Chapitre 4

Samedi

Aujourd'hui était un jour de sortie à Pré-au-Lard et Harry n'était pas très emballé par la perspective d'une promenade dans le village. Tous ses amis, ou presque, iraient en couple et il ne voulait pas tenir la chandelle.

- Allez Harry, je resterai avec toi, insista Ron.

- Non Ron, de toute façon j'ai des encore des devoirs à faire.

- Laisse le, intervint Hermione.

- Mais il va être tout seul.

- Il en a peut-être besoin.

- Ouais, dit le rouquin pas très sûr.

- On se voit ce soir de toute manière, ajouta Harry pour finir de le convaincre.

Il n'attendit pas le départ du groupe et regagna la salle commune de Gryffondor. Il lui fallait ses parchemins et ses plumes pour pouvoir aller travailler à la bibliothèque.

Dans sa précipitation, il ne regarda pas où il allait et il percuta quelqu'un.

Pa reflexe, il se rattrapa à la personne qu'il venait de bousculer et l'entraîna malheureusement avec lui dans sa chute.

- Tu ne peux pas faire attention Potter, grogna la personne avachie sur lui.

- Je suis désolé Zabini, je ne regardais pas où j'allais.

- Et bien fait gaffe la prochaine fois, ok ?

- Oui, soupira-t-il.

Zabini se releva prestement et lui tendit la main pour l'aider à se redresser, main qu'Harry accepta bien volontiers.

- Pourquoi n'es-tu pas allé à Pré-au-Lard ? demanda le métis.

- Et toi ?

- Drago et Théo y vont avec leurs petites amies et je me sens de trop à chaque fois.

- Pareil pour moi, répondit Harry.

- Je n'en reviens pas que tu sois célibataire avec toutes les filles qui te tournent autour.

- Elles ne m'intéressent pas, soupira-t-il, mais toi non plus tu n'as pas de copine.

- Disons que je ne suis pas vraiment sensible au charme des demoiselles.

- Oh ! dit-il surpris.

- Désolé petit Griffon, rit Blaise, je ne veux pas t'effrayer.

- Tu ne me fais pas peur Zabini.

- Ah non ? Dit-il en se rapprochant, même pas un peu ?

- Non, le provoqua Harry.

- Même si je fais ça, ajouta-t-il en le plaquant contre le mur.

- Non, toujours pas.

- Hum, intéressant, chuchota-t-il en se pressant contre lui. Et si je fais ça ? dit-il en l'embrassant au coin des lèvres.

- Je dirais que c'est toi qui a peur de m'embrasser pour de vrai, se moqua Harry.

Comprenant le message, Blaise fondit sur sa bouche sans lui laisser le temps d'ajouter quoi que ce soit.

Peu habitué par ce genre de comportement, Harry le laissa mener la danse et ce, malgré la rudesse du mur qui lui malmenait le dos. Quand leurs langues se goutèrent enfin, Harry s'avoua qu'il n'aurait laissé sa place pour rien au monde.

- Eh bien ! fit Blaise en se détachant du Griffon, tu es plutôt doué. Dommage que tu ne sois pas un Serpentard Potter.

- Pourquoi ?

- On aurait pu envisager quelque chose à plus long terme, mais malheureusement je ne sors pas avec ceux d'autres maisons.

- Le choix doit être restreint, se moqua Harry.

- Nous les Serpentard sommes plutôt complaisants et assez ouverts d'esprits, enfin du moins concernant le sexe, ajouta-t-il en voyant Harry tiquer à sa remarque.

- Bien, s'écarta le petit brun, tu m'excuseras mais j'ai des devoirs à faire.

- Mais on peut quand même s'amuser un peu.

- Inutile, je te ferais perdre ton temps.

- Dommage petit Griffy, à un de ces jours peut-être.

- Je ne crois pas non.

Un peu déçu, Blaise s'éloigna à la recherche d'une éventuelle autre proie.

Harry quant à lui, n'eut à faire que quelques pas pour tomber sur un second Serpentard.

- Je vois que vous vous consolez rapidement Potter, dit Rogue.

- Mais non, protesta Harry, ce n'est pas ce que vous croyez.

- Mr Zabini tentait de vous réanimer en vous faisant du bouche à bouche ?

- Non, il essayait …

- Ne cherchez pas d'excuses Potter, je sais ce que j'ai vu.

- Ma parole, mais vous êtes jaloux.

- Cessez de prendre vos rêves pour la réalité.

- En tout cas cela y ressemble, rétorqua Harry.

- Je vous dis que non, s'énerva Rogue.

- Alors pourquoi vous mettez vous en colère ?

- Je ne suis pas en colère, cria-t-il.

- Ah non ! Ricana Harry.

- Votre comportement me dégoûte Potter. Vous vous laissez tripoter et embrasser par le premier venu, je suppose que votre lit doit être des plus accueillant.

Pétrifié, Harry fut incapable de rétorquer quoi que ce soit. Les larmes lui montèrent aux yeux et coulèrent sans qu'il ne puisse réussir à endiguer le flot.

- La vérité est trop dure à entendre ?

- Puisque je vous dégoute qu'est-ce que cela peut bien vous faire ? Je me fais baiser par qui je veux, où je le veux et quand je le veux. D'ailleurs c'est sûrement cela le problème, vous en crevez peut-être d'envie vous aussi.

- Taisez-vous Potter.

- C'est bien cela, ricana Harry, vous me voulez mais vous n'osez pas.

- Fermez là !

- Sinon quoi ? cria Harry, vous allez me punir ou me frapper ?

- Ne me poussez pas à bout Potter.

- Vous ne me ferez rien Professeur, cracha-t-il, vous êtes bien trop lâche pour cela.

La gifle partie toute seule, sans qu'il ne puisse contenir ou contrôler son geste.

Il regretta aussitôt, mais le mal était fait.

A genou par terre, à cause de la force de la frappe, Harry se tenait la joue gauche, qui au-delà de la douleur qu'il ressentait chauffait drôlement.

La claque était arrivée si vite qu'il n'avait pas eu le temps de l'esquiver. La douleur était vive, mais elle était plus supportable que celle qui malmenait son cœur.

Il l'avait cherché, même si ce n'était pas la réaction qu'il aurait voulu déclencher chez son professeur. A genoux sur le sol, hébété par le geste subit, il ne réagissait pas et gardait la main plaquée sur sa joue, espérant que le feu de celle-ci s'estompe rapidement.

- Harry, je suis désolé, s'excusa Rogue en se mettant à sa hauteur. Regarde-moi.

Hagard, Harry leva les yeux vers la voix qui l'appelait sans vraiment réagir.

- Je ne voulais pas, je me suis énervé, je n'aurais pas dû. Allez, viens.

Sans le brusquer, il plaça ses mains sous ses bras et l'aida à se relever. Sous le choc, Harry se laissa manipuler tel un pantin et suivit son professeur quand celui-ci le guida vers ses appartements.

Quand Harry sorti de son état d'hébétude, il eut du mal à se rappeler des derniers évènements et sursauta quand son professeur prit place près de lui dans le canapé.

- Tenez, buvez cela.

- C'est quoi ?

- C'est pour éviter l'apparition d'un éventuel hématome.

- J'ai mal à la tête, souffla-t-il.

- Buvez, insista-t-il, cela vous fera du bien.

- Merci.

- Je suis désolé, dit Rogue après quelques instants.

- Je l'ai mérité je crois.

- Non, aucunement. Je suis l'adulte et j'aurais dû savoir me contrôler.

- Je ne suis plus un enfant, répondit Harry.

- Non, en effet.

- Je vais vous laisser, dit Harry en reposant la fiole vide. Je ne vous ennuierai plus Professeur.

Un peu perdu, Severus ne savait pas comment réagir. Il hésitait entre le retenir sans avoir l'air désespéré et le laisser partir à jamais. Le dilemme lui semblait si cruel.

Voyant qu'Harry atteignait la porte et qu'il sortirait de sa vie pour peut-être s'en retourner auprès de Zabini, il fit ce qui lui sembla le plus censé sur le moment.

- Harry !

- Oui, fit le petit brun sans oser se retourner.

- Je rêve aussi de toi.

Il stoppa aussi net ses pas. Il n'était pas certain d'avoir bien compris ces mots. Allait-il encore une fois se réveiller de l'un de ses rêves et perdre encore espoir ?

- Vous êtes lâche, fut la seule réponse qui passa la barrière de ses lèvres.

- Je le sais, soupira le plus vieux. Préparer des potions, enseigner, espionner et même tuer cela je sais faire, je suis même plutôt doué dans ces domaines. Mais dès qu'il s'agit de sentiments je me sens si … perdu.

Je regrette chaque insulte que je t'ais dites, jamais je n'ai voulu te blesser et encore moins physiquement.

- Depuis quand dire à quelqu'un qu'il vous dégoûte est-il plus simple que de lui dire qu'on l'aime ?

- Depuis que je suis moi Harry.

- M'aimez-vous ?

- Je l'ignore mais tu m'attires beaucoup, énormément même.

- Pareil pour moi, murmura Harry en se retournant pour lui faire face. Qui est cet homme ?

- Qui donc ?

- Celui qui vous a tant fait mal au point que vous rejetiez ceux qui vous entourent.

- Il était mon premier amour, mais désormais il n'est qu'un moment douloureux de mon passé.

- Vous l'aimez encore ?

- Non.

- Vous m'avez dit qu'il vous avait abandonné.

- J'aimerais que vous reteniez vos cours de potion avec la même aisance, grommela-t-il.

- Alors, insista Harry.

- Nous nous sommes aimés pendant trois ans, puis j'ai quitté Poudlard un an avant lui. Nous avons gardé contact tant bien que mal, par courrier, puisque nous ne pouvions pas nous voir.

C'est à cette époque que j'ai rejoint le seigneur des ténèbres, il devait nous rejoindre à sa sortie mais il a changé.

- Il vous a quitté ?

- Oui, il m'a dit que c'était mieux ainsi et que je comprendrais un jour.

- Il ne vous a pas rejoint auprès de Voldemort ?

- Si, il a été marqué l'année de sa sortie de Poudlard, mais par la suite j'ai compris qu'il agissait ainsi vis-à-vis de sa famille et que lui pensait autrement.

- Pourquoi n'a t-il pas refusé ? s'emporta Harry, il aurait pu fuir.

- Il avait vécu la répudiation de son frère avant lui et il n'a pas voulu en arriver là.

- Qui ?

- Sirius Black.

- Oh ! vous sortiez avec Regulus Black. Mais il est mort très jeune.

- Oui, il avait 18 ans. Il n'a pas supporté les méthodes du seigneur des ténèbres et il s'est sacrifié en lui volant un horcruxe.

- Il ne voulait pas que sa mort soit inutile.

- Oui, du moins c'est ce qu'il m'a écrit dans sa lettre. C'est aussi pour cela qu'il m'a quitté, pour ne pas que Voldemort fasse le lien entre nous deux.

- Il vous aimait et il a voulu vous protéger.

- Je lui en ai voulu de m'avoir abandonné, il était tout pour moi.

- Sirius ne l'a jamais su ?
- Non, personne.

- Moi je ne vous abandonnerai pas.

- Tu n'en sais rien Harry.

- Si, je sais me battre pour ceux en qui je tiens.

- Parfois cela n'est pas suffisant.

- On s'aimera vous verrez, nous deviendrons inséparables et on aura une jolie maison, des enfants et même un chien, s'emporta Harry.

- Tout cela semble bien idyllique, sourit Severus. Pourtant je ne dérogerai pas à ma ligne de conduite Harry. Je suis ton professeur et …

- Plus pour longtemps, le coupa Harry, et je vous promets que le jour même des vacances je serai devant votre porte et j'attendrai devant celle-ci le temps qu'il faudra.

- Bien, je serai là et je t'attendrai, trois mois ce n'est pas si long.

- Bien, à très bientôt alors.

Et il sortit rapidement, tentant de calmer son cœur qui battait la chamade.

29 juin

Les examens passés depuis quelques jours, Harry attendait patiemment que la semaine se termine et surtout qu'arrive avec elle le début des vacances.

Ce soir avait lieu le bal de fin d'année et demain tous embarqueraient à bord du Poudlard Express en direction de Londres.

Enfin tous sauf lui, lui aurait bien mieux à faire.

Quand minuit sonna, indiquant la fin des festivités, tous les élèves furent invités à regagner leur dortoirs.

Les 7èmes années, voulant fêter leur toute dernière soirée à Poudlard, Ron et les autres Gryffondor, avaient prévu de poursuivre la petite fête dans leur chambre. Ron avait insisté pour qu'il reste mais il avait refusé et même s'il regrettait de ne pouvoir s'amuser avec ses amis, il savait qu'il y aurait d'autres occasions dans le futur et que pour le moment un autre avenir le préoccupait, son avenir amoureux.

C'est pourquoi il se dirigeait vers les cachots tenir une promesse. Car si les élèves étaient encore présents au sein de Poudlard, les vacances avaient, officiellement, commencé à minuit et il était en retard de 8 minutes.

Il s'attendait à faire le pied de grue devant la porte de son professeur et même que celle-ci ne s'ouvre jamais, faisant mourir le maigre espoir qu'il avait d'une possible histoire entre eux deux.

Mais il ne s'attendait sûrement pas à ce que la porte soit entre ouverte, comme s'il était attendu.

Avec hésitation il entra dans la pièce qui servait de salon. Il pensait voir Severus assis dans un de ses fauteuils, un verre de whisky à la main, attendant patiemment sa venue. Mais la salle était déserte. Il fit quelques pas, incertain d'être le bien venu en ces lieux quand la porte claqua derrière lui le faisant sursauter.

Il hésita à se retourner quand deux bras l'attirèrent contre un torse ferme et qu'une bouche vint frôler son oreille.

- Minerva avait besoin de moi pour quelques détails et comme j'étais certain que tu débarquerais le plus tôt possible, j'avais laissé la porte ouverte pour toi.

- Merci, répondit-il.

- J'attends ce moment depuis si longtemps, chuchota-t-il la bouche errant désormais dans son cou.

- Attendez, souffla Harry en se retournant.

- Tu ne veux plus ? s'inquiéta Severus.

- Si, s'empourpra Harry, mais je veux qu'on y aille doucement.

- Bien, où est passé mon fougueux Griffon ?

- J'ai réfléchi à mes sentiments et je suis sûr de vous aimer Severus et je ne veux pas être juste un coup en passant.

- Tu m'aimes alors.

- Oui, murmura-t-il.

- Tant mieux parce que c'est réciproque Harry et tu ne seras jamais un amusement pour moi, tu m'es trop précieux.

- Alors vous …tu m'aimes aussi ?

- Désespérément, précisa-t-il en l'embrassant tendrement. Passionnément.

- Si je n'avais pas insisté, demanda Harry, tu n'aurais rien tenté ?

- Non, quel espoir avais-je de ne t'intéresser ne serait-ce qu'un instant ?

- Pourquoi m'avoir repoussé alors ?

- Je ne souhaitais pas non plus être un amusement pour toi.

Harry se blottit contre lui et Severus l'enserra dans ses bras en déposant un baiser dans ses cheveux.

- Que fais-tu cet été ? demanda le plus jeune.

- Je voulais retaper le manoir de ma famille qui se trouve à Londres.

- Ah !

- Pour que l'on puisse y vivre ensemble, enfin si tu le veux.

- J'aimerais beaucoup, dit-il ému.

- Ce sera plus pratique pour tes études en septembre et je pourrai rentrer tous les soirs.

- Tu as pensé à tout, souris Harry.

- Je n'ai pensé qu'à toi et à la façon de te rendre heureux auprès de moi.

- Merci, je t'aime Severus, dit-il en se pelotonnant encore plus contre lui.

- Je t'aime aussi gamin.

- Tu vas voir si je suis un gamin, grommela Harry.

- Je n'attends que cela sale môme.

Harry se jeta au cou de son aîné pour le faire fléchir et happa ses lèvres tandis que ses mains cherchaient déjà le contact de sa peau.

Pas en reste, Severus l'attira plus à lui avant de le conduire vers sa chambre.

Il était grand temps que leurs rêves deviennent enfin réalité.

FIN