Chapitre 4. Irruption d'un Weasley dans une enquête qui tourne en rond.
12 avril 1988
Alastor Maugrey et Nick Williamson traversaient les quelques couloirs qui séparaient leurs appartements à ceux du directeur à grandes enjambées. Ils savaient rendez-vous avec le professeur Dumbledore dans cinq minutes et ni l'un ni l'autre n'étaient habitués aux retards. Ils n'avaient presque pas échangé un mot depuis la veille au soir, ils avaient ce qu'ils voulaient dire au directeur et quelle tournure leur enquête devait prendre. Williamson était soulagé d'être revenu, il aimait vraiment son fils, mais les plaintes de sa femme étaient lassantes bien que compréhensives. Mais c'était, ici, dans le feu de l'action, aux côtés de Maugrey, qu'il était à sa place.
Ils arrivèrent donc rapidement devant la gargouille qui gardait l'entrée du bureau du directeur.
- Gnomes aux poivres ! prononça Alastor Maugrey.
La statue s'écarta et les laissa emprunter l'escalier qui monta tout seul, comme la dernière fois. Ils poussèrent la porte d'entrée sans frapper, et furent assez surpris de découvrir Rufus Scrimgeour en grande discussion avec le directeur de l'école. Leur patron en personne s'était déplacé, et la raison leur échappait. Même en ignorant le pourquoi du comment, Williamson n'aimait pas du tout ça. Il sourit en pensant que Maugrey déteignait sur lui, il se méfiait de tout.
- Bonjour, bonjour ! s'exclama Dumbledore en voyant les deux Aurors qui entraient dans le bureau.
- Messieurs, dit Maugrey avec un signe de tête.
Les deux Aurors s'assirent face au bureau du directeur de l'école, aux côtés de leur patron.
- Quelles sont les nouvelles pistes ? demanda Rufus Scrimgeour sans attendre.
- Nous avons interrogé tous les élèves de la maison et la même année de Mademoiselle Nott, ainsi que son petit-ami. Certains nous ont mis la piste du petit-ami, et un élève nous a mis sur la piste d'Hagrid, résuma Alastor Maugrey.
- Je me porte garant d'Hagrid, déclara Dumbledore, je lui confierais ma vie s'il fallait.
Maugrey sourit intérieurement, Dumbledore était un homme entier et sincère, et il aimait ça.
- Je l'ai interrogé, et je ne le pense pas coupable.
Alors que l'Auror allait reprendre son récit, la porte du directeur s'ouvrit à la volée, et un adolescent surexcité aux cheveux roux et au visage recouvert de taches de rousseur débarqua dans le bureau.
- Hagrid… Pas coupable… Devez pas croire… Serpentard !
L'adolescent parlait avec précipitation en faisant des grands gestes, il fit tomber la tasse de thé du directeur qui se brisa sur le sol, mais il ne cessa pas de parler pour autant. Williamson et Maugrey se regardèrent sans comprendre ce qu'il disait.
- Charlie Weasley ! s'exclama alors Dumbledore.
Le dénommé Charlie Weasley baissa les bras et arrêta son incompréhensible discours. Il posa les yeux sur les quatre hommes, réalisant soudain qu'il venait d'interrompre une réunion importante entre son directeur et des membres du bureau des Aurors. Voir même le directeur du bureau des Aurors, s'il en croyait la description que son père lui en avait faite. Dans quelle bouse de dragon il s'était fourré là…
- Reparo ! lança Dumbledore en pointant sa baguette sur sa tasse.
Celle-ci retrouva sa forme originelle et reprit place sur le bureau du directeur.
- Que voulais-tu dire Charlie ? questionna alors le directeur.
- Le jour où…
Il s'arrêta net et hésita un moment, se tordant les mains.
- Le jour où Nott est morte, eh bien, j'étais avec Hagrid, il m'aide à étudier les dragons.
- Les dragons ? s'étonna Williamson.
- Oui Monsieur, j'aimerais travailler dans une réserve, répondit Charlie Weasley.
- Bien, merci Charlie, dit Dumbledore, tu peux y aller.
- Mais… protesta le Weasley.
- Personne ne pense qu'Hagrid est coupable, déclara le directeur.
Satisfait, Charlie Weasley quitta la pièce et partit retrouver le garde-chasse dans sa cabane. Dans le bureau de Dumbledore, Alastor Maugrey continuait de faire son compte-rendu.
- Bien, voilà donc tout ce que nous avons appris, dit-il une fois qu'il eut fini de raconter les événements des derniers jours.
- Bon, vous allez surveiller le petit ami et celui qui vous a mis sur la piste d'Hagrid, on ne sait jamais. Mais faites vraiment attention au petit-ami !
- Très bien, nous allons le surveiller, concèda Maugrey.
- Les parents de la demoiselle sont influents, il faut des résultats, ajouta Rufus Scrimgeour.
Maugrey hocha la tête sans répondre, il le savait pertinemment. Mais même si les parents de la fille avaient été des moldus, il aurait cherché son meurtrier, et avec la même fougue.
Les deux Aurors quittèrent le bureau, laissant le directeur de Scrimgeour discuter ensemble. Ne sachant pas quoi faire, Williamson décida de se rendre à la bibliothèque pour faire des recherches sur le collier que portait Montague. Maugrey le laissa partir, et parcourut les couloirs à la recherche de Myron Wagtail, il allait le mettre sous surveillance, le type serait si angoissé de l'avoir toujours sur son dos, qu'il finirait bien par avouer.
À la bibliothèque, Williamson regarda de nombreux livres sur les symboles, puis il s'attacha aux livres d'arithmancie et même de dessin, mais il ne trouva rien qui correspondait au symbole que portait Montague.
- Monsieur, vous cherchez quelque chose de précis ? lui demanda Irma Pince, alors qu'il reposait encore un livre inutile.
- Je… J'enquête sur Herbert Montague, je me demandais si vous aviez remarqué des choses étranges autour de lui ?
Tentons le tout pour tout, peut-être qu'il apprendrait l'origine de ce collier. Même si la piste était bien maigre, et que Montague n'était absolument pas le suspect numéro un.
- Il est suspect dans l'affaire avec cette pauvre petite ? s'inquiéta la bibliothécaire.
- N'ayez pas peur, c'est une enquête de routine, nous nous renseignons sur tous les élèves de son année.
Ce n'était même pas un mensonge. La bibliothécaire ne sembla pas vraiment soulagée, et elle s'appuya à l'étagère pour parler.
- Montague venait très souvent, il était studieux, mais tout de même impulsif, il pouvait jeter un livre par terre s'il n'y trouvait pas ce qu'il cherchait.
- Et que cherchait-il la plus tard du temps ? s'intéressa l'Auror.
- Il s'intéressait beaucoup à la vieille magie, répondit Madame Pince.
- La vieille magie ? répéta-t-il.
- Oui, la magie sans baguette par exemple, la magie des enfants, la magie intuitive.
- Oui, je sais ce qu'est la vieille magie, mais on n'apprend pas cela en cours.
Ou alors je suis très vieux et le programme a changé sans que je le sache, pensa amèrement Williamson.
- Il voulait toujours apprendre plus, il était très curieux, raconta la bibliothècaire. Il lisait aussi des livres d'histoire, et puis…
- Et puis ?
- Je ne sais pas si je peux vous le dire, mais lui et son copain, Dorny, ils me demandaient toujours d'aller dans la réserve, ils disaient que c'était pour des recherches.
- Des recherches sur quoi ? questionna Williamson.
- Ils ne l'ont pas dit, et je ne les ai pas laissé entrer.
- Bien, vous avez bien fait. Merci de votre coopération, dit alors Williamson en prenant congé de la bibliothécaire.
Il marcha d'un pas vif et rapide en direction de ses appartements. Irma Pince avait peut-être refusé l'entrée de la réserve aux deux Serpentards, mais rien ne disait qu'ils avaient arrêté là leurs investigations. Il devait raconter cela à Maugrey, il y avait peut-être une piste à creuser.
15 avril 1988
La piste de la bibliothèque ne fut pas vraiment concluante, tout simplement car Maugrey et Williamson n'eurent aucun moyen de savoir si les deux élèves étaient réellement entrés dans la réserve, et si oui, quels livres ils avaient lu. Ils laissèrent donc cette information de côté pour le moment, se concentrant sur leurs autres pistes.
Sur les recommandations de Scrimgeour, Myron Wagtail était désormais constamment surveillé par l'un ou par l'autre des Aurors. Nick Williamson connaissait maintenant l'emploi du temps du Gryffondor par cœur. Le matin, il se levait toujours au dernier moment et il courrait plus qu'il ne marchait jusqu'à la grande salle. À la table des Gryffondors, il s'asseyait à côté de Bill Weasley, qui lui, se levait plus tôt. Myron Wagtail prenait une part de brioche et du thé aux fruits rouges, souvent il ne finissait pas sa tasse par manque de temps, puis il se rendait en cours. Weasley et Wagtail passaient leurs journées ensemble, de nombreuses filles leur tournaient autour, mais ils ne semblaient pas y prêter une grande attention.
Bien sûr, Myron Wagtail n'était pas dupe, il s'était parfaitement rendu compte que les deux Aurors le surveillaient, et il préférait quand ce n'était pas Maugrey mais l'autre qui le suivait, il était beaucoup moins flippant. Il pouvait comprendre qu'il faisait leur travail, mais il aurait aimé qu'ils s'attardent sur une autre piste et qu'il trouve le salaud qui avait assassiné Scarlett ! Par contre, Bill Weasley, son ami de longue date, ne s'accommodait pas du tout de cet espionnage. Il savait par son frère qu'ils avaient osé accuser Hagrid, et maintenant il suivait Myron qui était aussi une victime dans cette affaire ! Au moins, n'arrêtait pas de répéter Myron, maintenant je me donne à fond dans mon groupe ! Myron Wagtail avait fondé un groupe de musique avec des élèves d'autres maisons et ils commençaient à avoir quelques dates dans des bars de Pré-au-lard. Le Gryffondor était le chanteur et le compositeur du groupe.
La filature n'était pas vraiment concluante, et sur le principe de la Vigilance Constante, Alastor Maugrey retourna interroger Herbert Montague. Ils se trouvaient donc tous les trois dans le bureau du professeur McGonagall.
- Bien, Montague, on a quelques questions supplémentaires.
- Vous n'avez aucune piste, ne vous cherchez pas d'excuses, commença directement le Serpentard.
Maugrey s'appuya sur la table et se pencha vers Montague. Leurs visages n'étaient qu'à quelques centimètres, et l'Auror chuchota d'une voix rauque.
- Tu ne vas pas jouer au plus malin avec moi, petit !
Le Serpentard tiqua en entendant le « petit », il faillit répondre, mais Maugrey donna un coup de poing sonore sur la table, et le bureau trembla, laissant Montague sans voix.
- C'est nous qui parlons, c'est nous qui posons les questions, est-ce bien clair ?
Il n'y eut aucune réponse du Serpentard et Maugrey dû répéter sa question un peu plus fort pour qu'il finisse par hocher la tête.
- On a interrogé Hagrid, il a un alibi, lui apprit l'Auror. Pourquoi l'as-tu accusé ?
Montague haussa les épaules et aucun son ne franchit ses lèvres. La pénombre de la pièce n'empêcha Nick Williamson de voir que son collègue était entrain de bouillir, il le connaissait bien et il savait qu'il haïssait ces enfants gâtés avec leur air hautain et qui avaient tout ce qu'ils désiraient.
- Réponds ! cria Maugrey en donnant un second coup de poing sur la table.
- Pourquoi frappez-vous la table ? Elle ne vous a rien fait, se moqua le Serpentard.
Montague souriait, il avait retrouvé toute sa contenance et il défiait les Aurors du regard. Williamson crut que Maugrey allait l'étrangler à mains nus, mais celui-ci se pencha à nouveau, et murmura :
- Tu te crois spirituel ? Tu te crois plus malin que la moyenne ? Tu es comme les autres, tu es un mouton, un suiveur, tu ne penses pas par toi-même. Personne ne se souviendra de toi une fois que tu seras parti de cette école !
Williamson retint son souffle, Maugrey utilisait une technique connue, il cherchait à provoquer la colère du Serpentard pour qu'il révèle sa vraie nature.
- C'est n'importe quoi, je ne suis pas un suiveur ! Au contraire, c'est moi que l'on suit ! Je suis l'un des meilleurs élèves de ma promotion, je vais réussir mes ASPICS avec succès, ne vous inquiétez pas qu'on se souviendra de moi ! Je ne suis pas n'importe qui, ma famille est puissante ! s'exclama-t-il en parlant fort et en faisant des gestes désordonnés.
Touché…
- C'est toi que l'on suit ? Qui te suit ?
Montague ne répondit pas, il s'en voulait d'être tombé dans ce stupide piège et d'avoir parlé si franchement alors qu'il tenait à préserver son image.
- Josh Dorny te suit ? dit alors Maugrey.
Un rictus moqueur s'installa sur les lèvres du Serpentard. Il n'eut pas besoin de confirmer sa réponse, Maugrey savait qu'il avait deviné juste.
- Bon, revenons à Hagrid, pourquoi l'as-tu accusé ?
- C'est un hybride, les gens ont peur de lui !
- Tu n'as pas vraiment l'air d'avoir peur de lui, rétorqua Maugrey.
- Non, car je sais comment me comporter avec ces créatures, et je connais assez de sortilèges pour le mettre à terre ! Il faut se défendre face à ces non-humains, cracha Montague, c'est ce que mon père m'a appris depuis toujours.
Les deux Aurors échangèrent un regard éloquent.
- Dis donc, demanda soudain Williamson, qu'est-ce que tu cherchais dans la réserve de la bibliothèque ?
- Quoi ?
Le Serpentard sembla surpris, il ne s'était pas préparé à cette question.
- On a vu Madame Pince, que cherchais-tu dans la réserve ? insista Williamson.
- Des livres pour les cours, je prépare un exposé en potions.
Il avait répondu bien vite pour quelqu'un qui n'avait d'abord pas compris la question. Maugrey doutait un peu de la véracité de sa réponse, mais après tout, il n'avait aucune raison de l'accuser. À ses yeux, tout Poudlard était suspect, mais qui était le vrai coupable ?
Montague quitta la pièce, laissant les deux Aurors seuls. Nick Williamson s'assit à la place que l'élève venait de quitter, et Maugrey se laissa tomber sur l'autre chaise. L'Auror semblait fatigué, presque exténué, remarqua Williamson qui s'inquiétait pour son collègue et ami.
- Bon, ce gamin est raciste, c'est clair, commença Maugrey, mais je ne vois pas pourquoi il aurait tué Scarlett Nott ! C'est une sang pur de grande famille.
- Elle sortait avec un Gryffondor, hasarda Williamson.
- Mais Wagtail est un sang pur aussi, ne l'oublie pas.
Alastor Maugrey serra les poings d'énervement.
- On n'avance pas ! On tourne en rond !
- Quelque chose doit nous échapper… murmura Williamson plus pour lui-même que pour son collègue.
- Mais quoi ? souffla Maugrey.
Le silence retomba dans la pièce, lourd comme du plomb.
