Note: Après en avoir discuté avec une lectrice, il est apparu que la notion de "Jane Doe" ne soit pas forcément connue des lecteurs français. Jane Doe pour une femme ou John Doe pour un homme est un nom fictif que l'on attribu à une personne dont on ne connait pas l'identité. Cela revient à dire Mrs ou Mr X. Donc mon personnage inconnu est nommé Jane Doe puisqu'elle est inconnue, ce n'est pas son nom. Voila je m'excuse s'il y a eu une confusion, ça ne change pas fondamentalement l'histoire mais c'est vrai que ça peut prêter à confusion. ;) Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture et encore merci pour vos reviews
Julia R.
4. Rencontre
Comme chaque vendredi, le Docteur Ogden effectuait sa visite quotidienne. Elle voyait ses patients, les anciens et les nouveaux. La journée s'écoulait de cette façon. Elle prenait une pile de dossier, séparant par secteur les visites à faire et elle commençait par celles du bâtiment central, puis, elle retournait à son bureau, inscrivait ses constatations, décidait du traitement ou de la démarche à suivre pour chacun avant de prendre une autre pile de dossier et d'en faire de même avec les suivants, et ce, pendant une bonne partie de la journée.
Lorsqu'elle prit le dernier paquet de dossier, il était déjà cinq heures de l'après-midi. Ces patients se trouvaient dans le bâtiment le plus éloigné et Julia en profita pour flâner un peu dans le grand parc, savourant l'air doux caresser sa peau. Elle effectua ses visites avec la même ferveur que toutes les autres avant de regagner son bureau une fois encore et d'y noter ses constatations. Elle soupira alors profondément et s'accorda une petite pause pour boire un thé, confortable assise dans son fauteuil. Ce ne fut que lorsqu'elle posa sa tasse vide sur la table que ses yeux se posèrent sur un dossier se trouvant seul, sur le bord de son bureau.
« Comment ais-je pu oublier ce dossier tout à l'heure, » pensa-t-elle en se levant pour le prendre.
Elle lut une fois encore ce qui se trouvait de noté sur la pochette et quitta le bureau d'un pas rapide. Elle traversa le parc une fois encore, mais dans l'autre direction, vers un bâtiment qu'elle n'avait que très peu fréquenté depuis son arrivée à l'asile. Elle se demanda, l'espace d'un instant, pourquoi la jeune fille avait été placée ici. Et puis, elle se souvenait que les chambres se faisaient de plus en plus rares au fur et à mesure que les mois passaient, l'asile se remplissait.
Elle entra dans le bâtiment et arpenta les couloirs déserts pour arriver devant une porte en bois sombre. Julia donna plusieurs coups, mais personne ne répondit. Alors, elle entra, ouvrant doucement la porte et jetant un regard dans la pièce. Une jeune fille se tenait devant la fenêtre, assise sur une chaise, lui tournant le dos. Elle portait une longue robe blanche, ses cheveux blonds étaient liés en une longue natte parfaite mais d'où quelques mèches rebelles s'échappaient. Julia ne vit que la pâleur de sa peau et ses pieds nus croisés sous la chaise. Elle approcha alors prudemment pour ne pas l'effrayer et elle resta à quelques mètres d'elle avant de prendre la parole.
-Bonsoir, dit-elle à peine plus fort qu'un murmure, je suis le Docteur Julia Ogden. Je suis psychologue ici et je suis là pour te venir en aide.
La jeune fille ne bougea pas et Julia fit encore un pas de plus vers elle.
-Tu n'as pas à avoir peur, nous ne te voulons aucun mal. Je souhaite savoir ce qu'il t'est arrivé, quel est ton nom pour ainsi pouvoir t'aider. Es-tu malade? Sais-tu qui tu es?
Elle ne reçut aucune réponse et décida ainsi de s'approcher d'elle un peu plus. Ses yeux se posèrent sur ses mains liées sur ses genoux. Elle tenait fermement entre ses doigts longs et fins une chaine au bout de laquelle se balançait un petit médaillon qu'elle caressait doucement.
-Ce médaillon est à toi? Il est très beau, peut être est-ce un cadeau?
La jeune fille pourtant ne broncha pas et Julia soupira profondément en la regardant. Elle se mise alors à côté d'elle et l'examina avec détails. Elle fut frappée par sa beauté, telle une poupée de cire au nez droit, aux pommettes hautes, aux fines lèvres et à de grands yeux bleus. Sa peau était parfaite, sans la moindre trace de cicatrice, d'un rose presque blanc, lisse. Elle gardait inlassablement son regard au-dehors, sans siller, sans bouger d'un millimètre.
Le Docteur Ogden jeta un regard au dossier avant de prendre l'appareil photo qu'elle avait apporté avec elle.
-Voici un appareil photo, dit-elle doucement, je vais prendre un cliché de toi, afin que l'on puisse t'identifier. Peut être que ta famille te cherche et se demande où tu te trouves. Et si tu me dis ton nom je pourrais t'aider à les retrouver.
La jeune fille ne bougea pas et Julia continua.
-Bien, si tu ne veux pas me dire ton nom je le comprends, je t'appellerai Jane. Si tu as fuis ta famille parce qu'elle t'a fait du mal, je t'aiderai à t'en protéger, mais il faut que nous t'identifions. Regardes-moi Jane. S'il te plait.
Il se passa encore quelques secondes avant que celle-ci ne tourne doucement le visage vers elle et ne plonge son regard dans le sien. A cet instant, le cœur du Docteur Ogden manqua un battement. Elle avait eu l'impression que cette jeune fille, à cet instant précis pouvait lire en elle, jusqu'au plus profond de son âme. Elle ne bougea alors plus, ne pouvant quitter son regard. Elle prit l'appareil et fit la photo, puis, la jeune fille la quitta des yeux et regard par la fenêtre à nouveau. Sans un mot. Julia continua à la regarder quelques secondes, en silence.
-Je vais te laisser Jane, je reviendrai te voir demain.
Elle n'eut, encore une fois, pas de réponse et elle se dirigea vers la porte rapidement. Elle se retourna une dernière fois, puis, elle sortit, refermant la porte derrière elle. Elle quitta le bâtiment, rejoignit son bureau, y nota son rapport et ferma les yeux quelques instants. Depuis deux jours elle était épuisée et rares étaient les moments qu'elle s'accordait pour souffler un peu. L'horloge dans le couloir sonna et aussitôt, elle se leva d'un bond. Six heures. Elle prit ses affaires, son appareil et quitta les lieux rapidement pour se rendre en ville, pour retrouver son époux avec qui elle avait rendez-vous quinze minutes plus tard.
La jeune femme emprunta la plateau central pour se rendre au bureau de son époux. Elle le vit en conversation avec l'Agent Crabtree et l'Inspecteur Brakenreid qui remarqua aussitôt sa présence lorsqu'elle arriva dans l'embrassure de la porte.
-Bonsoir Messieurs, dit-elle en souriant.
Ils se tournèrent tous vers elle et William ne pu s'empêcher de lui adresser un immense sourire.
-Docteur Ogden, lança Thomas, comment allez-vous?
-Bien Inspecteur, merci.
-Murdoch, nous remettrons cela à demain, je crois que votre épouse vous demande, grommela-t-il en se tournant vers William.
-Mais monsieur je n'avais pas terminé de…
-Oui, oui, ça ira, soupira Brakenreid en arrivant à la hauteur de Julia, Dieu merci vous êtes arrivé Docteur, je ne savais pas comment me débarrasser de lui. Bonne soirée, dit-il en souriant largement avant de s'éclipser.
Julia rit timidement et se dirigea vers William, échangeant un simple regard avec George qui lui sourit et quitta la pièce également. Le regardant partir, Julia ne remarqua pas William s'approcher d'elle et venir la prendre dans ses bras.
-Bonsoir, murmura-t-il sur ses lèvres avant d'y déposer un baiser.
-Bonsoir, soupira Julia, dis-moi William ne devrions-nous pas nous trouver au restaurant dans dix minutes?
-Si, répondit l'Inspecteur avant de déposer un baiser sur sa joue, mais tu es en retard.
-Ne me fais pas la morale car tu ne l'as même pas remarqué. Si je n'étais pas arrivée fort est à parié que tu aurais même oublié notre dîner.
-Touché, murmura William en lui adressant un tendre regard pour se faire pardonner.
Ils échangèrent un regard et se sourirent doucement avant de se séparer et que William ne prenne son manteau.
-Je t'ai apporté l'appareil pour la photo de la jeune fille que j'ai prise, lança Julia en posant l'objet sur la table au centre de la pièce, pourrais-tu la développer?
-Oui, bien sûr, allons dîner et je reviendrais le faire ensuite. Je suis de garde ce soir.
-Encore?
-J'en ai peur ma chérie.
La jeune femme soupira et s'accrocha alors au bras de William, pour quitter le bureau d'un même pas, étroitement serrés l'un contre l'autre.
Le repas se déroula calmement. William évoquait la dernière affaire sur laquelle il travaillait et Julia lui toucha deux mots sur la mystérieuse jeune fille qu'elle avait rencontré ce jour là. Puis, lorsque le diner se termina et qu'ils quittèrent le restaurant, elle insista pour l'accompagner au poste de police. Ils mirent quelques minutes dans la chambre noire pour développer la photo. Retirés au fond du bureau, à l'abri des regards, prétextant n'être dérangés sur aucun prétexte afin de ne pas ruiner leur travail, ils avaient échangés quelques baisers passionnés et quelques chastes caresses.
-Le plateau central grouille de monde, murmura Julia en fermant les yeux alors que le souffle de son époux se perdait dans sa nuque, n'importe qui peut entrer William.
Mais celui-ci n'avait pas répondu, l'embrassant langoureusement une fois encore alors qu'elle s'accrochait de toutes ses forces à son cou avant qu'il ne se détache d'elle brusquement pour reprendre son travail.
Une fois celui-ci fait, ils rallumèrent la lumière et William fronça les sourcils en voyant ce qu'il se trouvait sur la photographie.
-Je crois que tu as arraché un bouton William, grommela Julia qui reboutonnait sa chemise à peine ouverte.
Il ne répondit pas et elle arriva à sa hauteur, regardant avec intérêt la photographie.
-Mais…comment est-ce…
-Il n'y a personne sur cette photographie chérie, lança l'Inspecteur en la regardant.
-Je le vois bien William ! Pourtant, elle se tenait bien en face de moi.
-Peut être tenais-tu mal le…
-Je sais utiliser un appareil tout de même, gronda Julia en lui lançant un regard noir, il a dû mal fonctionner.
-Julia.
-Je ne suis pas folle si c'est-ce que tu insinue ! S'emporta celle-ci.
-Je n'ai jamais dis cela, mais ce genre d'appareil n'est pas sûr à cent pout cent. Un éclat de lumière ou un problème de lentille aurait pu causer cet éclat lumineux.
Elle ne répondit pas et il lui caressa tendrement la joue avant de reprendre la parole tendrement.
-Tu es épuisée ces derniers jours et tu es sur les nerfs. Rentre à la maison.
Julia plongea son regard dans le sien avant de soupirer et d'accorder son attention à la photographie à nouveau.
-Je referai une autre photographie demain. Je vais rentrer, tu as raison je suis épuisée et j'ai une migraine insoutenable. Excuse-moi.
-C'est déjà oublié, répondit William en haussant les épaules, tu sais très bien que je t'aime bien trop pour t'en vouloir.
Elle lui sourit timidement et déposa un baiser sur sa joue avant d'ouvrir le rideau en velours et de le passer rapidement.
-Fais attention cette nuit, dit-elle simplement avant de prendre son manteau et son chapeau, je t'aime, ajouta-t-elle pour quitter le bureau sans même se retourner.
à suivre...
