Cette fic est certainement celle qui coule le plus facilement sur mon clavier. Les mots me viennent presque naturellement (espérons que ça dure...:p)

Et pourtant, dans un sens, c'est aussi celle qui est la plus dure à écrire... (jusque là!)

*Cherche Beta reader désespérément pour plus si affinité XD!*

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Chapitre 4

Un fantôme dans la nuit

Depuis sa sortie dans la coure de la prison, quelques petites choses avaient changées dans le quotidien de Severus.

Les trois gardes continuaient toujours de lui rendre visite chaque soir avant le couché du soleil, pour le battre sans ménagement pendant d'interminables minutes. Seulement il semblait qu'ils n'étaient plus chargés de lui apporter ses repas. Il les recevait à présent le matin, son plateau simplement glissés par la trappe aux pieds de la porte de sa cellule, le contenu de son assiette toujours chaud et un peu moins immonde que ce qu'il avait connu jusque là. Sa large tasse parfois remplie d'un thé tiède, un peu trop noir, mais tout de même réconfortant. Et il sût qu'il ne devait ce changement que grâce au jeune gardien qui l'avait accompagné aux douches et à la grande coure. Severus ne l'avait plus recroisé depuis ce jour, ce dernier ne rentrant jamais dans sa cellule. Mais c'était tout de même pour lui que Severus faisait l'effort de rapporter son plateau à la trappe une fois son repas terminé.

S'il n'y avait que ça pour le remercier, ce n'était vraiment pas chère payé.

Grâce à ce petit changement dans son quotidien Severus était à présent assuré de ne pas mourir de faim ou de soif. Et il était absolument ravi de ne plus avoir à lécher sa nourriture à même le sol.

Ce garde lui avait également glissée une deuxième couverture par la trappe, plus chaude et plus épaisse. Mais dés que le garde vicieux l'avait aperçut le soir même, lors de son passage à tabac quotidien, il lui avait arrachée et était repartit avec en riant. Severus s'était donc à nouveau retrouvé avec sa fine couverture miteuse. Seulement le garde ignorait que ça n'avait plus la moindre importance à présent, son esprit occupé à autre chose qu'à la sensation de froid nuit après nuit.

Car le plus gros changement ne venait ni des gardes, ni de leur routine.

Mais bel et bien du fantôme de Granger.

Elle le visitait toujours chaque nuit, sa présence de plus en plus imposante dans sa minuscule cellule, l'écho de ses sanglots de moins en moins lointains. Et maintenant il pouvait parfaitement distinguer sa frêle silhouette se découper dans les ombres.

Elle était légèrement différente des fantômes qu'il avait pu voir jusque là. Son reflet était d'un bleu pâle, et non grisonnant. Et elle semblait s'ancrer plus lourdement dans le monde des vivants. Elle ne floutait pas au dessus du sol, son corps vaporeux au contraire soudé au dalle de pierre, comme si son corps s'était vraiment trouvé là. Parfois elle était simplement recroquevillée sur elle-même, sa tête enfouie dans ses mains. Tandis qu'à d'autre moment elle apparaissait faisant face au mur, son visage toujours caché, ses ongles griffant le mur devant elle comme pour tenter de s'échapper.

Et elle pleurait toujours.

Dans ses sanglots elle lâchait parfois quelques mots dans un gémissement misérable, lui rappelant sans cesse qu'il avait fait une promesse qu'il n'avait pas sût tenir.

Si au début il était resté paralysé devant ses apparitions, terrorisé devant sa présence vaporeuse et les sanglots terribles qu'elle lâchait. Severus avait peu à peu écarté ses craintes, son esprit rationnel prenant le dessus sur ses violentes émotions.

Il tenta d'abord longuement de l'appeler, de la faire réagir d'une façon ou d'une autre au son de sa voix. Mais abandonna rapidement. Elle ne lui répondait jamais à ses appels, ne semblant même pas l'entendre…

Alors, prenant son courage à deux mains, il avait ensuite essayé de l'approcher.

Après tout elle n'était qu'un fantôme. Ses lamentations perçant douloureusement son cœur et son âme, mais tout de même rien qu'un simple fantôme... Que pouvait-elle lui faire si ce n'est le hanter. Les gardes se chargeant très bien de le torturer dans sa chaire dans la journée, le fantôme de Granger ne risquait pas de faire pire une fois le soleil couché.

Ses premières tentatives se soldèrent par un échec. Il n'arrivait pas à faire un seul pas dans sa direction sans qu'elle ne semble sentir sa présence et ne s'évapore sous ses yeux pour ne lui laisser que le bruit de ses sanglots dans la nuit. Puis, lentement, nuit après nuit, s'avançant toujours avec une immense précaution sur ses jambes frêles et douloureuses, Severus avait enfin réussi par s'approcher suffisamment près de sa forme vaporeuse recoquillée au sol pour tendre une main et espérer la toucher.

Et lorsque le bout de ses doigts était entré en contact avec elle, ne lui passant pas au travers comme pour n'importe quel autre fantôme, mais au contraire semblant rencontrer le tissu de sa longue chemise de nuit sur son épaule, il avait sursauté aussi violemment qu'elle.

Cette nuit là elle se retourna pour la première fois vers lui, ses yeux immenses rencontrant les siens dans un moment de panique qui ne dura qu'une fraction de seconde avant qu'elle n'explose de cris et de pleurs dans une grimace de désespoir terrible.

- Ne me touchez pas ! Avait-elle hurlé, si fort que Severus avait craint que les gardiens ne l'entendent. Ne me touchez pas ! Vous n'avez pas le droit ! Je refuse ! JE REFUSE !

Elle s'était ensuite vivement écartée de lui pour se plaquer au mur dans son dos, se tenant le visage à deux mains si violemment qu'il jura presque voir ses ongles s'enfoncer dans la peau de ses joues pourtant toujours légèrement translucides. Il était retombé en arrière, son dos rencontrant douloureusement le rebord de sa couchette, prit d'une terreur sans nom devant cette violente réaction et sa main le brûlant presque d'être entré en contact avec sa silhouette. Granger avait lâché une plainte déchirante entre ses mains, avant de s'évanouir à nouveau sous ses yeux. Ces pleurs, qui avaient continué de le hanter le reste de cette nuit, avaient été si terribles qu'il n'avait plus jamais tenté de l'approcher ou de l'appeler après ça.

A la place il se contentait de rester couché sur son matelas froid et humide, son corps tourné vers sa petite silhouette vaporeuse, ses yeux la fixant alors qu'elle continuait de se balancer d'avant en arrière, son visage parfois tourné vers le mur, mais le plus souvent enfouit dans ses mains alors qu'elle pleurait, et pleurait, sans jamais s'arrêter.

Et Severus commença alors à lui parler… Il ne pouvait rien faire d'autre.

Il lui parlait d'une voix calme, grave et profonde, s'imaginant lui-même dans sa salle de classe alors qu'il lui énumérait les ingrédients de telle ou telle potion, détaillant sans fin chaque étape de leurs préparations. Sans jamais la quitter des yeux.

Si elle sembla totalement inconsciente de sa voix au début, elle commença étrangement à se calmer au bout de quelques nuits de cette nouvelle routine. Ses pleurs, ne semblant jamais vraiment vouloir se tarirent, s'était cependant légèrement calmés. Et bientôt, il ne les entendit plus que très doucement, leur écho parfaitement ancrés entre les quatre murs de sa cellule mais bien plus calme qu'ils ne l'avaient été jusque là.

Et enfin, une nuit, alors qu'il finissait de détailler comment il fallait découper les racines de marguerites pour une potion de ratatinage, ses yeux la fixant toujours alors qu'elle semblait avoir décidé de se rouler en boule au pied du mur cette fois ci, il se produisit l'impossible.

- … racines de marguerites avec la pointe du couteau. Il ne faut pas oublier d'enlever le bulbe de la fleure bien sûr, lâchait-il lentement. Il se passa le bout de la langue sur sa lèvre fendue, geste devenu quasi mécanique et inconscient, avant de lui poser une question qui n'attendait, évidemment, aucune réponse. Savez-vous pourquoi Miss Granger ?

- … Parce que sinon la potion se transforme en poison…, lui souffla-t-elle alors entre deux légers sanglots.

Severus n'en crut d'abord pas ses oreilles. Puis, comprenant que son esprit n'était pas entrain de lui jouer des tours, il se redressa comme un diable sur sa couchette, les yeux plus écarquillés que jamais sur sa petite silhouette.

-… Miss Granger ? Appela-t-il alors sans y croire lui-même.

Sa forme vaporeuse sembla frissonner un instant. Et dans un mouvement qui lui sembla interminable, il la vit ensuite se tourner légèrement vers lui, ses mains s'écartant lentement de son visage avant qu'elle ne plonge ses yeux pâles dans les siens.

- … Professeur Snape, lâcha-t-elle d'une petite voix misérable. Est-ce que c'est vous ?

Elle se redressa un peu plus, quittant un moment ses yeux pour regarder tout autour d'elle, semblant chercher quelque chose mais ne se fixant sur rien. Il pouvait voir son corps trembler sous sa longue chemise de nuit.

- Où sommes-nous ? Pourquoi est-ce qu'il fait si noir ?

- Miss Granger…, répéta-t-il bêtement, son cœur battant à cent à l'heure dans sa poitrine, ses yeux ne la quittant pas une seconde.

- Pourquoi est-ce qu'il fait si noir ? Répéta-t-elle encore dans un nouveau petit sanglot, une légère panique semblant l'envahir peu à peu. Et Severus ne comprit pas tout de suite sa question. Parce que pour une fois le ciel était parfaitement dégagé derrière la mince fenêtre de sa cellule. Et que la lune, pleine et brillante, éclairait comme jamais tous les recoins de ses quatre murs de pierre. Je ne vois rien…, gémit-elle, sa voix se brisant définitivement dans sa détresse. Je ne vois rien...

Severus se releva totalement, avançant aussi lentement que possible vers sa petite forme recroquevillée contre le mur malgré son désir intense de se jeter sur elle pour l'attraper par les épaules et la plaquer contre lui. Il voulait la sentir contre lui, sentir sa chaleur et ses formes entre ses bras, rendre réel le mirage de sa présence et ne plus être totalement seul dans cette minuscule pièce totalement froide et humide.

Il s'agenouilla lentement près d'elle, ne tiquant même pas sous la douleur de ses genoux maigres appuyant désagréablement sur le sol de pierre, ou de l'humidité s'infiltrant dans sa peau à travers sa mince chemise de prisonnier. Et il puisa dans toute sa volonté pour ne pas tendre une main vers elle pour la toucher, terrorisé à l'idée qu'elle ne réagisse comme la dernière fois et ne s'évapore à nouveau sous ses yeux.

- Miss Granger… Regardez-moi, souffla-t-il alors qu'elle continuait de tourner la tête dans tous les sens pour tenter d'apercevoir quelque chose, mais semblant n'arriver à rien. Elle s'était un peu mieux relever, sa position légèrement plus assise que couché contre le mur à présent. Est-ce que vous pouvez me voir Miss Granger ? Demanda-t-il alors en cherchant à accrocher une nouvelle fois ses yeux dans les siens.

Elle cessa de tourner la tête dans tous les sens pour finalement la tourner vers lui, ses yeux légèrement transparents et tout aussi écarquillés que les siens se fixant sur lui.

- Professeur…, lâcha-t-elle d'une petite voix. Elle ne semblait voir que lui. Qu'est-ce qui est arrivé à votre visage ? Demanda-t-elle alors en détaillant sa longue barbe et, très certainement, les traces peu reluisantes laissées par son passage à tabac d'un peu plus tôt. Il sentait lui-même l'une de ses paupières gonflée, un peu de sang ayant coulé le long de sa tempe après que le gardien vicieux l'ait jeté contre un mur, ouvrant légèrement son crâne sous son cuire chevelu contre la pierre tranchante.

Severus lâcha un long et profond soupir, tous ses muscles se décontractant d'eux même soudainement tandis qu'il plongeait un peu plus profondément ses yeux dans ceux de la jeune fille. Il remarqua pour la première fois la manière dont sa longue chemise de nuit de coton tombait sur elle, le tissu tout aussi translucide que son corps laissant passer le reflet de ses courbes sous les rayons lunaires s'infiltrant par la haute fenêtre. Elle posa une main au sol, s'approchant légèrement de lui en se penchant en avant comme pour mieux le regarder. Et il vit le col ouvert de sa chemise de nuit s'écarter pour laisser apparaître un morceau de poitrine. Severus détourna aussitôt les yeux, trouvant le moment particulièrement inapproprié pour la pensée étonnante qui lui traversa l'esprit.

Pour un fantôme, elle semblait avoir légèrement vieillit. Ce qui était parfaitement impossible...

Et pourtant… Pourtant il voyait à présent comme ses boucles de cheveux avaient un peu poussés depuis la dernière fois qu'il l'avait vu. Bien sûr sa chevelure indomptable n'égalait pas la longueur de ses propres mèches sombres touchant le sol alors qu'il restait à genoux devant elle… Mais tout de même. Son visage avait prit en maturité également. Ses joues un peu creuses laissant voir son état fragile, quoi que bien moins misérable que le sien. Et elle semblait même avoir prit quelque centimètres malgré sa position toujours avachie.

- Professeur Snape…, souffla-t-elle encore en ne cessant pas une seconde de le détailler de la tête aux pieds. Et elle demanda une nouvelle fois d'une voix tremblante : …Qu'est ce qui s'est passé ?

- C'est… une longue histoire, Miss Granger, se força-t-il à répondre dans un nouveau soupir. Est-ce que vous pouvez voir où nous sommes ? Lui demanda-t-il simplement, cherchant à comprendre son étrange apparition. Ou pourquoi tout à coup elle semblait prendre conscience de sa présence près d'elle.

Elle sembla hésiter, et fouilla une nouvelle fois des yeux tout autour d'elle.

- N...Non. Je…Je ne vois rien. Il n'y a que vous…

Et elle trembla ensuite si violemment qu'il pût presque entendre ses dents claquer durement. Elle ramena ses bras à sa poitrine, les serrant fort contre elle en se penchant une nouvelle fois sur elle-même comme pour se protéger, ses balancements nerveux reprenant de plus belle.

- Il fait si froid… Pourquoi est-ce qu'il fait si froid ? Gémit-elle dans de nouveaux sanglots.

Severus tendit machinalement une main vers elle mais s'arrêta à quelques centimètres avant de la toucher, à nouveau prit d'un doute affreux.

- Miss Granger…, souffla-t-il doucement. Et il attendit qu'elle relève légèrement son visage vers lui pour le regarder à nouveau, avant de continuer d'une voix aussi douce et réconfortante que possible. Est-ce que… je peux vous toucher ?

Elle ne répondit d'abord pas, se contenta de le fixer sans bouger. Puis, doucement, elle lui fit un tout petit signe de tête affirmatif, ses cheveux coulant de ses épaules pour lui retomber sur le visage.

C'est la main tremblante que Severus parcouru les derniers centimètres les séparant, pour finalement poser le bout de ses doigts sur son épaule. Il fut parcouru d'un tremblement aussi violent que celui de la jeune fille sous ce contact tout aussi miraculeux qu'étrange. Avant de souffler de soulagement quand il comprit qu'elle n'allait pas s'évaporer dans les airs en hurlant comme la dernière fois.

Il coula plus avant sa main sur l'arrondi de sa frêle épaule et il s'étonna de réussir à sentir les plis de sa chemise de nuit passée par-dessus sa peau. Il y eut même quelques boucles de cheveux à moitié transparentes pour lui chatouiller le dessus de la main quand elle tourna un peu plus son visage vers lui.

Mais ce qui le surprit le plus, fut de sentir sa chaleur.

Une chaleur particulièrement douce et accueillante, qui le fit trembler une nouvelle fois de la tête aux pieds. Un intense sentiment de réconfort sembla alors jaillir du contact de sa main sur son épaule translucide, envahissant toutes les fibres de son corps au point qu'il ferma une seconde les yeux pour savourer la sensation.

Granger sembla avoir la même réaction. Car, après le premier moment de stupeur, ses yeux s'inondant de larmes translucides, elle lâcha un sanglot terrible et se jeta de toutes ses forces sur lui.

- Professeur Snape ! S'exclama-t-elle dans une nouvelle envolée de pleurs alors qu'il sentait le corps de la jeune fille s'écraser sur son torse et les emporter tout les deux vers l'arrière, l'écrasant sur le sol glacial.

Mais il ne sentit pas le froid dans son dos. Ni même l'humidité, qui pourtant avait toujours semblé vouloir s'infiltrer dans le moindre de ses os depuis son arrivé. Il ne sentait qu'elle, son poids sur lui et sa chaleur. Et ne sachant quoi faire d'autre Severus referma ses bras sur elle, la serrant aussi fort que possible contre lui. Il eut juste le temps de savourer sa présence, sa chaleur l'inondant tout entier, avant qu'elle ne s'évapore subitement comme un simple souffle de vent, sa présence se disloquant entre ses bras, ses pleurs s'envolant dans sa cellule jusqu'à disparaître à leur tour. Le laissant à nouveau totalement seul. Et complètement perdu.

La tête en vrac, ses émotions comme un tempête à l'intérieur de sa poitrine, Severus sentit sa gorge se serrer douloureusement avant qu'il ne laisse lui-même un unique sanglot briser la barrière de ses lèvres. Il referma ses bras sur le vide laissé par Granger, se recroquevillant à son tour sur le sol de pierre en laissant ses larmes couler librement sur ses joues creuses.

Et ce n'est que bien plus tard, lorsqu'il se recoucha sur son lit et ferma les yeux de sommeil en dépit de son esprit tournant à cent à l'heure, qu'il prit conscience qu'il ne tremblait plus.

Tout son corps était envahit d'une chaleur étrange. Et la douleur de ses membres l'avaient à présent totalement quitté.

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Le réveil fut particulièrement brutal le lendemain matin.

Il sursauta quand quelqu'un l'attrapa par les jambes pour le tirer de son lit et le jeter à terre. Il n'avait même pas entendu les pas s'arrêtant devant sa cellule ou le grincement strident de la porte s'ouvrant sur le garde, avant que tout son corps ne rencontre douloureusement le sol de pierre.

- Debout ! Cracha le gardien au dessus de lui et Severus reconnu aussitôt la voix du garde vicieux. C'est l'heure de la douche !

Un seau d'eau glacé lui tomba sur la tête et il ne pût rien faire d'autre que grogner, son esprit encore brumeux de sommeil reprenant brutalement pieds avec la réalité. Il toussa et cracha, tentant une seconde de se relever sur ses membres tremblant mais s'écrasant à nouveau face contre terre quand le garde lui envoya un violent coup de pied dans les côtes.

- Regardes toi, t'es vraiment dégueulasse, cracha encore le garde en lâchant le seau au sol pour se saisir d'un deuxième à ses pieds. Attends, je vais t'aider, ria-t-il cruellement avant de lui renverser le deuxième seau sur la tête.

Severus ne pût rien faire d'autre que retenir sa respiration en attendant que le seau se vide à son tour, écrasant ses cheveux sur sa tête et mouillant un peu plus sa chemise de détenu sur son corps douloureux.

Il resta à terre, espérant que le garde vicieux se lasse de lui rapidement, tandis qu'il l'entendait repousser les deux seaux vides à l'extérieur de sa cellule. Mais il semblait avoir d'autres idées le concernant et Severus serra les dents d'humiliation lorsqu'il lui demanda durement de se déshabiller. Il voulut refuser, des insanités et des malédictions sur le bout de sa langue, mais au premier coup de matraque il comprit qu'il n'aurait pas d'autre choix que d'obéir.

Il se redressa difficilement, prenant un maigre appui sur sa couchette qui était encore miraculeusement sèche pour se relever à genoux devant le garde. Ce dernier le regardait avec des yeux brillant de cruauté et il leva encore deux fois sa matraque au dessus de Severus pour le frapper avant qu'il ne commence enfin à faire passer sa chemise trempée par-dessus sa tête. Les mains tremblantes, à la fois de froid, de rage et d'humiliation, Severus lui jeta sa chemise aux pieds sans réussir à se retenir de lui jeter un regard de défis.

Il le regretta presque. Le garde le détaillait de la tête aux pieds, et son estomac se tordit affreusement lorsqu'il vit passer une étincelle perverse dans le fond de ses yeux fous.

- T'as de la chance, tu sais, souffla-t-il, plus menaçant que jamais. J'ai déjà prit mon petit plaisir avec Blondi ce matin. Sinon…, et sous les yeux horrifiés de Severus, le garde s'attrapa l'entre jambe en lui lançant un sourire particulièrement immonde, … T'y aurais goûté dés aujourd'hui.

A quatre pattes, Severus baissa la tête et ferma les yeux en priant tout les Dieux existant de simplement le tuer sur place. Il savait avoir fait des horreurs dans sa vie, regrettant bons nombres de ses choix et culpabilisant sans fins pour tous les sorciers et les moldus qui étaient mort à cause de lui depuis qu'il avait stupidement décidé de prendre la marque des Ténèbres. Mais il avait déjà payé pour ses crimes. De la plus terrible des façons… Perdant la seule personne qui avait réellement compté pour lui. Sa douce Lilly…

Et il savait, au plus profond de lui, qu'il n'avait jamais rien fait pour mériter ce que ce garde lui faisait jour après jour. Et certainement pas ce qu'il s'imaginait vouloir lui faire encore… Très prochainement.

Severus repensa alors à Granger. A sa douce chaleur, et à son corps contre le sien. Une étincelle de réconfort dans son enfer. Il se demandait si elle viendrait encore le voir cette nuit… Et si elle pourrait à nouveau avaler sa solitude et sa souffrance grâce à son étrange et mystérieuse présence.

Le garde le frappa encore une fois de sa matraque, avant de lui ordonner de se mettre debout et de le suivre.

Severus ne crut d'abord pas qu'il oserait le faire marcher totalement nu dans les couloirs de la prison. Mais il se rappela ensuite très rapidement à qui il avait à faire. Et c'est en serrant une nouvelle fois des dents de rage après avoir craché un peu de sang, sa lèvre à nouveau fendue sous le dernier coup de matraque, qu'il finit par se relever sur ses jambes tremblantes.

Il pouvait sentir les yeux du garde sur lui tandis qu'il le poussait du bout de son bâton dans le bas du dos pour le faire avancer devant lui. Et a plusieurs reprise, alors qu'ils descendaient ensemble les marches de pierre, Severus frissonna de dégoût en le sentant essayer de passer son arme entre ses jambes. Il n'en accéléra que plus vivement son pas, se fichant à présent pas mal de devoir aller dans la coure totalement nu et trempé.

Tout, pourvu qu'il soit débarrassé de lui le plus rapidement possible.

Ses jambes hurlaient de douleur lorsqu'ils arrivèrent enfin en bas des escaliers. Il crut reconnaître le chemin que le garde lui faisait à présent emprunter, sa matraque ne cessant jamais de le pousser durement en avant. Et ils étaient presque arrivés aux larges portes fermées que Severus devinait mener à la coure, lorsqu'une voix résonna soudainement derrière eux.

- Bon sang, mais qu'est-ce tu crois être entrain de faire ?!

Severus se retourna en même temps que le gardien vicieux dans son dos, et il reconnut avec une pointe de soulagement intense le jeune garde qui l'avait accompagné aux douches et à la coure il y a plusieurs semaines de ça.

- C'est pas tes oignons Pomfresh, cracha le garde vicieux à son attention alors que le jeune garde en question s'approchait d'eux à grand pas du bout du couloir.

Pomfresh… Et l'identité du jeune homme lui revint alors soudainement en mémoire.

Il l'avait déjà vu, bien sûr. C'était le neveu de Pompom. Et même s'il ne l'avait eut dans sa salle de classe que durant deux courtes années, au tout début de sa carrière, Severus se souvenait à présent très bien de lui. Un ancien Serpentard. Certes peu doué en potion, mais à l'esprit tout de même plus mature que ses camarades. Il était le fils de la sœur cadette de Pompom. Cette dernière lui ayant encore un peu parlé de lui ces dernières années, mais sans qu'il n'y prête jamais un réel intérêt.

S'il avait sut qu'un jour le jeune homme deviendrait son ange gardien dans cet enfer, il lui aurait certainement donné une meilleure note à ses Aspics de potions.

- C'était à moi d'accompagner ce détenu à la coure, cracha Pomfresh en s'avançant si près de l'autre gardien que Severus crut un instant qu'il allait lui mettre un coup de tête en plein visage. Tu n'as rien à faire là Ganagall. Tu n'es même pas inscrit sur le planning, grogna-t-il encore, ses yeux lançant des éclairs.

L'autre gardien -Ganagall le vicieux- eut l'audace de simplement relever un sourcil devant lui.

- Et qu'est-ce que ça peut te foutre ? T'es pas sa nounou à ce que je sache, grinça-t-il, ses doigts se resserrant presque dangereusement sur sa matraque sous le regard inquiet du maitre des potions.

Si une bagarre éclatait entre les deux gardiens, il n'était pas sûr de pourvoir faire quoi que ce soit dans son état.

Ses longs cheveux emmêlés dégoulinaient froidement dans son dos, son corps maigre traversé par des tremblements intenses qui le faisait presque claquer des dents. Ses bras étaient à présent bien trop maigres pour qu'il espère faire le moindre dégât s'il tentait de jeter un coup de poing ou deux dans la mêlé pour défendre son bienfaiteur. Ganagall faisait une bonne tête de plus que le jeune homme, et semblait bien plus dangereux à tous les égards.

Seulement Severus reconnu le caractère bien trempé des Pomfresh lorsque le jeune homme sembla ne pas vouloir se démonter devant la mine inquiétante de son collègue.

- Aux dernières nouvelles je suis encore le responsable de cette section durant la journée, Ganagall, gronda-t-il, sa main se portant à son tour discrètement à sa ceinture, ses doigts se refermant sur le manche de sa matraque. Et c'est pas une petite merde dans ton genre qui va m'apprendre à faire mon métier. Alors si tu veux pas que j'te colle un rapport, je te conseil de déguerpir rapidement de mon chemin.

Ganagall renifla, sa mains serrant un peu fort sa matraque et ses yeux semblant un instant chercher une étincelle de faiblesse chez le jeune homme. Et lorsqu'il ne trouva rien, Pomfresh se tenant fermement devant lui sans sourciller, il sembla abandonner l'idée de pousser sa chance plus loin. Pour le moment...

Il rangea sa matraque dans sa ceinture, l'autre ne bougeant toujours pas devant lui, et se retourna vers Severus pour lui lancer un regard mauvais. Il fit ensuite à nouveau face au jeune homme, sa rage semblant encore bouillonner dans chacun de ses gestes.

- Ce n'est que partie remise, Pomfresh, l'entendit-il grincer entre ses dents serrées avant qu'il ne le contourne pour enfin disparaître dans le couloir.

Pomfresh le regarda s'éloigner jusqu'à ce qu'il tourne dans un coin du couloir et que son ombre se soit totalement évaporée sous la lumière vacillante des torches le long des murs. Quand il se retourna enfin vers Severus il poussa un grognement devant sa nudité et son état encore plus misérable que la dernière fois qu'ils s'étaient vus.

- Je…, commença-t-il mais sembla ensuite hésiter, forçant presque ses yeux à ne pas détailler sa nudité de trop près. Il sembla abandonner ce qu'il s'apprêtait à lui dire et lui souffla à la place de lui suivre.

Trop ravi d'être enfin débarrasser de l'autre fou furieux, Severus ne pensa même pas à poser la moindre question quand ils se détournèrent des portes de la coure pour remonter à nouveau le couloir. Il l'amena à nouveau aux douches, et cette fois il lui laissa tout le temps du monde pour faire sa toilette, ayant même l'amabilité de se détourner totalement de lui pour fixer le couloir. Son corps raides lui tournant le dos avait des airs de protecteur aux yeux de Severus. Et il eut le sentiment profond qu'il n'était plus là pour le surveiller, mais au contraire pour le garder de la folie des autres gardiens.

Ne voulant pas pousser sa chance, et s'impatientant presque de pouvoir à nouveau sortir dans la coure, Severus se dépêcha de faire sa toilette. Il prit un peu plus de temps pour bien rincer ses longs cheveux et sa barbe, grimaçant légèrement lorsque ses muscles douloureux criaient leurs désaccords.

Lorsqu'il eut enfin fini, il se racla la gorge à l'intention du jeune gardien et ce dernier lui jeta un rapide coup d'œil par-dessus son épaule en lui ordonnant de ne pas bouger. Severus fut certain de le voir courir à travers le couloir sombre pour finalement revenir à peine trente secondes plus tard, une serviette miteuse et une nouvelle chemise de détenu dans les mains.

- Mercie, souffla le maitre des potions. Sans trop savoir lui-même s'il le remerciait pour la douche et la tenue propre –de moins un peu moins sale que la précédente-, ou simplement pour l'avoir sauvé d'une humiliation cuisante aux mains de Ganagall le vicieux.

- Ma tante serait furieuse si elle savait ce qu'il se passe ici, lâcha Pomfresh, presque malgré lui, tandis que Severus finissait de se sécher et d'enfiler sa nouvelle chemise. Et je n'imagine même pas ce qu'elle ferait de Ganagall si elle le croisait…

- Elle tenterait certainement de lui arracher les yeux de la tête, souffla simplement le maitre des potions en jetant sa serviette au sol après avoir essoré un maximum l'humidité de ses cheveux longs. Ensuite elle se rappellerait qu'elle est une Guérisseuse ayant prêté Serment, et elle finirait certainement par le soigner en lui offrant un morceau de chocolat au passage.

Pomfresh lâcha un léger rire dépourvu d'amusement, ses yeux se fixant un instant à ceux du maitre des potions. Avant qu'il ne détourne le regard, son sourire disparaissant bien vite de son visage.

- Le pire c'est que vous avez certainement raison, lui dit-il simplement. Et il lui fit ensuite un petit geste pour qu'il le suive.

Ils empruntèrent une nouvelle fois le chemin jusqu'à la coure et Severus hésita longuement avant de tenter de lui poser une des nombreuses questions qui lui brûlaient les lèvres.

- Votre tante… Pompom, commença-t-il doucement sans oser croiser son regard alors même qu'ils marchaient l'un à côté de l'autre. Elle est…, et il voulut demander « vivante et en bonne santé? », mais à la place il choisi d'être plus subtile, …toujours en poste à Poudlard ?

Le garde s'arrêta juste devant les portes de la coure, une main sur le lourd mécanisme, mais immobilisant son geste pour le regarder. Severus se fit violence pour accrocher son regard, se maudissant lui-même sous le frisson de peur qui le traversa tout entier.

Il n'avait vraiment pas envie d'apprendre une autre mauvaise nouvelle, son esprit déjà à deux doigts de la folie après seulement deux mois de captivité, et refusant presque de devoir à nouveau faire face à l'horreur et au désespoir de ce qui était advenu des élèves et de ses anciens collègues après la bataille de Poudlard…

C'est alors que Pomfresh fit la chose la plus étonnante qui soit dans une telle situation. Il ouvrit la bouche et tira la langue devant lui. Et Severus, après sa surprise, mit une seconde avant de comprendre.

Là, apposé sur la langue du jeune homme, était apposé un sceau magique de silence. Il comprit alors très bien pourquoi aucun des gardes ne répondaient jamais à aucune des questions posées par les détenus. Et même Ganagall, malgré ses humiliations verbales et ses insultes, n'avait pas été capable de lâcher la moindre information sur le monde extérieur. Tous les gardes étaient tenus au secret, la magie du sceau s'en assurant à chaque instant.

- Je suis désolé, professeur, lâcha-t-il après avoir refermé la bouche. Je vous dirais ce que je sais, si je le pouvais…

- Ce n'est rien Mr Pomfresh, souffla simplement Severus tandis que son garde –ou plutôt ange gardien- ouvrait la porte de la coure devant lui. Je vous remercie déjà pour tout ce que vous faites…

Il lui sembla l'entendre souffler qu'il aimerait en faire plus, mais son murmure fut noyé dans le hurlement du vent qui leur souffla violemment au visage quand la porte finit de s'ouvrir devant eux.

Cette fois Pomfresh n'eut pas besoin de pointer son doigt vers le fond de la coure pour que Severus aperçoive la silhouette de Malfoy une nouvelle fois accrochée au grillage, son visage tourné vers la mer.

Il fit un petit signe de tête à son gardien et ce dernier le lui rendit très discrètement avant de se diriger vers ses collègues le long des murs de la prison, le laissant seul.

Le parcours jusqu'au bout de la coure fut aussi éprouvant que la première fois, si ce n'est plus. Et seul ses yeux noirs et sa mine sévère empêchèrent à certains détenus de venir lui parler alors qu'ils faisaient mine de s'approcher de lui lorsqu'il passait près d'eux. Il savait bien que tôt ou tard, durant ces courtes promenades, certains anciens « camarades » mangemorts tenteraient de venir lui adresser la parole. Pour lui dire quoi ? Il n'en avait pas la moindre idée. Mais devinait sans mal leur curiosité de le voir ainsi apparaître à Azkaban deux longues années après la fin de la guerre.

Ces idiots s'imaginaient surement qu'il avait fuit après la bataille de Poudlard, profitant encore d'un moment de liberté avant de se faire arrêter par les Aurors. Ou peut-être qu'ils devinaient qu'il n'avait pas été plus libre de ses mouvements qu'eux, et voulaient juste savoir où il avait été gardé avant d'arriver ici. Il suffisait de voir son état lamentable pour comprendre que ses deux dernières années avaient été aussi dures et éprouvantes que les leurs.

Heureusement pour lui qu'il avait été inconscient jusque là. Il n'imaginait même pas l'état dans lequel il se serait retrouvé s'il avait dû supporter l'enfer de la prison aussi longtemps qu'eux.

Il arriva enfin au bout de la coure après ce qui lui sembla une éternité, et il s'accrocha à deux mains au grillage près de Malfoy dés qu'il le pu pour ne pas s'écrouler de fatigue. Ses jambes menaçaient une nouvelle fois de céder sous son corps pourtant affreusement maigre et il sentait presque la sueur lui couler sur le front malgré le vent glacial soufflant ses longs cheveux dans tous les sens.

- …Severus, croassa Lucius pour seul salut, sans même le regarder.

- …Lucius, souffla-t-il à son tour, forçant sa voix rauque à s'élever plus que de coutume pour passer par-dessus le vacarme des éléments grondant tout autour d'eux.

Ils restèrent un long moment silencieux, savourant simplement la vue du ciel nuageux et de la mer agitée sous leurs yeux. Des vagues s'écrasèrent sur les rochers un peu plus loin, l'eau mousseuse et salée courant presque jusqu'à leurs pieds nus. Severus pouvait sentir ses petites coupures le piquer une nouvelle fois sous l'air particulièrement iodé tout autour de lui. Il se passa mécaniquement le bout de la langue sur sa lèvre fendue, tiquant légèrement sous la douleur et goûtant une fois de plus son propre sang par dessus celui du sel.

- Tu te souviens de ces filles moldues que Greyback ramenait au Manoir lors de la première guerre ? Demanda alors Lucius, son esprit semblant une nouvelle fois voyager très loin au-delà de la ligne d'horizon sous ses yeux.

Severus prit le temps de le détailler du coin de l'œil avant de lui répondre. Il nota comme l'ancien aristocrate semblait encore plus mal en point que la dernière fois. Plus maigre si c'était possible. La peau si pâle à présent qu'il pouvait parfaitement voir le dessin de ses veines, là où elle n'était pas simplement violacée ou jaunie par les passages à tabac.

Et Severus se souvint dans un frisson des paroles de Ganagall.

Il détourna les yeux… Ne voulant pas en deviner d'avantage.

- Oui, je me souviens, répondit-il en fixant une nouvelle fois son regard sur la mer.

- Tu n'as jamais participé aux soirées, continua-t-il. Même après que tu sois entré dans le cercle fermé des proches du Seigneur des Ténèbres. Tu as toujours esquivé les invitations… Et tu n'essayais même pas de te défendre lorsque les autres ont commencés à sous-entendre que tu étais simplement impuissant.

Severus ne répondit rien. Il n'y avait rien à répondre.

- …C'est vrai ? Demanda Lucius, en le regardant pour la première fois depuis qu'il était arrivé.

- Quoi donc ?

- Que tu es impuissant, Insista-t-il.

Severus mit un temps considérable avant de répondre. Puis, se rappelant que la vérité n'avait aujourd'hui plus la moindre importance, décida de tomber le masque devant le blond pour la toute première fois.

- Je me suis arrangé pour que le Seigneur des Ténèbres le croit... Avec l'aide de plusieurs potions.

- Pourquoi ? S'étonna Lucius, même si sa voix était à présent trop éraillée et trop faible pour réussir à refléter sa surprise. Ses yeux boursoufflés de coups de matraques et injectés de sang n'arrivaient pas non plus à s'écarquiller, et Severus le vit simplement haussé les sourcils. C'était considéré comme un honneur de participer aux soirées du Maître.

- Il n'y a aucun honneur à violer une femme, Lucius. Sorcière ou moldue, lui expliqua-t-il en fronçant les yeux sur les vagues, les souvenirs peu reluisants de sa jeunesse de mangemort lui revenant en tête. J'avais beau être stupide et particulièrement cupide de pouvoir à l'époque, j'étais déjà capable de le comprendre.

Lucius resta à son tour silencieux un long moment, se détournant à nouveau de lui.

Il y eut une bourrasque de vent plus violente que les autres, leurs chemises et leurs longs cheveux soufflés en arrière, et Severus ferma une seconde les yeux pour éviter de trop les irriter sous l'effet du sel présent dans l'air. Lorsque le vent se calma légèrement, et qu'il les rouvrit pour regarder comme les lourds nuages dansaient au dessus de leurs têtes, Lucius parla à nouveau.

- Narcissa aurait été parfaitement d'accord avec toi… Elle détestait que je participe à ces soirées. Même si cela n'avait rien à voir avec le serment de fidélité que j'étais censé lui avoir fait à notre mariage. Elle disait souvent que même une moldue avait le droit à une mort digne… Finalement, j'aurai aimé être un peu plus comme toi à l'époque… Plus intelligent, moins… Arrogant. Peut-être alors… Peut-être que les choses auraient été différente…

- Il n'y a plus aucun moyen de le savoir à présent, souffla simplement Severus, ne trouvant rien à dire d'autre.

- … Non, tu as raison, lâcha Lucius. … Mais, pour ce que ça vaut aujourd'hui… Je regrette ce que j'ai pu faire à ces malheureuses…

Et Severus jura voir quelques larmes couler de ses yeux boursouflés. Il n'eut pas vraiment le temps de réagir car l'alarme de la coure retentit alors bruyamment, annonçant la fin de leur courte « promenade ». Et Lucius essuya rapidement ses joues avec la manche de sa longue chemise de détenu avant de se détourner du grillage.

Ils remontèrent lentement la coure jusqu'aux murs de la prison. Lucius marchant presque encore plus lentement que lui, en boitant dangereusement sur sa jambe qui ne semblait pas avoir guérie depuis la dernière fois.

- Il ne va plus tarder à venir te voir, lâcha-t-il sans le regarder. Le garde… Gannagall…

- Lui et ses amis viennent déjà me voir, chaque soir avant le couché du soleil, répliqua sombrement Severus sans plus le regarder, toutes ses maigres forces tournées sur sa marche laborieuse. Je commence à bien connaître leurs matraques.

- Non… Pas comme ça…, souffla Lucius d'une voix quasi tremblante. La terreur semblait s'insinuer en lui un peu plus profondément à chaque pas fait en direction de la prison. Lui, et les deux autres… Ils ont dit qu'ils viendraient très bientôt te voir pour…

Il ne pu, ou ne voulut, finir sa phrase, lui jetant un simple regard flouté d'angoisse, et d'une touche toujours aussi dangereusement de folie. Et Severus n'en demanda pas plus, serrant simplement des dents tandis que Lucius se détournait de lui sans un regard ou un mot de plus pour finalement s'approcher d'un des rares gardes encore présent le long du mur de pierre.

Pomfresh l'attendait également, et Severus jeta un dernier long regard à la ligne d'horizon se découpant à travers le grillage, avant de s'avancer à son tour vers lui pour se faire raccompagner jusqu'à sa cellule.

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Ce soir là, lorsque les trois gardes lui rendirent une nouvelle fois visites, Severus eut la très net impression que les coups étaient plus brutaux et plus vicieux encore que d'habitudes.

Mais, dans son enfer, il remercia silencieusement les Dieux qu'aucuns d'eux ne tente autre chose, se contentant de le rouer de coups de matraque, encore et encore, jusqu'à ce qu'ils se lassent et ne l'abandonnent enfin. Et il ne sut pas lui-même ce qui le retint le plus de ne pas perdre connaissance. Le fait que les gardes avaient semblé éviter de le frapper au visage, ou bien sa volonté d'être toujours conscient pour attendre la seule chose qui pouvait encore lui apporter un peu de douceur et de chaleur dans sa misérable existence.

Et, pour la première fois cette nuit là, Granger sembla pleurer pour lui, et non plus pour elle.

Il n'avait même pas réussi à se relever à son apparition soudaine. Et il ne fit rien d'autre que de la regarder lorsqu'elle s'approcha de son corps meurtri, allongé à même le sol humide et glacial de pierre de sa cellule, pour lui caresser doucement le visage. Ses lamentations l'accompagnant doucement jusqu'à ce qu'il ne plonge enfin dans les ténèbres.

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Fin chapitre 4