Merci à Choupinette, dom et marie pour vos reviews !!
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Jack sortit de son 4X4 et fit violemment claquer la portière. Ce geste apaisa en partie la frustration et la colère qui le tenaillaient mais il n'aurait pas dit non à une seconde volée. Et tout bien pesé, un petit combat avec Teal'c lui aurait également fait le plus grand bien.
Jamais il n'aurait dû quitter le SGC si précipitamment.
Après tout, ce n'était pas la première fois qu'il avait droit aux œillades pesantes de Jacob Carter et jusqu'ici, il avait toujours réussi à les supporter. Alors pourquoi aujourd'hui en avait-il été incapable ?
Il soupira puissamment, avisa la voiture d'Amy garée juste devant chez lui et pénétra enfin dans sa maison. Le bruit de la télévision résonnait dans le salon et une grimace tordit un instant ses traits réguliers.
Le journal télévisé passait en boucle les évènements de la journée et il n'avait guère envie de parler - ou plus exactement de devoir se taire à ce sujet.
- Jack ?
- Oui, j'arrive, grommela-t-il en posant ses clés sur la petite table près de la porte d'entrée.
Il rejoignit le salon et regarda avec lassitude Amy se lever de son canapé. Celle-ci perdit aussitôt son sourire en avisant sa mine contrariée.
- Dure journée ?
- On peut dire ça… grommela-t-il en retirant sa veste en cuir qu'il jeta sur le dossier d'un fauteuil.
- Tu veux m'en parler ?
Le regard qu'il lui lança aurait fait fuir plus d'un homme mais Amy le connaissait suffisamment pour ne pas s'en alarmer.
- Ok… dit-elle en se rasseyant tranquillement sur le canapé. Donc tu te sens d'humeur à jouer les ours, c'est ça ?
- Tu as deviné.
- Bien. Tu veux peut-être que je m'en aille ?
- Tu fais ce que tu veux, dit-il en plongeant les mains dans les poches de son pantalon.
- Ça sonne comme un « oui » déguisé… fit-elle remarquer en haussant un sourcil circonspect.
Jack soupira.
Il l'avait toujours trouvée particulièrement perspicace mais aujourd'hui cela ne l'aidait pas du tout. Depuis quelques heures, il luttait contre un besoin violent de solitude. Hélas, rester seul et cogiter n'était vraiment pas ce qu'il lui fallait.
- Pourquoi tous ces appels ? lança-t-il brusquement.
- C'est ça qui te met dans tous tes états ?
Il hésita un bref instant.
Non, ça n'était bien évidemment pas cela. Mais il était tellement plus simple de le croire ou de s'en persuader.
- Ca ne m'aide pas ! J'ai suffisamment de soucis comme ça.
- Comment veux-tu que je le sache, tu ne m'en parles jamais.
- Parce que je ne peux pas ! soupira-t-il agacé.
- Je ne te demande pas d'entrer dans les détails mais envoie-moi quelques signaux, lança-t-elle en levant les yeux au ciel. Juste histoire que je sache si je dois ou non t'éviter.
Le ton n'avait pas monté. Amy n'élevait jamais la voix. Elle gardait le contrôle, toujours. Comme lui.
Enfin, presque comme lui.
- Je ne veux pas que tu m'évites, grommela-t-il en se laissant choir dans l'un des fauteuils. Je suis juste mal luné.
- Ça, j'avais remarqué. Veux-tu que je parte ? Ou préfères-tu une partie de jambes en l'air, histoire de te détendre ?
Amy avait dit ces mots sur le ton de la conversation, comme s'ils discutaient du menu de la soirée et Jack se dérida légèrement.
- Je ne suis pas vraiment…
- D'humeur, oui, je sais, finit-elle pour lui. Un scrabble alors ? Un marathon Simpson ? Une bonne bière devant un match de Hockey ?
Jack laissa mollement retomber sa tête sur le dossier de son fauteuil et ferma les yeux.
Il avait trouvé la perle rare. Une femme capable de supporter ses humeurs sans en prendre ombrage, prête à accepter ses habitudes sans chercher à le changer… Disponible, amusante et sexy. Que lui fallait-il de plus ?
Son estomac se contracta et il se contraignit à rouvrir les yeux.
- J'hésite pour le scrabble, mais finalement, je vais choisir la bière et le Hockey, si ça ne te dérange pas.
Un sourire étira les lèvres d'Amy et elle se leva.
- Allez, viens t'asseoir ici, dit-elle en indiquant le canapé. Je m'occupe de la bière.
- Merci…
La jeune femme acquiesça et se dirigeait vers la cuisine lorsque la sonnerie de l'entrée résonna dans la maison.
- Amy ? grommela Jack en soupirant.
- J'y vais !
Jack entendit les talons de sa compagne claquer sur le parquet puis la porte s'ouvrir. Mais il lui fallut attendre quelques secondes avant qu'une voix confuse ne retentisse.
Son cœur s'emballa furieusement dans sa poitrine.
Qu'est-ce que Carter faisait là ?
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Sam blêmit légèrement lorsqu'elle découvrit la silhouette élancée d'Amy Morgan sur le seuil de la maison, et ravala le joli discours qu'elle avait soigneusement préparé.
Elle s'était pourtant attendue à la présence de l'autre femme. Celle-ci n'avait-elle pas appelé le Colonel plusieurs fois au SGC ? Mais Sam n'avait pas prévu de la voir ouvrir la porte et maintenant, toutes deux s'observaient avec un certain malaise.
Carter se sentit obligée de s'excuser.
- Euh… Je suis désolée… Je ne pensais pas… bredouilla-t-elle avant d'inspirer profondément pour se calmer. Est-ce que le Colonel O'Neill est là ?
- C'est à quel sujet ? demanda Amy sans sourciller.
Prise au dépourvu, Carter observa quelques secondes le visage figé de son interlocutrice. Jamais jusqu'ici elle n'avait eu l'occasion de la voir de si près, ni même de lui parler, et elle fut frappée par l'assurance et la volonté de son regard brun. Il n'y avait rien d'agressif en elle mais seulement une force qui la renvoya invariablement au Colonel.
Sa gorge se serra.
Ils semblaient tous deux parfaitement assortis.
- Eh bien, c'est… en rapport avec… un problème à la base. Je suis le Major Carter.
- Est-ce urgent ? s'enquit la jeune femme, peu perturbée.
Sam cilla.
- Pas vraiment, dut reconnaître Carter malgré elle. Mais…
- Ecoutez. Je suis désolée mais Jack est fatigué. Alors, si ce n'est pas urgent, cela peut certainement attendre demain matin ?
Le regard indéchiffrable d'Amy, sa voix calme et polie mirent Sam en position de faiblesse et celle-ci se surprit à ressentir timidité et confusion. Elle était pourtant Major dans l'Air Force, Scientifique talentueuse et reconnue… et malgré cela, elle avait la désagréable impression d'être devenue aux yeux de cette femme… une adolescente capricieuse.
Rougissant d'agacement, Carter fronça les sourcils. Elle n'allait certainement pas se laisser rembarrer ainsi.
- Pourriez-vous aller lui dire que le Major Carter aimerait lui parler, s'il vous plait ? incita-t-elle donc d'une voix plus ferme.
Mais son interlocutrice soupira puis finit par dire à contrecœur :
- C'est inutile. Il est dans le salon et entend parfaitement cette conversation. S'il avait eu envie de vous parler, il nous aurait rejointes, fit remarquer Amy sans la moindre ironie.
Sam pâlit et un léger brouhaha se fit à l'intérieur de la maison.
- Carter ! fit un Jack embarrassé, en apparaissant brusquement dans l'encadrement de la porte.
Il se racla la gorge et Sam détourna les yeux avec l'envie soudaine de disparaître. Il l'avait ignorée sciemment. Certes, depuis quelques mois ce n'était pas nouveau mais hors du SGC, jamais elle n'aurait cru un jour trouver sa porte close.
- Merci de veiller sur ma tranquillité, Amy, poursuivit-il en posant une main sur l'épaule de celle-ci. Je prends le relais.
- Comme tu voudras, répondit simplement la jeune femme avant de saluer : Major Carter.
Elle s'écarta ensuite et prit tranquillement la direction de la cuisine. Sam hésita sur le seuil, le regard toujours fuyant.
Que devait-elle faire à présent ? Partir ? Fuir en courant ?
Mais la question ne se posait pas. De quoi aurait-elle l'air, à bouder pour si peu ? Elle tenta donc de reprendre contenance et tourna un visage neutre vers lui.
Ce dernier l'incita à s'écarter et referma la porte de la maison afin de les isoler.
- Je suis désolé… soupira-t-il en lui indiquant le petit chemin qui rejoignait la rue. J'aurais dû répondre dès que j'ai entendu votre voix…
- Vous êtes fatigué et vous n'avez pas besoin qu'on vienne vous ennuyer chez vous. Je peux le comprendre.
Sa voix semblait trop tremblante pour paraître sincère et elle s'avança à ses côtés, passablement gênée.
- Vous ne me dérangez jamais Carter, dit-il après un court silence.
Sam leva un regard sceptique vers lui mais il gardait les yeux baissés et plongea les mains dans les poches de son pantalon. Elle se permit un sourire désabusé.
- J'ai du mal à vous croire mais c'est gentil à vous de me le dire.
Il ne répondit pas.
Lorsqu'ils parvinrent à bonne distance de la maison mais suffisamment éloignés de la route pour éviter les indiscrétions de passants éventuels, ils s'arrêtèrent et s'observèrent enfin.
- Il y a un problème à la base, donc ? demanda-t-il.
- Pas vraiment, s'excusa Sam du regard avant de se racler la gorge. En fait… Je m'inquiétais pour vous.
Jack haussa les sourcils.
- Pour quelle raison ?
- Eh bien… Ce que vous ressentez en ce moment.
L'espace d'un instant, elle le vit blêmir et comprit que leurs pensées avaient pris des directions différentes.
- Vous vous sentez coupable pour Poséidon, expliqua-t-elle donc doucement. Vous vous dites que si vous aviez laissé Daniel traduire les symboles, rien de tout cela ne serait arrivé. Ces deux raz-de-marée…
- … sont entièrement de ma faute, lâcha-t-il sèchement. Ecoutez, c'est gentil d'être passée pour me remonter le moral mais c'est inutile. Il n'y a rien que vous puissiez dire pour changer cela.
Le visage de Jack s'était fermé, plus rien ne transpirait de ses émotions. Même sa culpabilité semblait être étouffée malgré les mots qu'il venait de prononcer.
- Au contraire…
- Carter, menaça-t-il.
- Oh, vous pouvez toujours élever la voix, Mon Colonel, dit-elle avec force. Mais vous ne m'empêcherez pas de parler.
O'Neill soupira.
- Ca, je le sais bien, grommela-t-il.
Un fin sourire détendit les lèvres de Sam et elle enchaîna :
- Si vous n'aviez pas dit à Daniel de prendre cette urne, nous serions tous morts dans la grotte.
- Mais Poséidon ne se serait pas échappé.
- Qu'en savez-vous ? dit-elle. La destruction de la grotte aurait inévitablement provoqué celle du pilier. Alors je préfère nettement être sortie de là à temps plutôt que de m'être retrouvée coincée avec un Goa'uld !
Le regard de Jack s'adoucit et elle se permit un hochement de tête malicieux.
- Alors je profite de cette visite pour vous remercier. Vous nous avez sauvé la vie… Encore, rajouta-t-elle en souriant. Et puis… Je suis désolée de vous avoir dérangés, vous et votre amie.
O'Neill se détourna et elle le devina gêné. Il n'avait jamais aimé les éloges.
- Vous n'avez pas à me remercier, dit-il enfin. Vous le faites tous les jours...
- Vous remercier ?
- Nous sauver la vie, répliqua-t-il d'un ton faussement mordant.
Ils échangèrent un sourire puis Jack soupira en passant une main dans ses cheveux courts.
- Quant à Amy… Vous ne nous avez pas dérangés. Vraiment.
Sam sourit. Il cherchait à se faire pardonner de l'avoir ignorée et ces propos la rassurèrent. Malgré la distance entre eux, il ressentait toujours le besoin de s'expliquer. Ce qui signifiait qu'ils n'en avaient pas encore tout à fait terminé.
- Mais elle pourrait s'imaginer certaines choses, osa-t-elle donc, sans avoir pour autant le courage de lever les yeux vers lui.
Le Colonel mit quelques instants à répondre et Sam retint machinalement sa respiration.
- Je ne pense pas, dit-il finalement. Ce n'est pas… comme s'il y avait quelque chose entre vous et moi.
Malgré une légère hésitation, le ton lui sembla horriblement dur et Sam sentit sa gorge se serrer douloureusement. Elle eut soudainement l'impression d'étouffer et ses jambes se mirent à trembler.
- … C'est vrai, bafouilla-t-elle.
Fuyant toujours le regard de son supérieur, elle essuya machinalement ses mains moites sur son jeans puis esquissa un sourire forcé.
- Bien… Je vais vous laisser. Encore désolée du dérangement. A demain, Mon Colonel.
Elle se détourna et n'attendit pas sa réponse.
Il avait été clair. Il n'y avait rien.
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Le lendemain matin, SG1, Jacob Carter et le Général Hammond étaient réunis autour de la table de Briefing. Les sous-marins patrouillant non loin des points d'origine des deux raz-de-marée avaient rejoins ceux-ci au cours des dernières heures mais aucun signal ne leur était parvenu. Daniel avait passé la nuit plongée dans ses livres et ses traductions à la recherche d'indices laissés par Athéna, hélas, sans grand succès. Il manquait désespérément de temps pour tout décrypter.
L'ultimatum prit fin en milieu d'après-midi et comme il était à prévoir, aucun Président ou dirigeant n'abdiqua. La réponse de Poséidon ne se fit pas attendre… Grâce aux images diffusées en temps réel par le Goa'uld, le SGC put suivre avec effroi une vague géante se former puis déferler sur l'archipel d'Hawaï, inondant chaque île sans laisser la moindre chance à ses nombreux habitants.
Sur toutes les chaînes de télévision, journalistes et commentateurs, à qui Poséidon avait accordé un temps de paroles, décrivaient avec moult détails les évènements, cherchant à donner un sens logique à une telle catastrophe.
Mais une seule conclusion s'imposait : en l'espace de quelques minutes, les 122 îles constituant l'archipel d'Hawaï venaient d'être annihilées, provoquant la mort presque instantanée de plus d'un million d'habitants.
- Colonel Pendergast, intervint brusquement le Général Hammond d'une voix tendue, pouvez-vous confirmer la destruction d'Hawaï ?
Directement en communication avec le Prométhée, SG1 et leur supérieur attendirent la réponse avec anxiété.
- … Hélas oui, Mon Général, finit par répondre le Colonel. Il ne reste plus rien.
Le téléphone rouge se mit soudainement à sonner et Hammond se leva de son large fauteuil afin de s'enfermer dans son bureau.
- C'est quand même dingue ! s'exclama alors Jack. On doit bien être capable de voir d'où provient l'attaque !
Tout en disant cela, son regard s'était naturellement dirigé vers Sam… mais il se détourna rapidement.
- On sait qu'il n'agit pas par magie ! poursuivit-il. Il doit donc forcément laisser une trace quelque part !
- Colonel Pendergast, intervint Sam. Ici le Major Carter. Pourriez-vous vérifier le point d'origine responsable de ce nouveau raz-de-marée ?
- Affirmatif.
La communication fut coupée un bref instant, puis la voix métallique du Colonel retentit :
- Au milieu de l'Océan Pacifique. Exactement au même endroit que lors de notre première recherche.
Sam fronça les sourcils puis se leva brusquement.
- Je vais vérifier quelque chose. Je reviens.
Sans attendre un instant, la jeune femme dévala les escaliers la menant en Salle de Contrôle tandis qu'Hammond réapparaissait, le visage lugubre. Jack le mit au courant des dernières nouvelles et tous attendirent le retour de Sam dans un silence plus que pesant.
Celle-ci réapparut quelques minutes plus tard, un sourire sur les lèvres.
- J'ai de nouveau analysé les deux premiers raz-de-marée et j'ai découvert un léger décalage entre leurs points d'origine. Le premier signal, le premier à avoir été émis vient de l'Océan Pacifique, à l'endroit exact où le Prométhée a aujourd'hui même enregistré l'onde de choc.
- Ce qui veut dire ? grommela Jack.
- Ce qui veut dire qu'il y a quelque chose là-bas. Probablement son temple. Dans l'océan Atlantique, il ne devait s'agir que d'une balise.
Teal'c sortit de sa léthargie.
- N'avez-vous pas envoyé des submersibles afin de vérifier ?
- Oui, mais j'imagine que le temple dispose d'un moyen de se rendre invisible et indétectable. Ou peut-être même qu'il se trouve à une profondeur que nous ne pouvons atteindre avec notre technologie. Mais pour produire une onde de choc suffisamment puissante et capable de créer un tsunami d'une telle envergure, Poséidon a forcément dû utiliser toute la puissance énergétique à sa disposition. Voilà pourquoi nous avons réussi à détecter sa présence à l'aide du Prométhée.
- Un peu tard, hélas, fit remarquer le Général Hammond.
Sam se mordit violemment la lèvre.
- Je suis désolée. Le décalage était beaucoup trop faible pour être perçu lors d'une analyse standard… J'aurais dû…
Mais elle fut coupée par le Colonel qui s'affalait bruyamment sur son siège.
- Difficile de chercher lorsqu'on ne sait pas quoi chercher, de toute façon, intervint-il sobrement. Mais maintenant qu'on a la certitude que quelque chose se trouve là-bas, à nous de jouer.
Troublée, Sam lança un regard reconnaissant à son supérieur qui lui répondit d'un discret, très discret sourire. Depuis la veille au soir, Jack ne lui avait plus adressé la parole mais le voir prendre sa défense lui fit chaud au cœur.
- « A nous de jouer ». Facile à dire, maugréa Daniel. Premièrement, nous ne savons pas du tout comment vaincre Poséidon… qui commande à l'eau, je vous le rappelle. Et deuxièmement, comment faire pour aller au fin-fond du Pacifique avec ces histoires de pression et tout le tralala ?
Jack soupira.
- Vous êtes d'un pessimisme, Daniel ! Poséidon n'est rien d'autre qu'un Goa'uld, ne l'oubliez pas. Ce n'est pas le premier qu'on rencontre et qui nous sort le grand jeu ! Quant à aller jusqu'à son temple… les Carter vont nous trouver la solution ! conclut-il en tournant son regard vers le père et la fille.
Hammond, Daniel et Teal'c en firent de même et Jacob se racla la gorge.
- Désolé de jouer les trouble-fêtes mais Daniel a raison. Les sous-marins ont une limite de profondeur.
Jack haussa les épaules.
- Et vos vaisseaux Cargo ? Ils ne vont pas sous l'eau ? demanda-t-il.
Un silence perplexe se fit. Les deux Carter se concertèrent du regard puis Jacob répondit :
- On n'a jamais essayé. Il nous faudrait un bouclier… Un bouclier très puissant.
- Donc ça vous semble faisable ? s'enquit Hammond.
- Oui, acquiesça le Tok'ra. Mais il nous faudra un peu de temps.
- J'en profiterai pour continuer mes recherches sur Poséidon, intervint Daniel. Peut-être qu'Athéna a laissé quelques indices…
- Je vous aiderai, Daniel Jackson.
L'archéologue acquiesça avec soulagement.
- Merci Teal'c. On ne sera pas trop de deux.
Le Général Hammond se leva, suivi du reste de l'assemblée.
- Très bien. Colonel, vous veillerez sur Jacob et le Major Carter pendant leurs travaux.
- A vos ordres.
- Inutile de vous préciser que cela doit être fait le plus rapidement possible. Le prochain ultimatum prendra fin dans trois jours.
- Ça risque d'être juste pour revenir sur Terre en Cargo, réagit sombrement Jacob.
- Alors vous n'avez pas un instant à perdre. Allez !
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Jack, Sam et Jacob passèrent la Porte une heure plus tard avec tout le matériel nécessaire puis rejoignirent le vaisseau Cargo. A peine embarqués, ils partirent aussitôt, choisissant de travailler sur le bouclier pendant leur voyage vers la Terre afin de ne pas perdre un instant.
Préférant s'isoler du côté cockpit, Jack tentait de s'occuper avec quelques magazines qu'il avait apportés mais sans grand résultat. Bien qu'habitué à ce genre de trajet, il trouvait le temps long. Il était seul avec ses pensées et ce n'était définitivement pas le bon moment pour cela.
La visite de Carter la veille au soir l'avait dérangé.
Chercher à tirer un trait sur une habitude était déjà difficile en soi. Chercher à tirer un trait sur une personne, sur des sentiments… c'était long, douloureux et bien souvent compliqué. Parfois on se croyait sorti d'affaire... puis tout revenait soudainement : nostalgie, désir et regrets.
Et concernant Carter… il en avait, des regrets.
Quelques mois auparavant, la lassitude des non-dits, de ce jeu de chat et de souris avait fini par avoir raison de sa volonté. Il avait finalement abandonné.
Mais elle avait continué, toute seule. Malgré ses mises à l'écart, malgré la distance qu'il s'évertuait à mettre entre eux, elle s'était accrochée aux miettes de ce qu'avait été leur non-relation, leur petit jeu de séduction stérile.
Et hier soir, elle était venue lui dire ce qu'elle voulait. Ce qu'elle désirait.
Lui.
De tous les discours inconsistants de Carter concernant leur éventuel avenir commun, son « … elle pourrait s'imaginer certaines choses » avait été le plus direct.
« Certaines choses ». Grand Dieu ! Dans sa bouche, cela avait tout de la déclaration passionnée ! railla-t-il en pensée.
Jack grommela des paroles incompréhensibles, froissa l'une des pages de son magazine de pêche afin d'en faire une boule compacte, et tenta un panier en envoyant le projectile en direction de son barda grand ouvert, quatre mètres plus loin. La boule de papier ricocha sur l'une des lanières et tomba mollement sur le sol.
- Bordel !
- On s'ennuie ? s'enquit une voix ironique.
- Vous n'avez pas idée, répliqua Jack en jetant un œil mauvais sur Jacob. Si encore ce truc n'avait pas de pilotage automatique.
- Sans pilotage automatique, ce truc, comme vous dites, ne pourrait jamais passer en hyper espace. Aucun pilote ne peut contrôler un vaisseau voyageant à une telle vitesse.
Jack renifla dédaigneusement et Jacob s'appuya contre le panneau de commande, les bras croisés sur son torse. Un silence se fit et se prolongea, parfois entrecoupé du pas léger de Sam Carter qui s'affairait dans la soute.
- Elle a une petite mine, lança finalement Jacob.
Jack soupira intérieurement.
- Elle travaille beaucoup, lui répondit-il.
- Je ne suis pas sûr qu'il n'y ait que le travail qui la préoccupe.
- Quoi d'autre ? maugréa le Colonel agacé.
Un regard lourdement éloquent se posa sur lui mais Jack se contenta de froisser une nouvelle feuille de papier afin de tenter un autre panier.
Raté.
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- Non mais quel crétin ! s'exclama une voix, se répandant en écho dans les couloirs déserts du SGC.
En cette heure particulièrement tardive, seul l'Airman préposé à la sécurité du niveau 18 sursauta à ce cri virulent. Il ne prit pourtant pas la peine d'intervenir. Ce genre d'éclat lui était depuis longtemps coutumier.
- Auriez-vous découvert quelque chose, Daniel Jackson ? s'enquit posément Teal'c, levant son nez d'un des nombreux livres disséminés sur le bureau de l'archéologue.
- Bien sûr que j'ai trouvé ! Parfois je m'étonne d'être aussi stupide !
Le Jaffa leva un sourcil amusé mais contint le commentaire qui lui venait aux lèvres. O'Neill n'aurait pas eu cette délicatesse.
Inconscient de l'indulgence de Teal'c, Daniel présenta l'une des photos prises lors de leur mission au Cap Sounion et rajusta ses lunettes avec énervement.
- Le trident ! s'exclama-t-il enfin, comme s'il s'agissait d'une évidence. C'est le fameux trident qui contrôle tout.
- Le trident ? répéta Teal'c. Parlez-vous de ce sceptre que l'on voit sur toutes les photos représentant Poséidon ? Vous pensez qu'il est important ?
Percevant une nette ironie dans le ton de son ami, Daniel jeta un regard noir au Jaffa.
- Oui… Enfin… au moins, grâce à cette traduction, bougonna-t-il en secouant la photo qu'il tenait toujours, nous savons que c'est le trident qu'il faut neutraliser.
- Et le neutraliser avec quoi ?
L'archéologue cligna des yeux.
- Je n'en ai pas la moindre idée.
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Sam s'étira longuement mais reprit vivement son air affairé lorsqu'elle entendit le pas dynamique de son supérieur côté cockpit. La dernière fois qu'il l'avait vue esquisser un bâillement, il lui avait imposé une sieste d'une heure et ils n'avaient guère le temps pour cela. D'autant qu'après un travail ininterrompu de quarante huit heures, son père avait enfin accepté de s'étendre et ronflait allègrement à l'autre bout de la pièce ; elle devait donc avancer de son côté.
- Vous arrivez à travailler avec ce raffut ? s'enquit la voix assourdi de son supérieur.
Le Colonel posté dans son dos, Sam lui jeta un bref coup d'œil puis sourit.
- J'ai connu pire.
- Pas moi ! rétorqua-t-il aussitôt sans pour autant élevé la voix.
- Non, pas vous, dit-elle amusée. Vous ne ronflez pas. Mais…
- Teal'c…, dirent-ils d'un même ton las et faussement agacé.
- Un vrai tracteur, renchérit Jack en acquiesçant. Depuis qu'il dort, c'est devenu impossible !… Vous pensez qu'on devrait le lui dire ?
Sam roula les yeux d'un air affolé.
- Si vous voulez risquer votre vie, c'est vous qui voyez, Mon Colonel ! Pour moi, il ne fait que… ronfloter.
- Pétocharde !
La jeune femme étouffa un gloussement joyeux. Cela faisait bien longtemps qu'ils n'avaient pas parlé si légèrement, et de façon si complice. Tout cela lui manquait : le murmure de sa voix, si proche de son oreille. La présence de son long corps penché vers elle de façon presque intime.
Mais combien de temps cela allait-il durer cette fois ? Une heure ? Vingt minutes ? Cinq ?
Soudain rafraichie, Sam plongea de nouveau le nez dans son travail et soupira pesamment.
- Ça va ? entendit-elle quelques secondes plus tard.
- Très bien !
Elle lui tournait le dos et trouvait cela définitivement bien pratique. Mais pas lui, apparemment. L'instant d'après, il était accroupi en face d'elle.
- Carter… Vous avez l'air… préoccupée.
- Ça va, Monsieur. Il est normal d'appréhender une rencontre avec Poséidon, expliqua-t-elle en raffermissant ses doigts autour de sa pince coupante.
- Je ne faisais pas allusion à cela.
Surprise, Sam redressa la tête et déglutit. Le visage du Colonel était toujours impassible, bien que son regard semblait particulièrement attentif.
- Je ne vois pas de quoi vous parlez… dit-elle avec précaution.
Sa réponse sembla lui déplaire car il se referma aussitôt. Il eut un mouvement d'hésitation puis se releva.
- Très bien.
Après une œillade réfrigérante, il se détourna et fit mine de sortir mais se figea soudainement au beau milieu de la salle. Le souffle de Sam cessa lorsqu'elle vit son dos se raidir en signe d'indécision. A quelques mètres d'eux, Jacob continuait de ronfler bruyamment.
- Vous savez quoi… grommela Jack en se retournant.
Il fit quelques pas et se pencha vers elle, un doigt inquisiteur pointé sous son nez.
- Je crois que vous voyez parfaitement de quoi je parle, au contraire.
La mâchoire de Sam se crispa.
- Permission de parler librement, Mon Colonel ?
- Faites donc... ironisa Jack.
- Depuis quand ce genre de conversation est autorisé ?
Son supérieur soutint son regard sarcastique sans effort mais prit quelques secondes avant de répondre d'une voix plus calme.
- Depuis que je vois que ça vous…
- Préoccupe ? proposa-t-elle nerveusement, devant sa soudaine hésitation.
- J'allais dire « perturbe » mais si vous préférez le verbe « préoccuper »… aboya-t-il, agacé. Quoiqu'il en soit, vous l'êtes ! C'est évident.
- Préoccupée ?
- Oui, préoccupée ! Vous cherchez quoi ? A gagner du temps ?
Les joues de Sam s'embrasèrent.
Elle posa sa pince-coupante sur le sol afin de cacher son air coupable et d'obtenir quelques secondes de plus.
- Tout le monde n'est pas aussi doué que vous pour cacher… ce genre de chose, marmonna-t-elle en essuyant ses mains moites sur son treillis.
- C'est vrai. Mais j'ai des années d'entraînement.
Le voir ainsi fanfaronner face à une situation qu'elle ne gérait pas lui fit de nouveau serrer les dents.
- De toute façon, la question ne se pose plus.
Le regard du Colonel agrippa aussitôt le sien et sa respiration se figea.
- « Plus » ? fit-il remarquer. Donc… elle s'est déjà posée.
- Oh, je vous en prie ! s'exclama-t-elle, soudain lasse et mal à l'aise. Arrêtons-nous là. Cette discussion est ridicule et surtout stérile.
- Mais nos discussions sur ce sujet ne l'ont-elles pas toujours été ?
Un dépit évident transparaissait dans sa voix et Sam hésita.
- A présent, c'est différent, bredouilla-t-elle, baissant la tête sous le regard toujours si scrutateur du Colonel.
- Pourquoi ?
- Vous savez très bien pourquoi ! rétorqua-t-elle sans parvenir à étouffer la douleur qui lui enserrait le cœur.
Un silence se fit.
Que venait-elle donc de faire ? Se plaindre de la présence d'une femme dans la vie de son supérieur ?
Sa gêne, son humiliation lui fit monter les larmes aux yeux. D'un geste impatient et maladroit, elle reprit sa pince-coupante mais la voix douce de Jack l'interrompit :
- Carter… Vous seriez surprise de voir tout ce que je suis capable de faire pour remonter le moral de mes hommes.
Sam prit le temps de retrouver un visage plus serein avant de lever les yeux vers lui et cilla en croisant son regard.
Il avait changé. Ou plutôt… il était de nouveau le même : chaud, troublant… fascinant. Ce regard qu'il n'avait que pour elle. Avant.
Les doigts de Sam se crispèrent autour de sa pince. Le sourire de Jack s'accentua mais une légère secousse brisa l'instant et le ronflement de Jacob cessa dans un grondement chaotique. Jack se redressa aussitôt et avisa le Tok'ra qui levait mollement la tête.
- Comment fait Selma'k pour supporter ce raffut ? ironisa le Colonel en plongeant nonchalamment les mains dans les poches de son treillis.
Jacob retrouva aussitôt ses esprits.
- De la même façon que fait ma fille pour supporter votre humour.
A SUIVRE…