Chapitre 4 : Retour vers le passé

Après sa visite à Abby, Gibbs était retourné voir Alex Rider, toujours dans sa cellule d'interrogatoire.

Sur le chemin, il ne cessait de ruminer les mêmes questions dans sa tête.

Quel pouvait bien être le rapport entre un gamin de quinze ans et une agence de renseignements ? Comment le garçon s'était-il retrouvé sur leur chemin ?

Lorsqu'il pénétra dans la pièce, l'adolescent blond était toujours dans la même position que précédemment, les yeux bruns fixés sur le vide.

L'agent du NCIS s'assit en face de lui, l'observa quelques instants, avant de commencer tout de go.

« J'ai appris plusieurs choses aujourd'hui, Alex. J'aurais besoin que tu répondes à mes questions le plus honnêtement possible. »

Le garçon garda en silence le même visage impassible, presque froid, qui le vieillissait franchement. Malgré tout, Gibbs ne se découragea pas.

« Comment connais-tu le MI6 ? Sais-tu ce qu'ils font en réalité ? »

Cette fois, une réaction fut visible pendant un millième de seconde. Au nom du MI6, Alex releva brusquement la tête avant de détourner les yeux précipitamment. Mais ce dernier geste était d'autant plus significatif pour Gibbs qu'il avait cru déceler une étincelle de rage dans les yeux de l'adolescent.

La première véritable réaction. L'ex-Marine sentit qu'il venait de trouver une piste. Il décida de pousser sa chance plus loin.

« Que peux-tu me dire, Alex ? »

« Classifié. »

La réponse laconique et étrange tomba du bout des lèvres.

« Si tu veux que le NCIS puisse t'aider, nous avons besoin de savoir certaines choses. », insista Gibbs.

« Encore classifié. »

L'adulte ne put s'empêcher de constater qu'il y avait cette fois un peu plus de force et d'émotion dans la réponse.

« Qu'est-ce-qui s'est passé, Alex ? »

Cette fois-ci, l'adolescent le regarda droit dans les yeux avant de déclarer d'une voix glaciale :

« Demandez donc au MI6 ce qu'ils ont fait. »

Au ton employé, l'homme sut immédiatement que l'entretien était terminé. Alex Rider ne parlerait plus aujourd'hui. Avant de partir, cependant, Gibbs tint à régler un point.

« Nous allons encore avoir des questions à te poser dans les jours à venir. Du fait de ton jeune âge, cela me répugne de t'héberger dans nos cellules de détention. Tu viendras donc chez moi. Mais pas de blagues, compris ? A la moindre incartade, je te renvois ici sous bonne garde, c'est bien clair ? »

Gibbs avait conscience d'adopter un ton très brusque pour un mineur, mais il se devait de ne pas prendre cette responsabilité à la légère. Après tout, il ne connaissait pas le gamin ni ne savait ce qu'il était véritablement capable de faire.

L'enfant en question le dévisagea d'un air méfiant, comme s'il voulait refuser sans oser le dire à voix haute.

Gibbs acquiesça une dernière fois dans sa direction avant de sortir de la pièce.

AR/NCIS

Jusque là, Alex ne s'était pas vraiment rendu compte de ce dans quoi il était impliqué. Ou plutôt, il le savait mais s'en fichait royalement.

Que lui importait-il ? Sa vie était détruite à nouveau. Il devrait tout reprendre à zéro, tout recommencer, comme si les six derniers mois n'avaient jamais existé. Mais il ne voulait plus. Sa vie était devenue comme un jeu de hasard, où il perdait beaucoup plus qu'il ne gagnait à chaque fois qu'il retentait sa chance.

Il aurait du utiliser le Smith & Wesson pour en finir une bonne fois pour toutes au lieu de l'utiliser pour tuer l'un des nombreux tueurs que Scorpia continuerait sans aucun doute d'envoyer à ses trousses. Comment cela finirait-il ? Il n'avait plus aucun espoir, plus rien en quoi espérer.

Alors quand l'agent Gibbs avait évoqué le MI6, le garçon avait clairement senti la colère bouillonner en lui, telle une rage brûlante qui déferlait dans ses veines. Car depuis le début, tout était de la faute du MI6 : ses parents, Ian, Jack, tout. Ils avaient fait de sa vie un enfer vivant et c'était encore de leur faute si les Pleasure étaient morts à présent. Après tout, Madame Jones lui avait affirmé que Scorpia ne se relèverait jamais de sa dernière défaite au Caire.

Mais ceci était la preuve que l'on ne pouvait jamais leur faire confiance. C'est pourquoi, face à l'agent du NCIS, Alex restait méfiant. Peut-être l'homme essayait-il de l'amadouer pour mieux le piéger.

Il s'était cependant retenu de refuser sa proposition, ne tenant pas à se retrouver enfermé dans une prison gouvernementale américaine.

La maison de l'agent ferait l'affaire. Pour le moment. Jusqu'à ce qu'il puisse s'évader pour régler ses comptes.

C'est à ce moment qu'Alex prit conscience qu'il n'avait pas réellement envie de se suicider. Une sensation qu'il avait déjà ressentie lors de ses missions venait de naître en lui. Le feu de la vengeance brûlait dans son cœur, vif et clair, et ne tarderait pas à s'embraser complètement. Scorpia allait payer et payer cher. Après tout, Alex Rider n'avait plus rien à perdre.

AR/NCIS

« Qui est pour la théorie du gamin tueur, comme les réalisateurs de films d'horreur en ont créés plein ? », chantonna Tony.

« Tu vois, c'est un film que tu te fais, Tony. », lui répondit McGee.

« Tu es en train de tourner un film en ce moment, Tony ? »

L'Israélienne semblait un peu perdue dans la conversation.

« C'est une expression, Ziva-ah ! »

La jeune femme prit un air faussement contrarié avant de retourner à son travail.

« Je te signale qu'il y avait quand même un étranger à la famille sur le lieu du crime. »

« Un complice, tué après coup pour faire croire qu'il se défendait en réalité d'une agression extérieure. », répondit Tony avec désinvolture.

Ce fut à ce moment précis que Gibbs arriva dans leur espace de travail commun.

« Je veux des preuves, pas des théories, Dinozzo. Du nouveau ? », demanda l'ex-Marine en jetant un regard acéré à son équipe.

Ce fut McGee qui lui répondit.

« En fait, Patron, vous n'allez pas être content. Le directeur Vance est maintenant au courant de nos recherches poussées sur le garçon et… »

« Et le directeur aimerait beaucoup s'entretenir avec vous, agent Gibbs… », intervint tout d'un coup l'homme en question.

Comme à son habitude, Léon Vance avait réussi à se glisser subrepticement dans leur dos, les prenant une fois de plus par surprise.

Dans un profond soupir et sachant par avance qu'il n'allait pas du tout aimer la conversation qui allait suivre, Gibbs le suivit. Vance le fit entrer dans son bureau, l'air encore plus renfrogné que d'habitude.

« Il se trouve que j'ai eu connaissance des récentes tentatives de piratage informatique de l'agent Timothy McGee et d'Abby Sciuto. »

« Ils étaient en effet chargés de faire quelques recherches approfondies pour notre enquête actuelle. »

Ce n'était pas tout à fait exacte mais Leroy Jethro Gibbs avait toujours protégé les membres de son équipe. Vance le savait d'ailleurs fort bien.

« Et cette enquête vaut-elle le risque de déclencher un incident diplomatique avec nos plus proches alliés, agent Gibbs ? Le piratage concernait ainsi des systèmes de sécurité britanniques, il me semble. »

L'ex-Marine ne prit même pas la peine de paraître embarrassé le moins du monde devant le ton sévère de son supérieur hiérarchique. A la place, il rétorqua :

« Vous n'êtes donc pas curieux de savoir ce qui relie un enfant de quinze ans à des services de renseignements, Léon ? »

« Ce que j'aimerais connaître au plus vite, c'est le résultat de cette enquête. »

Gibbs sauta sur l'occasion.

« Alors permettez-moi de faire mon travail correctement et d'interroger le directeur du MI6. »

« Parce que le garçon vous l'a demandé ? », questionna le directeur du NCIS en haussant un sourcil sceptique face à la demande de son subordonné.

« Parce que cet interrogatoire devra faire partie de l'enquête, si celle-ci doit être menée à bien. », insista Gibbs.

Vance l'observa quelques instants d'un air impassible avant d'acquiescer d'un bref signe de tête.

« Je vous tiendrai au courant dès que j'arrive à avoir une audience, mais d'ici-là, je ne veux plus de démarches illégales. »

Gibbs le regarda avec un petit sourire satisfait avant de sortir du bureau.

AR/NCIS

Tandis qu'il descendait les escaliers, Gibbs entendit son téléphone sonner et décrocha.

« Oui, Abby ? »

« Gibbs, tu vas être content, j'ai du nouveau pour toi ! », fit leur analyste d'une voix toute excitée.

« Je descends immédiatement, Abs. »

A peine l'ascenseur s'ouvrit qu'il entendait déjà la musique techno provenant du laboratoire. Les portes automatiques s'ouvrirent devant lui et il entra dans le repère de la jeune scientifique.

Cette dernière souriait toute seule, toute excitée de ses découvertes.

« Alors, qu'as-tu donc pour moi ? »

« Tout d'abord, j'ai examiné les deux revolvers que l'on m'a apportés : un Smith & Wesson dont le chargeur de huit balles a été vidé en quelques secondes et un Tokarev dans lequel il reste encore deux munitions. Grâce aux balles qu'a retirées Ducky, je peux affirmer que l'homme au salon, la femme et la jeune fille à l'étage ont été tués avec précision à l'aide du Tokarev, tandis que de son côté, le Smith & Wesson a craché ses huit balles d'un seul coup et a donc servi à tuer l'homme dans le bureau. »

« Merci, Abby. »

Gibbs la remercia d'un baiser sur le front puis lui tendit son Caf-Pow. Pourtant, la jeune femme le retint par le bras d'un geste impatient.

« Je n'ai pas fini, Gibbs. Le Smith & Wesson porte bien les empreintes du jeune Alex Rider, mais il n'y a aucun indice sur le Tokarev. »

« L'utilisateur portait des gants ? »

Abby acquiesça pensivement.

« Cette arme-là a été retrouvée sur le corps de l'inconnu du bureau. Si ton hypothèse sur le fait que ce dernier soit en réalité un tueur à gages se révèle être la bonne, cela pourrait expliquer l'absence de traces. Ziva pourrait sûrement t'expliquer mieux que moi, mais je pense que la personne qui l'a utilisé était un professionnel. », conclut-elle joyeusement.

« Mais un professionnel se laisserait-il surprendre et tiré dessus à huit reprises ? »

Abby fixa l'homme qu'elle considérait comme un père avec un regard trop sérieux, plutôt inhabituel chez la pétillante jeune femme.

« Gibbs, fies-toi à ton instinct et réponds à cette question en toute honnêteté : penses-tu vraiment que l'adolescent de quinze ans que tu as trouvé berçant le cadavre de sa demi-sœur le soir du meurtre aurait planifié le massacre de toute sa famille adoptive avec un complice, serait passé à l'acte avant de tuer l'autre homme pour que ce dernier ne puisse pas parler ? »

C'était sûr que dit comme cela…

Gibbs retourna tous les éléments dans sa tête pour y voir plus clair. Les premiers indices n'étaient sûrement pas en faveur du jeune homme mais ces toutes nouvelles découvertes avaient quelque peu changé la donne. D'autant que d'autres mystères restaient insolubles. Qui était vraiment l'inconnu du bureau mais également, que venait faire le MI6 dans toute cette histoire ?