Je sais je sais, j'ai vraiment beaucoup tardé à mettre ce nouveau chapitre en ligne, je suis inexcusable… Bon j'ai déménagé et je n'avais plus d'internet (d'ailleurs j'en ai toujours pas, j'utilise le wifi de mon campus quand je peux.), et pis y avait des moments où je ne savais plus comment faire avancer ma fic, pannes d'inspirations (et ce n'est certainement pas la dernière fois). Bref, désolée, désolée, désolée pas tapeeeer ! ......Et bonne lecture quand même.
Chapitre 4 : La demeure de Marius
Lorsque la petite troupe arriva près de l'entrée de la propriété, quelques paysans qui travaillaient la terre s'enfuirent, effrayés par ces étranges et menaçants visiteurs, tandis que des soldats se postaient sur la muraille dans de grands bruits métalliques. Les lourdes portes de la propriété se refermèrent juste devant le nez des chevaliers qui furent contraints de s'arrêter.
« -Halte !! Qui va là ! ? » cria un des gardes, sans doute le capitaine, du haut de la muraille.
-« Nous sommes des chevaliers du Mur d'Hadrien, et nous venons voir ton maître, Marius Honorius. » fit Lancelot.
L'homme disparut aussitôt et quelques instants plus tard, les portes se rouvraient pour laisser passer un homme corpulent, au visage rond, et vêtu d'une toge. Marius Honorius de toute évidence songea Arthur.
« -Qui êtes vous ? » demanda l'homme.
« - Je suis Arthur Castus, commandant des chevaliers sarmates. Je suis mandaté par l'évêque Germanus. Mes hommes et moi-même avons parcouru un long chemin pour venir ici, nous sommes fatigués et affamés. Veuillez nous offrir votre hospitalité pour un instant. »
Le visage rond de Marius s'éclaira et il fit signe aux chevaliers d'entrer dans l'enceinte. Les villageois, étonnés et un peu effrayés les regardèrent entrer. Visiblement, les visites étaient rares ici songea Idril.
Une fois entrés, la troupe mit pied à terre et observa les lieux. La demeure de Marius était une luxueuse villa romaine en bois et en pierre, assez grande pour loger plusieurs familles. Plus loin dans la cour se trouvait un grand bâtiment de pierre sans fenêtre, dépouillé de tout apparat, froid, et plutôt sinistre. Des corbeaux étaient perchés sur le toit et leur lugubre chant s'élevait dans les airs. Idril ne put s'empêcher de frissonner à cette vue. Cela ne lui disait rien qui vaille.
Des enfants fascinés par les chevaliers s'approchèrent d'eux en poussant des cris de joie. Mais ils n'étaient pas les seuls à être attirés par les guerriers. Plusieurs moines et quelques villageois s'étaient également approchés. Ils touchaient Arthur et ses hommes, comme pour s'assurer qu'ils étaient bien réels. Idril n'y échappa non plus, et éprouva un profond sentiment de malaise avant de remarquer qu'un moine entêté ne cessait de tirer sur la manche de Bors qui était à côté d'elle.
-« Es-tu de Rome ? » fit l'homme
-« Non », répondit Bors, « Je viens de l'Enfer et je vais t'y emmener ! »
Aussitôt, au grand amusement d'Idril, le moine recula, affolé, comme si le diable en personne venait de lui parler. Il semblait à moitié convaincu que Bors disait la vérité. Mais la jeune femme redevint sérieuse en entendant Arthur adresser la parole à Marius.
-« Nous avons reçu l'ordre de vous évacuer sur-le-champ, vous et votre famille, et de ramener votre fils Alecto sain et sauf au Mur d'Hadrien. » fit Arthur avec autorité.
Marius sembla interloqué.
-« C'est…c'est impossible ! » dit-il.
Arthur ne l'écouta pas davantage et balaya du regard la foule qui les entourait.
-« Qui est Alecto ? »
Un jeune garçon d'une quinzaine d'années fendit la foule et vint se planter devant la troupe.
-« Je suis Alecto. » fit-il en s'inclinant respectueusement devant Arthur et ses hommes.
Marius ne prêta pas attention aux paroles de son fils, encore trop choqué par l'annonce que lui avait faite Arthur.
-« Mais….Mais cette terre est tout ce que nous possédons !! Elle nous a été donnée par le pape lui-même, à Rome ! »
-« Eh bien, il va vous falloir la céder bientôt aux Saxons, avec les compliments du Saint Père ! » fit Lancelot sur un ton nonchalant.
Alecto le regarda avec insistance. De toute évidence, le jeune garçon était bien plus intelligent que son père.
-« Les Saxons ? » demanda-t'-il, inquiet.
-« Eh bien Rome enverra une armée pour nous nous sauver ! » fit Marius, de plus en plus désespéré de devoir quitter ses terres.
-« C'est ce que Rome a fait, et c'est nous ! » répliqua Arthur qui commençait à s'impatienter. « Préparez-vous, nous partons dès que vous êtes prêts. »
-« Je refuse de partir ! C'est le Pape en personne qui nous a envoyé ici !» fit Marius sur un ton geignard, au grand déplaisir d'Idril qui commençait à apprécier de moins en moins cet homme buté et obstiné.
Arthur reprit la parole sur un ton beaucoup plus dur et plus direct :
-« Je vais mettre les choses au clair une bonne fois pour toutes ! » fit-t'- il, « Si je ne vous ramène pas vous et votre famille, en particulier votre fils, mes hommes et moi nous ne serons jamais autorisés à quitter cette île ! Alors vous allez venir avec nous, dusse ais-je vous attacher à mon cheval, et vous traîner ainsi jusqu'au Mur d'Hadrien ! » Puis il s'inclina moqueusement en ajoutant ironiquement : « Monseigneur. »
Les autres chevaliers, Bors et Gauvain en tête étaient ravis. Ils adoraient voir les nobles se faire remettre en place par Arthur. Idril partageait cette vision, cet âne bâté de Marius ne l'avait pas volé.
Une femme était arrivée pendant l'échange houleux entre Arthur et Marius. De toute évidence, il s'agissait de l'épouse de ce dernier. Elle avait visiblement été très belle, mais sa beauté semblait s'être ternie prématurément. Elle avait l'air effrayé, et gardait obstinément la tête baissée. Arthur se tourna vers elle :
-« Ma dame, mes chevaliers sont affamés. » dit-il simplement.
La femme jeta un coup d'œil apeuré à son mari. Visiblement, songea Idril, le mariage n'était pas rose pour elle. Après avoir lancé un regard furieux aux chevaliers, et en particulier à Arthur, Marius ordonna :
-« Sers-les Fulcinia ! » Et il s'éloigna à grands pas en grognant.
-« Si vous voulez bien me suivre messieurs. » murmura Fulcinia.
Elle se dirigea alors vers la vaste villa, suivie des chevaliers, d'Arthur, d'Idril, et des deux autres serviteurs. La jeune femme constata avec amusement qu'un jeune homme collait Arthur comme son ombre.
-« Vous êtes bien le célèbre chevalier Arthur n'est-ce pas ? » fit-il avec espoir. « Je m'appelle Ganis ! »
Impassible, Arthur continua à l'ignorer. Sans se décourager, Ganis poursuivit :
« - Je sais me battre, je suis agile et rusé, et je serais fier de vous servir monseigneur ! »
Arthur s'immobilisa. Il venait d'avoir une idée qui pourrait lui faire gagner un peu de temps.
-« Tu désires me servir ? »
Une lueur brilla dans les yeux du jeune homme.
-« Rien ne me ferait plus honneur, messire chevalier ! »
-« Eh bien soit ! Tu vas rassembler les villageois. Quand nous aurons mangé, je vais devoir leur parler !! C'est très important ! »
-« Comptez sur moi messire ! » Et aussitôt le jeune homme s'éloigna, tandis qu'Arthur continuait son chemin vers la villa.
Tristan était reparti en éclaireur, après avoir rapidement mangé quelque chose. Arthur voulait savoir où les Saxons se trouvaient. Le ténébreux chevalier avait donc suivit la piste du Nord, mais sans emprunter directement la route. Yseult, son fidèle faucon le suivait depuis le ciel, planant majestueusement au dessus de lui. Tout en avançant silencieusement dans la forêt, les pensées du chevalier étaient tournées vers une mystérieuse jeune femme de sa connaissance. Il ne cessait de se poser des questions à son sujet. Certes, il lui faisait confiance, et ne pensait pas qu'elle soit une espionne des Saxons, car sinon, pourquoi les Pictes les auraient-ils épargnés dans la forêt rien qu'en la voyant ? Cependant, elle n'était pas l'une des leurs, il en était absolument certain. Elle n'était pas originaire de cette île, mais il était incapable de dire d'où elle pouvait venir. Elle n'était pas romaine non plus, ni gauloise. De plus par moments, elle parlait comme la fois où elle avait insulté Lancelot, dans une langue qui lui était totalement inconnue, et qu'il n'avait jamais entendue parler auparavant. Tristan ne comprenait tout simplement pas d'où pouvait sortir cette fille ! Et cela l'agaçait au plus haut point ! Et comble de l'ironie, il ne pouvait s'empêcher de l'apprécier, car elle lui apportait sans le savoir, un certain réconfort. Pour la première fois, une femme n'était pas rebutée ou effrayée par son apparence et sa personnalité renfermée, pour la première fois une femme avait discuté avec lui plus de deux minutes, sans s'enfuir, sincèrement, et avec gentillesse. Le chevalier n'était plus habitué à la douceur depuis bien longtemps, pourtant, il ressentait le besoin de partager sa compagnie. Car si il avait des amis, une conversation avec eux ne lui avait jamais offert le même bien être que celui que lui avait procuré cette brève conversation l'autre soir avec Idril. Un bruit lointain l'arracha à ses pensées. Il descendit prudemment de cheval, l'attacha à un arbre, et se dirigea en catimini vers la route et l'origine du bruit qu'il venait de percevoir. Le chevalier grimpa dans un arbre et attendit. Quelques instants plus tard, il vit une troupe de Saxons à un embranchement. Quelques hommes, dont un grand guerrier à la longue barbe blonde, qui était visiblement leur chef, étaient en grande conversation avec un éclaireur sur le chemin à emprunter. Caché dans les branches, Tristan les observait. Il écarta une branche pour mieux voir, mais l'éclaireur ennemi s'immobilisa aussitôt, à l'affut du moindre bruit suspect. Tristan se tapit aussitôt, sans un bruit. Force lui était de reconnaître que cet éclaireur était doué, et qu'il avait les sens aussi aiguisés que les siens.
Tristan attendit que les hommes s'éloignent et soient assez loin pour ne pas être repéré. Puis il descendit de l'arbre, retourna vers sa monture et fit marche arrière, en direction de la villa de Marius Honorius, pour faire son rapport à Arthur. En revanche, il ne remarqua pas que quelque chose le suivait dans l'ombre.
L'après-midi brumeux s'écoulait sur la villa romaine. Idril était assise sur une pierre, à côté de son cheval. En apparence elle lisait, mais en réalité pour cacher qu'elle réfléchissait et pour trouver un plan sur la suite des évènements. Un peu plus tôt, elle avait fait un tour dans la propriété en s'efforçant de ne pas trop attirer l'attention des mercenaires sur elle, et avait tenté de trouver Guenièvre, mais elle n'avait rien pu apprendre sur l'endroit où pouvait se trouver la fille de Merlin. Cela l'inquiétait, d'autant plus que les villageois n'étaient pas bavards et semblaient craindre Marius comme la peste. Idril n'avait pas pu orienter ses recherches vers le sinistre bâtiment de pierre, et comptait bien trouver l'occasion d'y accéder, car si Guenièvre n'était pas morte, elle ne pouvait se trouver que là. Seulement, elle ne voyait qu'Arthur qui puisse l'y aider, car il était le seul à avoir assez d'autorité à part Marius pour cela. Et elle ne pouvait pas demander son aide directement, donc il allait falloir manœuvrer pour qu'Arthur veuille, d'une façon ou d'une autre, aller dans ce bâtiment. Ce qui n'allait peut-être pas être si compliqué que ça, car la jeune femme avait remarqué que le chevalier était lui aussi intrigué par le bâtiment. Arthur ne semblait pas porter Marius dans son cœur, et Idril sentait que la colère montait en lui et jetait de temps en temps un coup d'œil dans sa direction pour voir s'il allait tenter quelque chose.
Arthur de son côté se trouvait sur les remparts du mur d'enceinte de la villa, et il était révolté par ce qu'il voyait : de toute évidence, Marius, cet homme qui prétendait être romain et chrétien, avait réduit les villageois à un état de quasi-esclavage, et ne se gênait pas pour les maltraiter, avec l'aide de ses mercenaires. Le chevalier surveillait les préparatifs du départ et remarqua que le jeune Ganis avait fait du bon travail, car il avait réussi à rassembler la plus grande partie des villageois devant les portes. Lorsqu'il descendit des remparts, le jeune garçon courut vers lui. Arthur franchit les portes, et rejoignit la foule qui l'attendait. Tous le regardaient, apeurés, sans oser s'approcher.
-« Une grande et cruelle armée se dirige vers nous, commença- t'il d'une voix forte.
Un murmure d'affolement se rependit dans la foule.
-« Les Saxons n'épargnerons rien ni personne. Ceux qui sont valides doivent rassembler le strict minimum et commencer à se diriger vers le sud, vers le mur d'Hadrien. Ceux qui ne peuvent voyager seuls viendront avec nous. » Il conclut avec un sourire qui se voulait encourageant, et s'éloigna, Ganis sur ses talons. Soudain il s'arrêta à la vue d'un homme d'une cinquantaine d'années, torse nu, enchaîné à un poteau de bois, et qui avait le dos lacéré de coups de fouets. Visiblement, il devait être là depuis longtemps et semblait à peine conscient. Arthur sentit son sang bouillir.
-« Qui est cet homme ? »
-« Le doyen du village.» répondit Ganis.
-« Le doyen ? » fit Arthur indigné, « Et pourquoi le punit-on ? Réponds !» ordonna t'il à Ganis.
Le jeune homme rassembla son courage, et désigna la demeure de Marius.
« -Il a défié notre maître » dit-il enfin. « Marius nous a dit qu'il était un homme de Dieu, et que c'était un péché de le défier. Mais la seule chose que le doyen demandait, c'était que nous puissions garder un peu plus des récoltes pour nous. La plus grande partie de ce que nous produisons prend la mer, et nous n'avons pas assez pour nous nourrir. Mon ventre crie famine, voilà des jours que je n'ai pas mangé à ma faim ! »
Pour toute réponse, Arthur sortit Excalibur de son fourreau et brisa d'un coup rageur l'anneau qui attachait la chaîne au poteau. L'homme tomba par terre.
-« Qu'on s'occupe de cet homme ! » Arthur se tourna ensuite vers Ganis et gronda : « Marius n'est pas un homme de Dieu ! Et toi, tout comme l'ensemble des gens qui se trouvent ici, tu étais libre depuis le jour de ta naissance ! » Sur ce, Arthur tourna les talons, laissant planté là un Ganis hébété.
C'est à ce moment là que Tristan revint de sa mission. Il avait l'air fatigué, mais il n'avait visiblement pas été blessé. A ce moment là, Idril sentit une étrange présence, et sut qu'il s'agissait d'un des sbires de Morgoth. Elle serra le manche de son épée et attendit à l'affut du moindre élément suspect. Mais, curieusement, tout à coup, la présence se volatilisa comme elle était venue. « On dirait qu'il s'agissait d'un simple repérage ! Mais j'ai intérêt à rester sur mes gardes ! A mon avis, cette chose ne compte pas en rester là !» se dit la jeune femme en son fort intérieur avant de reporter son attention sur Tristan. L'éclaireur faisait son rapport à Arthur :
-« Les Saxons nous longent par l'est, et ils s'apprêtent à nous couper la route au sud. »
-« Combien sont-ils ? »
-« Une armée entière » fit Tristan, tandis que Lancelot venait se joindre à eux. « Ils seront là avant la tombée de la nuit ! Nous devons partir tout de suite ! » Fit-il d'un ton pressant.
L'air sombre, Arthur hocha la tête.
-« Nous devons prendre un autre itinéraire ».
Tristan approuva :
-« Nous devons emprunter le même chemin que les Saxons, vers l'est et couper à travers les lignes ennemies. »
-« Et si d'autres Saxons arrivent par là ? » demanda Lancelot.
-« Nous n'avons pas d'autre, choix, c'est la seule solution. » dit Tristan
-« Alors partons. » dit Arthur.
-« Arthur, » reprit Tristan en désignant les paysans qui s'affairaient autour d'eux, « Qui sont tous ces gens ? »
« - Ils viennent avec nous. » répondit simplement Arthur.
« - Alors nous n'y arriverons jamais. » Fit Tristan avec un sourire sinistre et découragé.
Moins d'une heure plus tard, les préparatifs de départ avaient bien avancé. Marius continuait à protester, mais les chevaliers l'ignoraient. Sa femme craignait visiblement qu'il finisse par passer sa colère sur elle, car elle lui jetait des coups d'œil apeurés. Idril eu à nouveau une pensée de pitié pour elle ; la brute qui lui sevrait de mari devait la battre souvent. Lancelot, lui, était mécontent de devoir escorter les villageois en plus de la famille, et tentait de convaincre Arthur que cela ne ferait que les retarder, qu'ils ne pourraient pas tous les protéger, mais Arthur ne voulût pas les abandonner et Lancelot dû céder.
Idril remarqua qu'Arthur fixait de plus en plus souvent le gros bâtiment de pierre, tandis que des flocons de neige commençaient à tomber. Les tambours saxons commençaient à résonner aux alentours, et la fuite semblait désespérée. Les chevaliers s'empressèrent de faire monter les gens dans des chariots le plus vite possible. Idril sentait qu'Arthur ne pouvait plus se contenir, et en effet, un court instant plus tard, il tirait son épée et sautait à bas de son cheval. Lancelot eut un roulement d'yeux exaspéré, et Bors émit un petit ricanement. Idril ne put s'empêcher de dire :
-« Il fait toujours du zèle comme ça ? »
-« Hé hé hé ! Toujours ! » Répondit Bors avec un grand sourire.
Deux mercenaires voyant Arthur en train de traverser la cour tentèrent de s'interposer, mais Arthur brandit son épée d'un air menaçant.
-« Ecartez-vous ! »
Les deux hommes, bien que récalcitrants, furent contraints d'obéir. Les autres chevaliers ayant vu la scène, se rapprochèrent d'Arthur afin de le couvrir.
Arthur regardait la porte du bâtiment et se rendit compte qu'elle avait été murée. Le mortier était d'ailleurs encore frais.
-« Dagonet ! Dégage moi tout ça! » Ordonna t'-il.
Le colosse ne se fit pas prier deux fois. Il descendit de cheval, et armé de sa lourde hache, il commença à démolir le mur, qui ne tarda pas à voler en éclats. Autour d'eux, des moines et des mercenaires arrivèrent inquiets. Visiblement, ils craignaient la réaction d'Arthur, si celui-ci voyait ce qu'il y avait à l'intérieur de la bâtisse. Dagonet, très efficace, finit par dégager une lourde porte en bois. Arthur tenta d'ouvrir la porte, mais elle était verrouillée.
-« La clé ! » fit Lancelot d'un ton menaçant, en pointant son épée sur un des mercenaires.
L'homme se mit à bégayer :
-« Je…Je ne l'ai pas ! »
Lancelot appuya un peu plus la lame de son épée sur la gorge de l'homme, en ordonnant sur un ton peu rassurant :
-« Ouvre cette porte ! »
-« C'est fermé…de l'intérieur ! Il n'y a pas de clé ! » Fit le mercenaire terrifié.
Mais Dagonet semblait penser qu'il n'y avait pas besoin de clé, et comme il l'avait fait pour le mur de briques, il fracassa la porte qui céda au bout de même pas trois coups, sous le regard impressionné d'Idril. « Hé bé ! On peut dire que les choses ne traînent pas avec lui en tout cas !» songea la jeune femme.
Des mercenaires voulurent empêcher les chevaliers d'entrer, mais renoncèrent vite en voyant l'expression peu engageante de ces derniers, qui avaient tiré leurs épées, et qui semblait prêt à en découdre. Idril, elle, se trouvait juste à côté d'Arthur. Elle était en train d'enrouler des bouts de tissu autour de quelques morceaux de bois pour fabriquer des torches. Elle se doutait bien qu'il devait faire très sombre dans le bâtiment, vu qu'il n'avait pas de fenêtres. Elle en tendit une à Arthur, qui la prit en la remerciant du regard. Une fois les torches allumées, Arthur, Idril, Dagonet, Lancelot, et Gauvain entrèrent dans le bâtiment, tandis que Tristan, Bors, et Galaad restaient dehors pour surveiller les mercenaires. Comme Idril l'avait deviné, à l'intérieur, il faisait noir comme dans un four. A la lueur des torches, le groupe descendit un petit escalier, l'épée à la main. Des instruments de torture étaient accrochés aux murs, ils pendaient sinistrement. A cette vision, Arthur, Idril et les autres se sentirent ébranlés, mais ils continuèrent néanmoins à avancer. Une puanteur ignoble les assaillit et Idril sentit ce qu'elle avait mangé commencer à remonter de son estomac. Elle parvint à grand peine à contenir sa nausée. Le groupe parvint en bas de l'escalier ; un moine hideux était agenouillé devant un autel.
« -Qui ose profaner le temple du Seigneur ? » Demanda-t-il en se retournant, une lueur de démence dans le regard. En examinant les lieux, Idril se demanda quel dieu pouvait réclamer un tel temple et un tel spectacle :
De tous les côtés se trouvaient des cellules, dans lesquelles des hommes agonisaient. En voyant les nouveaux arrivants, ceux qui avaient encore quelques forces se mirent à tendre les bras à travers les barreaux en gémissant. Visiblement, ils avaient vécu ici un véritable calvaire, et ne semblaient plus en état de décrire ce qu'ils avaient subit.
Soudain, un moine poussa violement Idril et saisit Lancelot qui était derrière elle par le bras.
« - Qui es-tu pour oser entrer en ce lieu sacré ? » fit le moine avec une voix d'outre-tombe. Grave erreur de sa part de dire ça à Lancelot, car ce dernier était tellement indigné et furieux de ce qu'il voyait, que cette parole fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Le chevalier, laissant exploser sa colère et sa rage, tira son épée et transperça le moine.
L'autre moine, celui qui avait l'air fou, regarda le cadavre de son congénère, horrifié.
« -C'était un homme de Dieu ! « S'écria - t'il.
« -Pas de MON Dieu ! » Répliqua Lancelot.
Arthur, lui, semblait encore plus choqué que les autres de la vision qui s'offrait à lui. Car après tout, c'était au nom de Dieu, que tous les malheureux emprisonnés ici avaient été torturés. Il ne pouvait pas croire que c'était cela que Dieu exigeait. Son dieu à lui était un dieu d'amour, de paix et de tolérance, pas un dieu de haine, de soumission et de souffrance. Il avait sous les yeux la preuve des dégâts que pouvaient causer le fanatisme. Sortant de ses pensées, il revint à l'essentiel :
« -Voyez s'il en est qui vivent encore ! » Ordonna-t'il.
Gauvain, Idril, Dagonet et Lancelot commencèrent à briser les cadenas des cellules à coups d'épée.
« -Cet homme là est mort depuis plusieurs jours. » Fit Lancelot en examinant le contenu d'une cellule.
« -Rien qu'à l'odeur, on devine qu'ils le sont tous ! » Renchérit Gauvain.
Néanmoins, certains prisonniers étaient malgré tout encore en vie. Les chevaliers en découvrirent et en libérèrent trois. Idril, de son côté, avait entendu un faible gémissement venant d'une cellule qui avait été creusée dans la roche à la manière d'un puits. Elle s'empressa d'aller voir de ce côté-là, Dagonet sur ses talons. Quand ils se penchèrent au dessus de la cellule, ils y découvrirent un petit garçon d'une dizaine d'années, tremblant de froid, et recroquevillé sur lui-même. Celui-ci leva vers eux un regard terrifié.
« -Ecartez-vous demoiselle, je vais ouvrir cette cage. » Fit Dagonet à Idril.
La jeune fille obéit, et le géant, levant sa lourde hache, l'abattit sur le cadenas qui fermait la grille. Le cadenas vola en éclats, et quelques instants plus tard, Dagonet avait sortit le garçon de sa prison. Il l'assit sur le rebord de la cellule afin qu'Idril puisse l'examiner. L'enfant était mort de peur, et eut un faible mouvement de recul.
« - Tu n'as pas à avoir peur de moi, ni de cette jeune femme. » Dit doucement Dagonet à l'enfant pour le rassurer.
Idril s'approcha de l'enfant, et commença à l'examiner. Quelque chose lui sauta tout de suite aux yeux :
« -Il a le bras cassé. » murmura -t'elle, « Et il a beaucoup de fièvre. »
Dagonet hocha la tête, et ajouta :
« -Je vais l'emmener à l'extérieur. »
Sur ce, le géant prit l'enfant dans ses bras, l'enveloppa dans sa cape et se dirigea vers la sortie. Idril, elle, continua à chercher des gens encore vivants, mais hélas sans succès. Elle commençait à redouter le pire pour la fille de Merlin, sans vouloir perdre espoir. Arthur, Lancelot et Gauvain n'avaient pas plus de chance. Ils ne trouvaient que des cadavres, certains dans un état de décomposition avancé.
Lancelot avait prit une torche, et s'enfonçait dans les profondeurs de la prison. Arthur le rejoignit. Après avoir contemplé encore une succession d'horreurs, Lancelot se tourna vers Arthur et demanda :
« -Est-ce là l'œuvre de ton Dieu ? »
Arthur n'avait rien à répondre, tant il était anéanti par ce spectacle révoltant. Il prit la torche de Lancelot et ensemble, ils continuèrent à avancer. Idril arriva derrière eux et annonça :
« -Il n'y a plus aucun survivant dans la première pièce, ils sont tous morts. »
Arthur secoua la tête avec tristesse et Lancelot émit un soupir de colère. Le petit groupe poursuivit sa progression, mais de tous les côtés, il n'y avait que la mort qui s'offrait à leurs yeux. Désespéré, Arthur cria dans un ultime espoir :
« -Y a-t-il encore quelqu'un ici !? »
Dans la pénombre, ils distinguèrent un mouvement, et une voix faible, presque inaudible leur parvint. Un instant plus tard, ils découvraient une jeune femme couverte de crasse, et dans un piteux état, adossée au mur d'une cellule si petite qu'il était impossible de s'y tenir debout. Arthur tira son épée, et éclairé par Lancelot, il brisa le cadenas de la cellule. Idril espérait de tout son cœur qu'il s'agissait de Guenièvre, et aida Arthur à sortir la jeune femme de là.
Quelques minutes plus tard, Lancelot et Idril sortaient des entrailles de la prison, suivis par Arthur qui portait la jeune femme. Elle leva un bras décharné sur ses yeux pour se protéger de la lumière. Gauvain étendit une couverture par terre et Arthur la déposa dessus. Au total cinq prisonniers seulement avaient survécut, dont le petit garçon et la jeune femme.
« -Qu'on apporte de l'eau ! » Hurla Arthur.
Au grand étonnement d'Idril, ce fut Horton arriva en courant, des outres d'eau à la main. Peut être que le serviteur de l'évêque avait bon cœur au fond, même si c'était un trouillard.
Dagonet aida le garçon, qui se prénommait Lucan, à boire. Arthur, lui, s'occupait de la jeune femme qu'il avait libérée. Elle but avec hésitation, sans le quitter du regard. On aurait dit un animal traqué et terrifié.
« -Je suis un officier romain. » lui dit doucement Arthur, « Vous êtes sauvée, vous n'avez plus rien à craindre. »
La jeune femme ne répondit pas, et continua à le regarder. Arthur ne put alors s'empêcher de penser qu'elle avait vraiment de très beaux yeux.
« -Elle est Picte. » dit Tristan après lui avoir jeté un regard. A ces mots, Idril sentit l'espoir revenir en elle.
C'est alors qu'un Marius Honorius furieux arriva.
« -Arrêtez ça tout de suite !! Qu'êtes-vous en train de faire ? Il n'y a que des païens ici ! »
Arthur était fou de rage et pointa son épée sur lui.
« -Que signifie ceci ? Quelle est cette folie, brute ?! »
« -Mais ce sont des païens ! »dit Marius, comme si cela expliquait tout.
« -Nous aussi ! » fit Galaad avec colère.
Marius était totalement décontenancé.
« -Ils refusent d'accomplir les tâches que le Seigneur leur a réservé ! Ils doivent mourir ! Pour donner un exemple aux autres !
« -Ils refusaient de remplir leurs tâches ? Tu veux dire qu'ils refusaient d'être tes esclaves ? ! » demanda Arthur sur un ton calme, mais d'où perçait la colère.
Marius, heureux d'être enfin compris, acquiesça :
« -Oui, oui, c'est cela. »
Arthur craqua et referma sa main sur la gorge de Marius. Ce dernier comprit qu'il avait intérêt à plaider rapidement sa cause.
« - Mais enfin ! Vous qui êtes romain, et chrétien ! Vous devriez comprendre !
A ces mots, Arthur le relâcha brusquement, et Marius retomba lourdement sur le sol. Il se releva, et regarda en direction des prisonniers que les chevaliers avaient sortit de sa prison. Sa femme Fulcinia était agenouillée auprès la jeune femme, Idril également à ses côtés. Fulcinia et la jeune femme blessée échangèrent un regard, elles semblaient se connaître. Cela n'échappa pas à Marius, qui se précipita vers sa femme.
« -C'est toi ! » cria-t'il, « C'est toi qui l'a maintenue en vie ! »
Il gifla violement son épouse qui tomba par terre. Arthur réagit aussitôt et d'un coup de poing rageur Marius alla rejoindre sa femme. Lancelot aida Fulcinia à se relever, tandis qu'Arthur pointait à nouveau son épée sur la gorge de Marius, toujours à terre. Ses mercenaires tentèrent de l'aider, mais le regard que leur lança Arthur les en dissuada.
« -Laissez, laissez ! »leur fit Marius, qui s'adressa ensuite à Arthur : « Quand nous serons arrivés au Mur, tu payeras pour cette hérésie ! »
« -Peut-être devrais-je te tuer à l'instant, ainsi mon destin serait scellé ! » fit Arthur qui appuya davantage la lame de son épée sur la gorge de Marius.
« -Je suis prêt à mourir avec lui. » Dit alors le moine dément de la prison. « Pour le mener jusqu'à son dernier repos. »
Arthur lui jeta un regard flamboyant de colère.
« -Qu'on emmure à nouveau cet homme et ses compagnons ! » dit-il à mi-voix.
« Arthur ! » fit Tristan pour l'en dissuader, car le temps pressait.
« -J'ai dit : emmurez-les ! » hurla cette fois Arthur.
Tandis que Marius se relevait péniblement, Ganis, aidé de quelques paysans, et de Dagonet, poussèrent les moines dans la prison. L'entrée fut rapidement murée à nouveau. Idril n'envia pas le sort de ces moines, bien que ce sort fût largement mérité.
Elle était occupée à installer les rescapés dans des chariots. L'enfant et la jeune femme furent mis ensemble dans le même véhicule. Idril attacha Harod au chariot et monta avec eux, afin de pouvoir leur donner d'abord quelques soins de première nécessité. Fulcinia s'occupant de la jeune femme qui avait perdu connaissance, Idril s'occupa de l'enfant. Elle lui enleva sa chemise en lambeaux afin de mieux voir l'étendue des dégâts, et d'approfondir l'examen médical. Il avait plusieurs traces de coups et des bleus sur tout le corps, et surtout, le bras cassé. Sinon, il souffrait visiblement de malnutrition, et il était très fatigué. Idril s'occupa d'abord de son bras, il était cassé mais l'os ne s'était pas déplacé beaucoup. Elle pouvait soigner ça grâce à sa magie guérisseuse très rapidement, mais cela allait éveiller les soupçons si le bras de l'enfant guérissait aussi vite. Elle décida donc d'utiliser sa magie, mais de ne pas soigner en une fois l'enfant, à son grand regret, et de juste remettre l'os correctement en place. Au moins, elle pourrait calmer sa douleur. Idril jeta un coup d'œil à Fulcinia, elle était en train de laver et de panser les plaies de la jeune femme, toujours inconsciente. Cela servait ses plans, la femme de Marius ne faisait pas attention à elle. L 'enfant, (Lucan), regardait Idril avec mélange de peur et de curiosité. Elle était gentille avec lui, et il sentait qu'elle cherchait à l'aider, mais, il se demandait qui pouvait bien être cette jolie dame. Une fée peut-être ? Il sursauta cependant quand elle lui prit doucement le bras qui lui faisait mal. Elle le regarda en souriant, puis, elle fit lentement glisser sa main sur son bras. Et là, une faible lueur verte sembla briller autour de sa main. Lucan sentit une douce chaleur remplacer la douleur dans son bras. Il leva les yeux vers « la fée », et celle-ci lui fit un clin d'œil, tout en mettant son doigt sur sa bouche pour lui faire comprendre que ce qu'il venait de se passer était un secret et devait le rester. Lucan, stupéfait, fit un petit signe de tête pour répondre oui, et mit lui aussi son doigt devant sa bouche. Idril lui sourit et lui caressa doucement les cheveux, avant d'envelopper son bras dans un bandage, et de le lui mettre en écharpe. Ensuite, elle sortit de son sac un petit flacon et mit un peu de son contenu sur les bleus, et autres petites blessures de l'enfant. Le baume avait une agréable odeur de plantes. Enfin, Idril habilla l'enfant avec des vêtements propres que lui avait donné Fulcinia. Ils étaient un peu grands, mais c'était mieux que la tunique sale et en lambeaux qu'il portait auparavant. Elle l'enveloppa dans une grande couverture pour lui tenir plus chaud, et mit sa main sur son front pour mesurer la fièvre. Il était brûlant. Elle sortit alors un autre flacon de son sac, un peu plus gros que le premier et qui était remplit d'un liquide vert émeraude. Elle versa un peu de ce liquide dans un petit gobelet de cuir et s'approcha pour le faire boire à Lucan. C'était une potion à base d'athelas concentré, une recette familiale que lui avait transmis son père.
« -C'est un peu amer » murmura Idril pour que Fulcinia ne l'entende pas, « mais ça va te faire du bien et faire baisser un peu la fièvre. » Lucan fit la grimace en buvant, mais il avala tout.
« -Maintenant tu vas dormir un peu, et te reposer. » Lui dit gentiment Idril.
Lucan murmura un faible oui, mais voyant qu'Idril allait s'éloigner de lui, il lui attrapa la main.
« -Tu veux bien rester encore un peu avec moi ? » Murmura l'enfant, sur un ton suppliant.
Touchée, Idril, qui avait au départ l'intention d'aller voir la jeune femme Picte dont s'occupait Fulcinia, ne put qu'accepter. Elle prit l'enfant dans ses bras, et le berça en chantant faiblement. Lucan, heureux d'avoir enfin un peu de tendresse après le calvaire qu'il avait vécu s'endormit rapidement. Idril l'installa le plus confortablement possible dans le chariot, bien au chaud dans sa couverture. Elle le regarda un instant dormir et maudit ceux qui avaient pu lui faire du mal.
Idril revint à sa première idée, et alla près de Fulcinia pour voir la blessée. Fulcinia avait fait du bon travail, les plaies de la jeune femme avaient été bien lavées et pansées. Elle se tourna vers Idril :
« -Comment va l'enfant ? »
« -Il a de la fièvre, mais il s'est endormi. Et la jeune femme ? » Répondit Idril.
« -Elle aussi a de la fièvre, et elle n'a toujours pas reprit connaissance. Je ne sais si elle va survivre à ses blessures. » Fit tristement Fulcinia.
Idril hocha la tête, inquiète. Elle ne savait toujours pas si la mystérieuse femme picte était Guenièvre, et son état ne présageait rien de bon. En tout cas, même si Fulcinia avait fait de son mieux, il fallait qu'Idril utilise sa magie pour la sauver. Sinon, elle allait mourir en restant dans cet état. Mais pour cela, il fallait éloigner Fulcinia.
« -Vous devriez peut-être aller voir votre fils, ma dame. » dit Idril, « Ne vous en faites pas, je veillerai sur les blessés ».
« -Oui, je vais aller voir Alecto » Répondit Fulcinia, heureuse de la proposition d'Idril. « Je vous fais confiance, appelez moi si vous avez besoin de quelque chose.»
Et sur ce, la femme de Marius descendit du chariot pour rejoindre celui dans lequel se trouvait son fils.
Ils avaient quittés la propriété depuis un moment déjà, mais les tambours saxons se faisaient toujours entendre dans l'air. Les chevaliers escortaient le convoi, Tristan ouvrant la marche, suivit d'Arthur et de Lancelot tandis que Galaad et Gauvain encadraient les flancs et que Bors fermait la marche. Dagonet, lui, avait prit les rênes du chariot transportant Idril et les deux rescapés des geôles de Marius. Il semblait beaucoup se soucier de l'état du jeune garçon. Sous ses apparences de guerrier sans pitié se cachait en fait un coeur généreux et tendre? ce qui touchait beaucoup Idril. "Il ne faut jamais se fier aux apparences...." songea-t'elle avec amusement.
Après cette réflexion, Idril s'approcha de la jeune femme. Elle était pâle, et semblait souffrir, même dans son sommeil. Vérifiant que personne ne la voyait, Idril se pencha sur elle, écarta les couvertures et appliqua ses mains sur son torse. Une lumière verte jaillit, et sembla absorbée par le corps de la blessée. Idril enleva ses mains et prit le pouls de sa patiente. Il était plus fort et plus régulier, elle arrivait mieux à respirer. A nouveau, Idril remplit son gobelet de cuir de la potion vert émeraude, et le lui fit avaler. La jeune femme parvint à avaler, mais se mit à tousser et ouvrit faiblement les yeux. Idril sauta sur l'occasion et malgré l'état de sa patiente, lui demanda à brûle-pourpoint :
« -Te nommes-tu Guenièvre ? »
La jeune femme sembla surprise en entendant son nom, mais parvint à répondre :
« -Oui, mais qui es-tu ?»
« -Mon nom est Idril, et je suis ici à cause de ton père. On m'a confié une mission, et je devais en plus te retrouver. Je suis soulagée que tu sois encore en vie, je n'avais plus beaucoup d'espoir !»
Guenièvre, car c'était bien la fille de Merlin, regarda Idril avec étonnement et lui demanda :
« -Comment…Comment va mon père ? »
« -Je ne l'ai rencontré qu'une fois, mais il semblait aller bien. Il se faisait surtout du souci pour toi Guenièvre. »
« -Les dieux soient loués ! Je vais peut-être enfin le revoir ! »
« -Je l'espère aussi, mais pour l'instant tu dois te reposer, et me laisser te soigner. »
Guenièvre acquiesça, et tenta de s'asseoir, mais elle n'y parvint pas et poussa un cri de douleur. Sa main la faisait apparemment souffrir. Idril la le lui prit doucement et commença à dérouler le bandage qui l'entourait. Quand ce fut fait, elle ne put retenir un petit cri d'horreur :
« -Par tous les Valars ! »
La main de la jeune femme était abîmée et déformée, comme si on lui avait brisé les doigts. En les examinant mieux, Idril constata qu'ils étaient en fait déboîtés. C'est à ce moment là qu'Arthur fit irruption dans le chariot.
« -Comment vont les blessés ? »
« -L'enfant s'est endormi malgré la fièvre, et la jeune femme vient de se réveiller. »
Le regard d'Arthur tomba sur la main de Guenièvre.
« -Ses doigts ! » murmura-t'il, choqué et bouleversé de voir l'état dans lequel ils se trouvaient.
« - Ils ont été déboîtés, et il faut les remettre en place rapidement. » Répondit Idril.
Arthur voulut s'en charger, mais Guenièvre, méfiante, recula légèrement quand il s 'approcha d'elle. Il lui prit néanmoins la main avec douceur et lui dit :
« -Si tes doigts demeurent ainsi, tu ne pourras plus jamais t'en servir. Je dois les remettre en place.
Guenièvre le regarda fixement, scrutant son visage comme si elle cherchait une raison de lui faire confiance, puis elle croisa le regard d'Idril qui hocha la tête en signe d'approbation.
« -Cela va te faire mal », Reprit Arthur, « Très mal. »
Guenièvre ne répondit rien, mais ne retira pas sa main non plus, ayant comprit qu'il en allait de son intérêt personnel. Alors, Arthur lui retourna la main et la cala conte sa poitrine, tandis qu'Idril tenait fermement le bras de la jeune femme afin de faciliter la délicate opération. Arthur regarda Guenièvre droit dans les yeux, saisit son index, et remit le doigt en place d'un geste sec. A la grande surprise d'Arthur et d'Idril, qui s'attendaient à ce que Guenièvre pousse un cri, la jeune femme grimaça, laissa à peine échapper une faible plainte de douleur et serra les dents. Idril ne put s'empêcher d'éprouver de l'admiration pour elle. Arthur répéta l'opération avec les autres doigts et ce ne fut qu'au dernier remit en place que Guenièvre, ne pouvant plus garder muette pareille douleur, laissa échapper un grand cri. Elle était épuisée, et laissa sa tête retomber contre le torse d'Arthur. Puis se redressant légèrement, elle se mit à parler comme pour oublier ce qu'elle venait de subir :
« -Ils m'ont torturée…Ils m'ont torturée…avec des instruments. »
Idril et Arthur la regardaient, choqués par ce qu'elle disait et pleins de compassion pour elle.
« -Ils m'ont forcée à dire des choses que j'ignorais… Ils m'ont démis les doigts un par un, et à chaque doigt, je ravalais ma voix. A un moment, je n'ai plus eu le courage de hurler, ma voix s'était éteinte, et enfin, j'ai entendu ta voix, je t'ai entendu toi et les autres dans le noir, j'ai vu ta torche briller dans les ténèbres….
La jeune fille se tut un instant avant d'ajouter :
« -Vous m'avez sauvée… », puis elle s'adressa directement à Arthur : « Je m'appelle Guenièvre, et toi tu es Arthur…»
Idril se retira discrètement à l'autre bout du chariot pour s'occuper de Lucan, se sentant inutile dans cette discussion et n'ayant rien à dire de plus. Cependant, elle ne pouvait pas vraiment faire autrement que d'écouter le reste de la conversation :
« -Le chef des chevaliers du Grand Mur ? » fit Guenièvre, après qu'Arthur eu confirmé son identité. Il avait l'air surpris de l'expression utilisée par son interlocutrice, mais il acquiesça :
« -Oui, c'est bien moi, en effet. »
Guenièvre le dévisagea pendant un long moment, et son regard parut s'assombrir.
« -Tu es le célèbre breton qui assassine son propre peuple. »
Idril vit qu'Arthur était abasourdit par cette déclaration incroyable, mais avant qu'il n'ait pu répondre, Guenièvre s'affaissa dans le chariot et perdit connaissance. Il la regarda un long moment, perdu dans ses pensées, puis sans rien dire, il descendit du chariot et remonta sur son cheval, avant de s'enfoncer dans la tempête de neige qui faisait rage depuis un moment.
Idril jeta une couverture sur Guenièvre et essaya de calfeutrer le chariot le mieux possible afin de garder la chaleur à l'interieur. Elle irait voir les trois autres rescapés quand le convoi s'arrêterait pour la nuit. De toute façon, Fulcinia avait dû aller les voir et leur donner les premiers soins. Dagonet conduisait toujours le chariot, et de temps en temps il jetait un coup d'œil dans le chariot, afin de voir si Lucan dormait toujours. Idril s'était installée dans un coin du chariot, et essayait de se reposer un peu, mais elle se sentait trop sur le qui vive pour ça. Elle redoutait la tombée de la nuit, car les sbires de Morgoth allaient certainement passer à l'action à ce moment là. « Il faut absolument que je me repose, sinon je vais m'écrouler de sommeil devant l'ennemi sans pouvoir protéger qui que ce soit ! » Elle ferma les yeux et finit par s'endormir bien enroulée dans une couverture, bercée par le son du vent furieux et tourbillonnant.
Dehors, la tempête s'intensifiait encore, gelant chevaliers, hommes et bêtes.
J'espère que vous avez quand même aimé. ^_^
