Casanova
Bonjour à tout le monde ! Voici le chapitre 4, rien que pour vous, et pour me faire pardonner pour le retard, je vous mets aussi le chapitre 5.
Chapitre 4 : Ciel gris sur Venise
Je me réveillai, frigorifié, dans ma chambre. Au prix d'un grand effort, j'ouvris les yeux et remarquai que les rideaux de ma fenêtre remuaient à chaque fois que le vent froid soufflait. Il faisait encore sombre, mais en jetant un œil à l'horloge, je remarquai qu'il était six heures du matin.
Je tirai sur ma couverture et m'enveloppai pour me lever et aller fermer la fenêtre. Avant de le faire, je profitai pour observer du balcon et pu voir que le ciel s'était ennuagé. La place semblait étrange, Elle était vide et inondée pendant que la pluie tombait abondement sur la ville.
Je fermai la fenêtre et me recouchai. La visite commençait à huit heures et j'avais encore le temps de dormir un peu, mais à sept heures, je reçus un appel de l'agence me disant que la sortie était annulée à cause de l'inondation.
Cela me soulagea plus que ça ne me dérangea. Aujourd'hui, j'avais envie de rester dans mon lit jusqu'à tard car il y faisait si bon.
Ce n'est que quand le sommeil me quitta, que je me levai, affolé, en me rendant compte qu'il y avait une inondation. Lors de l'appel, j'étais tellement endormi que je n'y avais pas donné d'importance. Je me levai d'un bond et m'habillai, me couvrant pour ne pas ressentir le froid et regardai à nouveau par le balcon, pour voir que tout était encore inondé.
Mais, grâce à cela, je pus voir, les gondoles se promener dans la ville à faibles profondeurs. Les voix des gondoliers qui chantaient m'apaisèrent. Même dans les moments les plus terribles, Venise me montrait son côté romantique. J'étais d'ores et déjà tombé amoureux de cette ville.
Il y avait encore des gens dans la rue avec leurs masques et leurs costumes, sur les gondoles, voyant le côté amusant de l'inondation. Pour moi, c'était angoissant ! Les cieux gris et tempétueux laissaient tomber leur pluie sur l'ensemble de Venise et la ville du bonheur devenait la ville du chaos et de la tempête.
- Quelle déception ! – M'exclamai-je, me laissant tomber dans le fauteuil baroque près de la fenêtre et en me rongeant les ongles avec anxiété.
Avec ce temps, je n'allais pas pouvoir sortir. Mais, à cet instant, on frappa à la porte. À contrecœur, je me levai et, en ouvrant, j'eus une surprise inattendue.
- Angelo ? – Demandai-je comme il souriait.
- Buongiorno! – Me salua-t-il avec effusion et, sans me laisser dire quoi que ce soit d'autre, il me montra des bottes en caoutchouc assez grandes pour marcher dans l'eau. – Il n'y a pas plus de dix-huit centimètre d'eau.
Je le regardai, stupéfait, mais j'ai finalement fini par sourire. Je ne pouvais pas nier qu'il m'était très agréable de le revoir. Je pris les bottes et le fis entrer pendant que je cherchais mon manteau et, en revenant vers lui, pour sortir, je le vis soulever ma chemise de soie et le sac du sol.
- Ahh… Le bal. – Dit-il en levant un sourcil et souriant malicieusement.
J'étais complètement rouge et lui ai arraché les vêtements, mais sans pouvoir réprimer un sourire honteux, gêné qu'il ait découvert quelque chose à propos de ce qui s'était passé la nuit précédente.
Je pris mon imperméable, le fait de le voir avec le sien me fit penser que nous allions sortir sous la pluie, et, effectivement, quand nous sortîmes de l'hôtel, il tombait une pluie diluvienne, mais à l'extérieur nous attendait une gondole et l'idée d'y voyager m'émotionna.
- Le temps pluvieux est aussi très beau à Venise. J'ai pensé que tu ne voudrais pas rater ça. – Me dit-il, en montant dans la barque et en me tendant la main pour m'aider.
Je ne l'ai pas repoussé, mais, dès que je l'aie prise, j'ai ressenti un picotement étrange et connu. Je n'y ai pas prêté très attention et nous nous assîmes, pendant que le gondolier commençait à pousser l'embarcation vers des eaux navigables et entamait une chanson sous la pluie.
Angelo avait raison même sous la pluie et en pleine inondation, Venise restait une merveille.
Angelo se chargea de me donner le meilleur tour personnel des environs. Les maisons près desquelles nous passions, constructions ou bâtiments, il me donnait des informations et me racontait, succinctement, les histoires qu'ils gardaient. Il me montrait les détails pendant que la voix du gondolier rehaussait ses paroles et, enchanté, je suivais le fil de chaque histoire.
- Tu en sais beaucoup sur ta ville.
- Je vis ici, je dois tout savoir.
- Je…
La pluie s'affaiblit et maintenant seule une légère bruine nous tombait dessus. Le froid s'était intensifié, nous faisant nous coller un peu plus l'un à l'autre pour garder la chaleur.
- La maison qui suit a une histoire tragique et plutôt récente. Elle est si tragique que je préférerais ne pas te la raconter, mais j'ai dit que ce serait un service complet et en tant que ton guide personnel, je suis obligé de le faire. – Il sourit étrangement alors qu'il me pinçait le nez et me faisait rire.
Je lui permettais beaucoup de choses, mais cela ne me dérangeait absolument pas. Angelo avait réussi à m'intriguer avec ses histoires et je n'avais aucune envie d'en louper ne serais-ce qu'une seule. J'aimais le ton de sa voix.
- La malheureuse se nommait Aphrodite de Fonzza. C'était une actrice… ou plutôt, un acteur de premier plan, qui, malgré sa condition, avait atteint la célébrité et la fortune grâce à ses représentations de diverses héroïnes sur les planches des théâtres les plus renommés de la ville. Elle tomba amoureuse d'un artisan qui ne lui rendit pas son amour. Secrètement, Aphrodite lui achetait tout ce qu'il fabriquait et accrochait chacune de ses œuvres sur son mur, décorant sa chambre, de manière si obsessive que sa famille finit par s'inquiéter pour elle. Lorsque le commerçant apprit qu'elle était celle qui lui achetait tout, il arrêta de créer ses œuvres et la priva de l'unique moyen qu'elle avait pour l'aimer. La tragique scène est survenue sur ce pont, peu après cet évènement, lors d'une des nombreuses inondations annuelles de la ville. – Me raconta-t-il en étendant la main vers le pont, un peu plus loin, et observa un instant de silence comme s'il se rappelait de quelque chose. Il racontait la chose avec une certaine solennité qui me donna l'impression que cette histoire arrivée à quelqu'un qui lui était très proche, puis il continua. – Elle a pris de son mur l'« Alfonsina »… Un masque que l'artisan avait sculpté dans la nacre et la porcelaine et le plaça sur son visage… et se laissa tomber dans les eaux troubles.
Puis il se tut, amenant sa main à sa bouche en un geste pensif. C'est à cet instant que je me suis rappelé ce que ses frères m'avaient dit. Sa fiancée, ou plutôt, son amoureux qui s'était suicidé et son surnom… Masque de Mort.
- Étrangement, d'autres décès ont eu lieu sur ce même pont… – Dit-il avec un peu plus d'anxiété, mais voulant le faire passer pour un simple aparté.
J'ai cessé de respirer pendant un moment, comme je le dévisageais, en remarquant sa consternation alors que nous passions sous ce-même pont, je ressentis le besoin de le prendre et de le serrer dans mes bras. J'étais triste de voir à quel point cet événement avait été injuste et comment la mort ne semblait pas vouloir le laisser et lui permettre d'oublier.
- Laisses… oublis-le… ce n'était pas de ta faute. Il s'est fait ça tout seul, tu n'y es pour rien. – Lui murmurai-je pendant que je l'enlaçais avec force et ses mains me serraient les bras. Je pouvais sentir son souffle chaud contre mon cou alors que la pluie s'infiltrait jusqu'à ma peau.
Cette sensation me sembla familière et je me souvins du Casanova qui, avec passion, m'avait laissé la marque de ses baisers sur la peau et je le comparai avec Angelo. Qu'est-ce qu'ils pouvaient être différents l'un de l'autre, et pourtant si semblables !
L'humidité ambiante ne me permettait pas de sentir l'odeur de sa peau, mais, inconsciemment, j'ai appuyé mes lèvres contre son épaule et lui ai caressé les cheveux.
Le gondolier chanta plus fort quand la séparation devint imminente, suivie d'un autre rapprochement… de nos lèvres, et j'ai fermé les yeux, lentement.
Ses baisers me transportèrent à une autre date et à un autre lieu. Par une nuit noire, contre un mur froid et l'être en face de moi, sans identité.
Brusquement, j'interrompis le baiser et m'éloignai de lui alors que le gondolier arrêtait de chanter. Le romantisme avait disparu.
- Je suis désolé ! Je ne voulais pas… – Ai-je essayé de m'excuser, mais, à nouveau, ses gestes Italiens refusèrent mes excuses.
- Non, ne t'excuses pas, la faute est mienne. C'est moi qui dois te demander pardon. – Dit-il en se mettant la main sur le torse. – Mais je dois parler et ne plus me taire.
Cette déclaration me fit incliner la tête et me tourner pour regarder le gondolier qui commençait à préparer sa voix pour reprendre son chant. Tout cela semblait préparé et j'hésitai entre rire et le frapper.
- Je suis tombé amoureux de toi. – Me lâcha-t-il d'un coup et je sentis mes joues brûler et mon cœur s'accélérer. – Dès le premier instant où je t'ai vu, j'ai su que c'était ton visage que je voulais embrasser chaque matin, tes sourires dont je voulais faire les moules et sculpter chaque recoins de ton corps…
- Voilà qui est très audacieux.
- Sono spiacente… pardon.
- Écoutes… Tu me connais à peine. Tu ne peux pas être tombé amoureux de moi, juste comme ça. – Ai-je dit pour lui faire reconsidérer ce qu'il faisait, mais…
- Et toi ? – Me coupa-t-il. – Tu ne connais même pas son visage et tu le cherches tous les soirs et il ne t'as même pas dit son nom.
M'a-t-il dit, énervé, me pétrifiant par ses paroles. Comment savait-il ça ?
- Comment… ?
- Qu'est-ce qu'il t'a dit ? T'a-t-il promis le soleil et la lune par une nuit de printemps ? T'a-t-il susurré des poèmes à l'oreille ? T'a-t-il parlé de ce qui se cache sous ce déguisement de « Casanova » ?
Je ne le laissai finir ce qu'il avait à dire et frappai sa joue de mon point fermé.
- Ce ne sont pas tes affaires ! – Je me suis brusquement levé, faisant tanguer la gondole, et ai sauté sur l'escarpe la plus proche sur laquelle je réussis à m'appuyer sans glisser grâce à mes bottes.
Mais une fois sur la terre ferme, je les ai retirées et les lui ai jetées sur l'embarcation avec rage. Angelo m'avait espionné et ça me rendait malade ! Dieu seul sait ce qu'il a vu d'autre ! Et cela me mettait en colère.
- Mü ! – J'entendis qu'il m'appelait et sautait comme je l'avais faire, pendant que j'essayais de le perdre avec des pas mal assurés à cause de l'eau qui ne me permettait pas de bien assurer mes pieds sur les escarpes de pierre sculpté. – Mü, attendere, per favore ! Attesa !
Ses mains se cramponnèrent avec force sur mes bras et me firent me tourner pendant que nous nous débattions sous la pluie qui, à nouveau, faisait rage. Ses baisers m'occupèrent une nouvelle fois les lèvres, m'empêchant de réclamer et, bien que je sentais que j'allais me rendre, finalement la colère de l'imaginer me suivre partout sans que je ne le remarque et m'espionner dans la ruelle avec le Casanova, me scandalisa.
- Non ! – Je le poussai faisant que sa chute s'arrête contre l'un des piliers qui soutenaient le pont qui traversait la rivière. – Ce que tu as fait… est impardonnable. – Lui dis-je en détournant le regard.
Je sentis qu'il me fixait et j'avais peur de lui faire face. Tout cela était très compliqué. Angelo m'avait plu dès le premier instant et j'aurais même pu lui dire oui. Il me plaisait, mais je ne pouvais pas lui pardonner.
Du coin de l'œil, je vis comme il baissait la tête et menait une main à son front. Je fronçai les sourcils et me retournai. Je ne voulais pas lui faire du mal et nous nous étions déjà sérieusement blessé.
Il ne m'arrêtera pas. Il me l'avait fait comprendre.
Je fis tout le trajet sous la pluie. Il n'y eut personne d'assez aimable pour me rapprocher de l'hôtel et, une fois dans ma chambre, je me mis immédiatement sous la douche, laissant l'eau chaude glisser sur mon corps glacé par la pluie.
Mais une fois sous la douche, je sentis mes larmes couler en abondance, me faisant me recroqueviller pendant que l'eau me tombait sur la tête et le dos.
J'étais blessé au plus profond de mon être, non pas par ce qu'il avait fait… mais par mon incapacité à lui pardonner.
J'ai passé deux heures sous ce jet d'eau jusqu'à ce que, calmé, je sorte de la douche.
Je me séchai lentement, m'habillai à contrecœur et me laissai tomber dans le lit.
Mes larmes coulaient toujours alors que je m'endormais dans le silence de la chambre. L'animation de la fête, à l'extérieur, ne me dérangea pas, les sons étant diminués par le verre des fenêtres.
Venise. Même la catastrophe ne l'empêchait de fêter le carême.
Le soir commençait à tomber, lorsque quelques coups sur ma porte me réveillèrent.
Ensommeillé, je me suis levé afin ouvrir la porte, pour me retrouver face au petit frère d'Angelo, un bouquet de roses rouges à la main. Comme celle que le Casanova m'avait offerte.
- Paolo ?
- Il moi fratello envoie ces fleurs, pour que tu pardonnes son erreur. Per favore…
C'était le comble de tout. Envoyer son petit frère pour demander pardon…
- Il n'a pas quitté sa chambre, ni parlé à personne, ni même à mama… pardonnes lui... – Et il me tendit les fleurs.
Il avait l'air si bouleversé que je n'ai pas pu refuser le bouquet. Et aussi parce que je voulais les accepter. Son visage s'illumina alors et il reprit :
- Tu lui pardonnes ?
- Je vais y penser…
- Il peut venir te voir ce soir ?
- Non ! J'ai dit que j'allais y penser.
- Et demain ?
- Paolo !
- Je lui dirai que tu as accepté les belles fleurs, mais qu'il ne peut pas venir.
- Parfait, maintenant va-t'en. Je veux dormir.
- Alors il a une autre chance ?
- Je te dis de partir !
Et avec un grand sourire contagieux, il partit en courant dans le couloir, jusqu'à ce qu'il fasse demi-tour et revienne.
- Je t'ai convaincu avec ma performance, pas vrai ? – Me demanda-t-il alors que je le regardai, redu perplexe par la question. – Mama m'a toujours dit que j'aurais dut faire du théâtre avec Aphrodite !
- Sale gosse ! – Lui ai-je crié et il partit à toute allure dans une joie sans égale.
Mieux valait qu'Angelo ne passe pas par-là, car apparemment, ils étaient tous d'une famille de menteurs charismatiques. Toutefois, la simple mention d'Aphrodite m'avait laissé un goût amer dans la gorge.
Je fermai la porte et me dirigai vers la table où était posé un vase avec de violettes que je remplaçai par la douzaine de roses.
Je les regardai, fasciné, comme je sentais le soyeux d'un pétale sous mes doigts, puis me penchai pour les sentir.
Angelo et le Casanova… Ce duo m'embrouillait les pensées.
Avec un sourire, je retournai au lit, tenant une rose dans mes mains et me laissant tomber sur l'oreiller tandis que je caressai la rose de mes lèvres.
Le baiser du Casanova, le baiser d'Angelo, si semblables et si différents. Si similaires et si opposés.
Je fermai les yeux et laissai mon esprit recréer la scène de la ruelle, avec le Casanova, me défiant en rêve de lui enlever son masque, me révélant son visage, et dans mon imagination, c'était Angelo qui se trouvait derrière le masque.
- Angelo… – L'appelai-je alors que le sommeil m'attirai à lui, me menant dans l'obscurité de la nuit, où les fenêtres de ma chambre étaient ouvertes sur la figure de mon amant.
Un bruit venant de la fenêtre me réveilla. J'ouvris brusquement les yeux en sentant le froid et en entendant le bruit de la fête à l'extérieur. Cela voulait dire que mes fenêtres s'étaient ouvertes et je levai les yeux pour le vérifier. La nuit était tombée et le vent soufflait.
Les rideaux se levaient comme dans la matinée, mais il y avait quelque chose qui n'était pas là ce matin.
Le masque blanc et la cape flottant au vent.
- Casanova…
Il me fit une révérence silencieuse et, lentement, fit un pas… puis un autre, se rapprochant de mon lit.
Je m'appuyai sur les coudes sur le lit, sentant de nouveau ce regarde pénétrant qui me déshabillait sans poser ses mains sur moi, jusqu'au moment où il se pencha et me découvrit lentement du drap.
Complètement immobile, tremblant d'anxiété, je sentais ce frôlement traverser mes vêtements et caresser ma peau. Je me suis laissé tomber sur l'oreiller, n'osant pas le toucher comme je sentais son regard descendre le long de mon corps, je ne pus m'empêcher de lâche un léger gémissement.
Sa main gantée monta jusqu'à mon visage et posa son doigt noir sur mes lèvres pour taire tout son que je pourrais émettre. Mais son doigt bougea sur mes lèvres et je fermai les yeux, ouvrant la bouche, laissant ce doigt y entrer et l'enfermer de mes lèvres.
Le goût du cuir empli mon palais et encore plus quand mes dents le serrèrent pour l'empêcher de partir.
Le Casanova me faisait bouillir le sang. Il me poussait à abandonner et le laisser jouer avec moi. C'était un fétiche que mes rêves les plus humides avaient choisi comme avatar de passions et je ne pouvais pas lui résister.
Lentement, il a bougé son doigt, jouant avec ma langue tandis que son autre main gantée s'infiltrait sous ma chemise et la soulevait.
Tout était sombre et je distinguais à peine son masque blanc, mais tout ce qu'il me faisait était si clair et vivant que je n'avais pas besoin de voir davantage.
- Mmhh… – Me suis-je plaint quand il retira son doigt et le passa sur mes lèvres, les mouillant, puis sur mon menton jusqu'à mon cou.
Je remuai sur le lit en le voyant se lever et continuer à me regarder comme je cherchai à le séduire.
- Togliere i suoi vestiti… – Je l'entendis murmurer comme ce soir-là dans la ruelle, à peine audible et incompréhensible, mais grâce à l'intensité de son regard, je su ce qu'il voulait.
Il voulait que je me déshabille pour lui et je ne lui désobéis pas.
Lentement, je déboutonnai ma chemise, la laissant tomber de mes épaules, puis je levai mes hanches pour enlever mon pantalon, lui permettant de voir à quel point le simple fait de le contempler ainsi m'excitait.
Puis je m'assis sur le lit et me mis à genoux pour l'atteindre, passant mes mains sur ses épaules pour lui retirer son tricorne noir et perdre mes doigts dans la perruque blanche qu'il portait. Je l'approchai de moi pour embrasser son masque, le lécher tandis que ses mains serraient mon dos, mes jambes, mes fesses et je pouvais entendre sa respiration agité sous son masque frapper contre cet espace froid de porcelaine blanche.
Enfin je lui retirai le masque, découvrant qu'il portait encore le loup en dessous.
Je le vis amener sa main à cette dernière partie, mais je l'empêchais de le retirer. Je voulais le faire avec le Casanova avant de le faire avec un autre.
Il m'embrassa de nouveau, passionnément comme dans cette ruelle, pendant qu'il me poussait sur le lit, tombant sur moi, s'installant entre mes jambes. Je sentis la chaleur de sa peau brûlante contre la mienne pendant que nous virevoltions sur le lit, désespérés de nous embrasser, nous savourer, nous mordre et nous lécher.
- Je t'aime…
- Shuu… Non parlare…
Et il scella mes lèvres avec un autre profond baiser tandis que sa main soutenait mon cou et l'autre passait sur mon ventre pour aller empoigner mon pénis de sa main gantée.
- A… ah… – Je lâchai un autre gémissement sourd quand je sentis quelque chose d'aussi chaud que mon sexe se coller au mien et sa main le serrer contre moi.
C'était son sexe, tout aussi éveillé et impatient que le mien, et sa main nous soulageait alors que nous nous déchargions de nos envies refoulées par des baisers et des morsures.
Je n'aurais jamais pensé passer une nuit avec celui qui, dès le premier instant, m'avait volé l'âme par la profondeur de ses yeux, que je n'ai même pas pu voir sans le masque.
Et ce que m'avait dit Angelo ne m'importait pas. C'était mon fantasme et il se réalisait.
Mais l'image d'Angelo me vint à l'esprit et je stoppai à nouveau mes baisers pour le regarder.
- Il moi Angelo… – Ai-je murmuré dans sa langue en caressant ce que son masque me permettait de toucher.
Il embrassa ma main et, lentement, parcouru mon cou et ma poitrine de ces baisers qui m'arrachèrent de nouveaux gémissements et me ramenaient à la chaleur de l'extase.
Je le vis alors retirer son gant avec ses dents et amena deux doigts à ma bouche que j'ai sucé comme je l'aurais fait avec son sexe, puis il me fit ouvrir la bouche pour s'approcher et m'embrasser, sa langue m'envahissant aussi séductrice que ses doigts.
Mais quand il les retira et rendit son baiser plus étouffant, je sentis ces doigts humides courir sur mon torse, me pinçant un mamelon, me faisant ainsi gémir, et continuer vers le bas, descendant jusqu'à caresser à nouveau mon sexe, passer à mes testicules, me faisant le serrer encore plus fort entre mes bras, et continuer à descendre jusqu'à ce que je le sente s'arrêter dans une zone que personne d'autre n'avait touché.
Je me sentis soudain gêné et rompis le baiser pour l'empêcher de continuer, mais il me tenait par la nuque et je ne pus m'éloigner à temps ses doigts s'étaient déjà infiltré un à un en moi, bougeant et me faisant me sentir étrange.
C'était inconfortable et cela me semblait sale, mais quelque chose en moi explosait à chacun de ses mouvements faisant se soulever inconsciemment mes hanches, ce dont le Casanova profitait pour les enfouir plus profondément.
- Nghh ! Aaahhh… ! – Je fermai mes yeux, serrant son épaule d'une main et me couvrant les yeux de l'autre.
Ce n'était pas normal. Ma température corporelle augmentait davantage et la sueur commençait apparaître en abondance pendant que mon corps tremblait d'une vulnérabilité que je ne me connaissais pas, et dont, étrangement, je désirais davantage.
Sa langue devint plus avide, plus lascive et sécha les sillons de sueur qui perlaient sur mon cou tandis que ses doigts s'écartaient, m'obligeant à ouvrir plus les jambes et à soulever davantage les hanches.
Jusqu'au moment où il retira finalement ses doigts et s'appuya de ses deux mains contre le lit. D'une, il manœuvra, soulevant mes jambes jusqu'à les poser sur ses épaules, puis la mena à son entrejambe.
Moi, je continuais à me couvrir le visage sans savoir, ni comprendre pourquoi il faisait ça. Je savais seulement que je ne voulais pas qu'il sorte ses doigts, mais qu'il continu à les bouger, plus fort s'il le voulait, mais qu'il ne les sorte pas.
Mais je ressentis alors une autre pression, une pression provenant de quelque chose de plus grand, de plus gros et chaud.
Instinctivement, je descendis mes mains jusqu'au drap que je serrai, le griffant, le déchirant de mes ongles quand la douleur me saisit.
Il s'introduisait en moi, me faisant mourir de douleur et de plaisir je le voulais plus profondément en moi, mais je ne voulais pas souffrir.
- AaaaAAaaaaah ! Mon Dieu !... mon…Dieu ! – Et la sueur jaillit encore plus dense et je serrai les dents, j'ouvris la bouche et la resserrai comme il s'engouffrait plus profondément.
Je dirigeai mes mains vers l'oreiller pour m'y accrocher quand je le sentis entrer lentement… si lentement que s'en devenait une vraie torture.
- Ah… aa… AH !
Il bougea ses hanches dans un mouvement circulaire, ce qui réveilla en moi une sensation plus intense de plaisir qui me fit me mordre les lèvres et serrer les paupières avec force.
Commença alors le plus dur… et le plus intense.
Il commença à se déplacer de l'intérieur à l'extérieur, m'arrachant des gémissements chaque fois plus forts à mesure qu'il augmentait le rythme. Jusqu'à ce que mon corps soit complètement ébranlé par les puissants assauts, ma bouche grande ouverte pour me laisser respirer.
Mes mains étaient accrochées à son cou pendant que mes jambes se tendaient contre ses épaules pour soulever davantage mes hanches et ainsi, le sentir plus profondément.
Je ne savais pas que le sexe avec un autre homme pouvait être ainsi et je venais de découvrir à quel point c'était délicieux.
- ANGELOOO ! – Je criai son nom quand j'atteignis l'orgasme et, apparemment, lui également puisque j'entendis un gémissement rauque s'échapper de sa gorge.
Il s'arrêta net à l'instant précis où je criai le nom d'Angelo.
J'étais agité, transpirant, haletant et à nouveau dans cet état léthargique dans lequel nous laissent les endorphines après l'acte.
Je me sentais divinement bien, le sentir sortir de moi, la façon dont sa semence coulait entre mes jambes et la mienne glisser de mon ventre au lit fut un délice.
J'amenai une main à ma bouche pour me mordre le doigt. Je me sentais complet et mieux que jamais dans toute ma vie.
Alors que la silhouette de mon amant s'asseyait sur le lit et s'habillait tranquillement et lentement, avec une parcimonie familière.
- Ne pars pas… – Lui ai-je demandé au moment où il chaussait le masque blanc et récupérait le tricorne, mais il se retourna et me regarda.
Sa main déganté atteignit ma joue et remonta mon front en sueur, jusqu'à tirer tous mes cheveux en arrière dans un geste presque paternel. Puis, il secoua la tête, silencieux, et il se leva du lit, prenant sa cape pour l'enfiler sur ses épaules.
Il ramassa la rose qui était tombée du lit pendant que nous faisions l'amour et la passa sur mon front, mon nez et mes lèvres. Il parcouru le reste de mon corps avec ce regard qui me faisait tant frissonner et je ne pus m'enpêcher de lâcher un autre léger gémissement.
- Dormire adesso… dimenticarme adesso. (Dors maintenant… oublis-moi maintenant...)
Et sans plus attendre, il se dirigea vers la fenêtre où le vent froid soufflait encore, mais, avant de partir, il me fit une autre révérence et un geste que je reconnu, très italien, quand on trouve qu'une chose est exquise. Joignant le bout de ses doigts et les collant à sa bouche comme il envoyait un baiser, puis ouvrait la main.
- Molto bello…
Et, sur ce, il sortit, fermant la fenêtre jusqu'à ce que son ombre ne se voit plus, et le silence reprit ses droits dans ma chambre.
J'ai laissé tomber ma tête sur le lit et j'ai alors pensé qu'il était parti parce que je l'avais appelé « Angelo ».
Je me suis frappé le front à de nombreuses reprises. Bien sûr que ce n'était pas Angelo ! Durant les dernières heures, mon esprit les a confondu, pendant que je me rendais compte que ce que je voulais vraiment, c'était que le mystérieux Casanova soit cet idiot de marchant italien, fabricant de masque.
J'étais un parfait imbécile et le Casanova allait sûrement maintenant chercher une autre distraction, déçu par moi.
J'ai sûrement blessé sa fierté d'amant, ayant appelé l'Amour et non la Passion au milieu de l'apogée sexuelle.
- Que tu es crétin, Mü ! C'était si divin ! – Me reprochai-je en me frappant contre le mur tapissé.
Moi qui l'ai tellement cherché et quand je l'ai enfin eu… j'ai tout gâché.
Et c'était la faute d'Angelo ! Cet idiot d'artisan… qui avec sa façon d'être, son odeur de tabac et son charmant sourire m'avait attrapé et maintenant m'obligeait à lui pardonner.
Ne sachant pas s'il était au courant du fait que le Casanova était venu me faire l'amour, et qu'il était peut-être définitivement déçu.
Pauvre de moi. Maintenant je les ai perdu tous les deux.
Je posai mes deux mains sur mon visage et me laissai tomber sur le lit.
La seule chose que je pouvais faire, était de finir avec tout ça en rentrant à la maison et d'oublier qu'un jour j'ai voulu être libre. Ça ne m'a mené qu'à une dangereuse débauche où ni eux, ni moi n'avons gagné.
Déçu par moi-même, j'arrêtai de me tourmenter et me laissai tomber mollement sur le lit, pour ensuite me recroqueviller et fermer les yeux.
Mais je ne pouvais pas dormir. Je ressentais une douleur dans le bas du dos et ma mauvaise conscience ne me laissaient pas me reposer.
Et cette frustration finie par me faire éclater en larmes, je me serrai contre le drap, témoin de mon délire et du déchainement de ma rage.
Je me sentais seul. Plus qu'à mon arrivée. Je me sentais si seul que ni la musique, ni la beauté de Venise ne réussissaient à m'apaiser.
Le rêve avait pris fin. Le fantasme et le désir avaient enfin joué leur dernière note et m'avaient laissé vide. Sans rien.
Sans plus aucuns rêves dans lesquels me refugier.
Voilà, fin du chapitre 4, j'espère qu'il vous a plus. À bientôt pour le prochain et certainement dernier chapitre.
