Avertissements : G
Spoilers : Les quatre tomes parus en français.
Disclaimer : Eh oui, le revoilà, l'éternel disclaimer ! Donc comme vous le savez, Harry Potter et tout l'univers magique qui l'entoure (personnages compris) sont la propriété de JK Rowling.
Mais je dois ajouter également qu'Aidan Lynch, l'auteur de Unthinkable Thoughts, m'a très gentiment permise d'emprunter un de ses personnages : Emily de Souza. C'est un peu ma manière de rendre hommage à son très bon travail.
Avertissement : le résumé général que vous aviez l'habitude de lire (ou de survoler) n'a pas vraiment lieu d'être pour ce chapitre, mais ne vous inquiétez pas, il y a bien entendu une continuité.
Résumé du chapitre précédent : James fait sa rentrée à Poudlard. Il y retrouve tous ses amis, ses rivaux et ennemis. Mais également quelques nouveaux professeurs…
Rappel des personnages-originaux-évoqués-dans-ce-chapitre-qu'on-a-probablement-oubliés-depuis-la-dernière-fois :
- William Potter : cousin de James (15 ans)
Note : Le ton au début vous surprendra peut-être, étant donné qu'il est totalement différent de celui des trois chapitres précédents. Mais ensuite, les choses changent un peu… enfin vous verrez…
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Chapitre 4 – De l'autre côté de la porte
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Ce matin encore, il se lève avec un goût âpre dans la bouche et un mal de tête à hurler. Hurler à s'en casser la voix, à pleurer de douleur, à supplier que ça s'arrête. Mais maintenant, il a cessé de crier à s'en réveiller. Il s'est habitué. C'est étrange comme on peut s'habituer à tout, à la douleur, à l'horreur… On s'habitue à tout…
Dans la chambre commune, ses compagnons se tournent et se retournent dans leurs sommeils sans cauchemar. Ce qu'il les envie. Ce qu'il voudrait être eux. Ce qu'il donnerait pour ne plus être lui. Et dire qu'eux voudraient être lui ! Ce que la vie n'est parfois qu'une saleté d'ironie. Être lui… Quel bien peut-il y avoir à être lui ? Est-ce que l'un d'eux pourrait le lui dire, parce que lui, il ne voit pas. Il ne voit même pas du tout.
Un réveil sur une table de nuit sonne et aussitôt des grognements s'élèvent des quatre lits voisins. Une main attrape rageusement le bruyant objet et le lance férocement à travers la pièce. Le réveil protégé par un sort rebondit contre un mur, puis un autre et finit par s'écraser contre une des tentures des lits à baldaquin. Lentement, les unes après les autres, des têtes échevelées émergent des lits, les yeux encore plein de sommeil et les bouches sèches. Bâillements bruyants et étirements de contorsionnistes. Puis comme des automates, ils traversent la pièce, se préparent, s'habillent, se lavent et se coiffent. Et peu à peu, le sommeil les quitte totalement, ils redeviennent des adolescents de quinze ans pleins de vie, de désirs et de bruits. Et lui ne parvient pas à les rejoindre dans cette réalité tangible. Une réalité dont il lui semble qu'il est déconnecté, comme si on avait mal branché les câbles. Son et image lui paraissent distants, tellement et confortablement distants.
Il se force à se rappeler qu'il doit faire comme eux, qu'il doit s'habiller, qu'il doit se préparer et faire du bruit. Qu'il doit exister.
Il ne fait même plus attention aux regards et aux murmures qui l'accompagnent tout au long des couloirs de Poudlard. Parfois, il se demande même si ce n'est pas qu'il ne les entend plus, qu'il finit par devenir sourd à leurs chuchotements. Ou peut-être est-ce qu'il s'y est habitué, qu'il s'y est tellement habitué qu'il ne les remarque plus… On s'habitue à tout…
Ils le regardent avec espoir. Espoir… Doit-il encore y croire ? Mais il veut bien faire semblant que tout va bien, que tout ira bien. Ils ont besoin de le voir sourire pour pouvoir continuer à vivre tranquillement dans leur monde chimérique. Bien, si c'est tout ce qu'ils réclament de lui, il peut leur rendre ce service.
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Ils sont déjà tous assis, attablés devant des petits déjeuners gargantuesques et chahutent, se moquent et s'interrogent, se posent des questions sans importance mais qui pourtant pour eux sont tellement sérieuses. Tellement capitales et pourtant tellement insignifiantes.
Il prend place entre ses deux amis qui lui sourient amicalement. Ils lui passent les plats et lui se sert un peu de tout. Mais maintenant que son assiette est pleine, il la regarde sans appétit. De sa fourchette, il joue avec les œufs et le bacon. Il surprend les regards inquiets de ses amis et se décide alors à manger quelque chose. Il ne veut pas que l'on se fasse du souci pour lui et encore moins ses amis.
Et puis une voix traînante qu'il ne connaît que trop bien vient titiller ses tympans. « Alors, le fabuleux Potter est toujours de ce monde ? »
Il y a donc tout de même des choses qui ne changent pas. En quelque sorte, c'est rassurant.
« La ferme Malfoy ! » gronde la voix de son meilleur ami.
Il sourit. Ça non plus ça ne change pas. Les joutes verbales entre le blond et le roux appartiennent au familier. D'une certaine manière, ça lui a manqué. D'une certaine manière, il est heureux de réentendre cette voix traînante qui lui rappelle qu'il est toujours le même, qu'il n'y a pas de différences entre ce qu'il était l'année dernière et ce qu'il est maintenant.
Il ne fait pas attention aux insultes et aux remarques désobligeantes que le Serpentard profère à chaque fois qu'il ouvre la bouche. Il sait qu'à côté de lui, ses deux meilleurs amis et tous les Gryffondor se chargent de répondre à sa place. Jusqu'à ce que…
« Qu'est-ce qu'il a l'assassin ? Pas capable de défendre tout seul ? »
Jamais des mots n'ont percuté avec autant de forces son esprit. Jamais la table des Gryffondor n'a été aussi silencieuse. Lentement, il tourne son regard vers le blond qui sourit de plaisir, content de l'effet qu'il a produit. Les Gryffondor ont crispé les poings et serré les mâchoires.
« Dis donc ? On dirait que j'ai touché un point sensible ! Apparemment, vous avez du mal à vous faire à l'idée que votre héros est un meurtrier ? »
Il sait plus qu'il n'entend que tous ont répondu en hurlant à la provocation du Serpentard. Il sait plus qu'il ne voit que tous les regards de la Grande salle sont tournés vers lui. Il sent plus qu'il ne sait que son poing vient de s'écraser sur la joue du Serpentard. Que vient-il de faire ? Vient-il vraiment de donner un coup de poing ? A-t-il vraiment fait cela ? Pendant une interminable seconde ses yeux sondent les gris avec autant d'intensité que les gris sondent les siens. Il y lit une surprise inquantifiable.
Et puis soudainement, il y a un cri.
Un cri qui bouleverse tout. La surprise quitte les yeux gris, il n'y a plus que haine et colère. Il sent alors un poing frapper avec force sa mâchoire. Et puis tout n'est plus qu'un enchaînement de coups. Chacun cherche à faire plus mal que la fois d'avant, plus mal que l'autre, jusqu'à ce qu'il y en ait un qui tombe inanimé sur le sol, jusqu'à ce que…
« Mr Potter ! Mr Malfoy ! Voulez-vous arrêter tout de suite ! Cessez de vous battre ! Mais Hagrid, séparez les donc avant qu'il n'y ait un accident ! »
Il sent alors une main le soulever de terre et l'arracher des coups de son adversaire. Il en ressent une profonde colère, il veut continuer à se battre, il veut encore taper et faire mal.
La main le repose sur le sol, dans les bras des Gryffondor qui le maintiennent fermement, tandis que son adversaire est déposé au milieu des Serpentard.
« Qu'est-ce que c'est que cette conduite ? continue d'une voix perçante la directrice-adjointe.
– C'est de la faute de Malfoy ! C'est lui qui a tout provoqué…
– Taisez-vous, Weasley ! coupe McGonagall. La conduite de Mr Potter est inexcusable. Je suis très déçue par votre comportement, à tous deux. »
Pourtant, il sait bien qu'elle ne s'adresse qu'à lui. C'est sur lui seul que le regard accusateur de la directrice-adjointe est posé. Il sait qu'il devrait se sentir coupable et désolé, mais il n'y arrive pas. Il sait qu'il devrait affecter un air contrit et humble, mais il ne peut pas. Il sent son sang encore bouillant de rage dans ses veines et, pour la première fois depuis deux mois, c'est un peu de vie qu'il ressent.
« On ne se bat jamais seul, reprend McGonagall. C'est pour cette raison que je considère que vous êtes tous les deux responsables ! Vous serez donc pareillement punis. Je retire cinquante points à Gryffondor et à Serpentard et vous serez en retenue ce soir. Allez maintenant à l'infirmerie ! »
Alors qu'il quitte la Grande Salle, il entend les Gryffondor et les Serpentard qui protestent et qui se provoquent.
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Il parcourt les couloirs et traverse le parc, sans une fois porter son attention sur le Serpentard qui se tient douloureusement le bras.
Madame Pomfresh pousse un hurlement en les voyant tous deux entrer. Elle se dépêche de les sermonner avec sévérité, mais il ne l'écoute déjà plus.
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Quand il rejoint les autres dans la salle commune des Gryffondor, il n'a plus que quelques séquelles, à peine visibles, de sa bagarre. Ses camarades l'accueillent comme un héros ne lui tenant pas rigueur des cinquante points perdus.
« Qu'importe cinquante points ! C'est ce que perdent hebdomadairement les jumeaux ! s'exclame Lee Jordan.
– Nous nous permettons d'être aussi laxistes parce que nous savons que nous avons Hermione pour les rattraper ! réplique un des deux jumeaux, un peu vexé.
– Et puis ça valait le coup de perdre cinquante points ! Qu'est-ce que tu lui as mis à Malfoy ! » s'écrie avec enthousiasme Seamus Finnigan en lui tapant sur l'épaule, ce qui lui arrache une grimace de douleur.
Et pour le plus grand bonheur de tous les Gryffondor, Dean et Seamus miment la bagarre en exagérant beaucoup ses coups et en caricaturant énormément les réactions de Malfoy. Hormis Hermione qui s'obstine à garder un air sérieux, toute la salle commune rit aux éclats.
« Déride-toi ! bougonne Ron.
– Il n'y a pas de quoi être fier ! se décide-t-elle finalement à dire. Avec ce qui se passe en ce moment, il n'est pas bon d'accroître l'inimitié entre les Serpentard et les Gryffondor. »
Ron a beau soutenir qu'il est stupide de penser qu'il peut y avoir autre chose que de l'inimitié entre les Serpentard et les Gryffondor et à plus forte raison lorsqu'il s'agit d'un Malfoy, lui sait pourtant que Hermione a raison. Et pour la première fois, il se reproche sa conduite, il n'aurait pas dû céder à sa colère. Et il se sent même coupable d'en avoir tiré de la satisfaction. Il s'est comporté comme un crétin, comme un vulgaire… Serpentard. Cette idée le fait soudain trembler et, automatiquement, il se remémore les paroles du Choixpeau. Il a presque l'impression qu'elles le narguent dans son for intérieur.
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L'heure du déjeuner arrive avec tout ce qui l'accompagne. Hermione, absorbée dans sa lecture d'un manuel, mange distraitement son poulet froid. Ron, Dean et Seamus sont plongés dans une conversation passionnée sur le Quidditch, le football et le basket-ball. Et lui, il fait semblant d'être attentif à leurs arguments, hochant de temps en temps la tête. Et puis voilà que soudain, alors que Dean va pour contrecarrer une remarque de Ron, la petite cuiller menaçante à la main, dans un pop inattendu, se retrouve à sa place un jeune coq. Seamus et Ron rendus muets par l'étrangeté de la chose, restent pétrifiés alors que le phénomène s'étend rapidement à toute la salle. De partout, des coqs, des poules, des poulets apparaissent aussi vite que les élèves disparaissent, et cela jusqu'à la table des professeurs. Ceux qui ne sont pas pris de métamorphoses incontrôlées ne savent pas s'ils doivent en rire ou s'en effrayer. Mais lorsqu'un coq noir famélique se met à pousser des cris de fureur et briser tout ce qui trouve sur son chemin, les épargnés choisissent d'éclater de rire de voir leur professeur de Potions réduit à ce triste état. Et dans toute cette pagaille, les jumeaux Weasley dominent la situation en roi. Il comprend alors que les héritiers spirituels des Maraudeurs viennent de sévir.
Un des frères se penche vers lui. « Je suppose que tu n'as pas mangé de poulet, toi ?
– Dommage que les autres n'aient pas eu la même idée que toi ! » commente le second.
En effet, à la table des Gryffondor, il n'y a plus grand monde. Un jumeau évite de justesse un coup de bec vengeur d'un jeune coq à la tête rousse.
« J'ai l'impression que notre petit frère ne goûte pas trop à la plaisanterie. »
Et se réunissent très vite autour du Ron-coquelet d'autres volatiles-élèves qui assaillent de leurs cris perçants les oreilles des jumeaux.
« Au début, je voulais faire ça avec le poisson. Mais George m'a fait remarquer que nous risquions de tuer des élèves puisqu'ils se seraient retrouvés hors de l'eau. Mais au moins, nous n'aurions pas eu à subir ce concert assourdissant !
– L'effet n'est que de courte durée, ajoute George, puisque le précédent était Fred. Nous n'avons pas encore trouvé le moyen d'influer sur le temps de métamorphose. »
Et en effet, peu à peu, des 'pop' se font à nouveau entendre et le nombre de gallinacés diminue alors que celui d'humains revient doucement à la normale.
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Le plus savoureux dans cet événement, qui restera à n'en pas douter dans les annales de Poudlard, c'est que les jumeaux ne peuvent être punis. Bien entendu, tout le monde est absolument convaincu qu'ils sont les instigateurs de cette joyeuse pagaille, mais il n'y a aucune preuve pour les accuser, comme le fait très justement remarquer Dumbledore. Mais à l'air furieux de Rogue, il est évident que le professeur de potions trouvera un moyen de faire payer aux jumeaux Weasley l'humiliation qu'ils lui ont fait subir.
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Le déjeuner se termine et Ron continue de pester contre ses deux frères. Ginny a beau essayer de le convaincre que ce n'est pas si terrible, qu'elle aussi s'est retrouvée changée en poule et qu'elle n'en fait pas une maladie pour autant, Ron ne desserre pas les dents. Hermione pense que c'est du passé et qu'il ne faut pas rester bloquer sur un événement. Mais Ron jure bien de trouver un moyen de se venger. Fred et George le mettent au défi d'y parvenir, ce qui n'aide pas à calmer l'humeur de Ron. Coupant court à la conversation, Hermione annonce qu'elle doit aller faire des recherches à la bibliothèque.
Ron en oublie instantanément sa diatribe contre ses frères. « Hermione, tu ne peux pas aller à la bibliothèque !
– Et pourquoi ça ?
– Mais parce que. Parce qu'enfin, Hermione, les cours n'ont même pas encore commencé. Dis-le lui, toi, » ajoute-t-il en s'adressant avec espoir et impatience à lui.
Il sourit de la réaction de son ami et lui répond que lui aussi veut aller à la bibliothèque. Ron en oublie tout argument et le regarde avec incrédulité. S'il lui avait appris que Rogue, vêtu d'un tutu rose, distribue des bonbons à tous ceux qui lui exécutent un pas de danse, l'expression de Ron n'aurait probablement guère été différente. Hermione aussi le dévisage, mais dans son regard brille une lueur de triomphe comme si c'était une victoire personnelle de l'avoir changé en rat de bibliothèque.
« Tutututu…, » bafouille Ron. Hermione lui donne un coup sur la tête, comme pour le débloquer. « Tu veux aller où ? » termine Ron, sidéré.
Il ne veut pas étudier explique-t-il pour le rassurer (ce qui en contrepartie renfrogne Hermione). Il est juste curieux de connaître un peu mieux cette Eva Lupin, dont ils ont vu le nom en feuilletant le livre de Divination. Il connaît si peu de choses sur les Maraudeurs. Il n'a jamais eu l'occasion de poser la moindre question à Sirius et encore moins à leur ancien professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Ron retrouve alors le sourire, comme s'il était absolument certain maintenant que c'est bien son meilleur ami qu'il a devant lui et non un double masculin de Hermione. L'idée l'enchante et les voilà donc tous les trois partis vers la bibliothèque.
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Alors que Ron s'occupe de réserver une table dans un coin de la salle, que Hermione cherche de la documentation sur le sujet qui l'intéresse, lui parcourt du regard le rayon des ouvrages sur la Divination. Tel un crabe, il avance dans les rayonnages, les yeux fixés sur les tranches des livres et ne voit donc pas la jeune sorcière arriver dans l'autre sens. Ils se cognent brutalement l'un contre l'autre et en perdent l'équilibre. Ils murmurent quelques excuses en même temps sans se voir, les paupières encore closes par le choc. Mais il reconnaît la voix de l'autre et ouvre tout grands ses yeux pour s'assurer de ce qu'il sait déjà.
Cho Chang !
Il reste quelques secondes silencieux et immobile sous l'émotion. Elle l'observe avec ses yeux noirs qui semblent absolument indéchiffrables. Une ébauche de sourire apparaît sur ses lèvres, elle s'apprête à parler. Il ne lui laisse pas le temps de s'exprimer, il se lève et s'enfuit. Il ne peut pas soutenir son regard, il ne peut pas rester près d'elle, il ne veut pas entendre ses mots. Autrefois, il y avait tant de bonheur à la seule évocation de son prénom, autrefois il était tellement doux de la regarder sans qu'elle le sache, autrefois il était tellement réconfortant d'échanger quelques mots avec elle. Autrefois… Mais maintenant, comment pourrait-il ? Après ce qu'il a fait ? Après ce dont il est responsable ? L'étrange bien-être s'est remplacé en un profond malaise.
Il rejoint, haletant, ses deux amis qui le regardent avec incompréhension. Il s'assoit en silence et se prend la tête dans les mains. Il sent le regard de ses amis qui ne le quittent pas, mais aucun ne lui parle. Ils ne savent pas quoi dire ou peut-être savent-ils qu'il n'y a rien à dire.
« Mr Potter. »
Il relève la tête. Devant lui se tient dignement un fantôme qu'il n'a jamais vu.
« Le professeur McGonagall m'envoie vous chercher. Elle vous attend dans son bureau. Veuillez bien me suivre. »
Il acquiesce de la tête. Il se doute que c'est pour lui donner la punition promise ce matin. Il fait un signe de la main à ses amis et suit le fantôme.
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Quand il arrive devant le bureau du professeur de Métamorphoses, Malfoy y est déjà qui attend anxieusement. Mais dès que le Serpentard le voit arriver, il se redresse et affecte un air supérieur. A quoi cela peut-il bien servir, se demande-t-il, ils sont tous les deux dans le même bateau. Ce que Malfoy peut être ridicule parfois… Seulement parfois ?
Quand il arrive à la hauteur de Malfoy, McGonagall décroise ses mains et détaille avec attention chacun d'eux.
« Très bien messieurs. Il y a une pièce au cinquième étage, dans la tour ouest, qui a sérieusement besoin d'être nettoyée. Interdiction formelle d'utiliser la magie, seuls les ustensiles Moldus fournis vous seront nécessaires pour remédier à ce manquement.
– Quoi ? rugit Malfoy. Ceci est la tâche de moins que rien ! Il est hors de question que je m'abaisse…
– Silence ! coupe McGonagall. Vous n'avez pas la parole ! »
Malfoy se tait, il affiche un air soumis mais son regard est révolté et furieux.
« Vous viendrez prendre les ustensiles ce soir, après le dîner, dans la loge de Mr Rusard. Et vous vous occuperez de nettoyer cette salle et ne la quitterez que lorsqu'elle sera intégralement propre, ce qui inclut les tapis, les fenêtres, les statues et caetera… ! Est-ce bien entendu, messieurs ? »
Ils hochent la tête en silence. Le ton de McGonagall ne laisse place à aucune discussion.
« J'espère qu'ainsi vous y réfléchirez à deux fois avant de régler vos comptes avec les poings. Vous pouvez vous retirer.»
Et sans plus adresser le moindre signe d'attention à eux, elle se replonge dans ses grimoires poussiéreux. Vibrant de colère, claquant des talons, Malfoy traverse la salle. Avec violence, le Serpentard empoigne la porte et la referme de toutes ses forces derrière lui. Ses réflexes seuls lui permettent de prévenir le coup que la porte aurait dû lui assener. Malfoy n'a pas tenu compte qu'il le suivait. Ou bien peut-être l'a-t-il fait exprès. A l'air mauvais que lui lance le Serpentard, il est même évident que c'était intentionnel.
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Assis tranquillement dans la cuisine, il regarde sans dire un mot les Elfes de Maison s'agiter à l'approche de l'heure du dîner. Les petites créatures s'affairent et s'époumonent et pourtant, malgré tout le boucan, il trouve ici une forme de paix. Dans la chaleur des fourneaux et les odeurs de nourriture, il y a un arrière-goût de foyer.
« Est-ce que Harry Potter a faim ? demande Dobby en s'approchant de lui, chargé d'une assiette pleine de victuailles. Harry Potter préfère manger dans les cuisines avec les misérables créatures. Harry Potter est tellement bon. » Avec ses gros yeux jaunes, mouillés de larmes, Dobby le regarde manger avec adoration.
Ce soir, il ne veut pas dîner avec les autres. Ce soir, il ne se sent pas la capacité, pas l'envie de faire semblant. Il sait que ça ne peut pas continuer ainsi, qu'il ne doit pas se laisser aller à la morosité et il se promet d'y remédier… prochainement. Oui, mais ce soir, il veut encore pouvoir se laisser aller à la mélancolie.
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Dobby jacasse et il hoche de temps en temps la tête pour faire croire qu'il écoute, qu'il suit avec la plus grande attention les élucubrations de l'Elfe de Maison. Soudain, il voit l'heure sur la pendule accrochée au mur. Il est temps qu'il aille chercher le matériel et s'occupe de sa punition.
« Harry Potter va-t-il se coucher ? Harry Potter a l'air très fatigué. »
Il secoue la tête et explique à Dobby la situation. A l'évocation de la salle de la tour ouest au cinquième étage, l'Elfe de Maison ouvre les yeux à les en faire tomber de ses orbites.
« Harry Potter ne doit pas aller là bas ! Non, il ne doit pas, » s'affole alors l'elfe.
Il essaie de calmer la petite créature, mais ses cris hystériques ont attiré tous ses congénères. Et c'est bientôt une cacophonie de hurlements qui le supplient de ne pas aller là-bas, de rester ici. Il a beau leur expliquer qu'il n'a pas le choix, c'est peine perdue. Il est obligé de s'arracher de leurs petits bras malingres pour quitter les cuisines.
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Quelque peu ébranlé, plus qu'il ne veut le reconnaître, il se rend dans la loge de Rusard qui lui tend avec un sourire mauvais les ustensiles de ménage. Il les prend sans bruit, mais maudissant intérieurement Malfoy de ne pas être là. Chargé comme un baudet, la hanse du seau qui lui cisaille la main, il traverse les couloirs de Poudlard sous les regards goguenards des élèves. Quand il atteint ladite salle, il jette avec colère tout son chargement dans la direction de Malfoy qui le regarde avec amusement.
« Tu es encore en retard Potter. »
Il ne répond pas mais l'insulte autant qu'il le peut par le regard. Il sait qu'il doit se contrôler, que le Serpentard fera tout pour le mettre en colère et il se promet qu'il ne cèdera pas.
Malfoy ramasse un chiffon et un balai avec une grimace de dégoût. Lui, ne peut s'empêcher de sourire avec moquerie. Il est très détendant de voir l'embarras du petit prince des Serpentard qui se demande comment tout cela peut bien se combiner, comment sans magie tout cela va-t-il bien pouvoir nettoyer quelque chose.
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« Tout ça, c'est de ta faute, Potter ! » s'énerve Malfoy pour la vingt-septième fois de la soirée, alors qu'il regarde avec dégoût la tâche que l'eau sale vient de laisser sur ses vêtements. « Tout est de ta faute ! »
Cette phrase est la mise en mot de ce qu'il ressent depuis deux mois. Sa faute. Tout est de sa faute. Il secoue la tête, il ne doit pas divulguer à Malfoy, surtout pas à Malfoy, cette faiblesse. Le Serpentard exploiterait immédiatement la faille dans sa cuirasse. Alors pour ne rien laisser paraître, il continue de laver les vitres dans un silence entêtant.
« C'est un travail d'Elfes de Maison ! Quand mon père saura ça… »
Il tressaille à l'évocation de Lucius Malfoy. Comme dans un système d'automatismes, les images de cette affreuse nuit affluent dans sa mémoire. Il essaye de les chasser de son esprit, mais plus il lutte et plus elles s'imposent à lui. C'est à rendre fou, il semble ne pas pouvoir oublier. Les détails ne s'effacent pas, au contraire même, ils sont chaque fois un peu plus nets, un peu plus précis. S'il se laissait aller, il pourrait presque croire que la scène est en train de se renouveler, juste là et maintenant. C'est dans un effort de volonté qu'il ouvre les yeux et se force à se concentrer sur les carreaux. Il doit absolument focaliser son esprit sur quelque chose, ne pas se laisser l'opportunité de réfléchir, de se souvenir. Mais il ne parvient pas à diriger ses pensées, elles lui échappent.
Il respire profondément. Puisqu'il ne peut penser à autre chose, très bien ! mais dans ce cas, il va décider de quel moment il va se souvenir : les échos de ses parents. Aussitôt, il sent tout son corps se détendre. Puis de là, il essaye de les imaginer, il se les décrit et les met en situation. Il imagine son père qui s'envole pour la première fois et sa mère qui ouvre sa lettre sous les yeux ébahis de toute sa famille. Il devine leur première rencontre dans la boutique d'Ollivander sur le Chemin de Traverse. Il est certain que le vieux marchand a failli s'arracher les cheveux en tentant de trouver des baguettes qui conviendraient à ses deux clients. Il se dépeint l'air émerveillé de sa mère devant l'immense château. En souriant, il recrée les premières farces des Maraudeurs. Il se plaît à croire qu'au début ses parents ne se supportaient pas, que sa mère voyait James comme un vaurien qui gâche ses talents et dilapide les points de Gryffondor, tandis que son père trouvait que Lily était bien trop sérieuse pour être intéressante, bien trop tempérée pour être fascinante. Et un jour, ils ont eu son âge, ils ont eu quinze ans et peut-être pour la première fois, ils se sont vraiment regardés et…
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« Je suppose qu'il faut aussi nettoyer cette affreuse tapisserie. Le décorateur qui s'est occupé du château n'avait vraiment aucun talent ! Mais regardez-moi cette horreur ! » ronchonne Malfoy, alors qu'il tire sur la vieille tapisserie déchirée par endroit sans le moindre ménagement.
Redoutant un accident, il quitte les immenses vitres (et sa rêverie) et vient aider le Serpentard à décrocher ladite tapisserie. Lorsque la lourde tenture s'effondre sur le sol et que le mur nu apparaît sous leurs regards, la surprise les assaille.
« Qu'est-ce que c'est que ce truc ? » s'exclame Malfoy, probablement plus pour lui-même.
Mais de toute façon, il n'aurait rien eu à répondre car lui non plus n'en a pas la moindre idée.
Comme de minces veines d'or courant dans la pierre, des tracés brillants s'enchevêtrent et dessinent de manière évidente deux immenses portes. Au-dessus des deux arcs et entre les deux portes, des runes sont inscrites.
Ébahi par la beauté de ces deux majestueuses portes, il avance, il veut les admirer de plus près. Il remarque alors que ce qu'il avait pris pour de l'or n'en est pas. Il n'ose y toucher, mais on dirait une matière fluide qui ne cesse de circuler dans les rainures de la pierre. Il comprend que ce qu'il avait pris pour des jeux de lumière n'est rien d'autre que la lumière intrinsèque de ce flux doré. C'est enchanteur et pourtant terrifiant en même temps.
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Malfoy n'a pas bougé, il contemple la bouche ouverte le spectacle lumineux.
« Elles ne sont pas pareilles, » remarque-t-il.
En effet si elles sont toutes deux lumineusement dorées celle de gauche émet des rayonnements rouges tandis que celle de droite répand une lumière blanche.
Malfoy se décide enfin à faire quelques pas et le rejoint devant les deux portes. Le Serpentard concentre son attention sur les runes inscrites entre les deux portes.
« C'est la forme grammaticale de la mise en garde, dit-il enfin après quelques minutes de silence. Toi qui vois, passe. Toi qui entends, passe. Toi qui parles, reste. Dans la toile complexe des événements, seul le muet survit. Ou un truc dans ce genre. »
Il regarde les deux portes, des yeux suit les arcs et les pictogrammes. Il n'a jamais étudié les runes anciennes et, pour la première fois, le regrette. Toutefois, quelque chose le trouble. Lui qui n'a jamais su déchiffrer l'antique langage, sait singulièrement comment prononcer chacun des graphèmes. A voix haute, sans ânonner le moins du monde, il lit l'inscription au-dessus de la porte blanche. Il sent bien la main de Malfoy sur son bras qui le presse et il entend également sa voix qui lui hurle de se taire, mais il n'en tient pas compte. Et, lorsqu'il arrive à la fin de la phrase, la porte blanche qui diffusait jusque là une lumière douce, s'illumine intensément, l'obligeant à fermer les yeux.
« Qu'est-ce que tu as fait ? » crie Malfoy.
Il n'en a aucune idée, mais étrangement, il ne se sent pas le moins du monde inquiet. Tranquillement, il avance vers la porte, qui maintenant l'attire, mais Malfoy, agrippé à sa manche, le retient.
« Mais t'es fou ou quoi ? Tu ne vas pas… »
A n'en pas douter, Malfoy est terrifié. Qui ne le serait pas ? Mais alors pourquoi n'a-t-il pas peur ? Comment sait-il qu'il n'y a rien à craindre ? Pourquoi se sent-il tellement, irrémédiablement attiré par cette lumière blanche ? Est-il victime d'un enchantement ? Est-ce que cette lumière l'aurait envoûté ? Il sait qu'il doit se méfier. En un instant, l'image de la coupe de feu changée en portoloin lui revient fermement à l'esprit. Aussitôt il convoque le souvenir de ses parents pour lutter contre l'horreur. Ses parents viennent d'entrer en cinquième année, ils ont son âge, ils sont encore vivants et vont bientôt tomber amoureux…
« Recule Potter ! Tu es attiré par la porte, elle va t'avaler ! » hurle Malfoy.
En effet, la porte crache maintenant des langues de lumière qui s'enroulent autour de lui et lentement, mais inexorablement, l'attirent, le tirent même, vers le rectangle lumineux. Pourtant, il ne s'affole toujours pas, il ne ressent aucune agressivité. Il relève la tête vers Malfoy qui est soudain plus livide qu'un spectre. Subitement, la situation lui apparaît comme extrêmement comique.
« Ce n'est que de la lumière Malfoy ! Il n'y a vraiment pas de quoi se pisser dessus ! »
Malfoy sursaute à sa phrase et sur son visage passe différents sentiments contradictoires. Il ouvre la bouche pour répliquer, mais Harry ne le lui en laisse pas le temps : il traverse la porte de lumière.
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Harry avait voyagé de bien différentes manières depuis qu'il avait intégré le monde de la Magie. Le balai volant avec le vent qui vous lave le visage et les pensées. Le magicobus qui vous tombe dessus sans crier gare. La Poudre Cheminette qui vous secoue à vous en rendre malade. Le Portoloin qui vous harponne par le nombril et vous attire à une vitesse vertigineuse vers un point de chute incertain. Mais cela, cette porte de lumière, ça n'avait rien de comparable. Ou plutôt, c'était tout à la fois. Il y avait d'abord la lumière qui l'obligeait à fermer les yeux. Un bruit assourdissant qui ne provenait d'aucun endroit en particulier mais hurlait dans la tête. Il y avait un vent violent qui le ballottait, le poussait en avant, le soulevait presque de terre. Sauf qu'il n'y avait pas de terre, que tout était d'un blanc irisé, en haut, en bas, à gauche, à droite, devant et probablement derrière également. Le chemin serait probablement long et aucun moyen de faire marche arrière. Et pourtant, cela ne dura que le temps d'un pas. Et une fois la distance immensément courte franchie, tout redevint calme et sombre.
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Harry ne bougeait pas. Il sentait quelque chose de solide contre lui. Ca sentait le moisi et la poussière et ça lui grattait la peau du visage et des mains. Il respira profondément pour tenter de calmer son cœur qui battait sourdement dans sa poitrine. Il leva lentement les mains, il essayait d'effleurer le moins possible cette chose qui était contre lui. Comme il ignorait où il avait atterri et surtout contre quoi, il voulait prudemment faire le moins de mouvements possibles pour éviter d'attirer l'attention. Mais quelque chose surgit derrière son dos et le poussa violemment en avant. Harry, qui n'avait rien à quoi se retenir, perdit l'équilibre et entraîna dans sa chute la chose devant lui. Dans un terrible bruit de déchirure, il heurta durement le sol et, presque immédiatement, fut alourdi de ce qui avait jailli de derrière lui.
« Potter ? C'est toi ? » chuchota en tremblant une voix, après quelques secondes de parfaite et inconfortable immobilité.
Harry poussa un soupir de soulagement, ce n'était que Malfoy !
« Oui ! » grogna-t-il en réponse. Il se redressa prestement et rompit tout contact physique avec le Serpentard.
« Lumos ! » fit Malfoy. Une lumière diffuse se répandit.
Ils étaient dans une immense salle, au plafond très haut. La baguette de Malfoy ne parvenait à éclairer qu'un bien petit périmètre, insuffisant pour les renseigner sur l'endroit où ils se trouvaient. Harry tira donc sa baguette de sa poche et se félicita intérieurement d'avoir eu l'idée de s'en munir. Il avait craint un mauvais tour du Serpentard. Apparemment, Malfoy avait eu la même pensée.
« Merlin soit loué ! Nous sommes toujours à Poudlard ! » s'exclama Malfoy en se relevant.
Et en effet, Harry constata qu'ils étaient toujours dans la grande salle au cinquième étage de la tour ouest. Il baissa les yeux et vit l'immense tapisserie rouge qui lui avait chatouillé le visage, il y a quelques instants encore. Harry ne put s'empêcher de se sentir déçu. Il avait espéré que les magnifiques portes lumineuses recelaient quelques secrets. Mais il n'en était rien. Il se leva et épousseta la poussière qui était sur ses vêtements. Pourtant, quelque chose frappa son esprit.
« Malfoy ?
– Quoi ? grogna le Serpentard.
– Où sont les seaux et les balais ?
– Si tu crois que je m'intéresse à ce genre de détails ! » répondit avec mauvaise humeur le garçon qui, affairé devant le miroir, tentait de remettre en ordre ses cheveux.
Harry parcourait des yeux la sombre pièce et l'inquiétude commençait à le gagner.
« Malfoy ?
– Quoi encore ? s'énerva le garçon.
– Les portes ne sont plus là ?
– Elles ne vont pas me manquer.
– Pourquoi est-ce que la tapisserie était suspendue alors que nous l'avions décrochée ?
– Des Elfes de Maison l'auront remise, répondit avec impatience Malfoy. Ils ont même terminé le ménage, remarqua-t-il après un rapide coup d'œil.
– Ce n'est pas normal !
– Tu cherches la petite bête, Potter. » Et Malfoy, sans ajouter un autre mot, se dirigea vers la sortie. Harry lui emboîta le pas, mais il n'était pas convaincu par l'explication de Malfoy. Il se souvenait de l'air apeuré des Elfes quand il leur avait dit dans quelle pièce il devait faire sa punition. Ils étaient trop effrayés pour accepter d'y mettre un pied.
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Pendant quelques couloirs, Malfoy et Harry devaient emprunter le même itinéraire pour regagner leurs quartiers respectifs. Ils firent le chemin dans le plus profond silence. Au détour d'un corridor, ils tombèrent nez à nez avec une grande fille brune très maigre et à l'air hautain.
« Qu'est-ce que vous faites là tous les deux ? s'exclama-t-elle d'une voix pointue. Vous n'avez rien à faire ici !
– Nous revenons d'une punition, » expliqua Harry.
La fille les observa avec mépris. « Très bien ! finit-elle par lâcher avec arrogance. Ne traînez pas ! Demain, il y a cours. » Et elle reprit sa marche sans leur adresser un regard. Harry allait lui dire que demain c'était dimanche et donc qu'ils n'avaient pas cours, mais elle avait été trop désagréable. Tant pis pour elle si demain, elle se levait trop tôt. Harry s'apprêtait alors à continuer son chemin, lorsqu'il sentit Malfoy agripper sa manche pour la deuxième fois de la soirée.
« C'était une Gryffondor ! s'exclama-t-il avec horreur.
– Et alors ? grogna Harry qui commençait sérieusement à ne plus supporter l'attitude méprisante du Serpentard envers tout élève n'appartenant pas à sa Maison.
– Mais tu n'as pas vu sur sa poitrine ? » s'exclama Malfoy avec une mauvaise humeur excessive.
Harry haussa un sourcil et dévisagea le Serpentard.
« Son badge ! s'impatienta Malfoy. Elle avait un badge de Préfète-en-Chef ! » articula-t-il exagérément comme s'il s'adressait à un enfant de trois ans. L'expression de Harry changea du tout au tout : cette année la Préfète-en-Chef était la ravissante Emily de Souza, la fierté de Poufsouffle.
Les deux garçons échangèrent un regard.
« Il y a forcément une explication logique ! déclara confiant Malfoy.
– C'est la logique de cette explication qui m'inquiète, » répliqua Harry.
Et Malfoy, pour la première fois de sa vie, hocha la tête en signe d'acquiescement à ce que lui disait Harry.
« Tu crois que la porte aurait finalement fonctionné et nous aurait envoyés…, commença Malfoy avec une once d'anxiété dans la voix.
– … Dans une sorte de réalité parallèle ? » acheva Harry.
Malfoy hocha la tête.
« Nous allons vérifier ça tout de suite ! Suis-moi ! » Et sans ajouter un mot, Harry allongea le pas. Malfoy dut presser l'allure pour ne pas se laisser distancer. Ils s'arrêtèrent devant le portrait de la Grosse Dame en rose qui était en grande discussion avec une dame vêtue de violet.
« Excusez-moi, nous voudrions entrer ! » fit Harry.
La Grosse Dame se tourna vers lui et détailla avec étonnement Malfoy et son écusson vert. « Mot de passe ?, » demanda-t-elle, suspicieuse.
« Il était une fois, » répondit Harry le cœur battant. C'était le moment de vérité. Il savait avec certitude que c'était le bon mot de passe. Si jamais ça ne marchait pas, alors il serait temps de se reposer la question des réalités parallèles.
« Désolée, mais ce n'est pas le mot de passe en vigueur. » Et la grosse dame se replongea dans sa conversation avec son amie. Harry ne tenta pas d'attirer à nouveau l'attention du portrait, ça ne servait à rien. Il savait maintenant qu'ils n'étaient pas dans le Poudlard qu'ils connaissaient.
« Faut aller voir Dumbledore ! » décida alors Harry. Il n'y avait pour lui aucune autre solution. Jusqu'à présent, le directeur de Poudlard avait toujours eu réponse à tout et savait, dans n'importe quel cas, quoi faire. A supposer, bien sûr, que dans cette réalité, Dumbledore était également le directeur de Poudlard. Mais Malfoy était loin de partager l'avis de Harry. « Tu as peut-être une meilleure idée ? » répliqua Harry. Mais comme Malfoy n'en avait pas, ils se dirigèrent en courant vers le bureau du directeur.
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« Zut ! J'avais oublié cette fichue gargouille ! » s'exclama Harry en s'arrêtant devant la statue qui masquait l'entrée du bureau du directeur.
Et sous le regard abasourdi de Malfoy, Harry commença à énumérer le nom de toutes les confiseries qui pouvaient bien lui passer par la tête. Quand il vint à bout des sucreries magiques, il se rabattit sur les Moldues.
« Mais qu'est-ce que tu fais ? intervint finalement Malfoy.
– Je danse la polka ! répliqua avec agacement Harry. Je cherche le mot de passe, bien évidemment ! »
Harry expliqua alors que Dumbledore avait l'habitude de donner comme mot de passe des noms de produits sucrés qu'il aimait.
« Complètement fou ! commenta Malfoy.
– Ce n'est pas le moment, Malfoy ! Aide-moi plutôt à trouver le mot de passe, gronda Harry.
– Si tu crois que je vais m'abaisser à déclamer des noms de bonbons devant une horrible gargouille de pierre dans les couloirs d'un Poudlard où tout va encore plus de travers que d'habitude, c'est que tu ne sais vraiment pas à qui tu t'adresses. »
Harry fronça les sourcils et croisa les bras.
« T'as fini ton cinéma ? Très bien ! Maintenant rassemble tes souvenirs et donne tous les noms de bonbons dont tu te souviens. » Et sans attendre la réponse de Malfoy, Harry se tourna à nouveau vers la gargouille. « Milkyway ! Mars ! Carambar ! Eclair au chocolat… au café… au citron… Saleté de gargouille ! Il faut toujours qu'elle me fasse le même coup ! s'énerva Harry qui se retint à la dernière seconde de donner un coup de pied à la gargouille de pierre.
– Il ne t'est pas venu à l'esprit que le Dumbledore de cette réalité ne fonctionnait pas de la même manière ? Si ça se trouve, il choisit ses mots de passe en fonction de ses héros préférés. » Harry lui répondit par un regard noir. Malfoy poussa un soupir et se tourna vers la gargouille. « Langue de chat ! » dit-il sans conviction et comme il fallait s'y attendre la gargouille resta immobile. Malfoy se tourna vers Harry de manière à lui signifier que c'était peine perdue mais d'un mouvement de tête, Harry lui enjoignit à poursuivre. « Ailes de Chauve Souris… Ailes de Colombe., continua Malfoy d'une voix nonchalante. Très bien ! Et Dents de Vampire ?… Queue du Diable ?… »
Harry avait du mal à imaginer de quel genre de confiserie il pouvait bien s'agir. Il se doutait que ce n'était pas réellement ce que les noms annonçaient, du moins il l'espérait. Malfoy restait très calme tandis qu'il énonçait toute une kyrielle de noms.
« Peut-être de plus vieux produits encore… » Et Malfoy, le menton dans la main, commença à tourner en rond, les sourcils froncés par la concentration.
« Qu'est-ce que tu fais ?
– J'essaie de me souvenir de vieilles sucreries qu'il pouvait bien manger quand il était enfant, » expliqua Malfoy. Puis avec un air méprisant, il ajouta : « Puisque tu ne m'es d'aucun secours, fais le guet ! »
Harry se tut. Il était furieux d'être ainsi traité par Malfoy, mais il était bien obligé de reconnaître qu'il ne pouvait être d'aucune aide : il ne connaissait rien du passé du monde magique et encore moins ce qui concernait un sujet aussi dérisoire que la confiserie magique. Il laissa donc Malfoy face à la gargouille et s'éloigna de quelques pas pour avoir un meilleur aperçu sur les couloirs. De loin, il entendait Malfoy qui, avec le même calme olympien, énonçait, aussi méthodiquement qu'une poésie, des noms de bonbons.
« … Amande Sauteuse… Queudver… »
A ce nom Harry sursauta. Son horreur se mua en étonnement lorsqu'il vit la gargouille pivoter.
« Queudver ? » Malfoy grimaça de dégoût. « C'était immangeable ce truc ! Trop collant ! Ils ont eu raison d'en arrêter la production. »
Harry revint vers Malfoy, la surprise encore inscrite sur son visage. Mais il lui vint soudain à l'esprit que si Queudver était le nom d'une sucrerie peut-être que…
« Est-ce que… » hésita Harry. Malfoy le dévisagea avec hauteur. Harry ravala sa fierté et reprit : « Est-ce que Patmol, Lunard, ou… Cornedrue sont aussi des bonbons ? »
Malfoy jeta d'abord un regard étonné sur Harry, puis reprit un air moqueur.
« Le Patmol est un gâteau à base de chocolat et d'amande. Les Lunards sont de touts petits bonbons en sucre très durs qui fondent très lentement. Et la Cornedrue est une pâtisserie originaire d'Afrique. Ils avaient quelques petits effets magiques amusants. » Pendant quelques secondes, Malfoy s'amusa de l'avantage qu'il avait sur Harry et reprit la leçon. « Mais ce sont de vieux produits, on n'en trouve plus sur le marché maintenant. C'est bien dommage d'ailleurs, parce que le Patmol, c'était plutôt bon. Le sorcier-pâtissier qui les préparait est mort et n'a pas transmis la recette. » Et sans transition, Malfoy tourna les talons et entra dans le passage qu'il venait d'ouvrir.
Harry était tellement surpris qu'il en oublia de le suivre. Mais il se reprit vite et se dépêcha de le rattraper. Ils entrèrent en même temps dans le bureau, après avoir frappé et entendu la réponse.
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La pièce était exactement la même que celle que Harry connaissait et il s'en sentit soulagé. Au moins, tout n'était pas complètement chamboulé. Dumbledore était assis à son bureau et, apparemment, ils le dérangeaient pendant la lecture d'un énorme livre. Le directeur regarda avec un air intrigué les deux garçons venir à lui et quand ils s'arrêtèrent devant son bureau, il les regarda attentivement. « Mr Potter ? Mr Malfoy ? » demanda-t-il et l'étonnement qui se trouvait derrière la question n'était que trop visible. Harry poussa un soupir de soulagement. Il les reconnaissait ! Ils n'avaient donc pas atterri dans quelque monde parallèle.
« Pourrais-je savoir la raison de votre présence simultanée à cette heure si tardive ? » C'est certain qu'il n'était pas très habituel de voir Harry Potter et Draco Malfoy ensemble.
Harry prit alors la suite des événements en main et raconta avec détails leur histoire à partir du moment où ils avaient découvert les portes lumineuses. Malfoy émettait, de temps en temps, quelques commentaires mais qu'il semblait plus adresser à lui-même qu'au directeur. Quand, enfin, Harry arriva au moment où ils avaient réussi à ouvrir la porte du passage gardé par la gargouille, Dumbledore émit un petit sifflement d'admiration, puis joignit ses mains et sembla réfléchir.
« Deux portes me dites-vous ? Pouvez-vous me les décrire avec un peu plus de précisions, s'il vous plaît ? »
Et alors que Harry s'astreignait à dépeindre avec plus de détails les deux portes, Dumbledore avait saisi sa baguette et fait quelques moulinets avec sa main. A l'autre bout de la pièce, un livre tressaillit dans la bibliothèque, puis quitta l'étagère et traversa toute la salle pour venir atterrir sur le bureau du directeur. Dumbledore en tourna silencieusement les pages. Un peu mal à l'aise, Harry se tut.
« Je vous écoute, Mr Potter. Poursuivez, je vous prie. »
Harry allait s'exécuter mais Malfoy le coupa : « Vous semblez différent. »
Dumbledore releva la tête et regarda avec amusement le Serpentard. « Vous trouvez ? » demanda-t-il avec un petit sourire en coin.
Harry qui observait maintenant avec attention le professeur Dumbledore, hocha la tête. Il y avait en effet quelque chose qui lui paraissait étrange chez le vieux directeur, mais il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Il observa avec attention son aîné lorsque ça s'imposa à son esprit de manière évidente.
« Vous avez l'air plus jeune ! » s'exclama-t-il.
Malfoy sursauta et regarda avec plus d'attention encore et hocha la tête pour signifier qu'il était d'accord.
« Vraiment ? Pourtant, je vous assure que je fais mon âge, répondit avec amusement Dumbledore. Mais il est vrai qu'on me donne souvent quelques années de moins. » Le sourire du directeur disparut. Sans un mot, il tourna vers Harry et Malfoy le livre qu'il avait ouvert à une page et désigna une illustration qui occupait toute une page. « Est-ce que, par hasard, ces portes ne ressembleraient pas à ça ? » Ils se penchèrent tous deux au-dessus du livre où, quelque peu approximativement, les deux portes étaient représentées. Harry se redressa et hocha la tête en signe d'acquiescement. « C'est bien ce que je pensais. »
Harry commençait à s'inquiéter de voir le directeur si grave, lorsque son attention fut détournée par le cri que poussa Malfoy. « Ce n'est pas vrai ! » Le Serpentard planta ses yeux dans le regard du directeur. « De combien ? demanda-t-il énigmatiquement.
– Approximativement, je dirais une vingtaine d'années. »
Harry regardait alternativement le jeune et le vieux sorcier.
« Mais de quoi vous parlez ? »
Avec impatience, Malfoy pointa du doigt la légende inscrite sous l'illustration qu'Harry n'avait pas pris la peine de lire. Les Portes Jumelles ou portail temporel. Portail temporel ? Ils auraient voyagé dans le temps ? Était-ce possible ? Était-ce ça l'explication à toutes ces petites différences ? Harry releva un visage décomposé.
« Tout ça c'est de ta faute ! s'écria avec rage Malfoy, un doigt accusateur pointé sur Harry.
– Ne dis pas de bêtise ! Je ne t'ai jamais forcé à passer la porte ! Tu l'as fait tout seul ! »
Il y eut un instant de silence tendu dans la pièce pendant lequel Harry reconnut le livre comme L'Histoire de Poudlard. Harry se donna mentalement un coup de pied pour n'avoir jamais pris la peine de lire ce fichu bouquin et se promit de s'excuser platement auprès de Hermione, dès qu'il retournerait à son époque … S'il parvenait à retourner dans son temps…
« On est…, commença-t-il sans oser achever sa phrase.
– Dans le passé, répondit gentiment Dumbledore. Quoique pour moi, nous soyons dans le présent et que vous veniez du futur.
– Et, bien sûr, il y a un moyen pour nous ramener dans 'notre' présent ! affirma sèchement Malfoy. Harry se doutait que cette rudesse n'était qu'une façade pour cacher sa panique.
– Bien entendu ! »
Les deux garçons poussèrent un profond soupir de soulagement.
« Mais ça risque de ne pas être aussi simple, acheva Dumbledore. Dans tout voyage temporel, il y a une règle très simple à respecter et qui risque, dans votre cas, de compliquer bien les choses.
– Quelle est cette règle ? s'enquit précipitamment Malfoy.
– Vous devez réemprunter la voie par laquelle vous êtes arrivés.
– Je ne vois pas ce qu'il y a de compliqué ! Il suffit de retrouver les deux portes et l'affaire est faite.
– C'est justement là que les choses se compliquent, Mr Malfoy. Comme l'a dit Mr Potter, à votre arrivée, les portes avaient disparu. Ce sont des portes mobiles. Une fois utilisées, elles disparaissent pour réapparaître à un autre endroit du château. Et je ne sais pas si vous avez déjà visité d'une manière approfondie le château, mais je peux vous assurer qu'il est immense et recèle bien des secrets – dont les portes font justement partie –. Chacun des fondateurs s'est amusé à dissimuler ici et là des petits secrets de ce genre. Celui-ci est de Rowena Serdaigle. »
Harry repensa soudainement à la Chambre des Secrets dissimulée par Salazar Serpentard.
« J'ai vu, reprit Dumbledore, un sorcier les chercher pendant près de sept ans. Finalement lassé, il a abandonné et a cherché un autre moyen de remonter le temps. C'était l'inventeur des Retourneurs.
– Sept ans ? s'écria avec horreur Harry.
– Et il ne les a jamais trouvées ? acheva Malfoy sur le même ton.
– Mais qu'est-ce que nous allons faire, alors ? » se lamenta Harry. Tout n'était peut être pas pour le mieux possible dans son temps, mais, au moins, c'était le sien.
« C'est assez évident ! répondit Dumbledore avec confiance. Vous allez rester là et chercher les Portes. On vous fera passer pour deux nouveaux élèves. Je m'occupe dès ce soir de régulariser votre situation. Je me débrouillerai pour inventer une histoire plausible. »
Harry se laissa tomber dans un des fauteuils qui faisaient face au bureau de Dumbledore. Il avait soudainement la tête totalement vide et ne pensait plus à rien. C'était étrange de ne plus rien avoir de présent à l'esprit. Il sursauta quand il entendit Malfoy frapper du poing le bureau du directeur.
« Quand je pense que vous ne nous avez rien dit ! » s'exclama rageusement Malfoy. Il faisait face au directeur, tremblant de colère, le regard accusateur et furieux.
« Qu'est-ce que tu racontes ? demanda Harry incrédule.
– Tu ne réfléchis donc jamais ? tonna Malfoy. Il était obligatoirement au courant ! »
Il fallut quelques secondes à Harry pour comprendre la logique de cette phrase.
« En effet, Mr Malfoy, il est probable que je savais que vous emprunteriez les Portes. Dans votre présent, je dois sûrement être en train de penser à vous qui vivez cette aventure et à moi qui vous tient ce discours actuellement. »
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Face au calendrier punaisé dans le mur au-dessus de son fauteuil, Dumbledore, pensivement, lisse sa barbe.
« Qu'est-ce qui vous arrive, Albus ? » demande alors poliment le professeur McGonagall, intriguée par l'attitude du vieux sorcier.
Après quelques secondes de silence, le directeur se tourne vers la sorcière en se grattant la tête.
« Je n'arrive pas à me souvenir pourquoi j'ai mis cette croix rouge dans la case d'aujourd'hui !
– Vous vouliez probablement vous souvenir de quelque chose.
– Probablement, mais l'ennui, c'est que j'ai oublié.
– Ca vous reviendra.
– Peut-être… »
Et le voilà qui retourne dans la contemplation silencieuse de cette vieille croix qu'il traça, il y a fort longtemps, mais dont il n'arrive plus à se souvenir la raison. Quelque chose doit – ou devait – se passer aujourd'hui, mais il ne sait ce que c'est. Il se promet qu'à l'avenir, il laissera des pense-bêtes quelque peu plus explicites.
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« Mais il était évident que je ne vous dirais rien puisque c'était arrivé. D'autant plus que vous m'aviez reproché de ne pas vous avoir prévenus. Si je l'avais fait, vous n'auriez jamais remonté le temps, n'est-ce pas ? » Harry et Malfoy acquiescèrent en même temps de la tête. « Je ne vous aurais alors pas rencontré et donc n'aurais pas pu et eu à vous prévenir de quoi que ce soit. Pourtant, paradoxalement, il y a bien eu un avertissement de lancé. Donc, je ne pouvais avoir qu'une seule ligne de conduite : le silence !
– Ohlala ! fut tout ce qu'arriva à répondre Harry. C'est trop compliqué. Rappelez-moi lors d'un prochain voyage dans le temps d'emmener avec moi quelqu'un qui y comprend quelque chose, railla Harry. J'aurai peur de ne pas savoir me décider entre parler ou me taire. »
Dumbledore sourit à la remarque de Harry. « C'est enfin de compte assez simple ! La règle d'or de tout voyage temporel est le silence et agir selon son instinct et non en fonction de ce que l'on sait.
– Vous trouvez ça simple ? ironisa Malfoy. Il y a moult choses que j'aimerais changer et qui faciliteraient bien ma vie. »
Dumbledore prit un air grave. « C'est un sujet sérieux sur lequel on ne peut pas plaisanter !
– Je ne plaisante pas du tout ! Demandez à Potter s'il n'y a pas quelques petites choses qu'il n'aimerait pas également changer. Si les voyages dans le temps ne servent pas à modifier les erreurs, je ne vois pas quelle est leur utilité, » grondait Malfoy.
Harry prit alors totalement conscience du pouvoir qu'il avait entre les mains. S'il était dans le passé, ses parents étaient probablement encore en vie. Ils avaient remonté le temps de vingt ans. Il y a vingt ans, ses parents avaient quinze ans et rien n'était encore décidé, l'irréparable pouvait être évité. S'il prévenait son père, jamais il ne choisirait Pettigrow comme Gardien, mais Sirius, et tout serait tellement différent, tellement mieux…
« Vous ne devez pas faire ça ! Si jamais vous tentiez de changer les événements, il n'en résulterait que le chaos. Vous pourriez même vous tuer involontairement, » déclara Dumbledore avec un sérieux que Harry ne lui avait vu qu'en de rares occasions. Cela l'inquiéta suffisamment pour mettre momentanément de côté ses espoirs de réécritures temporelles.
« Nous tuer nous-mêmes ? Hermione m'avait raconté des histoires de sorciers qui se sont vus eux-mêmes et ont cru à un ensorcellement. Mais là, il n'y a aucun risque, puisque nous ne sommes pas encore nés, expliqua Harry qui se souvenait des mises en garde de son amie lors de leur utilisation du Retourneur en troisième année.
– Vous pensez que puisque vous existez, votre naissance est un fait acquis n'est-ce pas ?
– Evidemment ! intervint avec assurance Malfoy.
– Eh bien non ! » répliqua Dumbledore. Devant l'air interdit des deux garçons, le directeur reprit son explication. « Imaginez, par exemple, que vous alliez voir vos parents respectifs et leur annonciez que d'ici quelques années, ils vont se marier et fonder une famille ensemble et que, par-dessus le marché, vous leur assuriez que vous êtes leurs enfants. Ils pourraient très mal le prendre.
– Pourquoi le prendraient-ils mal ? coupa Malfoy qui semblait vexé.
– Si vous êtes bien les enfants de qui je pense que vous êtes (Dumbledore eut un sourire amusé), je peux vous assurer que vos parents ne risquent pas d'accueillir la nouvelle avec enthousiasme.
– N'importe quoi ! » répliqua Malfoy. Mais Harry savait que c'était possible. N'avait-il pas imaginé que ses parents ne se supportaient pas et cela jusqu'à la fin de la cinquième année ? Ce n'était peut-être pas pour rien. C'était peut-être des réminiscences d'histoires qu'on lui avait racontées petit enfant.
« Et pourtant, Mr Malfoy, vos parents, à tous deux, ne sont pas actuellement en très bons termes. Les sentiments, même les plus forts, se nouent petit à petit. En voulant tout précipiter, vous pouvez au contraire tout détruire et donc empêcher les unions que vous vouliez aider. Et par conséquent, vous ne naîtrez pas, alors que paradoxalement vous êtes nés. D'où l'apparition d'un chaos. » Dumbledore dévisagea longuement chacun des garçons et poussa un soupir. « Je comprends que vous vouliez modifier le passé pour améliorer votre présent, mais vous n'en avez pas le droit. »
Les mots de Dumbledore avaient frappé Harry en plein cœur. Il se sentait déchiré. Il savait que Dumbledore avait raison, qu'il ne devait pas agir égoïstement, il savait que s'il prévenait son père, ou plutôt celui qui deviendrait son père, alors jamais par un enchaînement logique, ses parents ne mourraient cette nuit tragique, mais qu'également, Voldemort ne serait pas anéanti… provisoirement… Mais après tout, remarqua Harry, Voldemort était de nouveau là, il était finalement revenu. Le sacrifice de ses parents avait été rendu vain par ce retour. La conclusion se fit donc de manière évidente dans l'esprit de Harry : puisque de toute manière Voldemort reviendrait, autant sauver ses parents.
Trop absorbé dans ses propres pensées, Harry n'avait pas porté la moindre attention au jeu d'émotions qui avaient défilé sur son visage au fur et à mesure de sa réflexion. Mais lorsqu'il arriva à la fin de son raisonnement, il remarqua que l'expression du vieux sorcier s'était faite beaucoup plus grave. Harry eut alors la certitude désagréable que le directeur avait suivi l'enchaînement de ses pensées et, visiblement, n'aimait pas ce qu'il avait su voir.
« Je me demande bien ce que tous les deux vous voulez modifier avec autant de force et d'égoïsme, » finit par dire Dumbledore. Harry ouvrit la bouche pour lui expliquer mais Dumbledore leva la main pour le faire taire. « Je ne veux pas savoir ! Mais je sens que je vais devoir protéger le futur malgré vous. Cela ne me plaît pas de devoir me battre contre vous deux, mais je n'ai pas le choix. » Sans laisser une chance à Harry ou Malfoy de répliquer, il continua : « Tout d'abord, nous allons modifier vos apparences. Je suppose que vous savez déjà que vous êtes les portraits crachés de vos pères respectifs. » Les deux garçons grognèrent en même temps. Dumbledore rit doucement. « Je vois que vous êtes déjà au courant. Bien ! Avancez Mr Potter. »
Harry contourna le bureau et s'approcha du directeur.
« Il faut d'abord que j'imagine l'apparence que je vais vous donner. » Le directeur ferma les yeux pour mieux se concentrer. « C'est bon, c'est tout à fait précis maintenant. » Dumbledore saisit sa baguette et marmonna quelques mots. Un jet de fumée jaune opaque jaillit de la baguette et entoura le visage de Harry.
Harry sentit son corps se modifier. C'était une sensation très étrange et quelque peu douloureuse, un peu comme lorsque les os grandissent.
« Parfait ! » dit avec contentement Dumbledore lorsque le nuage jaune se dissipa. Il matérialisa magiquement un miroir que Harry saisit. « Le sort durera tant que la magie ne sera pas brisée, donc aucun risque de ce côté ! Est-ce que votre nouveau visage vous plaît Mr Potter ? »
Harry dût retirer ses lunettes pour pouvoir se regarder dans le miroir, sa vision était toute troublée avec.
« Oui, je me suis dit que ce serait tout aussi bien si vous n'aviez pas de lunettes, » expliqua Dumbledore.
Son visage avait perdu ses traits anguleux et s'était arrondi, lui conférant un air un peu plus doux et innocent qu'il n'avait originellement. Ses yeux verts étaient maintenant totalement noirs. Il regretta l'ancienne couleur, le seul trait physique que sa mère lui avait laissé, mais il devait reconnaître que les yeux noirs, c'était pas mal non plus. Cela donnait une touche grave et ténébreuse à son visage, peut-être un peu trop bon enfant à son goût. Ses cheveux étaient un peu plus longs, bruns et surtout sans le moindre épi. C'était une première pour Harry. Il hocha la tête en signe de contentement. La transformation n'était pas trop mal réussie.
Puis ce fut au tour de Malfoy, mais ce dernier accueillit beaucoup moins joyeusement sa nouvelle tête. Dumbledore lui avait fortement foncé le teint, si bien qu'on avait l'impression qu'il revenait de longues vacances au bord de la mer. De même, ses cheveux n'étaient plus de ce blond blanc typiquement malfoyen, mais châtains avec des reflets dorés. Quant aux yeux gris, ils étaient d'un bleu outremer. Harry pour sa part, trouvait Malfoy bien mieux ainsi, son air hautain perdait de sa force sans la pâleur du garçon.
« Bien maintenant, avant que vous alliez vous coucher, nous allons régler une bonne fois pour toute la question des noms. » Il fronça les sourcils un instant. « Vous, Mr Potter, serez… voyons… Orpheo Virgile Knight. » Harry hocha la tête. « Et vous Mr Malfoy, vous vous nommerez Silver Leto Knight…
– Eh minute ! Pourquoi est-ce que j'ai le même nom que Potter ?
– Parce que vous êtes cousins ! Et dorénavant nommez-le Orpheo et non Potter. Ici, il n'y a que deux Potter, James et William !
– William ? s'étonna Harry.
– Oui, William Alexander Potter. C'est le cousin de James. Vous devez bien le connaître… Will Potter… » fit Dumbledore avec un ton légèrement surpris. Harry se dépêcha de dire que oui, mais qu'il n'avait pas fait le lien.
William Potter ? Harry ignorait que son père avait un cousin… En fait, il ignorait tout de la famille de son père. On lui avait tellement de fois répété que la seule famille qui lui restait était les Dursley. Seraient-ils tous morts ?
« Il est hors de question, que Potter…
– Orpheo ! coupa Dumbledore
– Que Potter ! répéta Malfoy avec défi. Et moi soyons de la même famille.
– Mr Knight ! répliqua Dumbledore. Cela facilitera bien les démarches si tous deux êtes de la même famille. Donc vous choisissez, où vous êtes des frères jumeaux ou bien vous êtes cousins. »
Le ton de Dumbledore ne laissait place à aucune discussion et Malfoy fut bien obligé de s'avouer vaincu.
« Vous n'êtes pas obligés de vous apprécier, transigea Dumbledore. Les membres d'une même famille ne s'apprécient pas toujours. »
Harry fronça des sourcils et, du coin de l'œil, il vit Malfoy faire de même. Apparemment, lui aussi était familier avec le concept.
« Il est vraiment tard ! reprit Dumbledore. Je vais vous conduire à la chambre que vous partagerez ce soir. » Harry et Malfoy eurent un mouvement simultané de dégoût, mais d'un regard, Dumbledore leur imposa le silence. « Demain, pendant le petit déjeuner, vous serez répartis dans l'une des quatre Maisons.
– Nous avons déjà été répartis ! répliqua Malfoy de mauvaise humeur.
– Oui, mais vos futurs camarades (Harry sourit à l'ironie de l'expression) ne le savent pas… et ne le sauront jamais ! » ajouta-t-il avec fermeté.
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Dumbledore les conduisit à travers les couloirs. Harry constata que rien n'était différent, jusqu'à la moindre armure. Ils s'arrêtèrent devant un tableau où une bergère s'était endormie sur un mouton blanc. Dumbledore se racla la gorge pour réveiller la jeune femme et, en s'excusant, il lui délivra le mot de passe (« Patte de lapin »), elle hocha en somnolant la tête et le tableau dévoila une entrée. Le directeur guida les deux garçons dans une petite chambre toute de bleue tapissée et meublée de deux lits simples.
Harry se coucha avec bonheur, il était épuisé. Il n'avait même pas la force de penser à ce qui l'attendait demain. L'idée simple le paralysait tellement qu'il voulait éviter d'y songer. Il entendit juste Malfoy grogner quelque chose comme « Tout est de ta faute, Potter ! » avant de s'endormir.
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Fin du quatrième chapitre
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Note de fin : Ca y est ! L'histoire peut réellement commencer, tous les personnages sont réunis : les deux fils coincés dans le passé et les parents pas encore parents, les Maraudeurs bon vivants de James et les 'Mortes Vivantes' de Lily, les professeurs mystérieux et les professeurs bien connus, les amoureux pas encore amants et les amis qui s'ignorent.
Au fait, j'espère que vous n'avez pas été trop déstabilisés par la différence de ton entre le début et la fin du chapitre, mais je voulais marquer la différence entre les deux époques temporelles.
Dernière chose, si vous comprenez l'anglais et que vous n'avez rien contre les slash fics qui impliquent Draco et Harry dans une relation amoureuse, je vous conseille très fortement de lire celle de Aidan Lynch, probablement l'une des meilleures fics que j'ai lues, tout genre confondu. Son numéro d'identification sur est le 448652.
Le prochain chapitre ? Eh bien, le père rencontre le fils, bien évidemment…
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MAJ : 13/04/11
