si tu permets, sinon je sens que nous n'irons pas manger avant ce soir ! »

Elle commença par lancer un sort de séchage à Harry. Ce faisant, elle l'observa. Le haut de son corps étant dévêtu, elle remarqua sa minceur. Avec le type de vêtements amples et sans formes qu'il portait toujours, elle ne s'en était jamais aperçue. Ce n'était pas qu'il était maigre mais au cours des mois qu'ils venaient de passer en campagne, sans avoir de quoi faire tous les jours des repas variés et complets, il s'était affiné.

Elle se rappela qu'Harry, pendant cette période, était souvent inquiet et tendu et qu'il ne mangeait que rarement une ration entière, contrairement à elle et à Ron. Sa sveltesse faisait ressortir une musculature fine et souple. Les sorciers ne faisaient pas, en général, beaucoup d'exercice physique. Le seul sport qui trouvait grâce à leurs yeux était le quidditch et si celui-ci exigeait adresse, habileté et virtuosité sur un balai, il ne demandait pas un entrainement physique important. Il était donc rare de trouver, chez les sorciers, des musculatures développées telles celles que l'on pouvait rencontrer chez les moldus passionnés de sport.

Hermione jeta des sorts de nettoyage aux vêtements d'Harry et les lui tendit pour qu'il puisse se rhabiller. Harry qui avait rosi sous l'examen minutieux d'Hermione, se mit à rougir franchement. Hermione s'empressa de se retourner en bredouillant des excuses.

« Tu sais Harry, je ne te matais pas. Je me faisais seulement la réflexion que tu avais beaucoup minci. Tes habits vont plus du tout. Déjà qu'ils étaient trop grands, là, c'est du n'importe quoi. Il faudrait que tu songes à renouveler ta garde robe. Tu es majeur, je pense que les limitations sur l'usage de ton héritage doivent être levées maintenant… »

« Ouais, mais pour le vérifier, faut aller chez Gringotts ! » objecta Harry. « Je me demande comment on va m'y accueillir ? »

« Aie ! Je n'avais pas pensé à ça… » confessa Hermione. « En attendant, je vais essayer de retoucher un peu tes vêtements, si tu veux bien ! »

« Bof ! J'attache pas vraiment d'importance à tout ça, mais si ça te fait plaisir… n'en fait pas trop quand même. Essaie surtout de voir pour le jean à la taille. Il a tendance à se barrer tout seul ! »

Hermione fit le tour de son camarade et regarda sa tenue d'un œil objectif. Elle lui fit enlever sa veste-blouson. Puis elle jeta des sorts par ci par là. La chemise verte, un peu passée, retrouva une teinte émeraude chaude, rappelant la couleur des yeux d'Harry. D'ample, sa coupe devint légèrement cintrée, assez près du corps. Elle fit de même pour le jean mais en changeant complètement son coloris cette fois. Elle trouvait qu'un gris anthracite se mariait mieux avec le vert de la chemise que le bleu délavé d'origine.

« Voilà, » finit-elle par dire en lui tendant ses lunettes, « glisse la chemise à l'intérieur du pantalon et va voir si ça te convient ! »

Harry alla se regarder dans le miroir de la salle de bain. Il eut un choc. Avec ces simples retouches, il avait l'air d'un autre. Ses vêtements le moulaient légèrement, du haut en bas. Ses muscles se dessinaient sous le coton. Le jean faisait ressortir le galbe de ses fesses et surtout, était un peu trop suggestif, à son sens, au niveau de l'entrejambe. Il ne s'était jamais habillé de cette façon. C'était presque… sexy ! Etonnant qu'Hermione fût la responsable de tout cela.

« Heu… Hermione, » demanda-t-il, « tu trouves pas que c'est too-much ? »

« Non, Harry, tu es très bien ! » répondit-elle. « Tu es beau garçon, tu sais ! A ton âge, tous les mecs essaient de mettre leurs physiques en valeur. Ron, s'il avait pas tout le temps sa mère sur le dos et s'il en avait les moyens, le ferait… Jusqu'ici, tu avais tes priorités ailleurs mais maintenant il est temps que tu t'occupes un peu de toi, que tu te mettes à vivre ! »

Pas très convaincu, Harry se contempla une nouvelle fois dans la glace, d'un œil critique. Ma foi, pour les vêtements il ferait avec… pour l'instant. Par contre la botte de foin noire, qui lui servait de chevelure, le désola.

« Dis, Herm', penses-tu que tu pourrais faire quelque chose à ma tignasse ? » geignit-il.

« Pourquoi Harry ? Tes cheveux sont très bien comme ça ! Ils te donnent un petit côté rebelle qui fait ton charme. Tu pourrais peut-être aller chez le coiffeur, à l'occasion, pour les faire désépaissir un peu. Mais moi, j'y toucherais pas trop… peut-être les raccourcir un brin quand même pour dégager le visage… mais c'est tout ! »

« En revanche, il faudra absolument faire quelque chose pour tes lunettes. Elles sont vraiment rustiques et te font passer pour un gamin. Avec leurs grosses montures et leurs petits verres ronds, elles tendent à occulter ton regard qui est magnifique ! Il faudrait changer de style ou mettre des lentilles… »

« Ouais, bon… on verra, » la coupa Harry, « si on rejoignait les autres maintenant… »

Il voulut dissimuler la cape d'invisibilité sous sa chemise, mais il n'y avait plus la place à moins de laisser apparaître un relief peu discret qui appellerait les questions. Sur les conseils d'Hermione, il essaya, sans grande conviction, de glisser la cape dans sa bourse.

Après tout, quand Hagrid la lui avait offerte, il lui avait dit : « C'est une bourse en peau de Moke ! On peut cacher ce qu'on veut là dedans et seul son propriétaire peut récupérer ce qu'il y a mis. Rares ces trucs là ! ». A sa grande surprise, Harry vit disparaître la grande cape à l'intérieur de la petite bourse. Puis il songea que ce n'était pas plus surprenant que d'y avoir rangé ses deux autres baguettes, la sienne et celle qu'il avait ravie à Drago Malefoy.

« Vive la magie et les objets magiques ! » proclama-t-il à Hermione. « Cela résout deux problèmes. Un, les reliques sont à l'abri à l'intérieur et je peux les conserver sur moi en permanence. Deux, si quelqu'un volait la bourse, il ne pourrait pas prendre son contenu puisque je l'y ai placé moi même ! En plus, la bourse semble avoir toujours le même poids. Il faudra que j'étudie mieux ses caractéristiques… comme toi avec ton sac, je devrais peut-être pouvoir y ranger quelques affaires pour ne jamais être pris de court. »

A l'aide du cordon, Harry remis la bourse autour de son cou et glissa la baguette de sureau à l'intérieur. Il prit sa veste-blouson des mains d'Hermione pour la poser sur son lit puis il offrit son bras à son amie. Tous deux partirent enfin pour la grande salle.

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Il était tellement habitué à attirer les regards partout où il allait, en sa qualité de survivant, qu'Harry n'y prêtait plus attention. Il ne s'aperçut pas du fait que motifs et conséquences de ces regards s'étaient modifiés. Il y avait toujours de la curiosité et de la sympathie à son égard. Mais maintenant s'y ajoutait de l'admiration pour sa prestance. Harry ne remarqua pas qu'il suscitait désormais, envie et convoitise dans son sillage. Il ne se trouvait ni beau, ni attirant, comment aurait-il pu jamais se douter qu'il en arriverait un jour à provoquer tous ces émois.

Ce qu'Harry ne remarquait pas, Hermione le constatait de ses yeux. Elle s'y était attendue à vrai dire. Mais devant l'ampleur des réactions, elle s'accorda un satisfecit pour sa petite intervention sur la tenue de son ami. Elle essaya d'évaluer les ravages qu'Harry causerait lorsqu'il serait passé chez le coiffeur, chez un tailleur digne de ce nom et lorsqu'il aurait enfin renoncé à ses horribles lunettes…

Dès qu'ils furent installés dans la grande salle, des elfes apparurent pour demander ce qu'ils désiraient. C'était singulier, car encore une fois, on ne voyait que très rarement les elfes de maison à Poudlard. En outre, à l'exception des grandes occasions, il y avait un menu avec deux ou trois plats différents et le choix se limitait à cela. On sélectionnait son plat que les elfes faisaient apparaître devant soi sans se manifester eux-mêmes.

Mais le personnel de service de Poudlard avait écouté le récit d'Harry, la veille. Il avait été particulièrement soufflé de l'entendre parler des états de service de deux d'entre eux, Dobby et Kreattur, ainsi que d'un gobelin, Gripsec.

Les sorciers ne rendaient pas hommage aux elfes et aux gobelins, en général. Qui plus est, ils n'en parlaient pas dans les termes employés par Harry. Ils ne les considéraient pas comme des êtres à part entière encore moins comme des amis. Harry ne le savait pas encore, mais il s'était attiré la sympathie et la bienveillance de beaucoup de créatures magiques ces derniers temps. Pour lui, la vie allait être plus agréable désormais, dès lors que l'une de ces créatures serait dans les parages et dans la capacité de lui faciliter l'existence.

Le repas dura longtemps. Il faut dire que, après qu'Hermione et Harry se soient installés parmi leurs amis Gryffondors, les autres élèves présents dans la salle s'étaient invités à leur table. Et tous avaient des questions. Tous souhaitaient des précisions. Tous proclamaient qu'Harry avait agi au mieux en fonction des circonstances et que pour eux il n'avait pas à rougir de ses doutes et de ses hésitations. Tous voulaient lui confirmer qu'il restait bien le seul et unique Harry qu'ils avaient toujours connu et qu'ils estimaient.

Il y eut des interrogations à propos de la baguette aînée. Harry révéla ce qui pouvait l'être : et en fait de révélation, il n'en fit pas. Il se contenta de répéter, en utilisant d'autres mots peut-être, ce qu'il avait déjà relaté. Dumbledore se l'était approprié en affrontant Grindelwald. Malefoy en était devenu le maître, sans s'en douter, en la prenant à Dumbledore contre son gré. Et lui-même, en désarmant Drago alors qu'il était équipé d'une autre baguette, avait hérité du titre de propriétaire légitime de l'artefact.

Mais les questions sur le sujet devinrent plus pointues, plus pressantes. Bien entendu il n'était toujours pas dans les intentions d'Harry de parler de la baguette en tant que relique de la mort. Très concentré, il choisissait bien ses termes avant de répondre et fut tout heureux d'être interrompu par l'arrivée d'un hibou chargé d'un message… le Ministre de la Magie l'attendait dans le bureau de McGonagall.

« Allons-y, Hermione ! » glissa-t-il à l'intéressée. Cette suggestion lui vint autant pour éviter à Hermione de se voir soumise à un interrogatoire serré au sujet du bâton de la mort que pour garder auprès de lui une alliée fidèle… en effet, il avait de mauvais souvenirs de précédentes conversations officielles avec certains Ministres de la Magie !

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La gargouille, qui interdisait la seule voie d'accès au bureau de la directrice, avait été redressée. Harry se rendit compte qu'on ne lui avait pas donné le mot de passe en vigueur pour passer l'obstacle. Il adressa à Hermione un regard indécis et haussa les sourcils tout en écartant légèrement les bras en signe d'impuissance.

« C'est Harry Potter, » annonça fermement Hermione, « il a rendez-vous avec… »

Avant qu'elle ne puisse achever sa phrase, la gargouille s'écarta. Dans un coulissement latéral, le mur derrière elle s'ouvrit, laissant apparaître le haut de l'escalier en colimaçon. Hermione et Harry s'installèrent sur les deux premières marches et l'escalier entreprit son ascension tournoyante.

« On dirait que ton nom est devenu un passe-partout dans la maison ! » releva une Hermione goguenarde.

Quand ils arrivèrent en haut, la porte de chêne donnant dans le bureau de Mrs McGonagall était ouverte. Celle-ci était assise à la place où Harry avait toujours vu Albus Dumbledore. A sa droite se trouvait Horace Slughorn. Installé dans un fauteuil d'invité, Kingsley Shacklebolt leur faisait face. Un autre fauteuil d'invité, vacant, avait été placé sur sa gauche.

« Harry ! Hermione ! Entrez donc ! » pria cordialement le Ministre en se levant, la main tendue, pour venir les accueillir, pendant que McGonagall faisait apparaître un troisième fauteuil d'invité. « Soyez les bienvenus ! »

Harry et Hermione saluèrent le Ministre ainsi que les professeurs puis tout le monde s'installa, la directrice et le sous-directeur à leurs places initiales, Shacklebolt dans le fauteuil d'invité de droite, Harry dans celui du milieu et Hermione dans celui de gauche.

« Tout d'abord, Harry, » débuta Kingsley, « j'ai une très bonne nouvelle pour vous. Vous savez certainement que votre parrain, Sirius Black, avait été incarcéré à Azkaban, sans jugement, sur ordre de Barty Croupton Sénior. Par mesure conservatoire, son coffre chez Gringotts et la maison qu'il avait achetée avec une partie de la somme héritée de son oncle Alphard Black, avaient été mis sous séquestre. A partir de là, les biens et valeurs qui lui revenaient au cours des héritages successifs, avaient subi le même sort. »

« Par ailleurs, dans la famille Black, il était d'usage d'évincer les moutons noirs des successions. La plupart du temps, c'était fait légalement devant les autorités compétentes, mais parfois, aucunes règles n'étaient respectées et des héritages étaient purement et simplement détournés. Sirius a ainsi été spolié à diverses reprises, par des manigances de sa tante, Bellatrix Lestrange et de son oncle par alliance, Lucius Malefoy. »

« Compte tenu de cela et de ce qu'elle pensait de lui, il est étonnant que Walburga Black, mère de Sirius, n'ait pas écarté son fils aîné de la succession du 12, square Grimmaurd. Mais sans doute qu'après la mort de son époux et de son fils cadet, disparus tous deux en 1979, elle a été brisée et a renoncé à déshériter le seul lien de sang direct qui lui restait. »

« Toujours est-il qu'à la mort de Walburga, en 1985, tout le monde a été surpris de voir la totalité de la succession de cette branche des Black, revenir à Sirius. Espèces, coffre, biens meubles et immeubles ont rejoint le séquestre… même si pour la demeure familiale, comme vous le savez, l'Ordre du Phénix avait réussi à contourner les effets de la mise sous séquestre pour l'investir secrètement et en faire son quartier général… avec l'accord de Sirius. »

« Tout cela pour vous dire, Harry, que d'ores et déjà, nous avons fait lever les séquestres sur les biens personnels de Sirius et que, en votre qualité de légataire universel, ils vous reviennent de plein droit. »

« Pour finir, même s'il n'y a jamais eu de procès concernant votre parrain, nous allons immédiatement engager une action judiciaire en réhabilitation. Ensuite nous ferons la chasse aux legs détournés afin qu'ils reviennent à qui de droit, c'est-à-dire à vous, Harry. Vous disposiez déjà, grâce à la prévoyance de vos parents, de capitaux personnels vous permettant de voir venir mais là, vous êtes l'un des partis les plus en vue du monde de la magie ! »

« Ben… heu… j'ai pas besoin de tout ça ! » déclara Harry, un peu sonné.

« Besoin ou pas, c'est la loi ! » répliqua Shacklebolt. « Une grave erreur judiciaire a été commise. Des malversations ont été perpétrées. Nous rétablissons le droit là où il a été bafoué ! Sirius n'était pas seulement votre parrain, s'il n'avait pas été injustement emprisonné, il aurait été votre tuteur légal de par la volonté de vos parents. Et Sirius souhaitait plus que tout, que ce qui lui appartenait vous revienne… c'était sa dernière volonté, Harry ! »

« D'accord ! » acquiesça Harry. « Mais je suppose que si c'est à moi, j'ai le droit d'en faire ce que je veux, par exemple faire un don… »

« Oui, sans doute, » reprit le Ministre, « où voulez-vous en venir ? »

« J'imagine qu'avec les fonds laissés par mes parents et ceux appartenant personnellement à Sirius, j'ai largement de quoi faire sans me poser de questions. Il me faudra une maison aussi. J'aimerais récupérer celle de mes parents à Godric's Hollow… »

« Je vous le déconseille, Harry ! » le coupa Kingsley. « Godric's Hollow et dans une moindre mesure, le 12, square Grimmaurd, vont devenir des lieux de pèlerinage pour les sorciers de tout poil. Il vous faudra probablement investir dans une nouvelle demeure que personne ne connaît, si vous tenez à votre tranquillité ! »

« Attendez un peu ! Le square Grimmaurd était protégé par un sort de fidélité… » précisa Harry. « …Kreattur ! »

« Le Maître a appelé Kreattur ? » interrogea le vieil elfe aussitôt qu'il eut transplané dans le bureau.

« Oui, Kreattur… et heu… et ne m'appelle plus maître, s'il te plait, ça me dérange ! »

« Mais Monsieur est le Maître de Kreattur, il ne saurait en être autrement ! »

« Nous allons régler ça tout de suite ! » s'énerva Harry.

Il enleva une de ses chaussures, puis sa chaussette. Il tendit cette dernière à Kreattur qui recula horrifié et couina :

« Kreattur a fait quelque chose de mal ? Le Maître veut plus de Kreattur ? Honte, déshonneur et flétrissure sur Kreattur ! »

« Calme-toi Kreattur ! » dit doucement Harry. « Je suis très satisfait de tes services et je tiens à ce que tu restes avec moi. Mais je veux pas que tu le fasses par obligation. Si tu restes à mon service, je veux que ce soit en elfe libre et parce que t'en as envie. Et bien sûr, si tu restes avec moi, tu seras payé… »

« Impensable ! » piailla Kreattur. « Le Maître n'est pas sérieux. On n'a jamais vu un elfe gagner de l'argent ! »

« Et si, » affirma Harry, « Dobby, l'elfe que j'estimais, l'elfe qui était mon ami, était libre et gagnait sa vie. Et en tant que tel, il m'a rendu de très grands services. Bien plus que m'en ont rendu tous les elfes esclaves du monde ! Qu'est-ce que tu dirais de deux gallions par semaine ? Dobby gagnait un gallion et demi à Poudlard… »

« Mais Dobby avait l'honneur… suprême… unique… d'être l'ami du Maître… » répondit Kreattur.

« Je veux être ton ami aussi… Dobby n'est plus là maintenant… Il me manque ! Oui… mon grand ami Dobby me manque beaucoup. Alors, Kreattur veut bien être mon nouvel ami Elfe ? Si on disait un gallion et demi comme pour mon ami Dobby ? » insista Harry en tendant une nouvelle fois sa chaussette à Kreattur.

Kreattur prit la chaussette avec d'infinies précautions. Une fois dans ses mains, il l'observa comme un présent inestimable.

« C'est la deuxième fois que le Maître me donne… » entama-t-il.

« T'es plus mon esclave… tu te rappelles ? » exposa Harry. « Je ne suis donc plus le Maître… mes amis m'appellent Harry ! »

« Kreattur ne peut pas appeler le Maître… Harry ! Impossible ! Ce serait un manque de respect et un outrage pour le Maître et pour Kreattur ! »

« Comment veux-tu m'appeler alors ? » demanda Harry.

« Maître Pott… euh… Monsieur Potter ! Peut-être… » eut du mal à énoncer Kreattur.

« Alors, j'aimerais mieux monsieur Harry ! » persévéra Harry.

« Bon… heu… d'accord pour… heu… Monsieur Harry et… heu… pour un gallion et demi par semaine… heu… comme Dobby ! » finit par accepter Kreattur.

« Nous sommes d'accord, Kreattur ! Tu es désormais un elfe affranchi qui travaille librement à mon service pour un gallion et demi par semaine ! » ratifia Harry.

« Voilà une bonne chose de faite. Maintenant, j'ai quelque chose à te demander : depuis mon départ du square Grimmaurd, y-es-tu retourné ? Et si oui, est-ce que le sort Fidélitas ! qui protégeait la maison est toujours actif ? »

« Kreattur partage son temps entre Poudlard et la maison de Monsieur Harry ! » expliqua l'elfe. « Kreattur nettoie la demeure pour la rendre digne de Monsieur Harry… il y était quand Monsieur Harry l'a convoqué ! Mais le sort Fidélitas ! ne fonctionne plus. Les mangemorts qui guettaient devant la maison, sans l'apercevoir au début, semblaient la voir depuis un moment. Mais ils n'y sont jamais entrés, pour faire croire le contraire. Et ce matin, j'ai vu des sorciers passer devant en la montrant du doigt ! »

« Comme je le pensais, cela confirme que le secret a bien été éventé lors de notre fuite du ministère, quand Yaxley s'est accroché à moi lors du transplanage ! » rappela Hermione en jetant un coup d'œil déconfit à Harry.

« C'est pas grave Hermione ! » l'apaisa gentiment Harry. « Et du reste… je suppose que la Gazette du Sorcier est aussi passée par là ! »

« La Gazette du Sorcier et Le Nouveau Chicaneur ! » confirma Shacklebolt en lui montrant, sur le bureau de la directrice, les deux numéros du jour.

« Révélations exclusives du Survivant » titrait la gazette en première page tandis que le chicaneur se contentait d'un « Je ne veux être que Harry »

« Globalement, les deux sont assez conformes ! » commenta succinctement McGonagall. « La gazette n'a pas pu s'empêcher de donner un petit côté sensationnel à son article, résumant vos dires et s'étendant sur vos exploits de ces derniers jours. Elle a aussi insisté sur vos faiblesses... comme vous-mêmes ! En ce sens, elle a été la plus fidèle à vos paroles. Le chicaneur a été beaucoup plus complet et beaucoup plus objectif dans l'ensemble… mais il a gommé certaines parties traitant excessivement de ces mêmes faiblesses… sans doute a-t-il estimé qu'elles avaient été exagérément mises en avant ! »

« Bien ! » reprit Harry. « Donc Godric's Hollow et le square Grimmaurd sont disqualifiés… Kreattur, je suis l'héritier de Sirius et de la branche de la famille Black que tu servais. Je sais que Sirius avait acheté une maison lorsqu'il avait mon âge. Est-ce que tu sais où elle est et si elle est habitable ? »

« Oui, Monsieur Harry, Kreattur sait où elle est. Après l'incarcération de Maître Sirius, des vandales l'ont mise à sac, plusieurs fois. Mais la Maîtresse avait interdit à ses elfes d'y mettre les pieds. La maison a été laissée à l'abandon. Elle ne doit plus être qu'une ruine aujourd'hui. Mais si Monsieur Harry le permet, pourquoi ne pas aller habiter dans La Résidence d'Eté ? »

« La Résidence d'Eté ? » questionna Harry.

« Oui, » poursuivit Kreattur, « la famille Black l'appelait comme ça parce qu'elle avait coutume de s'y réunir autrefois à la belle saison. La maison est bien exposée sur une falaise, face à la mer, en Cornouailles. Mais elle est éloignée de tout et la famille a abandonné la tradition au siècle dernier, préférant rester à Londres ou aller dans des endroits fréquentés par la noblesse. Après, certains Maîtres en ont fait un genre de bonbonnière pour y abriter leurs liaisons extraconjugales du moment. De ce fait, un sort de fidélité la protège. Mais puisque vous êtes l'héritier des Maîtres Black, vous héritez de ce domaine ainsi que du titre de gardien du secret ! »

Harry se tourna vers Shacklebolt qui hocha la tête pour confirmer. Alors, il s'adressa une nouvelle fois à Kreattur :

« Si personne l'a habitée depuis plus d'un siècle, elle doit être en ruine elle aussi, non ? »

« Non, Monsieur Harry, » démentit Kreattur, « c'est une maison solide, construite en granit et ardoises du pays. Et depuis plusieurs décennies, deux elfes de maison s'en occupent à plein temps ! »

« Deux elfes ? Lesquels ? Ils font quoi là-bas ? Je croyais qu'il y avait que toi au service des Black ! » interrogea Harry.

« Il s'agit de Polly et de Danish, Monsieur Harry ! » répondit Kreattur. « Ce sont deux jeunes elfes qui prenaient des libertés dans leur service et que la Maîtresse avait exilés dans la résidence pour les punir, en leur ordonnant d'en rétablir le lustre d'antan. On les y a oubliés depuis. Cependant, j'assure à Monsieur Harry que, s'ils étaient souples dans la manière de concevoir le service, ils n'en étaient pas moins dévoués. Ce sont des elfes avant tout et ils auront eu à cœur de mener à bien la tâche dont ils avaient la charge. Et pour la dernière remarque de Monsieur Harry, il y a encore deux autres elfes de maison qui devraient être à son service : Elder qui sert chez les Lestrange et Elbow dont les services sont aujourd'hui réservés aux Malefoy ! »

« Cinq elfes de maison ? Tant que ça ? » s'étonna Harry. « Kreattur, combien penses-tu qu'il faudrait d'elfes pour entretenir la Résidence d'Eté si elle était à nouveau habitée ? »

« Kreattur suffira amplement à cette tâche ! » soutint l'elfe d'un air pincé.

« Kreattur, » tempêta Harry, « je ne veux pas que tu sois de service vingt quatre heures sur vingt quatre ! Il sera pas dit qu'Harry Potter exploite ses amis. Huit heures par jour… avec un maximum de dix heures en cas de coup dur ! Je veux aussi que t'aies deux jours de repos par semaine. Je compte recevoir des amis de temps en temps… et j'ai beaucoup d'amis. Alors maintenant, dis-moi sérieusement combien il faudrait d'elfes pour assurer le service, sachant que les autres devront être libres et bénéficier des mêmes avantages que toi… »

« Pas plus de dix heures de service ? Deux jours de repos par semaine ? Qu'est ce que je vais faire de tout ce temps libre ? » geignit Kreattur.

« Bah, je sais pas, moi… te reposer, te promener, dépenser ton argent, aller rendre visite à des amis ! » rétorqua Harry. « Alors, combien d'elfes pour entretenir ma maison ? »

« Je pense que trois serait un nombre suffisant ! » marmotta Kreattur, visiblement déconcerté.

« Va pour trois, » accepta gaiement Harry, « je te charge de contacter Polly, Danish, Elder et Elbow pour moi. Tu leur feras part de toutes mes conditions. S'ils les acceptent, je les engage tous. S'ils ne les acceptent pas, ils seront transférés au service de l'Ecole Poudlard. Mais il faut absolument qu'il y en ait au moins deux avec toi. Si c'est pas le cas, tu contacteras les elfes de Poudlard pour voir si y en aurait pas qui seraient intéressés par ma proposition. Nous verrions alors pour procéder à un échange, avec la Direction de l'Ecole… heu… si celle-ci est d'accord ! » ajouta Harry précipitamment, rouge de confusion, en se tournant vers Minerva McGonagall.

« La Direction de l'Ecole Poudlard est parfaitement d'accord avec tout ce qu'elle vient d'entendre, » approuva une McGonagall amusée, « et en plus, elle en est fière ! »

« Moi aussi je suis fière de toi Harry, » opina Hermione la mine réjouie, « tu lances quelque chose qui va faire du bruit chez les elfes et dans le monde de la sorcellerie ! »

« Euh… Monsieur Harry, » intervint Kreattur, « pour ce qui est de la liberté, il vaudrait mieux que vous parliez directement aux autres elfes. Chez nous, liberté est presque assimilée à infamie ! Je ne sais pas si je trouverai les mots pour convaincre mes frères… »

« Pourtant, lors de la bataille, je t'ai vu sonner la charge à la tête d'une horde d'elfes en hurlant : Battez-vous pour le défenseur des elfes ! » l'encouragea Harry. « Celui qui est capable de ça, est capable de tout, non ? Bah… fais pour le mieux, j'ai confiance en toi… et si t'arrives pas à les convaincre, je leur parlerai. Vous serez au moins trois quoiqu'il arrive ! »

Après cette digression sur la question de son domicile et sur le sort de ses elfes de maison, Harry revint à sa pensée initiale.

« Donc, Monsieur le Ministre, je garde la Résidence d'Eté, trois elfes de maison et le nécessaire pour entretenir et faire vivre tout ça. Il faudra que j'étudie la question avec un spécialiste, j'avoue que j'ai pas eu à m'occuper de questions d'argent jusqu'ici et que je n'ai pas grande idée du coût des choses… et puis, je compte travailler aussi pour gagner ma vie ! »

« Le reste, je souhaite en faire donation à Poudlard. Ca pourrait servir à constituer un fonds que l'on pourrait appeler : Fondation Sirius Black. Ce fonds serait géré par le Conseil d'Administration de l'Ecole et servirait, en priorité, à prendre en charge les élèves orphelins ou ceux dont les familles ont peu de moyens. J'ai toujours été choqué de voir les inégalités qu'il pouvait y avoir ici. Ce serait bien que des bourses judicieusement accordées, en fonction des moyens des élèves, viennent niveler tout ça. Il pourrait être envisagé aussi de lier le maintien de la bourse à l'obtention d'un minimum de résultats de la part des bénéficiaires… enfin, ce sera au Conseil d'Administration de statuer là-dessus, pas à moi ! »

Lorsqu'Harry s'arrêta de parler, ce fut le silence. Il observa ses vis-à-vis les uns après les autres. Ils étaient proprement ébahis. Harry attendit un peu, se demandant s'il avait dit quelque chose de grotesque. Encore une fois, Shacklebolt fut le premier à réagir :

« C'est vraiment généreux de votre part Harry. Mais êtes vous conscient qu'en persistant dans cette voie, vous renoncez à une vie où vous n'auriez pas besoin de travailler, une vie dorée où vous pourriez faire tout ce dont vous avez envie au moment où vous en auriez envie, une vie où vous pourriez vous offrir et offrir autour de vous, tout ce qui vous passerait par la tête ! »

« Mon existence, jusqu'ici, m'a appris à me contenter de peu, » répondit Harry, « elle m'a appris aussi que pour vivre, il fallait travailler. L'héritage de mes parents, comme vous l'avez dit tout à l'heure, représente déjà une petite fortune et la sécurité. J'ai le temps de voir venir en tous cas. Cet après-midi, j'ai une maison à moi et les fonds appartenant en propre à Sirius avant la mort de sa mère. Donc je suis plus riche que ce matin ! »

« Qu'est-ce que je pourrais vouloir de plus ? Qu'est-ce que je ferais de plus ? Pour l'instant, le seul désir qui me vienne est de voir aboutir ce projet de Fondation Sirius Black… En dehors de la fameuse Résidence d'Eté, je souhaite vendre tous mes biens. Présentez-moi quelqu'un d'honnête et compétent pour m'aider à le faire. La personne en question sera aussi chargée d'entreprendre les actions pour récupérer, en mon nom, tous les biens détournés. Et tout cela alimentera le fonds à l'Ecole de Sorcellerie… »

« Je vois que vous tenez fermement à cette proposition. » rétorqua le Ministre. « Encore une fois, c'est une offre fort généreuse. Mais j'aimerais que vous y réfléchissiez encore un peu afin que vous puissiez prendre réellement conscience de ce que vous vous apprêtez à faire ! Je ne veux pas vous empêcher de réaliser ce souhait, Harry. Mais peut-être faut-il tout simplement prendre un peu de temps et de recul afin de consulter et déterminer les sommes que vous allez mettre dans votre projet… il n'est pas nécessaire de vous dépouiller autant ! »

« En attendant, je vous félicite pour votre suggestion d'hier. Vous feriez un conseiller avisé. Mrs McGonagall m'a soumis votre vision des funérailles des victimes de la guerre. L'idée d'un mémorial ici, à Poudlard, est brillante. Je l'ai entièrement approuvée. Toutes les familles contactées jusqu'ici ont donné leur accord. Nous allons même, dans la mesure du possible, faire rapatrier les corps des victimes répertoriées depuis le début des hostilités. Ce sera un hommage national. La cérémonie devrait pouvoir se tenir dans trois ou quatre jours. »

Harry demanda à la Directrice s'il pouvait rester à Poudlard jusqu'au jour de la cérémonie. Celle-ci y consentit bien entendu. Harry fut soulagé de ce petit répit. En effet, depuis qu'il était revenu à l'école et malgré les fâcheux auspices, il avait la sensation d'être de retour chez lui. A l'idée de devoir quitter définitivement l'endroit, il se sentait oppressé. C'était une page de sa vie qui allait se tourner irrémédiablement. Alors tous les moyens étaient bons pour retarder son départ.

« Si nous abordions maintenant la vraie raison pour laquelle je vous ai demandé de venir ? » suggéra le Ministre. « Harry, comment voyez vous votre avenir ? Que comptez-vous faire maintenant ? »

« Eh bien, » répliqua Harry, « jusqu'en fin de cinquième année, j'ai toujours rêvé d'être un Auror… depuis, j'ai plus eu vraiment le temps, ni l'occasion de me poser la question. J'imagine qu'il va falloir que je me trouve un autre but ! »

« Mais pourquoi ? » riposta Shacklebolt. « Personnellement, je pense que c'est une excellente idée. Vous savez que je suis toujours le directeur en titre du Bureau et je compte bien le rester. Et justement, je voulais vous proposer de rejoindre notre équipe ! »

« Mais vous êtes le Ministre de la Magie, comment allez vous concilier les deux ? » remarqua Harry.

« Je ne suis qu'un ministre par intérim Harry, » proclama Kingsley, « et même si l'on m'a laissé entendre que cette fonction pourrait devenir permanente, je ne suis pas intéressé. Je n'ai pas vraiment d'attirance pour la politique et le pouvoir… »

« C'est dommage Monsieur le Ministre, » regretta Harry, « vraiment dommage ! Un jour, le Directeur Albus Dumbledore m'a dit qu'on lui avait proposé plusieurs fois cette fonction et qu'il l'avait toujours refusée parce que, dans sa jeunesse, le goût du pouvoir l'avait conduit à faire des choses qu'il regrettait amèrement. Selon lui, les meilleurs dirigeants étaient ceux qui étaient arrivés au pouvoir sans l'avoir jamais recherché. Vous privez certainement notre monde en vous désistant ! »

« Peut-être, » continua Shacklebolt, « mais il y a certainement d'autres personnalités qui répondent aussi bien à ce critère. Il suffit de trouver la meilleure d'entre elles ! »

« Oui, si votre décision était définitive et que vous ayez votre mot à dire pour le choix de votre successeur, » renchérit Harry, « il faudrait que le prochain Ministre de la Magie soit pas assoiffé de pouvoir. Il faudrait aussi qu'il ne soit pas imbu de sa personne, ni méprisant. Sa première tâche sera de reconstruire notre monde et de souder notre communauté. Donc, il devra être accepté de tous. Il devra réaliser le consensus pour réunifier tous les sorciers, les sangs-purs comme les sangs-mêlés et les nés-moldus ! »

« Ces remarques me semblent frappées au coin du bon sens, Harry. Décidément, vous me surprenez de plus en plus ! » affirma Shacklebolt. « Mais, pour en revenir à ma proposition, je pourrais vous faire intégrer immédiatement notre centre de formation pour… »

« Pas de passe-droit ! » s'indigna Harry. « Ca serait contraire à tout ce que je pense et à tout ce que je suis. Si je dois entrer un jour au Bureau des Aurors, ça sera parce que, comme n'importe quel autre candidat, j'aurai les compétences voulues et les aspics nécessaires. Or, notamment en potions, je suis loin d'être à la hauteur. De plus, comme vous le savez, ma sixième année a été en partie consacrée à un enseignement particulier, sous la direction du Professeur Dumbledore, en vue de me préparer à la chasse aux Horcruxes. J'ai bien peur que mes études en aient souffert. Dans bien des disciplines, je pense être juste au niveau d'un cinquième année… peut-être même que j'ai un peu perdu depuis. Alors pour les aspics ! »

« Cher Harry, » intervint Slughorn, « j'ai moi aussi une offre à vous faire et je pense que le Professeur McGonagall approuvera et vraisemblablement, participera ! »

« Mais d'abord, il me faut expliquer quelques petites choses : le Conseil d'Administration vient de décider la fermeture temporaire de l'Ecole. Les travaux de réfection, dès que nous serons en mesure de les mettre en œuvre, demanderont plusieurs mois et il serait trop dangereux de laisser nos étudiants divaguer sur les différents chantiers. Ainsi, les élèves évacués ne seront pas rappelés et ceux qui sont encore là vont être renvoyés chez eux. »

« En outre, l'année en cours a été purement et simplement annulée. Pour plusieurs raisons : d'abord, il nous faut bien admettre qu'une bonne partie de l'enseignement de cette année a été peu conforme aux traditions. Ensuite, beaucoup de potaches se sont vus contraints d'entrer dans la clandestinité et n'ont donc pas pu suivre les cours. Enfin, Poudlard a été le terrain d'une guérilla peu propice à l'épanouissement du savoir en général. »

« Et pour finir, le Conseil d'Administration nous a demandé, à Minerva et à moi-même, de rester sur place pour superviser les réparations. Les autres professeurs vont certainement consacrer un peu de leur temps pour surveiller les travaux qui les concernent. »

« J'en viens maintenant à ma proposition, Harry. Je vous invite à rester avec nous. Si vous acceptez, comme vous pensez avoir des lacunes en potions, je vous ferai passer un test d'évaluation puis nous pourrons réviser les parties des programmes de cinquième et sixième années qui vous posent des problèmes ! »

« Je vous enjoins de bien réfléchir à cette merveilleuse offre à laquelle j'adhère sans retenue ! » entérina McGonagall, avec empressement, avant qu'Harry n'ouvre la bouche. « Inutile de préciser que je ferai de même qu'Horace dans ma matière de prédilection. Je peux aussi vous offrir mes services dans d'autres matières comme les défenses contre les forces du mal, puisque nous n'avons pas, pour l'instant, de titulaire à ce poste. Je pense que même si les autres professeurs n'étaient pas disponibles, nous serions, Horace et moi, en mesure de vous faire réviser l'ensemble du programme de sixième année dans toutes les matières. Avec un peu de travail de votre part à la bibliothèque, je suis certaine que vous seriez au niveau pour la prochaine rentrée, nous disposons de presque quatre mois d'ici là… »

« Vous allez pas sacrifier vos vacances pour moi ! » s'étrangla Harry. « Et puis c'est quand même un régime de faveur dont personne n'a bénéficié avant… »

« Harry, vous commencez à nous agacer avec vos réserves et vos craintes de profiter d'avantages excessifs ! » tonna Shacklebolt. « Et vous, n'avez-vous pas sacrifié bien des choses pour nous ? Ne vous êtes vous pas offert en sacrifice ? Ne niez pas ! A ce moment là vous ne saviez pas que vous survivriez. Vous nous avez voué votre vie jusqu'à ce jour. Pourquoi nous refusez-vous la satisfaction, la joie, le plaisir de faire quelque chose pour vous ? Nous voulons seulement vous rendre un petit peu de ce que vous nous avez donné. C'est le moins que nous puissions faire et vous nous le refusez ! De toute façon, au Bureau, tous les Aurors vous attendent. Ce sera dans un an, vos aspics en poche, si vous décidez de rester à Poudlard. Sinon, ce sera tout de suite, dussé-je vous y traîner moi-même par la peau des fesses ! »

Suite à cette réprimande osée, Harry constata que quatre paires d'yeux s'étaient fixées sur lui. L'appréhension était visible dans les regards. En effet, Harry n'était pas réputé pour plier sous la contrainte. Au contraire, dans un tel cas, on pouvait même craindre une attitude de rejet de sa part. Il était connu pour son caractère entier. Il tenait à son indépendance et s'il écoutait habituellement les conseils, il prenait ses décisions seul.

Si l'on en jugeait de par son attitude, Shacklebolt devait être en train de se demander s'il n'était pas allé trop loin. Les deux professeurs étaient dans l'expectative et dévisageaient Harry avec cordialité pour contrebalancer la rudesse des propos précédents. Et Hermione, sa fidèle amie, l'encourageait du regard. Elle hochait également la tête en pensant le pousser à faire de même.

Harry se considéra vaincu… sans avoir combattu à dire vrai. Il avait protesté pour la forme, tellement il avait eu envie d'accepter, aussitôt qu'il l'avait entendue, la proposition qu'on lui faisait. Il allait rester tout l'été à Poudlard. Et même, il allait avoir la chance d'y effectuer sa septième année. C'était inespéré, une chance à laquelle il n'aurait osé croire. Pour l'instant, cela suffisait à son bonheur.

Néanmoins, avant d'accepter, il se fit la promesse de travailler d'arrache-pied. Pas question d'entrer chez les Aurors par des pistons quelconques ou avec une dérogation. Ses aspics, il allait les avoir et il allait même essayer d'obtenir un optimal partout où cela lui serait possible. On allait voir de quoi il était capable. On allait voir qu'il était en mesure de se fixer un objectif et de tout mettre en œuvre pour l'atteindre.

« Bon, » décida-t-il, pince-sans-rire, « je cède à la force et sous le nombre ! »

Le ton de sa voix était sec, mais son sourire et son air radieux contredisaient catégoriquement l'apparente sècheresse de cette tonalité. Et tous furent rassurés. L'atmosphère s'allégea.

Harry en profita pour jeter un œil dans la pièce qu'il considérait toujours comme le bureau de Dumbledore. Rien ou presque, n'avait changé. Le bureau était tel qu'il s'en souvenait. Rogue n'y avait apporté aucune touche personnelle et McGonagall avait vraisemblablement eu mieux à faire que de s'occuper de la décoration depuis sa prise de fonction. Même le perchoir de Fumseck était encore là… tiens, d'ailleurs, il pourrait peut-être le récupérer. Pourtant, quelque chose le tracassait, sans qu'il arrive à mettre le doigt dessus.

« Il y aura une condition quand même ! » poursuivit-il. « Comme vous l'avez dit, d'autres élèves se sont engagés dans le conflit et ont fait passer les études au second plan. Si de ce fait, ils avaient des lacunes, ils devraient pouvoir profiter des mêmes faveurs que moi ! »

« La dernière année a été annulée Harry… an-nu-lée ! » martela Hermione. « Elle n'a pas existé. Les autres élèves qui se sont engagés, comme tu dis, l'ont fait au cours de cette année. T'es le seul à avoir été perturbé au cours de l'année précédente. Mais je te comprends, l'idée d'être seul à étudier ici pendant quatre mois, te trouble certainement. Si tu veux, je viendrai te soutenir quand tu feras tes travaux de recherche à la bibliothèque. Et puis je pense que quelques cours de rattrapage ne peuvent pas faire de mal à Ron ! »

« Nous ferons circuler cette proposition de mise à niveau parmi les étudiants qui en auraient besoin et qui seraient susceptibles de l'accepter ! » promit McGonagall. « Mais la perspective de longues vacances risque d'être très alléchante pour beaucoup d'entre eux, trop peut-être... nous verrons bien ! »

Décidément, Hermione lisait aussi bien en lui que dans un de ses chers livres, pensait Harry en fixant le grand portrait de Dumbledore. Celui-ci, accroché au mur derrière McGonagall, contemplait son protégé en retour, avec des montagnes de tendresse, d'admiration et de fierté.

« Le portrait ! » s'écria Harry faisant sursauter les quatre autres. « C'est ça qui ne va pas ici ! Il manque le portrait du professeur Rogue dans ce bureau ! Il a été directeur selon la volonté du professeur Dumbledore. Tout le monde connaît son rôle maintenant. En parlant de quelqu'un qui a voué sa vie aux autres, en voilà bien un et lui sans la moindre reconnaissance et sans états d'âme à ce sujet. Son portrait a sa place ici au même titre que les autres ! »

« Nous ne décidons pas des éléments affichés dans cette exposition de portraits ! » expliqua McGonagall. « A la mort d'un Directeur de l'Ecole, traditionnellement, son portrait apparaît dans la galerie. Nul ne sait comment cela se produit. Si le portrait de Séverus n'est pas là, c'est sans doute parce que lui-même devait penser qu'il n'avait pas lieu d'y être… »

« Séverus, » chuchota Harry, « je commencerai à envisager de prendre la place qui est la mienne seulement lorsque tu auras accepté de prendre celle qui est la tienne ! »

Le regard d'Harry s'était voilé de blanc et le halo de brume l'avait entouré très brièvement. Comme Harry était l'objet de toutes les attentions à ce moment là, Hermione avait reconnu les stigmates de l'état dans lequel elle l'avait trouvé en fin de matinée. Les autres s'interrogeaient en silence pour s'assurer qu'ils avaient bien vu, qu'ils avaient bien entendu, qu'ils n'avaient pas rêvé.

Les murs du bureau devinrent flous. Là aussi, l'effet fut très bref. Dès que le flou se dissipa, le portrait de Séverus Rogue figurait à côté de celui d'Albus Dumbledore. Il n'y avait pas de place, avant, à cet endroit. Pourtant, le portrait de Dumbledore n'avait pas subi de réduction pour faire de la place à l'autre. Les autres portraits étaient tous là, à leurs places et ils avaient gardé leurs tailles d'origine. C'était impossible. Pour autant, celui de Rogue était bel et bien là. Il était aussi grand que celui de Dumbledore, c'est-à-dire un peu plus grand que les autres. La magie opérait de ces choses… !

« Bien joué cher petit ! » s'extasia le portrait de Dumbledore. « Je n'avais pas encore réussi à trouver les mots pour l'inciter à se matérialiser ici ! »

« Oui, bien joué ! » confirma le portrait de Phinéas Nigellus Black. « Et cela n'est que justice qu'il en soit enfin ainsi ! »

« Harry, comme tu viens de prendre de bonnes résolutions, j'ai justement un petit cadeau pour toi qui devrait s'avérer plus utile que je ne me l'étais imaginé... » annonça le portrait de Rogue. « Approche ! »

Après s'être levé et avoir contourné le bureau de la Directrice, Harry se retrouva face au tableau. Celui-ci pivota silencieusement sur lui-même dévoilant une cavité dans le mur. A l'intérieur, se trouvait une pile de livres, six au total. Harry les récupéra et le tableau reprit sa place. Dans ses mains, Harry découvrit un manuel usé pour chaque année de scolarité, à l'exception de la sixième.

Il comprit immédiatement de quoi il s'agissait. Il ouvrit le manuel de potions de septième année et ne fut pas surpris d'y découvrir les pattes de mouche du Prince de Sang-Mêlé. En le feuilletant rapidement, un parchemin s'en échappa. Harry le ramassa et y lut : « Harry, je n'ai pas grand-chose à moi qui ait de l'intérêt. Je pense que tu sauras néanmoins apprécier ce legs à sa juste valeur. Je parie que tu devrais savoir où trouver le manuel qui manque. Le Prince de Sang-Mêlé ».

Les larmes montèrent aux yeux d'Harry. Séverus Rogue avait souhaité lui laisser quelque chose de personnel. Et il l'avait fait de son vivant. Le sortilège devant faire éventuellement apparaître le tableau ainsi que ce qu'il cachait, ne pouvait avoir été jeté qu'avant la mort de Rogue ou juste au moment de sa mort. Les âmes étaient catégoriques : elles ne pouvaient pas intervenir dans les affaires des vivants. Harry avait enfin la confirmation que le terrible professeur Rogue du monde réel, avait eu de la considération pour lui.

Les autres s'approchèrent pour prendre connaissance de l'héritage laissé par Séverus à Harry. Ils le commentèrent et formulèrent les logiques hypothèses que laissaient entrevoir cet acte. Après une discussion à bâtons rompus, il fut temps de mettre un terme à la réunion.

Le Ministre prit congé non sans indiquer à Harry qu'il ne voulait pas de décision concernant la dotation à la Fondation Sirius Black, avant la fin de l'hommage rendu aux victimes de la guerre. Il lui conseilla une nouvelle fois de recueillir des avis compétents avant de le faire.

Puis, McGonagall et Slughorn convinrent avec Harry de mettre en place le programme de ses révisions dès le lendemain de la cérémonie. En attendant, ils lui suggérèrent fortement d'en profiter pour se reposer car après, sa charge de travail serait impressionnante.

En revenant, Hermione et Harry devisaient tranquillement. L'ambiance était au beau fixe. Hermione profita de ce moment de quiétude pour faire part à Harry de son admiration pour tout ce qu'il avait dit ou fait depuis deux jours. Elle ne se laissa pas impressionner par la gêne de son meilleur ami, par son humilité rougissante. Elle avait des choses à lui dire, des compliments à lui faire. Il avait murit, il parlait avec sagesse, il était juste et généreux. Sauf quand il s'agissait de lui-même. Et elle le souligna. Il ne prendrait sa véritable dimension que lorsqu'il serait en mesure d'être objectif avec lui-même. Il devait employer pour lui même la même impartialité qu'il utilisait pour les autres. Il devait se reconnaître à lui-même le même droit à l'erreur qu'il accordait aux autres. Et il devait prendre confiance en lui et en ses capacités.

Pour une fois, Harry se laissa encenser sans rechigner ou presque. Il remercia Hermione d'être et d'avoir toujours été elle-même. Il lui rappela combien il avait compté sur son soutien. Combien ce soutien inébranlable lui avait été nécessaire, vital même. Il lui révéla combien il était heureux d'être son ami et combien il espérait que cette amitié puisse durer à jamais.

En passant dans le hall d'entrée, Harry entendit des voix qu'il connaissait bien. Les Weasley étaient de retour. Il informa Hermione du fait qu'il voulait absolument voir Ginny. Elle ne lui avait pas semblé être au mieux la veille et il espérait qu'elle allait bien maintenant. Puis il laissa Hermione pour gagner promptement la pièce d'où venaient les voix.

Un mauvais pressentiment poussait Hermione à rester dans les parages. Elle ne savait pas encore de quoi il retournait, mais si Ginny était encore dans son élan de la veille, Harry allait souffrir. Elle le regardait avancer, à grandes enjambées, vers son tourment. Il allait avoir besoin de ses amis autour de lui.

Ron entra dans le champ de vision d'Hermione et souriante, elle le rejoignit tout en gardant un œil soucieux sur son ami.

OoooOOOoooOOOoooOOOoooO

Il l'avait trouvée. Mais Ginny lui tournait le dos. Harry l'attrapa par un bras et la fit pivoter vers lui. Il sentit immédiatement la même réticence que la veille. Quand Ginny lui fit face, il comprit que le malaise était toujours présent. Elle avait une petite mine et lui adressait encore le fantôme d'un sourire… un sourire crispé, forcé.

« Bon sang, Ginny, tu vas me dire ce qui se passe à la fin ? » supplia-t-il.

« Harry, » murmura-t-elle, « tu vas certainement me détester pour ce que je vais dire, mais je crois qu'il serait mieux pour tous les deux de prendre un peu de recul. Je pense que nous devons arrêter de nous voir quelques temps pour faire le point et savoir ce que nous ressentons l'un pour l'autre… »

« Mais pourquoi Ginny ? Qu'est ce que j'ai fait ? » demanda Harry, suffoquant. La pire des suppositions qu'il avait envisagées la veille, venait de se concrétiser en quelques mots assassins. Ginny ne l'aimait pas tout simplement. Elle venait de s'en apercevoir et essayait les moyens habituels pour amener une rupture en douceur… prendre du recul ? Autant dire tout de suite, qu'elle le laissait tomber.

« Moi, je sais exactement ce que je ressens pour toi Ginny ! Et je suis très peiné qu'il en soit pas de même pour toi… »

« Et moi, je suis persuadé du contraire ! » répliqua fermement Ginny.

« Qu'est ce que tu veux dire ? Tu doutes de moi ? » Harry était surpris. Il avait pensé à tout mais pas à ça. Mais si ce n'était que ça, c'était plus simple qu'il ne le croyait, il suffisait de convaincre Ginny de la réalité de son attachement pour elle.

« Oui, Harry ! » confirma Ginny. « En deux jours, je ne t'ai vu que quelques minutes et nous avons échangé à peine dix mots. Pourtant nous étions ici, ensemble, dans les mêmes pièces. J'avais qu'une envie tout au long de ces deux jours : que tu viennes vers moi, que tu me prennes dans tes bras, que tu me dises enfin que tu m'aimais, que tu m'annonces que la menace étant écartée, nous allions enfin vivre une vraie relation, que nous allions être ensemble tout le temps désormais… »

« Mais Ginny, c'est exactement ce que je veux ! » certifia Harry. « Mais je pensais que nous avions tout notre temps pour ça, que c'était trop tôt et déplacé dans les circonstances actuelles, si difficiles pour ta famille… j'ai pas voulu m'imposer... cela aurait indécent de ma part ! »

« Je m'attendais à cet argument Harry, mais il ne tient pas ! » cingla Ginny. « Depuis que nous avons fait ta connaissance, tu es entré dans notre famille, tu es devenu un de ses membres à part entière. Toi-même, j'en suis sûre, tu te considères aussi comme un membre de cette famille. Il aurait pas été déplacé du tout que tu participes à notre peine, parce que tu la partages complètement. Il aurait pas été indécent que tu te manifestes à moi par des petits gestes, des paroles tendres. Je pense que si tu l'as pas fait c'est parce que, inconsciemment, quelque chose t'empêche d'aller plus loin dans notre relation. Jusqu'à maintenant, tu avais des raisons pour me tenir à distance. Et même si j'étais pas d'accord, je les comprenais et je les acceptais pour au moins t'enlever ce poids là. Mais ces raisons n'existent plus et tu me tiens toujours à distance ! »

« Voyons Ginny, c'est pas sérieux, » insista Harry, « je t'aime et… »

« Tu sais pas vraiment ce qu'il y a derrière ce mot Harry ! » coupa Ginny. « Avant moi, qui as-tu aimé ? Cho Chang ? Tu avais des sentiments forts pour elle. Quand vous avez compris que vos façons de voir les choses étaient incompatibles et que vous avez arrêté de vous voir, t'es resté prostré. Tu pensais à elle presque tout le temps. Pendant des semaines, t'as plus été toi-même. Tu étais incapable de faire quoi que ce soit. Moi, j'ai assisté à tout cela. Et parce que j'étais là, disponible et amoureuse depuis toujours, qu'il y avait pas besoin de me conquérir, t'as commencé à te rendre compte que j'existais, à t'intéresser à moi. Mais c'était pas de l'amour, c'était la facilité, c'était la sécurité, l'assurance que tout irait bien. Harry, tu t'es tourné vers moi par dépit ! Je ne nie pas que cela m'a convenu un temps. Je ne nie pas que tu as fait preuve d'une tendresse que je n'espérais pas, mais aujourd'hui je saurais plus me contenter de ça. Aujourd'hui, je te veux tout entier, tout le temps, sinon rien n'est possible ! »

« Mais qu'est ce que c'est que ces divagations ? Tu m'as Ginny, entièrement, complètement ! Je ne suis qu'à toi. Personne d'autre compte autant pour moi… »

« Je vais te surprendre encore, » continua Ginny, « mais je suis sûre que tu es sincère en disant ça. Je suis sûre que tu ne mens pas. Par contre je suis sûre aussi que tu te méprends complètement sur tes sentiments. Souviens-toi de la période de ta relation houleuse avec Cho ! Tu pensais qu'à elle, tout le temps, tout le reste passait au second plan. Harry, c'est comme ça que moi je pense à toi. Tu es au cœur de mes pensées à chaque seconde. Je ne vois que toi, je n'entends que toi, je n'espère que toi. Maintenant, soit honnête, si c'est pas pour moi, soit le pour toi-même ! Pendant ces deux derniers jours, combien de fois tu as pensé à moi ? Combien de temps ? Tout le temps ? Un jour ? Une heure ? Quelques minutes ? »

Cette fois Harry fut ébranlé. Il était bien obligé d'admettre que s'il avait bien pensé à Ginny de temps en temps, il l'avait aussi complètement oubliée à certains moments. La force des sentiments de Ginny lui donnait à réfléchir. Etait-il possible qu'il ait ressenti cela pour Cho ? Il ne se souvenait pas que cela ait été aussi fort, aussi permanent… pourtant, de l'extérieur, Ginny l'avait vu de cette façon.

Mais si Ginny l'avait vu ainsi, c'était peut-être parce qu'elle-même envisageait une relation amoureuse ainsi. Quand on aimait, fallait-il que ce soit aussi totalement, fallait-il s'abandonner autant, fallait-il s'oublier et se nier de la sorte ? La perspective était presque effrayante. Pourtant il ne voulait pas renoncer à Ginny. Même s'il ne l'aimait pas avec la force qu'elle souhaitait, il l'aimait tendrement, il ne pouvait pas se tromper là-dessus.

« T'as pas répondu, Harry. As-tu pensé à moi tout le temps ? »

« Non, Ginny, pas tout le temps ! » avoua Harry d'une voix cassée. « Mais y a eu beaucoup d'évènements importants qui ont détourné mon attention… »

« En dehors de ces moments là, » persévéra Ginny, « ton attention a-t-elle été tournée continuellement vers moi ? Ou au moins la plus grande partie du temps vers moi ? »

« Non, Ginny, » murmura très faiblement Harry, « l'honnêteté veut que je dise non ! Mais je pense qu'on peut aimer vraiment une personne sans pour autant être obnubilée par elle ! Sans qu'elle devienne une obsession. Le fait de pas penser constamment à la personne aimée ne veut pas dire qu'on ne l'aime pas assez. Je t'assure que je suis absolument certain de l'amour que j'ai pour toi, que je me moque pas de toi ! »

« J'en suis sûre aussi Harry ! Mais je reste persuadée que tu sais pas vraiment ce que le mot amour recouvre. Moi je le sais, je le sens ! Et ce que t'es prêt à me donner me suffit pas. Comme je te l'ai dit, si je peux pas avoir tout alors je ne veux rien ! Je souffrirais trop sinon. Je préfère t'oublier et passer à autre chose. Alors prenons quelques temps pour réfléchir à tout ça chacun de notre côté. Moi pour voir si je peux me satisfaire d'un amour au rabais plutôt que de te perdre. Toi pour comprendre la force de tes sentiments et découvrir si tu es capable de m'apporter réellement ce que je désire au plus profond de moi. »

Tout était dit. Ginny se détourna de lui pour rejoindre sa famille. Harry resta groggy. Il ne s'était pas attendu à être la cause du problème, pas de cette manière là du moins. L'amour tel que le concevait Ginny, existait-il seulement ? Etait-il souhaitable ? Serait-il un jour capable de ressentir cela pour Ginny ou pour quelqu'un d'autre ?

Il avait mal. Tout s'écroulait d'un coup. Ne pas pleurer ici, maintenant, lui demanda un effort considérable. Son cœur menaçait d'exploser. Sa poitrine semblait trop étroite pour le contenir. Sa respiration était saccadée et il transpirait.

Il avait été tellement heureux quelques minutes plus tôt, la vie lui ouvrait des voies somptueuses. Et là, il n'avait plus envie de rien. C'était certain, il ne serait jamais en mesure de donner à Ginny ce qu'elle demandait. Il n'avait jamais ressenti cela pour personne et d'ailleurs il ne voulait pas d'une relation aussi étouffante, ni avec Ginny, ni avec qui que ce soit d'autre. Jamais il ne ferait abstraction de lui-même à ce point, même au nom de l'amour. Quel genre d'amour pouvait exiger cela ?

Il fallait qu'il change d'air. Tout de suite, sinon il allait se sentir mal. Il chercha sa baguette magique dans sa bourse et se transféra au moment où Hermione et Ron allaient l'atteindre.

Le jeune couple avait surveillé, sans l'entendre, la conversation animée entre Ginny et Harry. Quand ils avaient vu Ginny s'en aller et Harry se décomposer, Hermione et Ron s'étaient précipités vers ce dernier… pas assez vite toutefois. Harry venait de disparaître sous leurs yeux. Alors sans se concerter, ils repartirent ensemble à la rencontre de Ginny. Elle allait devoir s'expliquer et les explications auraient intérêt à être convaincantes !

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Fin du quatrième chapitre

Eh bien, j'espère qu'il vous a plu et qu'il vous aura donné envie de pousser encore un peu plus loin votre découverte. En tout cas, merci de m'avoir accompagné jusqu'ici !

Si vous avez un peu de temps, merci aussi de me laisser une petite critique : pour un auteur de fictions, c'est important de savoir ce que les lecteurs pensent.

A bientôt !

Harry Potter - Le Maître de la Mort - Chapitre 4 - Page 30 / 30