Salut les lecteurs.
Bien que l'absence de retours sur cette traduction me chiffonne quelque peu, je poursuis, cette fois-ci avec un nouveau point de vue.
J'en profite également pour signaler la naissance de mon troisième roman, La Dernière Porte, disponible sur TheBookEdition
Jeyne
Ils étaient à neuf jours de marche au nord de Coure-Rivière, et Ser Brynden refusait toujours d'entendre parler de ralentir leur rythme. Il la laissait prendre quelques heures de sommeil au plus, dans les arbres ou les roncières ou les buissons et une fois dans une tour déserte sur une butte rocheuse. Parfois il partait fourrager dans la nuit, revenant avec un écureuil filandreux ou une poignée de pommes fripées, et ils les avalaient dans le crépuscule, n'osant jamais risque un feu ni aucune conversation inutile.
Jeyne avait demandé où ils fuyaient une demi-douzaine de fois, et la seule réponse que le Silure lui avait donnée fut qu'il espérait atteindre Vieilles-pierres dans quelques jours. Où ils se dirigeraient après cela demeurait un mystère. Elle avait peur du vieux chevalier bourru, mais savait aussi qu'elle dépendait totalement de lui. Et il ne lui ferait pas défaut. Il l'avait juré par la terre et le fer, par la glace et le feu, par les mots mêmes des Tully : Famille, Devoir, Honneur. Pour la nièce et le petit- neveu auxquels son bras avait manqué. Son mari, son roi, mort depuis si longtemps à présent. Oh, Robb.
Les souvenirs de l'évasion de Coure-Rivière étaient toujours flous dans l'esprit de Jeyne, et elle pensait qu'il valait mieux ne pas trop s'y attarder. Elle avait d'abord pensé qu'ils suivraient le Tournepierre vers les terres de l'Ouest, et avait même entretenu le rêve idiot de revoir Falaise, juste en passant. Mais bien sûr que non. Ils devaient se trouver aussi loin de Castral Roc et de Lannisport que possible.
Le Silure était bien connu dans les terres du Conflans, et comme on savait tout aussi bien qu'il n'avait jamais pris d'épouse, Jeyne pouvait difficilement se faire passer pour sa fille. Mais puisque Ser Brynden les avaient tous deux déguisés en une paire de pauvres paysans, cette difficulté avait disparu. Leur ruse ne soutiendrait jamais un examen approfondi, et tout ce qu'il faudrait serait la mauvaise paire d'yeux les apercevant pour sceller leur destin. Le secret était leur seul espoir.
Vieilles-pierres et ensuite... où ? Le Collet était plein de démons des marais et d'Hommes de Fer, et le Nord avait été placé sous l'autorité de Roose Bolton et de son fils Ramsay, en tant que bannerets des Lannister. Des bêtes sous une peau humaine. Robb ne leur avait jamais fait confiance, Jeyne le savait. Et puisque les Westrelin avaient une fois de plus changé le cheval sur lequel ils jouaient, les Lannister n'étaient plus un refuge pour elle. Il n'y a pas de place pour moi, ni aucun Stark.
Parfois elle se demandait si elle avait jamais été une vraie Stark, même pour un instant. Elle avait voulu en être, plus que tout. Elle avait pensé que sa famille le voulait aussi, mais tout cela n'avait été qu'un mensonge grotesque, façonné par sa mère. Même le rôle que Dame Sybell avait joué dans le fait d'envoyer Jeyne sur cette route n'était pas suffisant pour l'exonérer. Je la hais.
Cela avait été l'idée de sa mère, comme toujours. Dame Sybell était en rage contre le défunt Lord Tywin pour ne pas l'avoir informée de la véritable étendue des Noces Pourpres si elle l'avait su, avait-elle dit, elle n'aurait jamais envoyé son fils Raynald, le frère de Jeyne, mourir aux Jumeaux avec les autre. Combiné avec le reste de la bonne fortune soudainement croulante des Lannister – la reine Cersei devenant encore plus méfiante et lunatique, le Lutin ne s'arrêtant que pour assassiner son père avant de fuir Westeros avec une prime sur sa tête, Ser Jaime éclopé et le roi Tommen un gamin de huit ans - Dame Sybell avait décidé que le seul espoir de survie de leur famille résidait ailleurs.
Jeyne avait pensé que c'était un piège quand la torche était apparue à sa porte au milieu de la nuit, et la voix de sa mère lui avait ordonné de s'habiller chaudement et avec des couleurs sombres. Jeyne avait cru qu'elle comptait les vendre à Ryman Frey, l'héritier de Lord Walder, qui commandait le siège jusque-là inefficace de Vivesaigues et menaçait de pendre Ser Edmure quotidiennement sans résultat. Mais le Régicide était arrivé pour y mettre fin personnellement, attaquerait les murs par le feu et l'épée si nécessaire. D'une façon ou d'une autre, cela aurait été ma mort.
Mais au lieu de cela, dame Sybell l'avait escortée en bas, les lèvres aussi pincées que si elle était entrain de sucer un citron. Les questions de Jeyne étaient restées sans réponse, jusqu'à ce qu'enfin elles atteignissent le hall plongé dans la pénombre, où Brynden Tully les attendait.
Paniquée, Jeyne avait regardé l'un et l'autre tour à tour.
- Quoi... je ne...
- Pas le temps de causer, petite, avait dit le Silure avec brusquerie. Nous quittons le château. Ce soir.
- Quitter le château ? avait répété Jeyne, ahurie.
Avec un ost Lannister et Frey en armes de tous côtés ? Qu'étaient-ils supposés faire, se laisser pousser des ailes ?
- Oui. Venez.
Le Silure l'avait prise par le bras.
Dame Sybell avait incliné la tête, si raidement que son cou aurait pu se casser.
- Prenez soin de ma fille, ser.
Le Silure l'avait fixée avec une détestation non déguisée.
- Je le ferai, mais pas pour vous. Venez, avait-il de nouveau dit à Jeyne, et il l'avait soulevée de terre, la portant jusqu'au bas des escaliers en spirale jusqu'à la Porte de l'Eau.
La nuit était noire d'encre, sans lune, et le vent avait accroché son manteau et ses cheveux, faisant onduler l'eau sombre sous la herse.
Une ombre s'était dressée tout près.
- Dépêchez-vous.
Choquée, Jeyne avait reconnu la voix. C'était Ser Edmure lui-même, libéré de sa longue station sous le gibet par Ser Jaime, et renvoyé avec l'ordre d'assurer la reddition du château à Lord Emmon Frey et son parchemin omniprésent. Il avait désigné la herse, et Jeyne s'était accroché à lui.
- Que se passe-t-il ?
- Shh, ma dame. Pas de bruit. Vous partez avec mon oncle. Faites ce qu'il vous dira.
- Mais le château... ils vont remarquer que nous sommes partis...
- Mon oncle, oui. On n'y peut rien, mais tant pis. En ce qui vous concerne…
Edmure avait hésité.
- Votre sœur prendra votre place.
- Elenya ?
Jeyne n'avait pas voulu demander quelles promesses ou menaces avaient été employées pour convaincre sa petite sœur d'approuver ce plan. Elenya était de deux ans plus jeunes, mais elles se ressemblaient assez pour que ceux qui ne les connaissaient pas très bien les confondissent souvent. Pourtant Elenya était encore une petite fille, avec des hanches étroites et de petits seins, et même si Ser Jaime n'avait jamais vu leurs visages, certainement il se trouverait un nobliau Lannister ou un hommes d'armes qui se rappellerait les filles Westrelin.
- Mais je ne...
- Écoutez.
Edmure avait pris ses mains, les serrant étroitement.
- Ceci est ma seule nuit de liberté. Demain matin, quand Coure-Rivière sera rendu, je serai donné en garde au Régicide et envoyé comme prisonnier à Castral Roc, probablement pour toute ma vie. Et vous… on m'a dit…
Il avait paru chercher ses mots.
- Vous n'avez pas eu votre sang de lunaison depuis les Noces Pourpres. Ma dame, s'il y a la moindre possibilité, la moindre…
Le choc avait frappé Jeyne comme une dague gelée. Soudain l'idée était là, et elle était trop horrible même pour y songer, seulement parce que cela la ferait pleurer tant elle le désirait. Sa mère avait concocté des mixtures d'herbes, de bière et de lait, prétendant qu'ils l'aideraient à devenir fertile, mais ils avaient en réalité été faits pour l'empêcher de concevoir. Mais bien qu'efficaces, ils n'étaient pas à toute épreuve, et si elle était, contre toute attente, enceinte de l'enfant du Jeune Loup, la survie du Nord reposait sur elle.
- Oh, avait-elle murmuré, le cœur brisé. Je comprends.
- Nous n'avons pas le temps, avait interrompu le Silure. Edmure, la herse est-elle levée ?
- Oui, mon oncle. Nagez en dessous, et restez sous l'eau aussi longtemps que vous pourrez. Vous avez le testament de Robb ? Si ma dame devait ne pas être enceinte après tout, la couronne doit aller à...
- Son héritier. Je sais. On s'en occupera.
Le Silure avait descendu les marches dans un bruit d'éclaboussures.
- Jeyne. Venez, petite. Maintenant.
Jeyne s'était arrêtée, regardant les tours du château autour d'elle. Elles paraissaient chaleureuses, illuminées, sûres, comparées aux périls de la rivière sombre, mais tout cela était un mensonge, tant de sa jeune vie l'avait été. Puis elle lança ses bras autour du cou d'Edmure Tully et l'embrassa maladroitement sur la joue, goûtant le sel de leurs larmes mêlées.
- Les dieux soient avec vous, ser.
- Oui, avait-il dit, sa voix se brisant, et il l'aida à descendre dans l'eau.
Elle lui arrivait aux genoux et avait donné un baiser à sa peau froide et couverte de chair de poule.
- Allez, ma dame. Allez. Et mon oncle... adieu.
- Adieu, mon seigneur.
Le Silure avait remonté le capuchon du manteau de Jeyne et l'avait attirée contre lui.
- Maintenant, lui avait-il dit à l'oreille. Nous devons passer sous la grille et nager dehors au-delà des murailles. Il y a des soldats Frey qui nous verront si nous faisons surface trop tôt. Vous devrez retenir votre respiration pendant une minute, peut-être plus longtemps. Pouvez-vous le faire ?
- Oui.
Elle n'en savait rien.
- Bien.
Le Silure avait pataugé jusqu'à la Porte de l'Eau, qui semblait toujours fermée.
- Plongez profondément, nagez vite. Après moi, petite. Maintenant.
Après quoi il avait pris quelques inspirations rapides, puis une plus profonde, et glissé sous la surface avec à peine une éclaboussure. Jeyne le regarda – et puis, au signal d'Edmure, elle aspira une pleine goulée d'air et plongea.
La rivière était si froide qu'elle paraissait faite de couteaux. Les yeux fermés, elle avait violemment battu des pieds, sentant des pierres glissantes et de la vase molle. Elle devait s'assurer de passer assez profondément pour ne pas s'accrocher aux dents de la herse. Quand elle était petite, elle s'était joyeusement ébrouée dans les mares et les ruisseaux, et une fois dans la mer devant Falaise quand Raynald avait parié contre elle, avant que leur nourrice ne le découvrît et ne leur passât un savon au sujet des courants. Si loin de cela, de nager pour sa vie.
Elle n'aurait su dire combien de temps cela avait pris. Elle ne pouvait risquer de refaire surface tout de suite. Certainement quelqu'un le remarquerait… elle se prépara à recevoir une flèche dans le dos. Robb avait reçu des carreaux, deux ou trois, avant que sa tête ne fût tranchée. Je vais mourir de la même façon, peut-être.
Cette pensée l'avait presque fait s'étrangler sur un sanglot, et cela avait été terrifiant. Elle avait nagé plus vigoureusement, ses poumons commençant à réclamer de l'air. Elle avait ouvert les yeux, et n'avait vu que des ténèbres tourbillonnantes. Il y avait une forme indistincte devant elle qui aurait pu être le Silure.
Enfin, quand des points avaient commencé à danser devant ses yeux, elle était remontée et avait tenté d'émerger aussi doucement que possible. L'eau avait alors paru plus chaude que l'air de la nuit.
Derrière elle, des torches piquetaient les ténèbres, mais il n'y avait eu aucun cri d'alarme, aucun appel aux armes. Elle avait entendu une voix distante rire et jurer, mais rien de plus.
Une main avait saisi son poignet, et elle avait ravalé un hurlement juste à temps. Sans importance l'autre main était pressée sur sa bouche. Complètement trempé, un filet d'algues sur ses épaules, le Silure avait l'air d'un démon des eaux plus encore que d'habitude. Il avait posé un doigt sur ses lèvres, et elle avait opiné en tremblant. Puis il lui avait fait signe de s'accrocher à sa taille, ce qu'elle avait fait. Par de longues brasses élégantes, il les avait dirigés vers l'aval et avant longtemps, Vivesaigues avait entièrement disparu dans la nuit.
Ce fut ainsi qu'ils avaient atteint la Fourche Rouge, nageant chaque fois qu'ils le pouvaient. Ils s'étaient tenus à l'écart de la route sur la berge et quand ils avaient finalement atteint l'auberge de l'Homme à Genoux, Jeyne avait si mal aux pieds, et se trouvait si fatiguée qu'elle avait supplié Ser Brynden de s'arrêter, mais il n'avait pas voulu en entendre parler.
- Trop d'hommes à la loyauté incertaine passent par là. Nous marcherons vers Beaumarché.
Et ainsi firent-ils. Cette nuit-là fut la plus dangereuse de toutes. Le Silure aperçut des hommes au loin, et immédiatement lui ordonna de se cacher dans les fourrés. Le groupe passa si près de leur cachette que Jeyne put les apercevoir. Il y avait un homme mince, grisonnant, portant des robes rouges, et une grosse brute grognon avec un manteau couleur de citron, et un jeune homme souriant, plein de taches de rousseurs, avec un arc long. Puis un mercenaire de Tyrosh, sa barbe teinte en vert, et un certain nombre d'autres à l'allure peu fréquentable.
Ser Brynden se raidit.
- Ce sont eux, siffla-t-il. Des hors-la-loi. Les hommes de Béric Dondarrion, nul doute. Ils nous tueront tous les deux s'ils nous trouvent. Ne bougez pas. Ne respirez pas.
Jeyne, le prenant au mot, resta aussi immobile qu'un cadavre. Les hors-la-loi ne comptaient pas rester longtemps ils ne prenaient qu'un court répit, parlant et riant. Leurs voix leur furent portées par le vent.
- ... ces fils de pute de Frey, le vieux Lord Walder en pissera dans ses chausses quand il entendra…
- Nah, grommela quelqu'un d'autre. Il détestait foutrement Ryman, pourquoi il devrait...
- ... ce que tu veux sur ce salopard d'ancêtre, il s'occupe de ses...
Jeyne tourna partiellement la tête, tâchant d'en entendre plus. Ser Jaime avait envoyé les Frey, sous le commandement du courageux Ser Ryman, à la maison aux Jumeaux les hors-la-loi les avaient-ils rattrapés ? Et si oui, qu'est-ce qui…
Seul un des hors-la-loi ne parlait pas. Il était assis seul sur un rocher, sans rien manger, emballé dans un lourd manteau qui dissimulait tout indice de visage ou de forme. Les autres hors-la-loi lui laissaient une place respectueuse, jetant des regards nerveux dans sa direction et tenant leur langue quand il regardait dans la leur. Mais Jeyne fut particulièrement choquée quand le gredin en manteau jaune dit :
- On d'vrait avancer, maintenant, m'dame ?
La forme en manteau se remit sur pied et agita sèchement la main vers les autres. Ils pissèrent une dernière fois et avalèrent le fond de leurs outres à vin, et la suivirent promptement. Les arbres étaient assez épais pour que Jeyne les perdît rapidement de vue, mais elle n'osa pas bouger, même après qu'ils eurent depuis longtemps disparu.
- Psst !
Ser Brynden tira sa manche, et elle trébucha derrière lui à travers le sous-bois, entre des roches glissantes et boueuses, le long d'une étroite piste. Le crépuscule tombait, et Jeyne était affamée.
- Nous allons nous arrêter pour un instant, dit le Silure, mais mangez vite. Nous avons eu une chance incroyable. Cela devait être Cœur de Pierre elle-même, celle qu'on appelle la Dame des Gibets. Et à en juger par ce que nous avons entendu, elle a trouvé quelques Frey à qui faire les honneurs.
- La maîtresse de Dondarrion ? N'est-ce pas qui elle est censée être ?
Jeyne commença à ronger l'immangeable morceau de viande séchée que Ser Brynden lui avait donné.
- Les dieux seuls le savent.
Le Silure jeta par réflexe un coup d'œil par-dessus son épaule, mais les bois assombris étaient déserts.
- Je ne veux pas dormir dans le secteur. Venez.
Jeyne fit descendre le reste de la viande, puis se leva, fatiguée. Elle le suivit.
Ils atteignirent Beaumarché tard le matin suivant. Le Silure n'avait pas voulu risquer d'entrer dans la ville elle-même, mais Jeyne était si épuisée qu'il avait dû la porter sur le dernier mile. Aussi ils louèrent une chambre dans la première auberge déglinguée et anonyme qu'ils purent trouver, et Jeyne s'allongea sur le lit puant, trop fatiguée même pour dormir.
Le visage de Robb flottait en permanence devant elle. Je t'ai dit au revoir trois fois. Si seulement je n'avais jamais eu à le faire. J'aurais dû mourir avec toi aux Jumeaux, et nous serions de nouveau ensemble.
Non, non. Elle était toujours vivante, et il y avait toujours la mince possibilité qu'elle portât son héritier. Elle devait être forte pour eux deux, devait le venger comme elle le pouvait. Mais ce fut la dernière pensée cohérente qu'elle eut la force de former, et elle sombra dans une stupeur sans rêves.
Ser Brynden revint en fin d'après-midi. Il était resté assis dans un coin de la salle commune de l'auberge, écoutant tous les potins qu'il pouvait, et il avait beaucoup à rapporter. Ryman Frey et ses hommes avaient effectivement été pendus à juste six miles au sud, et il était universellement admis que Dame Cœur de pierre et ses hors-la-loi en étaient responsables. La reine Cersei avait été arrêtée pour trahison, et Ser Jaime était en route pour l'Arbre à Corbeaux, pour prendre le château à Lord Nerbosc. Une fois que cela serait accompli, le Trident serait pacifié, et la perte du bref royaume de Robb, complète.
- Les dieux soient bons, murmura Jeyne. La reine a été... ?
Si la moitié des histoires étaient vraies, Cersei Lannister était le Roi Fou avec des nichons, une fille du démon, incestueuse, comploteuse, meurtrière qui méritait son nouveau domicile dans une cellule de prison du Grand Septuaire de Baelor. Durant toute la vie de Jeyne, sa famille avait été banneret de Roc Castral et du Gouverneur de l'Ouest, et il était étrange de penser à eux à présent comme à d'implacables ennemis, mais elle ne pouvait invoquer la moindre once de chagrin pour la reine dorée qu'elle avait autrefois tant admirée. C'était pour Robb qu'elle pleurait. Robb et sa pauvre dame mère Catelyn et son frère Raynald.
- Arrêtée, ouais, confirma brusquement Ser Brynden.
- Alors qui dirige le royaume ?
- Mace Tyrell a été nommé Main. Et Ser Harys Swyft et Kevan Lannister sont les régents de Tommen.
Le Silure renifla.
- La Grosse Fleur, la Merveille sans Menton, et le moindre des Lannister. Les Sept nous sauvent tous.
- Oh.
Quiconque gouvernait à Port-Réal ne semblait plus importer autant à présent.
- Pourrions-nous... rester ici ? Un moment ? Juste un jour ou deux ?
Ser Brynden fronça les sourcils.
- Petite, je sais que vous dormez debout, mais il n'y a pas de havre véritablement sûr sur des lieues et des lieues. Nous devons atteindre Vieilles-pierres dès que nous le pourrons. Et après…
- Et après ?
Jeyne se hissa en position droite avec une grimace.
- Vers où allons-nous ? Nulle part n'est plus sûr dans ce monde. Dites-moi.
Le Silure jeta un œil suspicieux aux murs. Ils étaient bien loin de la Forteresse Rouge, où de telles choses avaient des oreilles, c'était bien connu, mais Beaumarché était toujours une ville commerçante très active. Il lui fit signe de se rapprocher.
- Nous nous rendons chez le dernier des vassaux encore loyaux de votre seigneur époux, murmura le Silure. Ils nous aideront à nous rendre là où nous le devons.
- Quel vassal ? Où ?
- Ma dame, accorderez-vous foi à tout ce que je dis ?
- Oui, mon seigneur.
Ser Brynden fit une pause. Puis il dit :
- Le Guet de Griseau.
- Dans le Collet ? Les hommes des marais ?
Jeyne avait entendu toutes sortes d'histoires effrayantes à propos des hommes verts qui vivaient dans les marécages, et du château qui se déplaçait.
- Pourquoi ?
- Howland Reed était plus loyal ami d'Eddard Stark. Vous êtes toujours Reine dans le Nord, veuve du Jeune Loup, le fils aîné d'Eddard. Si nous pouvons atteindre le Collet avec nos propres cous intacts, il sera obligé par serment de vous aider.
Jeyne avait une vision de l'honneur remarquablement moins idéaliste qu'on ne pouvait s'y attendre chez une fille de quinze ans. Elle avait été ainsi autrefois, oui, mais c'était avant que les Frey ne tuent Robb alors qu'il était leur invité, à leur table, pendant le mariage de son oncle.
- Vraiment ?
- Nous pouvons confier nos vies à Lord Reed, m'a-t-on dit.
- Et comptons-nous rester là pour toujours ?
- Non.
Le Silure passa une main rude, calleuse, dans son épaisse chevelure argentée.
- Il y a le testament de votre seigneur époux à exécuter. Comme je l'ai dit, si vous ne portez pas son enfant, alors…
Jeyne posa une main sur son ventre. Il pouvait être un peu plus rond qu'avant, mais c'était impossible à dire. Elle n'avait pas saigné, c'était vrai, mais elle n'avait pas eu de nausées matinales ni d'autres symptômes.
- L'héritier de Robb, souffla-t-elle. Mais ses frères sont morts.
- Non, dit le Silure. Pas tous.
