Bonjour! Voici le 4e chapitre. La trame des derniers chapitres est déjà en place, il en reste normalement trois après celui-ci. Je ne vous promets rien pour ce qui est du rythme de publication!

Le titre est directement inspiré d'une citation de Harry Potter and the Cursed Child : 'Those we love never truly leave us… There are things that death cannot touch.'

Je vous laisse à votre lecture.


Le vent décoiffait les passants, emportant avec lui chapeaux et parapluies. L'hiver semblait rude. Hermione n'en voyait que des bribes et se surprenait à regretter de sentir sur sa peau la pluie hostile qui avait gâchée tant de matchs de Quidditch. Parfois, elle avait l'impression de devenir plus tangible, de sentir une brise, une goutte. Mais aussitôt l'avait-elle remarqué que le phénomène disparaissait. Cela l'aurait rendu folle si elle devait vivre constamment comme cela. Ironiquement, papillonner à travers la vie de ses amis devenait presque un soulagement.

Dans une foule pareille, au visage baissé pour éviter les gouttes, il lui était difficile de repérer qui l'avait amenée ici. Elle sentit soudain la migraine caractéristique d'un éloignement de l'être cher. Elle se dépêcha de suivre la personne à tâtons jusqu'à repérer la tignasse trempée de Ron, qui n'avait évidemment ni capuche ni parapluie pour le protéger. Un sourire se dessina sur les lèvres d'Hermione, ils devaient tous deux s'imaginer qu'en le voyant arriver dans cet état, elle n'aurait pas manqué de lui faire des remontrances par peur qu'il attrape un rhume. Il entra finalement dans un bar sur sa droite et Hermione s'y engouffra à sa suite. Elle ne reconnaissait pas l'endroit, et devina qu'il s'agissait d'un bar moldu. Curieux, connaissant l'amour de Ron pour la bièraubeurre, qu'il ait choisi de se rendre dans un bar qui n'en servait pas.

Une deuxième chevelure rousse attira leur attention à tous les deux et Ron rejoignit sa sœur attablée dans un coin.

- Un scotch, s'il-vous-plaît, demanda-t-il à une serveuse en retirant son manteau.

- Il n'est que dix-sept heures, gronda sa soeur.

- Je sais m'occuper de moi, Ginny.

Ron semblait fatigué. Ses cernes ne le quittaient plus depuis le procès et il avait le teint terne, presque maladif. Ginny n'avait peut-être pas tort de s'inquiéter de sa consommation d'alcool. Hermione prit place sur la chaise vide et observa les deux Weasleys s'échanger des politesses sur leurs travails respectifs. Une jeune femme au maquillage outrancier lui apporta son verre et il en prit une grande gorgée sans ciller.

- Sympa cet endroit, commenta-t-il. Personne ne vient nous parler, ça fait du bien.

- Oui, je voulais un peu de calme pour notre conversation.

- Tu as quelque chose à m'annoncer, c'est ça ?

Mais avant que Ginny n'ait le temps de répondre, elle vit le visage de son frère se durcir, son regard posé sur quelqu'un derrière elle. Hermione tourna les yeux à son tour pour y découvrir son meilleur ami, les traits fermés. Lui aussi avait les cheveux humides. De ce qu'elle avait compris, les deux hommes ne s'étaient plus adressé la parole depuis les fêtes. Ils avaient prétendu que tout allait bien pour Molly et Ginny mais cela devait maintenant faire plus d'un mois et demi qu'ils avaient repris leur bouderie. Ces deux-là n'étaient décidément bons qu'à ça, et sans elle pour les raisonner, ils restaient campés sur leurs positions absurdes.

- Assieds-toi, intima Ginny à son fiancé sans lui laisser espérer qu'il avait son mot à dire.

Hermione se leva aussitôt pour lui rendre la chaise vacante, un poids sur le cœur. Elle n'aurait plus jamais une place à elle.

- Nous sommes dans un lieu moldu donc le moindre scandale, la moindre baguette en vue et je vous étripe à la sortie. Je suis claire ?

Le ton de Ginny suffisait à garder silencieux les deux hommes, occupés à se jauger du regard.

- Je vous ai réunis ici parce que cette guéguerre a assez duré. Hermione n'aurait pas voulu que vous vous déchiriez comme cela. Moi non plus. Je ne veux pas avoir à choisir entre mon frère et l'homme que j'aime alors vous ne sortirez pas d'ici tant que vous ne serez pas réconciliés.

- J'ai rien à lui dire, maugréa Ron en reprenant une gorgée de scotch.

- Bien sûr, fit sa sœur en levant les yeux au ciel. N'espère pas que j'oublie les heures à t'écouter geindre parce qu'Harry ne s'est pas rangé de ton côté pour Drago-

- Drago, tu l'appelles par son prénom maintenant ? s'indigna le roux.

- Figure-toi que oui. Il est venu me trouver après un entraînement et nous sommes allés prendre un verre pour discuter. Harry, tu comptes te taire encore longtemps ?

Hermione était restée le dévisager tout ce temps. Sous sa colère, elle décelait facilement une grande tristesse. Elle savait reconnaître ses yeux humides. Il baissa les yeux un instant et balbutia quelques mots :

- Ce n'est pas à moi de faire des excuses.

- A moi non plus, rétorqua Ron.

- Par Merlin, vous êtes vraiment insupportables ! s'exclama Ginny avant de baisser le ton en remarquant les regards curieux. Drago a été innocenté. Tout ce temps, nous avions tort. Ron tu es blessé dans ton amour-propre, d'accord, mais tu sais quoi ? Grandis ! Harry n'y est pour rien s'il a publiquement défendu celui que tu enfonçais. Et toi, Harry, au lieu de tout décider dans ton coin, tu aurais dû nous en parler, à tous les deux, tu avais tes doutes sur sa culpabilité et tu n'as jamais voulu nous dire pourquoi et-

- C'était classé confidentiel ! protesta-t-il.

- Oh s'il-te-plaît, tu adores me raconter tes captures de Mangemorts-

- Ca n'a rien à voir Gin' et tu le sais bien, la coupa-t-il à nouveau. Je faisais ça pour préserver l'intégrité de vos témoignages pour le procès. Je n'étais sûr de rien, Malefoy aurait pu m'avoir menti sur toute la ligne.

- Et pourtant tu as choisi de le croire, siffla Ron entre ses dents.

Hermione sentait les larmes lui monter aux yeux. Jamais elle n'avait vu une telle rancœur dans les mots de Ron.

- Ecoute, il m'a tout raconté, se défendit Harry. Il a abandonné la bataille, il n'a tué personne, tout ça tu le sais, il l'a dit au procès. Tu ne peux juste pas supporter qu'il en pince pour Hermione.

Ses mots choquèrent Hermione qui en resta bouche bée, mais l'alcool créa une réaction plus agressive chez Ron.

- Ferme-la, c'est que des conneries, mugit-il en tapant du poing sur la table.

- Ron, maitrise-toi, lui chuchota sa sœur, gênée des visages tournés vers eux.

- Qu'est-ce que ça change, hein ? demanda Harry. Elle t'aimait toi, je vois pas pourquoi tu t'énerves, et encore moins pourquoi tu t'en prends à moi.

Les mots d'Harry repassaient dans son esprit. Il en pince pour moi. Il en pince pour moi. Ma photo dans sa chambre. Sa réaction au procès. Il en pince pour moi. Alors, c'était réel, cette impression qu'elle avait tentée de repousser, oui, il l'aimait d'un amour sincère et profond. Mais pourquoi ? Ils ne s'étaient jamais échangé que des insultes et des coups-bas. Elle le détestait. Il était le fils de son meurtrier. Il avait été élevé par cet homme, il partageait ses valeurs stupides. L'incompréhension de Ron lui semblait bien plus logique que les paroles tempérées de leur meilleur ami.

- Ce petit con prétend avoir un béguin pour elle histoire d'échapper à Azkaban et ça te met pas les nerfs ? fit Ron, sur un ton plus calme grâce au regard noir de sa sœur. C'est toi que je comprends pas, tu devrais tout faire pour le mettre en tôle avec son père, il mérite pas mieux.

- La justice l'a déclaré non coupable, informa le brun. Je n'ai rien à ajouter à ça. Nos échanges sont confidentiels mais si je lui fais confiance, tu devrais aussi. Ou alors c'est que tu n'as plus confiance en moi.

Cette dernière phrase sonnait comme une question à demi-mot, contenant toute la détresse d'Harry à l'idée de perdre pour de bon son meilleur ami. Ginny le comprit aussi et posa une main réconfortante sur sa cuisse.

- Arrête c'est pas ça, tu le sais bien. Mais c'est un baratineur de première, il fait toujours tout pour arriver à ses fins.

- Tu veux dire, comme la fois où il a menti pour me sauver la vie quand on a été capturé et emmener au Manoir ? Oui, un sacré baratineur, ironisa Harry.

- Il a peut-être pas tué Hermione mais sans lui, Dumbledore serait toujours en vie, protesta Ron.

- C'est compliqué, Ron, soupira-t-il. Tout n'est pas noir ou blanc dans cette guerre.

Hermione et Ginny observaient silencieusement leur dialogue avec un soulagement partagé. Ils n'avaient pas échangé tant de phrases depuis des mois. Ginny semblait émue, ce conflit avait dû peser lourd sur ses épaules, réalisa Hermione.

- Je le sais bien, admit-il avant de jurer. Si seulement il avait pas fait croire qu'il aimait bien Hermione, je passerais à autre chose, mais il l'insulte encore quand elle n'est plus là. Il lui manque de respect en se servant d'elle pour redorer son image.

- Il n'a jamais fait de déclaration concernant Hermione. Il n'y a que moi à être au courant, et je commence à regretter de vous avoir transmis l'info à Noël, avoua Harry. J'ai peut-être déformé ses propos. Tu sais, dans le fond, il ne m'a presque rien dit. Ce sont surtout les gardes qui m'ont appris qu'il avait eu une période de névrose où il passait son temps à pleurer et à répéter son nom.

Hermione se demandait presque si elle avait envie d'apprendre tout cela. Il était d'autant plus gênant pour elle de réapparaître auprès de Malefoy en sachant ce qu'elle avait provoqué chez lui.

- J'y comprends rien… Je sais bien ce que je lui trouvais à Hermione, mais lui… Elle était l'exact opposé de la fiancée idéale pour un Malefoy.

- Dans le fond, intervient Ginny, c'est peut-être ça qui lui plaisait. Elle représentait l'interdit, tout ce qu'il avait été éduqué à détester. Mais Hermione était une personne formidable, intelligente, dévouée, comment ne pas tomber sous le charme ?

Elle émit un petit rire triste, et la colère de Ron sembla s'évaporer aussitôt pour laisser place à un profond chagrin. Dans ces moments-là, il était vraiment dur de ne pas pouvoir l'enlacer.

- Elle serait horrifiée de savoir que Drago Malefoy la trouve intelligente et dévouée, remarqua Harry, un petit sourire en coin.

Tu l'as dit, avait-elle envie de répondre. Mais le Drago qu'elle avait aperçu après le procès n'était pas le garçon qui l'avait tourmentée à Poudlard. Elle avait presque eu l'impression de rencontrer un inconnu. Il avait toujours la même coupe blond platine, mais son regard était neuf. Elle ne l'avait jamais vu sans une moue dégoûtée à son égard, ou un sourire moqueur. Et cette conversation avec sa mère-

Ron éclata en sanglots.

Avec stupeur, Ginny, Harry et Hermione se tournèrent vers lui pour trouver un garçon frêle, les épaules secouées par les pleurs, le visage caché par des mains pâles aux os saillants. Non, non, Ron, ne pleure pas, tu ne dois plus pleurer, pitié, pas quand tu penses à moi, pas quand je ne peux rien faire.

Harry se leva d'un bond et se jeta sur son ami pour le prendre dans ses bras. Ginny le suivit aussitôt. Les clients du bar commentaient la scène sans la comprendre. Hermione se rapprocha timidement des trois personnes enlacés et doucement, comme pour tâter le terrain, elle posa une main sur le haut du crâne de son petit ami, le seul endroit laissé accessible par Harry et Ginny.

Ses larmes semblèrent se calmer assez pour qu'il s'exprime :

- Hier, j'ai…

Un nouveau sanglot le fit hésiter à continuer. Hermione aurait tant voulu le prendre dans ses bras à son tour, lui déposer un baiser dans le cou comme elle ne pourrait jamais le faire, poser sa tête contre son torse et écouter son cœur battre.

- Hier j'ai embrassé Lavande, finit-il par bafouiller.

Et là, à cet instant précis, le monde d'Hermione s'écroula. Elle aurait souhaité disparaître aussi sec. Tout, plutôt que ça. Tout plutôt que d'entendre les félicitations de Ginny, le soulagement de Harry à l'idée que son meilleur ami reprenne sa vie, passe à autre chose. L'oublie elle. Elle aurait préféré mourir cent fois, vivre en continu la terreur de tomber, plutôt que de sentir son cœur se briser. Alors elle courut, hors du bar, hors de la réalité, et accueillit l'insupportable migraine sans hésitation. Et soudain, la bataille faisait rage, et Ron l'aimait encore.


Son prochain réveil fut amer. Hermione se sentait toujours nauséeuse de la nouvelle, et replonger à nouveau dans la folie de cette nuit de mai n'avait pas aidé autant qu'elle l'aurait souhaité. Elle reconnut les bâtiments facilement, et sut aussitôt pour qui elle était là. Silencieusement, comme toujours, mais avec le cœur bien plus lourd, elle rejoignit Ginny devant sa tombe. Elle s'assit sur le bord du monument de marbre qui servait de foyer à ce qui devait rester de son corps, indifférente au blasphème qu'elle provoquait en s'installant sur une tombe. Après tout, il y avait son nom dessus.

Ginny était habillée comme elle l'avait quittée mais la pluie et le vent étaient plus calmes ici. Tout paraissait plus paisible. Hermione était contente d'être enterrée là. Son amie triturait nerveusement l'anse de son sac à main.

- Hermione, commença-t-elle, hésitante. Je ne sais pas si là où tu es, tu connais déjà la nouvelle, si tu t'en fiches et que tu es heureuse, mais je sais que la Hermione que j'ai connue aurait du mal à encaisser.

Elle avait toujours été impressionnée par l'empathie de Ginny. Avoir été ignorée par tous ces frères pendant tant d'années l'avait ouverte aux autres, à leurs émotions. Elle savait toujours déceler le moindre de ses doutes.

- Mais je pense que je n'ai jamais quitté Ron aussi… Non, il n'est pas heureux, comment pourrait-il, aussi apaisé je devrais dire. Il ne t'oublie pas, tu sais. Il s'en veut beaucoup, si tu l'avais vu s'effondrer dans ce bar… Mais il n'a pas à se sentir coupable, tu ne crois pas ?

C'est exactement ce qu'il a intérêt de ressentir ! avait envie de s'exclamer Hermione avec égoïsme. Dans le fond, sa conscience rejoignait Ginny mais la douleur était trop vive pour ne pas l'écouter.

- Tu resteras pour toujours l'amour de sa vie, seulement toi tu n'es plus là. Et Lavande, oh Merlin, si tu la voyais, elle est défigurée, elle a perdu tant de poids, Ron est le seul rayon de soleil de sa journée. Il passe la voir tous les jours, tu sais. Ils se comprennent, ils souffrent tous les deux. Ce sont deux âmes en peine qui se consolent comme elles peuvent.

Tais-toi, Ginny, ça devrait être moi à ses côtés, moi qui le réconforte, ce n'est pas juste… Hermione ne pouvait empêcher quelques larmes de dévaler ses joues.

- Ce n'est facile pour personne. Je me sens stupide à être payée pour voler sur un balai, rit la jolie rousse. Il y a quelques années je n'osais même pas imaginer une vie sans Tu-sais-qui. Et maintenant qu'il n'est plus là, je me sens déboussolée, sans but. Harry n'en est pas encore là, il s'enferme dans cette chasse à l'homme et ses cauchemars le poursuivent chez nous. Mais Ron, pauvre Ron, il pourrait imaginer une vie sans Voldemort, mais pas une vie sans toi.

Les sanglots d'Hermione s'intensifiaient. Elle aurait voulu être dans ce que ses parents lui avaient appris être ' l'autre côté' quand elle avait perdu son grand-père, un endroit paisible, sans douleur et sans vision de ce qu'elle manquait.

- Et je le trouve tellement courageux. Il aide George dans la boutique. Il soutient Lavande qui doit s'habituer à sa lycanthropie. Il a aidé à capturer trois Mangemorts, et il s'est tant investi dans le procès pour ton meurtre… Mais s'il rit toujours aux blagues des autres, il n'en fait plus aucune. Il n'a plus d'énergie. Et tout à l'heure quand il nous a parlé de Lavande, j'avais l'impression de retrouver mon frère. Tu comprends n'est-ce pas ? Ne lui en veux pas d'essayer d'être heureux, moi, je me sens si soulagée.

Ginny renifla et essuya une larme au coin de son œil.

- Je voulais te dire cela, et aussi que ça y est, ces deux têtes de mules se parlent ! sourit-elle. J'ai dû faire des pieds et des mains pour les réunir sans qu'ils le sachent. J'essaierai de les convaincre de venir te voir avec moi, la prochaine fois, mais tu connais Harry.

Oui, Hermione le connaissait bien. Harry avait une sainte horreur des cimetières, qu'il trouvait froids et impersonnels. Et à vrai dire, elle le rejoignait plutôt sur cela. Sa tombe était souvent fleurie mais cela restait un bloc de pierre où son nom apparaissait. Ginny sortit une montre à gousset de sa poche :

- Mince, je dois rentrer, nous recevons Luna à manger ce soir, elle va nous présenter son ami. J'ai hâte de le rencontrer, je t'en dirais plus vendredi prochain. Au revoir Hermione, tu nous manques.

Elle marcha au côté de la plus jeune des Weasleys quelques instants, l'esprit ailleurs. Elle avait mal, oui, mais elle ne pouvait rien faire, juste accepter l'inévitable. Elle souhaitait le bonheur de Ron, vraiment, et si elle ne pouvait pas le lui apporter, elle devait laisser cette place à quelqu'un d'autre. Lavande saurait peut-être comment faire pour l'aider à guérir. Au tour d'Hermione de faire son deuil. La grille du cimetière franchie, ses yeux se firent lourds et elle les rouvrit pour se retrouver dans la cour de Poudlard, des Mangemorts de toutes parts. Sa baguette à la main, elle prit la direction du château.


Quel était cet endroit ? Il y avait une angoisse mêlée de curiosité à se réveiller dans une pièce inconnue. Elle repérait des indices – un grand hall où trônait un immense escalier, des couleurs chatoyantes aux rideaux, un vase ming, un bonzaï près de la porte d'entrée. Quelqu'un frappa lourdement sur la porte en verre teinté, et une voix chantante répondit « J'arrive ! » d'une pièce voisine. Hermione reconnut immédiatement ce visage au petit nez recroquevillé et aux grands yeux en amandes. Même sa coupe au carré n'avait pas changée depuis Poudlard.

Pansy Parkinson. Que diable faisait-elle chez cette peste ?

Elle ouvrit la porte pour se jeter dans les bras de la personne qui avait frappé. Hermione les observait de loin, se doutant que les cheveux platines qu'elle apercevait ne pouvait vouloir dire qu'une seule chose.

- Drago, te voilà enfin ! Viens, entre.

Elle attrapa au passage une petite malle posée aux pieds du jeune homme.

- Le voyage n'a pas été trop compliqué avec tes bagages ? Désolée, tu sais bien que le réseau de cheminées a été bloqué chez moi.

Drago ne répondit rien, stoïque. Il se contenta d'avancer sa valise d'un coup de baguette dans l'entrée de la maison des Parkinson. Pansy se tourna vers lui les yeux ronds.

- Ils t'ont laissé ta baguette ? couina-t-elle de surprise.

- Pas toi ?

- Non, ma mère non plus… C'est ça quand on a les faveurs d'un auror, maugréa-t-elle.

- Tu ne me feras pas croire que tu n'en as pas récupéré une entre temps de toute manière, répondit Drago en soulevant un sourcil.

- Evidemment, je ne vis pas comme une gueuse ! Et puis, moi au moins, j'ai encore ma maison.

Drago sembla prendre la taquinerie comme une gifle en plein visage. Pansy remarqua l'effet de sa moquerie et balbutia une question pour changer de sujet :

- Ta mère va bien ? Elle va vivre chez sa sœur c'est ça ?

- Oui.

- Je me demande comment elle fait, vivre au milieu des moldus comme ça…

Pansy fit une moue dégoûtée. Drago ne releva pas. Hermione devinait qu'il ne risquait pas d'envoyer bouler celle qui l'hébergeait comme il le faisait à Poudlard. Il était étrange pour Hermione de parcourir une telle demeure. Elle était grande, majestueuse, presque un musée d'art tant il y avait de tableaux aux murs. Pansy montra sa chambre à Drago et le laissa s'installer.

Tant que les deux amis conversaient, Hermione ne s'était pas sentie mal à l'aise, simplement comme si elle les observait de l'extérieur. Quand elle se retrouvait seule avec le Serpentard, elle ne pouvait plus ignorer qu'elle était ici pour une bonne raison. En ce moment-même, Drago ressentait un amour intense pour elle. Un amour. Intense. La pensée presque risible ne quitta pas son esprit alors qu'elle s'approchait de lui pour distinguer un peu mieux son visage, pour essayer de comprendre un peu mieux ce qui se passait dans ce cerveau étrange. Il avait installé ses vêtements dans une penderie en bois travaillé, et il sortait un à un ses livres pour les ranger sur une étagère. Elle remarqua aussitôt son exemplaire de L'histoire de Poudlard, qu'il déposa sur sa table de nuit. Finalement, il sortit de sa malle le cadre qui contenait sa photo. Il sembla hésiter à le poser sur le livre, mais se ravisa et le cacha sous son oreiller en entendant la voix haut-perchée de Pansy.

- Drago, je peux entrer ?

- Bien sûr.

Hermione prit place sur le lit, près de Drago, installé nonchalamment pour cacher qu'il venait de se précipiter pour cacher un objet de la vue de son amie.

- Ca me fait plaisir que tu viennes habiter ici, avoua la jeune femme en se rapprochant de lui timidement. Je sais qu'on n'a pas beaucoup parlé depuis que tu es sorti d'Azkaban, mais je te considère toujours comme mon meilleur ami, tu sais. Cette année a été éprouvante.

Drago répondit par un petit rire. Il avait dû vivre l'enfer, remarqua Hermione, coincé dans cette cellule accusé d'un crime qu'il n'avait pas commis, défendu par une poignée de personnes et détesté même de ceux-là.

- Pour nous deux, ajouta-t-elle d'un air maussade qui changeait du sourire grinçant qu'elle avait peaufiné à Poudlard. J'ai encore la fortune de maman, mais le coffre de papa a été vidé à sa condamnation. Tu réalises, si un jour j'ai des enfants, ils vont devoir travailler !

Dans sa bouche, le mot travailler devenait presque une insulte. Hermione aurait adoré travailler. Avoir une carrière, aider les autres… Elle aurait pu développer la SALE. Et avec son salaire, s'acheter toujours plus de livres pour apprendre tout ce qu'il y avait à savoir sur ce monde.

- Mais c'est à condition que quelqu'un veuille de moi, continua-t-elle en s'appuyant contre la penderie, l'air ailleurs. Personne ne va vouloir d'une Parkinson dans sa famille à présent. Mais au moins en me mariant je perds mon nom. Toi, tu seras toujours le fils de Lucius Malefoy.

- Je le sais bien, Pansy, informa Drago avec une voix calme qui ne lui ressemblait pas. Je serai toujours le fils de ce mec infâme, et chaque fois que je me regarde dans la glace, je vois ses yeux, ses cheveux, son nez… Il y a un an, on me félicitait de lui ressembler autant.

- La roue tourne, soupira Pansy. Parfois je me surprends à souhaiter que Celui-dont-il-ne-faut-pas-prononcer-le-nom ait gagné. Egoïstement. J'aurais toujours mon papa, ma fortune, ma gloire.

- Mais plus ton humanité. Les Mangemorts, ils étaient cinglés. Si tu savais ce qu'ils faisaient dans les cachots du manoir… Je n'arrivais jamais à dormir avec tous ces hurlements.

Hermione était surprise, elle savait bien que Drago n'avait pas apprécié vivre sous le joug de Voldemort, mais elle l'avait toujours pensé résigné plus que terrifié. A sa place, aurait-elle pu se rebeller face à un père violent et à un despote fou ? Pansy poussa un long soupir. Son visage paraissait si différent de celui de l'adolescente moqueuse qu'Hermione avait croisé dans les couloirs : tout comme Drago, tout comme ses amis, une fatigue se dégageait de ses traits jusqu'à la faire paraître plus âgée, plus réfléchie. Encore plus étrange, les écouter partager une conversation aussi profonde relevait de l'irréel pour Hermione. Pour la première fois, Pansy Parkinson lui semblait éprouver quelque chose.

- Je ne m'en sortais pas mieux à Poudlard, tu sais. Les Carrow nous faisaient lancer des doloris sur les Premières Années. Je ne pouvais pas me permettre de refuser, et tacher la réputation de mon père. La première fois, j'ai cru que c'était moi qui recevait le maléfice tellement je me sentais mal.

- Crois-moi, dit Drago d'une voix grave. Tu ne peux pas imaginer ce qu'un doloris fait tant que tu n'en as pas reçu un du Seigneur des Ténèbres.

Hermione et Pansy le regardèrent avec des yeux ronds. Le blond sortit une cigarette et l'alluma du bout de sa baguette.

- J'espère que ça ne te dérange pas que je fume, mauvaise habitude de prison. J'aurais du mal à m'en défaire.

- Drago- finit par demander Pansy timidement. Tu-sais-qui… t'a puni ?

- Plus d'une fois. Ma tante aussi. Mon père préférait les châtiments plus tordus.

La Serpentard prit place entre Drago et Hermione et posa une main sur son genou :

- Tu ne me l'as jamais dit…

- Tu n'es jamais venu me voir à Azkaban.

Dans sa bouche, le reproche n'en semblait pas un, mais une simple vérité qu'il avait acceptée depuis longtemps.

- A vrai dire, je n'ai pas eu une seule visite donc ne le prends pas pour toi. Ma mère a choisi le côté de mon père, ça je ne l'aurais jamais cru.

- Je suis désolée, sanglota Pansy en se jetant dans ses bras.

Drago resta tendu quelques secondes. Hermione s'éloigna un peu plus des deux amies, extrêmement gênée. Et soudain, Drago laissa tomber sa cigarette et se mit à pleurer à son tour. Elle se leva d'un bond. Merlin, elle détestait ce genre d'intrusions, surtout chez des personnes qu'elle connaissait à peine ! Elle se précipita dans le couloir et se recroquevilla contre le mur. Elle comprenait si bien la souffrance de Drago, son isolement, la douleur de savoir qu'ailleurs la vie reprend son cours…

Quelques reniflements plus tard, les deux Serpentard semblaient calmés.

- On est des parias tous les deux maintenant, rit Pansy. Tu ne seras plus jamais seul, je te le promets.

Hermione aurait pu lui retourner cette promesse car elle était bien trop présente à son goût auprès du blond. Mais au moins, elle passait moins de temps auprès de Ron. A cette pensée, son cœur se fit lourd.

Elle détestait cette situation, ce silence permanent. Elle ne pouvait rien faire, rien dire, à quoi bon ? L'idée que mourir était une perte de conscience sans retour devenait réconfortante après ces longs mois passés à observer la souffrance des autres. Leurs vies étaient brisées par sa mort, mais sa mort suivait douloureusement son cours en les voyant l'oublier. N'avait-elle pas le mauvais rôle dans l'histoire ? Fautive de leur peine, mais sans moyen d'échapper à sa propre tristesse. Sans que le temps ne puisse faire son travail. Dans le fond, le vrai cauchemar était l'ensemble de ces bouts de vie volés à ses proches, pas le cercle infernal de la bataille qui culminait à sa chute. Au moins avec cela, elle savait à quoi s'attendre.

Soudain, une idée traversa son esprit : et si justement, elle pouvait changer son destin dans son rêve ? Pourrait-elle enfin trouver la paix ? Passer de l'autre côté, pour de bon ? Elle donnerait tout pour ne plus souffrir de la sorte.

A côté, Pansy et Drago avaient continué à parler et elle sentit le ton devenir plus léger lorsque Pansy imita le professeur McGonagall. Elle pouvait sentir que Drago commençait à avoir l'esprit ailleurs, tant mieux. Ses paupières se faisaient lourdes. Oui. Cette fois-ci, elle allait se battre contre ses propres démons.


Harry, où était Harry ? Elle s'élança vers le château, esquivant les jets de maléfices destinés aux élèves et professeurs qui se battaient autour d'elle. Elle traversa la cour sans même réaliser que sa course avait attiré le regard d'un Mangemort. A l'entrée de la Grande Salle, à présent en lambeaux, Luna et Ginny se battaient. Le cœur d'Hermione cognait si fort dans sa poitrine qu'elle n'entendait plus les hurlements alentours. Bon sang, où était passé Ron ? S'il lui était arrivé quelque chose, elle s'effondrerait à coup sûr. Et Harry avait besoin d'eux. Luna manqua de peu de se faire blesser gravement et Hermione se décida à les rejoindre. Harry attendrait. Une main lui empoigna le bras, la bloquant dans son élan. La peur au ventre, elle se retourna pour découvrir les yeux enragés de Lucius Malefoy.

Et là, un déclic. Elle savait ce qui allait arriver. D'un coup de baguette, il la paralyserait. Non, elle aussi avait son arme à la main. Vite, Hermione, réagis ! Tu connais ce visage, cette haine, tu sais ce qui t'attend, fais quelque chose. Mais comme une simple spectatrice, elle vit son corps éviter les avada kedavras puis s'écrouler sous un poids avant de subir le maléfice qui l'avait mue jusqu'à ses dernières secondes. Elle jeta un regard paniqué vers ses deux amies, trop concentrées sur le danger qui les accaparait pour remarquer sa détresse. Tandis que Lucius gravissait les marches à ses côtés, elle observa la structure de pierre du château qui l'avait accueillie durant six ans. Jamais elle n'aurait ses ASPICs maintenant. Quelle pensée idiote. Elle tourna ses yeux vers son meurtrier. Les cheveux ébouriffés, de grands cernes violacés, l'homme ne paraissait pas dans sa gloire habituelle. Il regardait autour de lui d'un air hagard, marmonnant des phrases sans sens. Lui non plus ne semblait pas contrôler ses actions. Il ne faisait même pas attention à elle. Pourquoi avait-il fallu que cet escalier soit désert à cet instant précis ? Bien vite, elle vit s'approcher le vide qui lui serait fatal. Déjà prêt à la lâcher, Lucius desserra son emprise sur son corps en lui permettant de parler. Elle mit toute sa force à implorer sa raison et parvint enfin à modifier quelque chose dans ce cauchemar :

- Drago ne vous le pardonnera jamais, vous le regretterez, menaça-t-elle, les larmes dévalant ses joues.

Mais la réponse du père devenu insensible ne changea pas :

- Tu crois que j'en ai quelque chose à faire ?

Et la chute recommença. Mais cette fois-ci, Hermione avait été forte, et se battrait jusqu'au bout pour explorer son inconscient. Elle voulait voir une dernière fois celui qui avait hurlé son nom en la voyant tomber, elle n'avait jamais su dire s'il s'agissait de Ron ou d'Harry. Aussi, pour la première fois Hermione refusa de fermer les yeux à l'approche de la pierre malgré la terreur de l'impact, et chercha des yeux le visage de ses deux meilleurs amis dans les quelques secondes que durèrent son voyage vers l'au-delà.
Mais c'est une tête blonde qu'elle distingua hurler à l'agonie son prénom, depuis la fenêtre sous celle où se tenait son père. Et pour la première fois, elle remarqua sa baguette tendue vers elle, dans l'espoir de freiner sa chute. Mais un géant qui se battait là se trouva dans le chemin et elle sentit ses os commencer à se broyer contre la pierre. Trop tard. Il avait essayé de la sauver et, Hermione le réalisa amèrement, son geste désespéré l'avait rendu suspect au lendemain de la bataille.


Quelques réveils difficiles plus tard, Hermione avait pu confirmer qu'il s'agissait bien de Drago le jour de la bataille, le visage déchiré par le chagrin, les cheveux aussi hirsutes que ceux de son père, la baguette émettant un jet de lumière dans sa direction sans que cela ne l'atteigne avant l'impact. Elle ne savait pas quoi penser de cela. Ses émotions étaient confuses. Elle était dévastée de savoir que Ron et Harry avaient dû la trouver là quelques heures plus tard, piétinée par un géant, attristée de savoir que quelqu'un qui tenait à elle avait été témoin de sa mort, furieuse que Drago n'ait pas pu la sauver à temps. Ce n'était pas la faute du Serpentard si elle était morte, tentait-elle de se raisonner. Mais les preuves se retournaient contre lui. S'il n'avait pas avoué à son père qu'il l'aimait, s'il était arrivé à temps pour empêcher son père de commettre l'irréparable, si… Non, elle ne pouvait pas, ne devait pas lui en vouloir. Aurait-elle pu témoigner à son procès, en connaissance de cause, elle aurait défendu bec et ongle qu'il n'avait pas souhaité sa mort. Peut-être l'avait-il indirectement provoquée, mais à le voir depuis quelques mois, il se punissait déjà assez comme cela pour ne pas être en plus enfermé avec son père à Azkaban. Et puis, elle avait appris depuis par une confidence à Pansy que Drago avait lancé un Doloris à son père avant de fuir Poudlard alors que la bataille n'avait toujours pas d'issue, trop déboussolé pour prendre part aux combats.

Rempli de pensées contradictoires sur Drago, l'esprit d'Hermione tâtonna vers la conscience et elle ouvrit les yeux à regret. Quelle nouvelle allait-elle devoir affronter aujourd'hui ? Elle reconnut sans mal le nouvel appartement de Ron. Il s'était enfin senti assez guéri pour quitter le Terrier. Il ne vivait plus dans la peur constante de perdre un proche à présent. George passait beaucoup de temps chez lui mais Hermione avait remarqué qu'elle apparaissait toujours plus longtemps quand il était seul la nuit. Aussi fut-elle surprise de se réveiller sur son canapé, parfumé par le manteau violet laissé là par une demoiselle inconnue. Enfin, inconnue. Hermione se doutait qu'un manteau recouvert de froufrous aussi voyants ne pouvait appartenir qu'à une seule fille. Elle se redressa et remarqua qu'elle était seule dans la pièce de vie. L'appartement de Ron n'était pas bien grand et leur absence ici ne pouvait présager qu'une chose. Gênée, peinée d'apparaître dans un moment aussi intime, Hermione se réfugia dans le coin le plus éloigné de la chambre du roux. Devait-elle se boucher les oreilles pour ne pas entendre ce qu'ils faisaient ? Personne ne la verrait faire ce geste puéril après tout. Mais avant qu'elle ait eu le temps de se décider, un gémissement retentit. La nausée s'installa et le rouge monta aux joues de la jeune femme. Puis un deuxième. Merlin, non, Ron arrête de penser à moi… Mais au troisième son, Hermione réalisa que quelque chose n'allait pas. Elle se rapprocha timidement, contournant la table pour se rapprocher de la porte entrouverte sans avoir un aperçu direct sur le lit. A quelques mètres de la porte, elle eut confirmation de ses soupçons. Ron sanglotait.

Toute timidité oubliée, elle traversa la porte pour se retrouver nez à nez avec le couple qu'elle avait voulu éviter.

Ron était assis au bord du lit en caleçon, son visage dévasté couvert d'une main tremblante. Ses épaules couvertes de taches de rousseurs tressautaient au rythme de ses larmes. Derrière lui, Lavande était assise en tailleur, une main compatissante caressant les cheveux de son amant. Elle aussi était en sous-vêtements, mais c'est quelque chose qu'Hermione avait vu souvent en six ans à Poudlard. Ce qui la choquait n'était pas la dentelle rose bonbon qui recouvrait sa petite culotte, non… Le ventre de la jeune femme n'était pas seulement maigre, bien plus qu'elle ne l'avait connue avec ses jolies rondeurs, il semblait manquer un morceau entier de sa hanche droite. Comme si… Hermione réalisa comme une douche froide, comme si une créature l'avait mordue et avait arraché férocement tout une partie de son estomac. La plaie semblait guérie mais la cicatrice ne disparaîtrait probablement jamais. Ses bras, sa jambe, même son visage portaient toujours des signes de la bataille. La jeune fantôme ne pouvait s'empêcher d'être horrifiée par cette vue : « Lavande, mon dieu… ». Cette dernière ne l'entendit évidemment pas et lança avec inquiétude :

- Ron ? Ca va ?

Les sanglots de Ron doublèrent, si cela était possible. Entre gêne et tristesse, Hermione se tenait face au nouveau couple en petite tenue, une boule dans la gorge. Pourquoi alors que Ron était au plus mal fallait-il qu'elle ressente quand même cette pincée de jalousie ?

- Je suis désolée, avoua piteusement Lavande en retirant sa main de la chevelure rousse pour la poser sur sa cuisse où trônait une énième marque de morsure.

Hermione n'aurait jamais imaginé la cruauté de Greyback avant de voir son œuvre. Ron renifla et essuya ses larmes avec son avant-bras avant de se tourner soudainement vers sa petite-amie.

- Ne dis pas ça, Lavande, tu n'y es pour rien.

La jeune femme s'était recroquevillée sur elle-même et semblait tenter de camoufler sa quasi-nudité de ses bras. Elle fixait les draps avec insistance et restait muette. Sans doute combattait-elle une envie de pleurer.

- Lav, c'est moi qui m'excuse, je réagis comme un con. Je- je devrais arrêter de penser à elle, mais j'avais toujours imaginé… Peu importe ce que j'avais imaginé. Maintenant je suis avec toi et je t'aime.

Les yeux de Lavande s'écarquillèrent au même instant que ceux d'Hermione :

- Tu quoi ?! s'exclama-t-elle.

Mais le choc fut de courte durée pour Lavande qui reprit sa moue dépitée :

- Arrête, Ron-Ron. Je sais bien que c'est à cause de moi. De mon corps. Je te dégoûte, pas vrai ?

- Non, non ! nia Ron en se tournant entièrement vers elle et en posant une main rassurante sur sa cuisse. Hermione voulait détourner les yeux, ce moment ne lui appartenait pas, mais sa jalousie l'en empêchait.

- Tu es magnifique, Lavande Brown. Comme tu es.

- Qu'est-ce que tu fais ? s'étrangla Lavande alors que Ron se penchait vers son ventre.

Elle eut un mouvement de recul avant qu'il ne pose ses lèvres sur la morsure gigantesque sur sa hanche. Hermione sentit sa gorge se nouer. Jamais un homme ne lui témoignerait tant d'amour, et surtout plus Ron.

- Et même… Tu es la femme la plus belle du monde, lui expliqua-t-il d'une voix douce.

Emue, Lavande se jeta sur ses lèvres et Ron répondit à son baiser avec une vigueur qu'elle ne lui avait connue que lors de leur propre premier baiser… C'est avec soulagement qu'Hermione se sentir partir. Elle n'était plus seule dans le cœur de Ron, et espérait que plus jamais elle ne revivrait une scène qui lui broierait le cœur à ce point. Les larmes brouillaient encore sa vision quand elle se réveilla à Poudlard, baguette à la main et Mangemorts à combattre.


Et quand elle sentit le corps de Drago près du sien et ouvrit les yeux pour tomber nez à nez avec son exemplaire de l'histoire de Poudlard, Hermione se sentit étrangement… à sa place. Pelotonnée dans le lit du blond, elle sentit son cœur se calquer sur le rythme paisible de la respiration de son ancien ennemi. Elle se tourna pour lui faire face et pu observer son visage en tout impunité. Ses joues creusées accentuaient le dessin affûté de sa mâchoire, et son visage aurait paru sévère sans ses beaux yeux rêveurs. Il fixait le plafond avec intensité et l'apaisement d'Hermione se transforma vite en espièglerie : elle approcha doucement sa main du visage du jeune homme, et caressa sa pommette d'un doigt. Qu'importe ? Il ne le saurait jamais, personne ne le saurait jamais. Allongée auprès de lui, la jeune femme ne ressentait plus ce malaise qui l'avait bloquée depuis leurs premières retrouvailles, comme si tout lui paraissait plus clair : elle occupait ses pensées et soudain cela ne lui paraissait plus si effroyable. Au moins, quelqu'un l'aimait. Même si ce n'était pas Ron, même si le garçon auprès d'elle l'avait dénigrée pendant des années, Hermione était soulagée de savoir que tout le monde n'avançait pas sans elle. C'était égoïste, voire immoral, mais après tout personne ne le saurait, se répéta-t-elle, et son inconscient n'avait qu'à la mettre en sourdine. Elle se mit à fredonner un air que sa mère lui chantait certains soirs quand elle n'arrivait pas à s'endormir. Enfin, puisqu'elle commençait à ressentir ce mélange d'ennui et de gêne à force de se retrouver si longtemps auprès d'un quasi-inconnu, elle déplaça son index de sa pommette à ses lèvres, effleura sa bouche entre-ouverte, savourant l'adrénaline provoquée par ce geste anodin et pourtant si électrisant. A cet instant, le blond se frotta la joue. En un sursaut, Hermione avait retiré son doigt.

Il s'agissait bien sûr d'une coïncidence, oui, évidemment, Ron n'avait jamais réagi à ce genre d'attentions. Le Serpentard se releva et se dirigea vers sa salle de bain, uniquement vêtu d'un pantalon, ce qui permit à Hermione de remarquer les traces de coups que portaient encore son dos : étaient-ce des séquelles de son père ou d'Azkaban ? Leur forme courbée lui rappelait quelques sorts de magie noire qu'elle connaissait et jamais ceux-ci ne seraient utilisés dans une prison seulement cela faisait plus d'un an qu'il n'avait plus eu de contact avec son père… Une blessure magique pouvait-elle avoir des conséquences à si long terme ? Hermione fit mentalement le tour des livres qu'elle avait lu sur la médecine magique. Concentrée comme elle l'était, la brune ne remarqua pas tout de suite que Drago s'était mis à chantonner à travers la cloison en allumant sa douche. Hermione s'assit brusquement pour tendre mieux l'oreille : pas de doute possible, il s'agissait de la comptine moldue qu'elle avait humée quelques minutes plus tôt.

- Ca ne peut pas être une coïncidence, ça ! s'étrangla-t-elle, incrédule.


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