Chapitre 3

Avait-elle jamais vraiment ri ?

Que voulaient dire ses sourires ? N'était-elle que mensonge ?

Existait-elle réellement ou bien l'avait-il rêvé ?


Il ne dormait plus. Même en fermant les yeux, même en se laissant aller, les nuits filaient à petite allure sans qu'il ne s'endorme vraiment. Son corps ne réagissait pas, son esprit s'était évanoui. Il n'était plus qu'une ombre.

Ses parents s'inquiétaient, essayaient de comprendre… Mais il ne répondait à aucune question. Il ne voulait pas qu'on l'aide. Il aurait fallu fouiller sa tête et son âme pour trouver le problème.


Il était bouleversé par la mort. Comment quelqu'un pouvait disparaître comme ça, du jour au lendemain, et réapparaître carbonisée ? Que faisait-elle là-bas ? Qui voyait-elle ? Pourquoi était-elle partie ? Si elle avait des problèmes, elle aurait pu lui en parler. Il l'aurait écouté.

Mais le savait-elle ? Ils n'en avaient jamais discuté vraiment. En fait, ils ne conversaient pas. Elle se contentait de parler à tue-tête et lui d'écouter calmement. Il était rempli de ses monologues incessants, de ses anecdotes, de ses plaintes, de ses trouvailles aussi… Elle ne faisait que batifoler, que s'amuser, que se défouler.


Non, ce n'était pas tout à fait exact. Le dernier jour, elle avait semblé bizarre. Elle avait cherché à ce qu'il la gronde, par tous les moyens. Elle voulait qu'il s'énerve avant de disparaître, mais pourquoi ? Pour lui rendre sa disparition plus facile ? Ce serait idiot… Il lui avait pardonné dès qu'elle avait quitté les lieux.

Il fallait qu'il se rende à l'évidence, elle avait tout planifié. Une question trottait dans sa tête, glaciale, assassine, irréfutable. Puisqu'elle ne laissait rien au hasard, sa mort avait-elle été préméditée ? Désirait-elle disparaître au point de sombrer dans le néant le plus néfaste, d'où on ne peut plus sortir ?

En tout cas, elle n'avait pas voulu être sauvée. Elle ne leur en avait laissé aucun indice, aucune chance. Il ignorait tout de sa détresse, car enfin, il avait bien fallu qu'elle soit dépressive pour en arriver là.


Qu'est-ce qui pouvait pousser une adolescente de son âge à mettre fin à sa vie ?

Cette question le perturbait. Il voulait comprendre, connaître ce qu'il s'était contenté d'ignorer. La famille Tanaka, bien qu'il ne les aie vus seulement plongés dans la détresse, avaient l'air de gens biens. Ses amis étaient nombreux. À l'écoute des discours prononcés sur elle, à l'enterrement, elle était une élève studieuse. Ses professeurs la trouvaient juste un peu turbulente mais ses notes démontraient une application certaine dans ses études. Avait-elle eu des projets pour sa vie future ? Ou alors avait-elle toujours su qu'elle s'arrêterait un jour de grandir ?


Ken fut forcé de reprendre sa vie, d'arrêter de broyer du noir. Sa mère essaya tous les traitements, toutes sortes de thérapie. Mais il ne pleurait pas, il ne faisait pas son deuil. On disait qu'il lui fallait du temps, que, petit à petit, il se remettrait de la perte de son amie. Et Ken, en effet, commençait à réagir. On lui fit changer de chambre – l'ancienne étant trop chargée de souvenirs, et on lui donna le temps de se réadapter. Ses amis venaient tour à tour le voir, et, à force d'acharnement, il accepta de se laisser faire… On le traina sur un terrain de football et on le plaça à son poste.

Au début, il ne réagit pas. Il se contentait d'observer les autres jouer sans rien faire, pas même n'essayait-il d'arrêter les ballons qu'on lui lançait. Et puis, il y eut un déclic et il se mit à réagir. Il commença par réorganiser la défense – bon sang qu'ils étaient dispersés ! – et à stopper les tirs. Plus il jouait, plus il se sentait revivre, comme si, par le football, la vie continuait.


Si le football avait déjà une place prépondérante dans sa vie, depuis ce jour, il ne vécut que pour sa carrière.