Miku Hatsune trouva Teto Kasane en sortant de la bibliothèque. Son amie aux cheveux rouges tenta de s'éloigner rapidement dès qu'elle l'aperçut.

« Non, Teto, attends! » Miku la rejoignit en courant. Teto retint son souffle et se tourna lentement vers elle.

« Qu'y-a-t-il, Miku ? » demanda innocemment Teto.

« Dans la bibliothèque … qu'est-ce que vous faisiez, … toi et Len Kagamine ? Tu n'as rien ? On aurait dit qu'il essayait de te dévorer, mais il a dit que ce n'était pas le cas. »

Teto cligna des yeux et, pour une raison inconnue, se mit à rire. Miku cligna elle aussi des paupières, se demandant ce qu'elle avait dit de si drôle. « Teto ? »

« Ah, ma chère et innocente Miku, » Teto essaya de retrouver son souffle entre chaque éclat de rire. « Len n'essayait pas de me manger, pas au sens littéral du terme. Tu sais ce que veux dire ''embrasser'' ? »

Miku secoua la tête, les yeux grands ouverts. Teto le lui expliqua et une minute plus tard, Miku semblait sur le point de s'évanouir. « Tu es en train de me dire que s'embrasser, c'est quand deux personnes … collent leurs lèvres sur celles de l'autre. Pouah. Ça a l'air répugnant. Et non hygiénique. »

« Tu n'as jamais essayé, Miku, » soupira Teto. « Pourquoi tu ne demanderais pas à Len de te montrer comment on fait ? Ça ne le dérangerait pas. Et il est très doué dans ce domaine. » ajouta Teto, l'air rêveur.

Miku fronça les sourcils. Il lui semblait que Teto n'était plus … elle-même. « Il y a autre chose que je dois savoir sur les rapports intimes ? »

Teto réfléchit. « Ça dépend, Miku … Si tu ne savais pas ce qu'était un baiser, j'imagine que tu ne sais rien de … » elle leva les yeux vers ceux de son amie. « Sais-tu ce que ce signifie ''faire l'amour'' » ?

« Oui, » bredouilla-t-elle. « C'est un acte qui permet aux animaux et aux êtres humains de se reproduire pour perpétuer leur espèce. »

Teto soupira. « Je ne t'ai pas demandé la définition du dictionnaire, Miku. Ce que je te demande, c'est : sais-tu ce que c'est ? » À sa grande surprise, Miku acquiesça.

« C'est encore pire que de s'embrasser, » affirma-t-elle. « Parce qu'au moins, un baiser n'implique que l'échange de la salive. Mais le sexe implique l'échange d'autres fluides corporels comme … »

« Ok, Miku, je pense que ça suffit comme ça, » l'interrompit Teto. « Oui, je vois que tu sais ce que c'est que faire l'amour. Je pense que tu n'as plus besoin de moi. À plus tard, j'ai du travail. » Teto s'en alla rapidement, laissant derrière elle Miku, encore embrouillée.

« Alors ? Teto t'a tout expliqué ? » lança une voix de velours familière dont le son caressa son oreille, et elle se retourna vivement, les yeux surpris.

Depuis le collège, Miku n'avais cessé de l'observer à distance. Il ne l'avait jamais remarquée. Et voilà que tout à coup, il lui adressait la parole. Elle se demanda pourquoi les choses venaient ainsi de changer.

Len Kagamine était l'un des garçons les plus populaires de l'école. Peu importe où il allait, des hordes de filles le suivaient.

Il était séduisant, d'une manière presque impertinente, avec son corps mince et bien dessiné, ses cheveux blonds et soyeux rassemblés en une courte queue-de-cheval, et ses yeux d'un bleu céruléen renversant, encadrés pas de longs cils.

Aucun autre garçon n'avait de cils comme les siens. Elle battit des paupières et acquiesça. « Len, » le salua-t-elle, se sentant timide malgré elle.

Il sourit, d'un sourire éblouissant qui la fit trembler. « Maintenant, tu sais que je n'essayais pas de manger Teto, pas vrai ? » la taquina-t-il.

Elle déglutit, ne sachant comment réagir. « J'-j'imagine que oui, » balbutia-t-elle, le cœur tambourinant dans sa poitrine. « Tu … l'embrassais, c'est ça ? »

Ses yeux s'adoucirent. « C'est ça, » admit-il avec désinvolture. « Mais ce n'est pas comme s'il y avait quoi que ce soit entre elle et moi. Elle le sait très bien. »

Il s'approcha d'elle et Miku recula instinctivement. Il eut un léger sourire rusé et la suivit jusqu'à ce qu'elle se retrouve dos au mur.

Plaçant ses bras de chaque côté de son visage, il se pencha vers elle, son souffle exhalant l'odeur de la cannelle. Elle inspira, enivrée par cette senteur épicée et les paupières de Len s'abaissèrent lascivement, à tel point que ses cils éffleurèrent ses joues. « Len, » murmura-t-elle. En signe de protestation ? Ou d'encouragement ?

Il plaqua ses lèvres sur les siennes et tous deux laissèrent échapper un gémissement. Len gémissait au contact de ses lèvres, dont la chaleur avait le goût du miel et du caramel, plus enivrant et plus délicieux qu'il n'en avait jamais connu auparavant.

D'abord doux et prudent, leur baiser devint de plus en plus insistant. Dur et avide. Il prenait tout ce qu'elle lui offrait, et pourtant il en voulait toujours plus, il n'aspirait plus qu'à ça, à obtenir davantage d'elle et de cette saveur si sucrée.

Miku détacha brusquement son visage du sien, haletante et il la dévisagea, au travers de ses yeux baissés. Avait-elle aimé ça autant que lui ?

« Est-ce que c'était … un baiser ? » demanda-t-elle d'un air innocent, ses prunelles d'un vert éclatant semblant rêveuses. Il glissa les doigts dans ses cheveux. Ils lui donnèrent l'impression d'être une cascade soyeuse.

« Oui, » il se lêcha les lèvres. « Tu as aimé ? »

« Je … ne devrais pas ? » demanda-t-elle, toujours essoufflée. Il eut un sourire narquois.

« Je serais extrêmement déçu si avais aimé ça, Miku. Lorsque je t'embrasse, tu es censée adorer ça, si ce n'est davantage. » Les yeux de la jeune fille s'agrandirent lorsqu'il promena sa langue sur ses lèvres, goûtant davantage à cette saveur caramélisée.

Miku le repoussa, le cœur battant à tout rompre. Len écarta ses mèches blondes de ses yeux bleus. Elle avait toujours transi par son regard – il lui semblait si triste. « Il-il faut que j'y aille, Len, » balbutia-t-elle, puis elle s'enfuit aussi vite que ses jambes tremblantes le lui permirent.

Alors Len l'avait simplement embrassée. Elle lui avait cédé son premier baiser. Avait-elle des regrets ? Non, absolument pas. Ç'avait été bon, elle avait pris du plaisir à faire ça et au fond d'elle-même, elle espérait bien qu'il l'embrasse à nouveau. Son baiser avait le même goût que son odeur, cette senteur enivrante de cannelle, semblable à nulle autre. Une saveur qui lui donnaît envie d'y goûter à nouveau.

Lentement, Miku porta la main à ses lèvres. Elle sourit. Ses lèvres semblaient encore marquées par le baiser de Len. Mais elle ne nourrissait aucun espoir d'en avoir un à nouveau – après tout, pourquoi un garçon aussi parfait que Len Kagamine s'intéresserait à une fille aussi naïve et innocente qu'elle ?

Len était resté debout, toujours hors de la bibliothèque, se demandant ce qu'il venait de se passer.

Aucune fille ne l'avait jamais repoussé. C'était lui qui, d'ordinaire, les quittaient et surtout pas l'inverse. Il se sentait étrangement insulté – n'était-t-il pas assez bien pour Miku ?

Non, c'est impossible. Il était parfait, et de toute façon, Miku n'avait personne d'autre avec qui comparer leur baiser.

Gakupo ne comptait pas. Elle n'avait encore jamais été embrassée.

L'innocence de Miku était … rafraîchissante. D'habitude, les filles qu'il embrassait ou avec qui il couchait avaient déjà de l'expérience dans ce domaine. Certaines d'entre elles, comme Meiko, en avait même davantage que lui et il n'avait pas honte de l'admettre.

Meiko était plus âgée que lui, après tout.

Mais Miku ne savait rien des rapports intimes. Il se demanda comment il était possible qu'elle ait pu rester ainsi pendant les dix-huit années de son existence.

Len voulait être celui qui lui ferait découvrir l'univers du désir et du sexe. Il ne doutait pas que ce serait amusant. De lui apprendre tout ça de cette façon.

Et l'embrasser était vraiment agréable. Le goût du miel et du caramel flottait encore dans sa bouche. De manière exclusive, il voulait garder tout ça pour lui seul. Ce n'était pas comme s'il l'aimait, pas de cette façon. C'était impossible – il aimait Rin.

Mais cette saveur était unique, à tel point qu'il n'en avait jamais connue de pareille jusqu'alors. Il voulait recommencer, pour voir si ce goût lui était propre ou si cette douce saveur caramélisée était dû à une friandise qu'elle aurait mangé avant qu'il ne l'embrasse.

Spontanément, un désir égoïste envahit son esprit – un désir qu'il n'avait pourtant pas le droit de ressentir.

Miku Hatsune est à moi.