Chapitre 3 : Légende urbaine

Alone semblait encore plus absent durant cette journée de cours, rivé à son portable, ignorant pratiquement Lune. Cette dernière avait beau faire ce qu'elle voulait, Alone semblait connecté à un autre monde.

"Tu es très étrange aujourd'hui, tu sais ?..."

"En fait... tu as entendu parler de la légende urbaine du château abandonné ? on raconte qu'il contiendrait une toile magnifique !..."

"Si cette toile était aussi magnifique, on l'aurait volée depuis longtemps, tu ne penses pas ?..."

"Il paraît que le château est gardé par une force terrible."

"Houmpf ! et tu comptes t'y rendre ? je viens avec toi !..."

"L'artiste rencontré hier m'a assuré pouvoir me la montrer."

"Pfffff ! il te mène en bateau, Alone !..." poings sur les hanches. "Et toi, tu cours !..."

"J'ai très envie de voir cette toile, Lune. Ça... ça m'obsède."

"Je viens avec vous, dans ce cas."


Alone patientait en terrasse avec Lune.

L'homme arriva.

Lune sentit immédiatement quelque chose qui ne tournait pas rond. En effet, elle percevait une aura étrange qui entourait cet homme.

"On rentre." dit-elle.

Mais Alone semblait totalement sous l'emprise de l'homme. Comme si Lune n'existait plus, il suivit l'artiste, sans un mot.

"Abruti !" pesta Lune qui le rattrapa, le tirant par la manche. "On rentre, j'ai dit !"

Alone l'observa.

"Huhuhuhu !... ta petite amie semble réticente." se moqua l'homme blond.

"Toi, je t'ai pas sonné, l'intello foireux !"

L'homme blond fit face à Lune. L'aura se renforça et Lune fut projetée à un bon mètre de là par une force invisible. "Peuh. Les humains, décidément."

Alone suivit l'homme.

"ALONE ! N'Y VA PAS !"

Rien à faire.

Lune croisa les bras. "Je t'aurai prévenu."


Lune, rentrée chez elle, scrutait l'écran de son portable. Aucun message d'Alone.

Lune se rongeait les sangs. "Je le sentais pas, ce type !..."

Elle attrapa son portable et envoya un message à Alone. Aucun message en retour.


Le lendemain, Alone ne vint pas en cours.

Lune se rendit donc chez lui, y rencontrant un Tenma et une Sacha totalement affolés.

"On pensait qu'il était chez toi !..."

"Merde !"

Lune leur raconta alors l'étrange rencontre. Tenma et Sacha décidèrent de se rendre jusqu'au château abandonné avec Lune.


L'endroit était très étrange. Et il y régnait une odeur particulière.

"Y'a une carcasse d'animal qui pourri dans le secteur, c'est pas possible !..." grogna Tenma, plaçant sa manche sur le nez.

Les deux filles n'étaient guère rassurées.

La silhouette décharnée du château se profilait au loin.

"On y est."

Tenma enjamba les débris, appelant Alone.

Ils entrèrent directement par la fenêtre de la cuisine, l'entrée étant bloquée par une poutre affaissée.

"La vache, ça craint !"

"Me dites pas qu'il y a une toile dans ce foutu château !..."

"Attention aux ronces !..."

Personne au rez-de-chaussée. Ils passèrent à l'étage. L'escalier y menant émettait des grincements sinistres.

"Si nous n'y laissons pas nos peaux, ce sera un miracle !..."

Ils trouvèrent Alone, assis sur un divan délabré, visage vide de toute expression.

"Alone, purée ! tu nous as fait une de ces trouilles !" hurla Tenma.

Sacha se précipita, attrapant les mains de son frère. "Tu es glacé, Alone !... viens, rentrons."

"Ma demeure est ici." répondit calmement le garçon, avec une voix qui ne semblait pas être la sienne.

"Qu'est-ce que tu racontes ?!" pesta Tenma, gesticulant.

Tenma leva Alone de force.

"On rentre !"

Au moment où ils franchirent à nouveau l'escalier, une marche céda sous le pas d'Alone et ce dernier tomba un étage plus bas, sous un cri général.

"ALONE !"

"ET MEEEEERDE !"

Ils trouvèrent le garçon évanoui, saignant abondamment de la tête.

"J'appelle les secours !"


Dans le couloir des urgences :

"Des nouvelles ?"

"Ils disent qu'il a repris ses esprits."

"On peut le voir ?"

"Aucune idée."

"Purée, je lui avais dit de ne pas y aller !" pesta Lune.


Lune fixait la place vide d'Alone, sur les bancs de l'amphithéâtre. Elle soupira. "Je sentais bien que ça ne serait pas net. Purée, si je revois le mec à lunettes..." lui promettant, au mieux, de le castrer.


Lune fut bousculée par une silhouette encapuchonnée alors qu'elle intégrait la salle de cours.

"Hey ! tu peux pas faire attention ?!"

Le garçon se retourna et Lune crut tomber à la renverse !... le visage était celui d'Alone mais ses cheveux étaient sombres comme le jais.

"Alone ?"

"Ah, Lune. Je ne t'avais pas vu, désolé." répondit le jeune garçon.

"Purée, je me suis faite un sang d'encre ! tu ne répondais plus à mes messages !..."

"J'ai eu... un souci de téléphone."

Lune leva un sourcil circonspect.

"Tu es très étrange depuis qu'on t'a retrouvé dans ce château. Que s'est-il passé là-bas ? Et pourquoi t'es-tu teint les cheveux ?"

"Franchement... je ne me souviens plus de ce qu'il s'est passé sur place. Il y a... comme un trou noir." occultant totalement la question de la couleur des cheveux.


Alone venait de quitter précipitamment le cours, se rendant à l'infirmerie. Lune le suivit et le vit cracher du sang, tâchant le couloir puis s'affaissant.


Nouveau séjour à l'hôpital, batterie d'examens. Le verdict tomba, douloureux, l'examen sanguin relevait plusieurs anomalies très sérieuses.

Lune en eut les jambes coupées à la nouvelle, s'effondrant devant Tenma et Sacha qui n'en menaient pas large non plus.

"Il s'est passé un truc dans ce château, j'en suis sûre. Je veux y retourner." fixant Tenma. Il semblait être du même avis, malgré les protestations véhémentes de Sacha.


Tenma et Lune, assis sur la première marche de l'escalier, lampes à la main. La nuit venait de tomber.

"C'est quand même fou, ce que nous sommes en train de faire."

"Tu as la trouille ?" questionna Lune.

"Non. Mais à mon avis, il ne se passera rien."

Un mouvement agita un fourré non loin.

Lune fut prise de frissons de peur.

Tenma passa un bras autour de ses épaules, réconfortant comme un frère. "Ne t'inquiète pas."

"Si une bête sort de là et nous dévore ?"

"Je te défendrai." assura Tenma, armé d'un courage que Lune ne lui connaissait pas. Il semblait ronronner un feu intense au fond de lui, comme s'il venait de faire entrer le cosmos en lui.