Quatrième partie
Avec soulagement, ils avaient réussi à rentrer à Neo-Bodhum avant que la nuit tombe. Ils s'étaient tous regroupés au QG des Nora ou l'ambiance était calme pour une fois. Fang avait bien essayé de regimber un peu, déclarant qu'elle était épuisée et qu'elle voulait rentrer chez elle après une telle journée. Néanmoins, personne ne l'écouta. Au contraire, ils mirent tous leur petit grain de sel, l'obligeant à rester avec eux.
La pulsienne brune n'avait pas menti. Les derniers événements et avoir laissé ses sentiments transperçaient l'avait réellement fatigué. Elle se sentait abattue et c'était déplaisant. Fang n'avait pas eu le courage de batailler avec ses amis. Elle qui avait passé la semaine à les fuir, s'était vue plus entourée qu'elle ne l'avait jamais été. Même Serah, qui aurait eu toutes les raisons du monde de lui en vouloir, avait été au petit soin. La jeune Farron et Vanille s'étaient alliées pour soigner ses quelques égratignures qu'elle n'avait même pas eues conscience de s'être faites, puis ils s'étaient tous installés à une table dans un recoin de la terrasse extérieur, avec une vue imprenable sur la mer.
Appuyait de profil contre l'un des accoudoirs du banc sur lequel elle était assise, Fang avait le regard perdu sur la surface de l'eau qui s'étendait à perte de vue. La plage était éclairée par les quelques lampadaires qui servaient de repère pour les habitations qui longeait la falaise. La pleine lune diffusait une lumière douce de l'autre côté. Son cœur se serra dans sa poitrine quand elle se rappela les nombreuses soirées qu'elle avait passées avec Lightning a observait cet astre.
Un plaid fut posé sur ses épaules, la tirant de ses sombres pensées, tandis que la personne attentionnée prenait place à ses côtés. Fang tourna la tête pour tomber sur Vanille. Un léger sourire étira les lèvres de la rouquine, qui posait sur elle un regard à la fois inquiet et réconfortant. La brune se rendit enfin compte du calme qui les entourait. Il n'y avait plus personne, l'intérieur du bar était éteint, Lebreau les avaient rejoints avec Yuj et Maqui et seul le bruit des grillons se faisait entendre, accompagnant les discussions à voix basse.
Elle n'avait pas eu conscience que le temps avait défilé aussi vite. Elle se souvenait vaguement avoir grignoté le repas proposé avant de s'évader dans son esprit. Ça lui arrivait très souvent depuis une semaine, mais aujourd'hui, plus que d'habitude. Aujourd'hui, les maigres espoirs qu'elle aurait pu avoir s'étaient envolé. Elle attrapa les pans du plaid pour les resserraient autour de ses épaules, détournant de nouveau la tête vers la plage.
Tout le monde avait fait en sorte de la laisser tranquille et Fang leur en était reconnaissante. Elle n'était pas certaine de réussir à tenir une conversation, peu importe le sujet. Elle était fatiguée d'essayer de faire semblant, comme si la situation n'était pas dramatique. Fut un temps où elle en aurait été capable. Elle savait ce que ça faisait de perdre des gens proches. Des gens qu'on aimé de tout notre cœur. A une époque, elle avait été capable de renflouer la souffrance au fond d'elle pour surmonter cette étape et aider ceux qui l'entouraient. Quand sa mère et son frère sont décédés, elle avait été la seule à soutenir son père.
- Fang ? fit la voix douce de Vanille.
- Hum…
Un bruit de froissement lui parvint et des doigts frais se glissèrent aussitôt sur l'une de ses joues, avant de lisser ses mèches noires derrière son oreille. Une bouffée d'affection la parcouru à l'encontre de sa sœur adoptive.
- J'ai pensé à Thorgas aujourd'hui, avoua Fang sans savoir pourquoi. Sans se retourner vers les autres et sans se préoccuper du silence qu'elle jeta sur leur petit groupe.
Les doigts de Vanille quittèrent ses cheveux pour se poser sur ses mains posaient sur ses genoux.
- Ça faisait longtemps que je n'avais pas pensé à lui, ajoute-t-elle doucement. Tu te rappelles comment tu étais complètement folle amoureuse de lui ?
Fang esquissa un sourire en coin, imperceptible, tandis que Vanille émettait un léger grognement.
- La moitié de la population féminine d'Oerba devait être amoureuse de ton frère, tu sais, se justifia la rouquine.
Vanille ignora le rougissement flagrant de ses joues alors que ses amis riaient légèrement.
- C'est vrai, souffla Fang. C'était un vrai Don Juan.
- Toi aussi, tu avais ton lot de prétendantes.
La brune haussa les épaules, se renfermant désagréablement sur elle-même. La discussion ne prenait pas une bonne direction. Pinçant les lèvres et réprimant un soupir dans le creux de sa gorge, la rouquine décida d'alléger la situation.
- Tu sais que j'ai été amoureuse de lui pendant des années ? Mais il ne m'a jamais remarqué.
Fang leva une main qui vint soutenir sa tête, s'accoudant au dossier du banc. Elle regarda Vanille, ses lèvres s'étirant en un petit sourire.
- Qu'est-ce que tu voulais qu'il fasse avec une gamine dans les pattes ?
- Hé ! grogna la rouquine, donnant un léger coup sur l'un des genoux de son aînée sous les rires de ses amis.
- Tu nous avais jamais dit que tu avais un frère, intervint Snow.
La brune rabaissa son bras, tournant la tête vers le grand blond.
- Je n'en parle presque jamais, répondit-elle avec indifférence.
En réalité, Fang n'en voyait pas la nécessité et n'en éprouvait pas vraiment le besoin non plus. En dehors de Vanille, elle avait évoqué sa famille avec Lightning, mais avec l'ancienne soldate, elle avait trouvé ça normale et naturelle. La pulsienne n'avait pas eu le sentiment de devoir se forcer. Les révélations s'étaient faites doucement. Certainement parce que son amante avait accepté d'aller à son rythme. Après tout, Lightning savait ce que c'était que d'avoir un lourd passé.
- Qui était-il comme personne ? demanda Serah, qui semblait réellement intéressait. C'était un chasseur, lui aussi ?
- Il te ressemblait ? questionna à son tour Lebreau.
- Une Fang au masculin, renchérit les hommes du groupe en riant.
Fang secoua la tête. Ça lui faisait bizarre de donner une telle importance à son grand frère après toutes ces années pendant lesquelles elle l'avait occulté de ses pensées. Elle ouvrit la bouche, mais la referma aussitôt, ne sachant pas vraiment par où commencer. Par chance, Vanille pris les choses en main.
- Thorgas et Fang se ressemblaient beaucoup physiquement, mais en dehors de ça, il était bien moins tête brûlait que sa petite sœur, s'exclama la rouquine, un sourire espiègle au coin des lèvres.
La brune soupira de dépit, posant un regard torve sur sa cadette. Elle n'arrivait pas à y croire, la rouquine avait encore des étoiles dans les yeux en parlant de son frère.
- Tu lui voues toujours un culte ou quoi ? interrogea Fang
- Bien sûr ! Pour l'éternité ! Je pensais même lui créer un hôtel à sa mémoire.
- Fait attention, Hope risquerait d'être jaloux.
- Sale teigne, grogna Vanille.
Tous les autres rirent doucement. C'était agréable de voir la brune abandonnait son état léthargique et s'intégrait de nouveau à leur clan, mais Serah n'était pas dupe. Il y avait toujours au fond de ses yeux verts une lueur de douleur qu'elle connaissait bien, qui n'était pas prête de disparaitre. Avec objectivité, la jeune Farron savait avoir la même au fond d'elle.
Serah échangea un regard avec Lebreau et elle compris que la barmaid se doutait aussi, que même si Fang jouait le jeu, ce n'était que pour mieux dépérir une fois qu'elle serait seule.
- Thorgas était un excellent chasseur, reprit Vanille.
- Oui, souffla Fang. C'est lui qui m'a tout appris.
- Ah oui ? Tu nous racontes ? quémanda Gadot
- Il n'y a pas grand-chose à en dire, vous savez, contra Fang.
- Allez ! S'il te plaît, supplia Maqui.
La brune tourna son regard vers Vanille qui l'observait en souriant. La rouquine haussa les épaules, esquissant une grimace amusait, signe qu'elle ne ferait rien pour l'aider, au contraire.
- Nous… Nous étions un petit village de chasseur. On vivait principalement de ça, mais aussi de la mer. Nous étions des petits groupes et chacun avait ses préférences. Notre père était le chef du village, alors… C'était presque normal que Thorgas devienne le meilleur chasseur. C'était généralement réservé aux hommes.
- Tu étais la rebelle de la famille, s'exclama Serah.
Leur regard se croisa et Fang eu l'impression de voir une lueur de nostalgie dans les yeux de la jeune Farron. La brune détourna rapidement la tête. Un petit sourire en coin ornait les lèvres de Serah et pendant une seconde, la chasseuse eut l'impression de voir Lightning. Elle s'humecta les lèvres, essayant de faire abstraction des désagréments qui l'assaillait et focalisa son esprit sur le moment présent.
- Oui… C'est probablement ce que tout le monde pensait. Ma mère voulait que je tisse la laine des moutons…
Fang parcourut son auditoire des yeux. Elle fit une ébauche de sourire qui se résuma certainement plus à une grimace.
- Vous n'imaginez pas à quel point ça pouvait être ennuyeux comme activité, reprit-elle sous l'amusement de ses amis.
- Ouai, c'est vrai, renchéri Vanille. C'était carrément mortel. Fang a essayé une journée… Elle a pris la fuite au bout de trois heures.
- C'était terrible. Je sentais mes fesses entrer en symbiose avec le siège sur lequel j'étais assise.
- La torture ! s'exclama Lebreau en riant.
- Oui… Finalement, mon père m'a dit que si j'avais besoin d'une activité plus physique, je n'avais qu'à faire partie du groupe de pêche.
- C'était mieux que le tissage, je suis sûr, lâcha Snow.
- On ne pouvait pas faire pire, marmonna Fang.
- Elle a tenu toute la journée cette fois, ajoute Vanille.
- Mais ce n'était pas pour moi. Tous les jours, je voyais mon frère et ses amis s'entraînaient pour la chasse. Je les voyais manier leurs armes, ils semblaient toujours libre, alors j'ai voulu intégrer le groupe de chasse. Mon père a grogné, ma mère a hurlé et mon frère m'a regardé sans rien dire.
- Et le lendemain, elle a déclaré devant tout le village, qu'elle deviendrait la plus grande chasseuse d'Oerba.
Fang et Vanille se regardèrent. Elles n'avaient pas besoin de mots pour se comprendre. Pour se rappelait cette ambiance festive, chaleureuse et familiale que dégageait leur vie à Oerba. Elles semblaient partager quelque chose d'important et les autres avaient presque peur de les couper dans leur échange. Chacun restait là, à les observer, appréciant que Fang s'ouvre à eux comme elle ne l'avait jamais fait.
- Et voilà ! lâcha la pulsienne brune. Je suis devenue chasseuse. Mon frère m'a entraînait, il m'a appris la plupart des choses que je sais.
- Vous deviez bien vous entendre, fit doucement Serah.
- C'était mon grand frère, répondit Fang, comme si ça résumait tout.
Serah acquiesça, semblant comprendre ce qu'elle voulait dire.
- Qu'est-ce qui lui ait arrivé ?
- Maqui !
Des voix outrées s'élevèrent de chaque côté de la table tandis que Fang portait son regard sur le petit blond du groupe. Vanille se redressa à ses côtés et une tension palpable les entoura. C'était une partie de l'histoire que Fang n'aimait pas particulièrement raconter. Vanille était au courant parce qu'elle était présente et la seule personne avec qui elle avait partagé ces souvenirs, était aujourd'hui allongeait dans un lit d'hôpital, inconsciente. Une boule se logea dans sa gorge.
- On devrait peut-et…
- Il a était tué pendant la guerre de Transgression, lâcha Fang.
Tout le monde se tourna vers elle, surpris. La brune ne fixa personne, elle rencontra le regard de chacun avant de détourner la tête, ses yeux se posant au loin.
- A cette époque, les l'cies de Gran Pulse et de Cocoon se vouaient une guerre acharnait. Thorgas en était devenu un. Il a voulu essayait de mener à bien sa tâche, mais il ne pouvait pas se résoudre à tuer des êtres humains. Je voulais l'aider à s'en sortir alors je l'avais accompagné… Mais je me suis faite attaquée par des l'cies de Cocoon. Malgré mes compétences au combat, je ne valais pas grand-chose devant les pouvoirs qu'ils avaient. Ils allaient m'achever quand Thorgas s'est interposé. Les sors se sont rencontraient et il y a eu une explosion. Je ne me rappelle de rien d'autre à part de m'être réveillée avec son cadavre à mes côtés.
La guerre avait fait des ravages des deux côtés, mais Cocoon s'en était mieux sortit que Gran Pulse. Tout ça à cause de dieux fallacieux qui s'étaient amusés à jouer avec eux. Tous n'étaient que des pions entre leurs mains et jusqu'à il y a quelques années, personne n'avait osé allait à l'encontre de la suprématie des fal'cies. Un lourd soupire suivit d'un rire sec les ramena tous à Fang.
- Peut-être aurait-il mieux fait de ne pas s'interposer ce jour-là.
- Fang, réagis aussitôt Vanille.
La rouquine se tourna vers elle, posant l'une de ses paumes sur sa joue.
- Ne dis pas des choses comme ça.
- Oui ! Ton frère s'est sacrifié pour te protéger… s'insurgea Snow.
- Eh bien justement, peut-être qu'il aurait dû éviter, grogna la pulsienne brune.
Tous l'observèrent ne sachant quoi dire. Qu'est-ce qu'ils pouvaient répliquer à quelqu'un qui était de toute évidence dans une sérieuse phase de dépression ?
- Franchement, repris la brune. Quand on y regarde de plus près… Mon frère est mort pour me protéger, ma mère s'est laissé mourir de chagrin et mon père n'était plus que l'ombre de lui-même… Et aujourd'hui…
Fang s'arrêta, déglutissant difficilement. Elle inspira, portant une main à son front.
- Ce n'est pas… Voulu intervenir Snow, sans prêter attention aux regards des autres qui lui intimaient silencieusement d'éviter de s'aventurer sur ce terrain. Mais c'était déjà trop tard.
- Arrête ! Grogna Fang en haussant légèrement le ton, le coupant dans sa lancée. Arrêtez de répéter tout le temps ça.
- Mais c'est vrai, souffla Serah, captant le regard de la brune qui tourna la tête vers elle.
- Ça va s'arranger, marmonna Lebreau.
- Light est forte, elle va s'en sortir, acquiesça Yuj accompagnait de Maqui qui acquiesçait doucement.
- Vous êtes tous idiots !
- Fang ! réprimanda Vanille.
- Quoi ? gronda-t-elle. Vous le faites tous exprès ? J'ai vu les médecins cette après-midi… Tu dois déjà être au courant, Serah.
La jeune Farron avait les yeux fixaient dans ceux de Fang. Brillant, fatiguaient. Serah vit dans les orbes émeraude ce qu'elle essayait de réprimer au fond d'elle. Elle baissa la tête, s'arrachant du contact visuel qui lui tordait l'estomac.
Fang se redressa, écartant les mains de Vanille qui se voulaient réconfortante. Elle glissa ses doigts dans ses mèches brunes en soupirant.
- Plus ça va, plus elle s'enfonce dans le coma.
Fang se frotta le visage avant de se lever d'un bond, le corps raide. La douleur qui poignardait sa poitrine s'étendait dans tous ses membres. Elle se dirigeât vers la balustrade, l'agrippant fortement de ses mains.
- Les médecins ne sont plus vraiment optimistes maintenant.
Ils se regardèrent tous, chacun encaissant la nouvelle. Le visage de Serah se tordit en une grimace de douleur tandis qu'elle serrait les poings sur son ventre. Elle ne voulait pas croire que, peut-être, elle allait devoir passer le reste de sa vie à aller se recueillir sur le corps endormi de sa sœur, enfermait entre des murs d'hôpitaux.
- Je ne supporterai pas ça, souffla Fang. Je ne supporterai pas de la voir comme ça pour toujours, étendue sur un lit. Ce n'est pas elle… Par Etro…
La pulsienne brune s'accouda à la barrière en bois de la terrasse, ses mains devenant presque douloureuse tellement elle serra sa prise.
- Si j'avais été moins stupide, grogna-t-elle. Ça ne me ressemble pas d'être aussi pessimiste et ce n'est pas mon genre de me cacher… Pourquoi ? J'ai été… stupide.
- Fang… Commença Vanille.
Lebreau s'était levée de son siège pour s'approcher de son amie. Elle posa une main sur l'une de ses épaules pour la soutenir, n'osant pas faire plus. Elle connaissait Fang depuis quelques années maintenant, mais pas encore assez pour savoir comment agir dans de telles circonstances. La petite brune ouvrit la bouche pour parler, mais une voix sèche l'interrompit. Une voix qu'elle connaissait bien et qui était habituellement douce et chaleureuse.
- Tu as raison ! Tu as été stupide !
Tout le monde regarda Serah, à la fois surpris et choqué. Fang se tourna vers la sœur cadette de son amante. Leurs yeux se rencontrèrent tandis que les paroles de la jeune Farron lui lacéraient le cœur. Assise sur sa chaise, Serah ne bougeait pas.
- On se doutait tous qu'il y avait quelque chose entre toi et ma sœur. Si tu veux mon avis… vous avez été, toutes les deux, stupides. Au lieu de vous disputer, vous auriez dû éclaircir ce qui n'allait pas. Nous savons tous à quel point Lightning peut être susceptible quand elle veut, toi la première.
Serah ferma la bouche, prenant une grande inspiration. Elle secoua doucement la tête avant de reprendre.
- Pourquoi tu n'as pas voulu en parler ? Même pas à Vanille. Ça fait combien de temps que ça dure ? Pourquoi tu n'as pas voulu officialiser votre relation ?
- Parce qu'on sait très bien que Light à une certaine réputation et que, bizarrement, elle tient à l'image qu'elle transmet, souffla Fang, sentant sa tête tournée sous l'avalanche de questions teintées de reproche.
- Tu te trouves des excuses, gronda Serah. C'est elle qui t'a demandé de concrétiser votre histoire ! C'est elle qui a voulu que vous arrêtiez de vous cacher ! Alors pourq…
- Parce que j'ai eu peur, d'accord ! cracha Fang.
Le corps raide, les poings serrés contre ses cuisses et les lèvres pincées, la pulsienne brune détourna la tête vers le sol, fermant douloureusement les yeux.
- On a commencé à flirter ensemble quand nous étions sur Gran Pulse.
- Depuis tout ce temps, lâcha Serah.
Leurs amis étaient restés silencieux, écoutant religieusement la discussion. Snow et Vanille se regardèrent. Ni l'un ni l'autre n'avaient remarqué quoique ce soit pendant leur périple. Ce n'était pas vraiment étonnant, chacun était particulièrement préoccupé par leur propre angoisse à cette époque, mais le rapprochement des deux femmes aurait dû les interpeller.
- On n'avait jamais réellement parlé d'officialiser. Je le voulais, mais je ne savais pas ce que Light en pensait et… Je me suis monté la tête. Je ne sais pas pourquoi… J'ai cru… Je me suis dit que ce n'était peut-être pas une bonne idée. Que si on restait cacher, alors elle ne réaliserait pas l'énorme erreur qu'elle avait faite en faisant ce choix et je pouvais la garder encore un peu rien que pour moi.
- Tu as étais égoïste.
- Serah, souffla Snow qui s'était levée pour poser ses grandes mains sur les épaules de sa fiancée.
Fang détourna la tête sur le côté, croisant ses bras autour de son ventre. Qu'est-ce qu'elle pouvait répondre ? Qu'elle savait ? Qu'elle était désolée ? Rien de tout ça n'aurait d'importance et Serah n'avait probablement pas envie d'écouter ses piètres excuses. Cependant, entendre les reproches de la bouche de sa belle-sœur tordait ses entrailles. Son corps se réchauffa tandis qu'un sentiment qu'elle connaissait bien allumait une étincelle au fond d'elle.
- De toute façon, ce n'est pas avec toi que j'ai à discuter de ça, grommela Fang.
- Et avec qui veux-tu en parler ? ça fait une semaine que tu te morfonds et que tu nous fuis ! répondis sèchement Serah.
- Elle a raison, soupira Snow.
La pulsienne fixa le grand blond avant de porter son regard sur les autres. Vanille pinçait les lèvres en la regardant, Lebreau avait croisé les bras, acquiesçant doucement de la tête tandis que Yuj et Maqui avaient détourné la leur comme pour éviter les foudres de la jeune femme.
- Je ne vois pas…
- On est amis, Fang, dit Yuj.
- On est plus que ça, rétorqua Lebreau. Tu ne peux pas continuer comme ça.
- Si Lightning était là, elle te cognerait, maugréa Serah.
Tous eurent un léger rire. Connaissant le caractère révolté de l'aînée des Farron, c'était une évidence qu'elle n'aurait pas laissée à Fang le temps de s'enfoncer dans sa déprime.
- Elle n'est pas là, justement. C'est ça le problème, finit par souffler Fang en retournant s'asseoir aux côtés de Vanille.
La brune glissa ses mains entre ses cuisses tout en baissant la tête.
- Elle me manque, gémit-elle.
Les yeux fermaient, Fang se mordait l'intérieur de la lèvre inférieure pour réprimait les quelques sanglots qui la menaçaient. Des bras s'enroulèrent autour de son cou et son nez plongea dans une nuque fine où bataillait des cheveux rose pâle.
La brune eut un pincement au cœur. Même si Lightning et Serah avaient de nombreuses différences, Fang retrouvait un peu de son amante dans cette étreinte. De la douceur et de la chaleur, jusqu'à cette petite odeur qui caractérisait leur cocon familial.
Malgré la douleur dans sa poitrine, sentir ses petits bras fins autour d'elle la réconforta plus que toutes les paroles d'encouragements qu'on avait pu lui répéter depuis l'accident. Fang rendit l'étreinte, enfonçant un peu plus son nez dans le cou de la jeune Farron qui finit par dire :
- A moi aussi, elle me manque. Mais faut rester optimiste. Ce n'est pas ton genre de baisser les bras si vite. Tu as confiance en elle, tu sais à quel point elle est forte.
- Tu sais très bien que ce n'est pas aussi facile, répondit Fang, la voix étouffait.
- Oui, mais comme la dit Vanille, ces médecins ne connaissent pas ma sœur.
Serah recula Fang d'elle, ses mains enserrant les épaules tendues de la brune.
- On va rester forte et on va croire en elle, souffla la petite rosée. Et je suis sûre que dans quelques jours, ça ne sera plus qu'un mauvais souvenir. Quand elle se réveillera, elle se moquera de nous, nous insultant d'idiote écervelée d'avoir cru qu'un si petit choc pouvait avoir raison d'elle, et nous en rirons tous ensemble.
Les deux femmes se fixaient sous les regards de leurs amis qui se soutenaient tous dans cette épreuve. Un petit rire qu'ils n'avaient plus entendu depuis des jours claironna à leurs oreilles. C'était loin de l'habituelle joie dont faisait généralement preuve Fang, mais c'était rassurant et réconfortant.
- Tu ressembles trop à ta sœur, grommela Fang.
Serah pouffa doucement de rire, chassant négligemment les larmes qui avaient perlé aux coins de ses yeux.
- T'en que tu n'as pas envie de te jeter sur moi pour m'embrasser, je peux m'en accommoder.
- Oh par Etro, non ! Je n'en suis pas encore là ! Et elle me tuerait si elle l'apprenait. Autant pour avoir touché à sa sœur que pour l'avoir trompé. Je suis encore une fille sensée, je tiens à la vie.
- Tu as raison, parce qu'en plus d'avoir la belle-sœur sur le dos, tu m'aurais aussi, moi, s'exclama Snow en bombant le torse.
- Regarder moi ce gros jaloux, rigola Lebreau.
- Hé, j'ai pas supporté les foudres de Sis' pour rien ! C'est du sérieux, grogna Snow sous l'amusement des autres.
Fang les observa chacun leur tour, sentant une bouffée de reconnaissance l'étreindre. Elle s'était trouvé une nouvelle famille et elle avait le sentiment d'être à sa place parmi eux. Ils avaient raison, elle avait cherché à les fuir et elle le regrettait un peu maintenant, mais ça la réchauffer de savoir qu'ils s'étaient fait du souci et qu'ils avaient continué d'être présents pour elle.
Étrangement, elle sentit un poids s'ôter de ses épaules et elle s'enfonça dans le dossier du fauteuil, la fatigue tombant sur elle comme une masse. Une main fraiche pressa son bras et elle tourna la tête vers Vanille.
- Tu veux rentrer ? demanda la rouquine.
Fang acquiesça lentement. Elle sentait son corps s'engourdir et elle savait qu'une fois que sa tête toucherait enfin l'oreiller, elle s'endormirait aussitôt. Elle avait l'impression que ça faisait une éternité qu'elle n'avait pas fermé l'œil. La brune soupira, retenant difficilement un bâillement tandis qu'elle se levait après sa cadette qui annonçait leur départ.
Fang se laissa presque traîner jusqu'à leur maison, ayant à peine conscience de ses amis qui l'embrassaient pour lui souhaiter une bonne nuit. Une fois dans sa chambre, elle s'écroula sur son lit, tirant la couverture jusqu'à son nez, se promettant dans les brumes de son sommeil, qu'à partir du lendemain, elle allait faire des efforts.
oOo
Note : Exceptionnellement, si vous êtes partant/tes, Je vous demande de choisir un chiffre de 1 à 4. Derrière c'est 4 chiffres se trouve la base pour mon prochain texte à écrire. Mais comme je n'arrive pas à me décider toute seule, peut-être que ça va m'inciter. Le choix du texte sera une surprise pour moi aussi. J'ai mélangé les papiers avant de les numéroter. Donc voilà, si ça vous intéresse. Sinon, va falloir que je me départage toute seule.
A mercredi prochain pour la suite.
