Avant même qu'elle se réveille, Rose savait. Elle avait froid. Très froid. Elle se sentait perdue et désorientée. Mais elle savait. Une immense sensation de froid s'était totalement emparée d'elle. Elle était seule dans les draps. Tout à fait seule, alors qu'il a peine quelques heures, il était là, ses deux bras la serrant contre lui. La jeune femme n'avait pas besoin d'ouvrir les yeux, ni même de rechercher sa présence pour constater qu'il avait déserté ce lit. Cette présence si douce, si chaude, si rassurante... Elle ne reviendra pas. Rose ne la sentirait plus jamais.

Un tremblement incontrôlable s'empara de la jeune femme. Elle se recroquevilla sur elle-même. Elle voulait mourir. A quoi, cela servait de continuer de vivre lorsque son cœur venait de lui être arraché, pas par n'importe qui, par celui pour lequel il battait. Et cela faisait si mal...

Rose avait espérée que cela ne se termine pas de cette façon là. Elle avait crue à un moment que peut-être... Que les choses avaient évoluées. Qu'ils auraient pu commencer quelque chose. Elle avait eut le fol espoir que tout n'était pas perdu. Quand, il l'avait rattrapé dans le couloir... Sa réaction... Elle avait pensée que ce n'était pas une coïncidence, ni un accident.

Elle y avait mis tous ses sentiments dans cet acte. Son amour, sa tendresse, son admiration. Elle n'avait pas couchée avec lui, comme elle n'avait pas jouée avec lui. Elle lui avait fait l'amour. Ils avaient fait l'amour. C'était comme ça qu'elle voulait le voir et le ressentir. Et de le garder en elle. Pas autrement.

La jeune femme avait crue que leur relation venait d'évoluer. A tort. Car malgré elle, tout au fond de son âme, elle avait su -dés le début-, que cela ne se passerait pas autrement. La fin était inévitable. Cependant elle avait gardée l'espoir que cela se termine d'une autre manière. Elle croyait sincèrement en eux, en un « nous ». Cependant, elle prenait conscience qu'elle devait cesser de croire. Elle devait éteindre à tout jamais cette petite lueur qu'elle avait tout au fond de son cœur. Ne plus croire, ne plus espérer, c'est ce qu'il fallait faire. Elle savait que dorénavant, elle ne devait plus rien attendre. Ne rien attendre de plus de sa part. Et ce qu'ils venaient de vivre n'était que pour lui, une erreur. Un regrettable erreur...

Rose ouvrit les yeux péniblement. Elle aurait voulue repousser l'échéance de voir l'affreuse vérité. Elle pensai quelque part qu'en gardant les yeux fermés, ce cauchemar resterait qu'une impression, un pressentiment... Et ne deviendrait pas l'effroyable réalité... Cependant, la jeune femme savait qu'elle ne pourrait fuir cette réalité bien longtemps. Elle allait devoir lui faire face et la prendre brutalement en pleine figure.

Ses paupières papillonnèrent quelques secondes. Rose tourna la tête – bien malgré elle- vers l'immense place vide à ses côtés, ou il aurait dû s'y trouver. Elle se mordit les lèvres en sentant les larmes lui monter au yeux. Elle devait quitter cette pièce. Sa chambre. Elle ne voulait et ne devait pas rester ici plus longtemps. Chaque objet, chaque meuble, chaque chose la renvoyait à lui. Et ce lit... Ce maudit lit qu'il lui rappelait sans cesse ce qu'elle venait de vivre avec lui, ou à chaque inspiration c'était son parfum enivrant...

Rose se redressa lentement et douloureusement, puis enroula le drap sur elle. Ses jambes quittèrent le lit et ses pieds se posèrent sur le sol. Mais, elle fut incapable de se lever.

Un flot de sensation l'envahit. La fièvre, le désir, l'envie.

Ses lèvres sur son corps...

Sa peau contre la sienne...

Ses mains qui la caressent...

Son arôme se mêlant au sien...

Et un regard...

Son regard chocolat, chaud, tendre, ou elle avait pu y lire toute l'intensité de son désir et surtout de son amour...

Rose eut un haut le cœur. Pas par dégoût, mais trop secouée par tous ses flashs qui l'envahissaient. Cela avait été si merveilleux. Elle s'était sentie si vivante dans ses bras. Elle s'était sentie aimée comme elle ne l'avait jamais été avec les autres.

Elle replia ses bras sur son ventre, incapable de retenir plus longtemps ses larmes. Elle éclata en sanglots. Elle avait si mal. C'était si douloureux. Son cœur n'était plus qu'une plaie béante et vif...

Rose poussa un hurlement. Un mélange de rage et de désespoir. Une maigre tentative pour évacuer la colère qui grondait en elle.

La jeune femme lui en voulait. Elle le détestait. Elle le haïssait. C'était plus facile comme ça, de reporter toute la culpabilité de ce qui s'était passé sur lui. Pour, ainsi, éviter de voir sa propre erreur. D'affronter sa propre culpabilité. Car Rose en était partie responsable. Elle l'avait voulu. Elle n'avait pas pu se contenter de ce simple baiser. Elle avait savourée le goût de ce fruit défendu, et en avait voulu davantage.

Elle ne lui en voulait pas tant d'avoir cédé. C'était plutôt flatteur pour elle. En toute honnêté, si les rôles avaient été inversés, elle n'aurait pas été capable de résister elle-même. Elle en nourrissait l'envie depuis bien longtemps. Elle le voulait tellement. Malgré sa colère, sa haine qu'elle pouvait porter à son égard, elle savait que la faute venait d'elle. Il ne serait rien produit si elle n'était pas passée à l'offensive, si elle ne l'avait pas tentée. Si elle ne l'avait pas poussée, ils n'en seraient pas là.

Rose resserra les pans du drap sur sa poitrine, et tenta une nouvelle fois de se lever. Elle n'y arriva pas. Son corps ne cessait de trembler. Elle se sentait vidée, alors qu'en même temps son esprit était surchargé d'images, de sensations, de choses qui ne lui laissaient aucun répit. La mettant dans un état de confusion et de douleur insoutenable. Elle se sentait incapable de bouger. Ses membres engourdit par ce froid qui accentuait l'impression qu'elle sombrait dans un gouffre.

Seulement, elle ne pouvait pas rester dans cette chambre. Elle devait la fuir Un sentiment d'étouffement la prenait à la gorge. Le jeune femme ne voulait plus qu'une chose, courir s'enfermer dans sa chambre, afin de se glisser sous un jet brûlant. Là, elle pleurerait toutes les larmes de son corps. Elle déchargerait toute sa fureur, sa rage, sa haine mais également son immense tristesse. Ce n'est qu'après qu'elle pourra tenter d'avoir une pensée cohérente, réfléchir à ce qu'elle allait faire. Il valait peut-être qu'elle ait son cœur piétiné ou en miette, mais elle n'en était plus si sûre.

De plus, une douche lui permettrait de se nettoyer, d'effacer ses traces sur elle. Elle pensait que cela l'aiderait à oublie et à faire taire sa douleur. Elle voulait effacer cette impression persistante, qu'elle avait été à lui, qu'il avait été à elle. Qu'ils n'avaient fait plus qu'un. Alors qu'en même temps, elle aimerait garder ses gestes à lui, comme un beau souvenir. Une sorte de cadeau d'adieux.

C'était plus pour ses gestes, à elle. Parce que c'était à cause d'elle qu'ils en étaient là, A le vouloir pour elle, elle n'avait fait que détruire ce qu'ils avaient construit ensemble.

Goûter à ce fruit défendu avait des conséquences. Douloureuses et destructrices...