Chapitre quatre

Emma ouvrit doucement les yeux, difficilement, en proie à une appréhension totale. Ça recommençait, encore, et elle le savait. L'atmosphère autour d'elle était sombre, lourd, empli de spores volatile. Les murs de la pièce étaient en bois, sales et pleins de tâches, tout comme le parquet. Le lit sur lequel la jeune femme se trouvait était rouillé, le matelas troué, poussiéreux et moisi. Elle se leva brutalement avec un vertige et failli vomir. L'effet était pire que d'habitude.

Ça recommence, ça recommence, ça recommence…

Encore encore encore encore encoreencoreencore….

La jeune femme ouvrit la porte de la pièce, et ne rencontra qu'obscurité et oppression. Sa voix résonna en écho quand elle cria. Un cri qui percuta les murs délabrés de la pièce. Qui s'envola dans l'obscurité en une onde de choc. Puis la lumière se fit soudain, déchirant le noir, l'aveuglant, brutale, vive, brûlante. Elle poussa un cri étonné et s'étala par terre, la joue contre le parquet froid. Puis elle rouvrit les yeux pour de bon, en sueur et gelée de la tête aux pieds. Empêtrée dans des couvertures, Emma mit un certain temps à reconnaître l'endroit où elle se trouvait. Il s'agissait de la même pièce qu'il y a quelques minutes, mais elle était normale.
Son souffle était saccadé et elle était très pâle. Puis elle reconnut la petite chambre qu'on lui avait attribuée à son arrivée sur le Moby Dick, la veille. Elle s'était écroulée dans le lit, épuisée de sa journée et son petit combat contre les brigands. Ses sacs trainaient dans un coin, à côté de sa commode.

Depuis qu'elle était enfant, Emma était occasionnellement sujette à des cauchemars et des rêves éveillés. Cela pouvait lui faire pendant une certaine période, durant laquelle elle dormait très mal, puis ça disparaissait pendant un moment, des semaines, voire même des mois, avant de revenir. Et c'était souvent la même chose qui se produisait, en l'occurrence, elle se trouvait dans le même lieu que dans lequel elle se trouvait, mais il semblait… différent. Presque opposé. Et cela, Emma ne l'expliquait pas. Elle songea donc qu'elle était partie pour une période de sommeil perturbé et flippant. La jeune femme se leva, enfila un jean, un pull en laine rouge et ses bottes. Puis elle prit des affaires de toilette et sortit dans le couloir. Croisant quelques membres de l'équipage surpris, elle leur demanda avec un nature désarment où se trouvait la salle de bain commune, et s'y rendit avec une démarche plutôt détendue. Au fond, son cœur battait la chamade. Les hommes de Barbe-Blanche ne semblaient pas méchants ou pervers, mais elle ne pouvait s'empêcher d'être méfiante, bien qu'elle fasse paraître le contraire.

Quelques hommes se douchaient encore, papotant entre eux et lançant des railleries. Ils ne prêtèrent même pas attention à Emma, qui entra silencieusement dans la salle d'eau avant de s'engouffrer dans les cabines du fond pour avoir la paix.

- Il paraît qu'il y a une nouvelle dans l'équipage, fit l'un d'eux en attachant une serviette autour de sa taille.

- Sérieusement, une femme ?

- C'est la gamine dont parlait Père l'été dernier il me semble. D'après Marco, elle est forgeronne et bonne combattante.

- J'espère au moins qu'elle sait faire la cuisine, railla un quatrième sous les éclats de rire de ses compagnons.

Emma se renfrogna aussitôt, perplexe face à ce comportement qui, pourtant, était courant dans la vie de tous les jours les femmes étaient souvent décrédibilisées et, selon certains hommes – la majorité – inaptes à faire partie d'un équipage de pirates. Elle se doucha rapidement, et ne prit même pas la peine de profiter de l'eau chaude. Elle sortit fièrement de sa cabine de douche, exhibant son corps moulé dans sa serviette de bain et lança un regard hautain aux hommes, qui la fixèrent avec des grands yeux étonnés, peu intimidés par cette jeune demoiselle malgré sa grande taille et sa carrure.

- Avant de dire des choses pareilles, vous devriez peut-être apprendre à me connaître et connaître mes capacités, bande de machos ! fulmina-t-elle en les foudroyant du regard.

- Tu ferais mieux de te calmer jeune fille, tu es sur le Moby Dick ici, ne croit pas que tu as déjà ta place juste parce que Père t'as privilégiée en vue de ton métier, dit froidement celui qui avait lancé la conversation.

Vexée, elle se détourna, les joues rougies par la colère, puis elle partit se rhabiller dans un coin, le menton relevé avec fierté. Elle avait l'impression de n'avoir plus que son orgueil blessé pour se couvrir, et elle se sentait déjà totalement démunie face à tous ces hommes, comme une fourmi qui se serait trompée de colonie. Une fois retournée dans sa chambre, elle fouilla partout en quête d'une paire de ciseaux. Emma avait songé à se couper les cheveux avant son départ, afin d'être tranquille et débarrassée de cette corvée que lui imposait ses cheveux. Ils étaient épais, bouclés, volumineux, et partaient dans tous les sens, et jamais elle ne les avait laissés pousser en dessous de ses épaules, si bien qu'elle avait voulu les couper très courts, mais avait oublié. L'occasion était parfaite, elle pourrait mieux se fondre dans la masse.

Ne trouvant pas l'objet qu'elle convoitait, elle soupira et se dit qu'elle demanderait des ciseaux à quelqu'un plus tard dans la journée. Elle enfila son écharpe, empoigna son bâton et sortit sur le pont du majestueux Moby Dick, à la recherche d'une quelconque tâche à accomplir. Après tout, elle n'allait pas rester ici les bras croisés en attendant qu'on lui fasse découvrir le monde. A la suite d'une recherche minutieuse, elle mit enfin la main sur Izou, qui s'entraînait avec Vista. Les hommes autour les acclamaient et les observaient tout en accomplissant leur travail de la journée, à savoir déblayer le pont de toute la neige accumulée et autres tâches habituelles. Les deux hommes semblaient valser avec leurs sabres avec agilité et grâce.

A côté d'eux, Emma se sentait un peu comme un hippopotame, surtout avec ses manières brutes et son bâton en guise d'arme. Satch arriva soudainement derrière elle et posa une main sur son épaule.

- Impressionnant, n'est-ce-pas ? dit-il avec un large sourire amusé.

- Oui très ! On dirait qu'ils sont en train de danser, répondit l'adolescente avec émerveillement.

- Que dirais-tu d'un petit combat amical, Emmanuelle ?

Cette dernière déglutit, puis une autre main se posa sur son épaule. C'était un des hommes de la salle d'eau commune, celui qui avait fait une remarque sur ses talents en cuisine.

- Je suis sûr qu'elle meure d'envie de se dégourdir les pattes, dit-il en avec un sourire narquois, allez ramène toi, gamine.

Emmanuelle lui renvoya un sourire mauvais, bien que l'appréhension montait en elle, mais aussi la pression. Un des pirates de Barbe-Blanche venait de lui lancer un vrai duel. Ce dernier se mettait en place au milieu du pont, une massue à la main, coupant court aux estocades d'Izou et Vista, qui lancèrent un regard plein d'interrogation à Emma. La jeune fille attacha ses cheveux, retira son écharpe et s'arma de son bâton torsadé.

- Très bien, souffla-t-elle en faisant tourner son arme entre ses doigts.

Elle fit craquer sa nuque et l'homme lança le premier assaut, lourdement, avec sa massue. Emma esquiva d'un geste tout à fait naturel, en équilibre parfait ses deux pieds, puis elle fit tourner son bâton si rapidement que le pirate ne vit pas le coup lui arriver en travers des mollets. Il fit un bond en arrière et chargea de nouveau mais, au lieu d'aller tout droit, bondit dans les airs au dernier moment, surprenant Emma qui esquiva le coup qui lui arrivait en plein dessus. Elle tomba par terre, para une autre attaque avec son bâton, repoussa l'homme avec ses jambes, mais elle ne put se remettre debout.

La masse de ce dernier venait de nouveau de s'écraser près de sa tête, et une sueur froide lui remonta le long de l'échine. Son pull était rempli de neige. Puis elle se releva brusquement, poussant sur ses abdominaux et s'éloigna d'un bond du pirate en une roulade agile. Chacun à un bout du pont, ils se toisaient avec un air féroce. Emma, les joues rougies par l'effort, continua la bataille pendant une dizaine de minutes. Esquiver, parer, donner un coup, faucher les jambes, esquiver, parer…
La jeune femme termina le combat le visage dans la neige, trempée jusqu'aux os, pleine de courbatures.

- Tu fais moins la maline maintenant, hein ? ricana l'homme en le retournant sur le dos avec son pied.

- Vas te faire foutre, mec, répondit Emma avec un ton blasé et en lui lançant un regard furieux.

Ce dernier le prit avec humour, éclata de rire et s'éloigna après avoir lancé de la neige sur Emma. Juste pour la titiller un peu plus.

O~o~O~o~O

Emmanuelle, blottie dans des vêtements secs, buvait son bouillon de légumes en compagnie d'Izou, Satch et Haruta. Il était midi, et le combat lui avait creusé l'estomac.

- Joli combat en tout cas, tu te débrouilles bien, engagea Izou en lui mettant une tape dans le dos.

- Tu parles, je me suis fait éclater.

- C'est pour ça que tu es parmi nous, pour apprendre ! la réprimanda le jeune travesti en levant un doigt devant son nez, tu as sincèrement cru que tu pourrais battre un pirate de Barbe-Blanche, aussi faible soit-il ?

- Je n'ai rien cru du tout, rétorqua Emma, et puis d'abord, c'est lui qui m'a provoquée !

- Tu es allée voir Père, ce matin ? intervint Satch, il devait te mettre au courant de tes tâches.

- J'y suis allée après le combat. Je suis sous ta tutelle d'ailleurs, il m'a dit que je serais de corvée de cuisine avec toi, fit-elle avec une moue boudeuse.

- Voilà qui devrait plaire à Jan, répondit l'homme-banane avec un grincement de dents, pour lui, les femmes ne sont bonnes qu'à rester à la cuisine. Mais au fond, c'est un bon gars.

Emmanuelle faillit lui rugir au visage que son « bon gars », il pouvait se le carrer dans le cul, mais elle se retint de justesse, ne voulant pas paraître plus ridicule qu'elle ne l'était déjà. Elle se sentait humiliée par cette défaite, et la rougeur sur ses joues ne voulait pas partir.

- Au fait, vous n'auriez pas des ciseaux ?

Les trois hommes se concertèrent du regard, perplexe. Plus tard, après le repas, Satch regardait sa nouvelle camarade qui coupait ses lourdes boucles brunes petit à petit, avec finesse et agilité, comme si elle avait fait ça toute sa vie. Elle se retrouva avec une coupe à la garçonne, qui bouclait d'avantage que ses cheveux quand ils étaient longs. Les bouclettes adoucissaient son visage et, malgré leur longueur, ne gâchaient en rien la féminité de l'adolescente, bien qu'elle ait désormais un petit air de garçon manqué.

Emma jeta ses cheveux coupés sans aucun remord, déjà habituée à les avoir courts, et rendit ses ciseaux à Satch.

- Je te remercie, dit-elle avec un large sourire, ah, que ça fait du bien d'avoir les cheveux coupés !

- Tu ressembles à un mouton, se moqua l'homme-banane en faisant tourner les ciseaux entre ses doigts.

- Ah non, tu vas pas commencer avec ça ! Je ne suis pas un mouton !

Puis ils entendirent un brouhaha incroyable qui provenait du pont. Satch soupira et planta la jeune fille dans la cuisine, cette dernière râlant et pestant contre cet abandon soudain.

- C'est le gamin, il est encore tombé à l'eau ! s'exclama un pirate en rigolant de plus belle, quelqu'un se dévoue pour aller le chercher ? Il sait toujours pas nager ce crétin.

Emma se pencha par-dessus les rambardes et constata qu'en effet, une tignasse noire était en train de sombrer dans les eaux. Sans hésiter, elle retira son manteau et ses bottes avec vitesse et se jeta dans l'eau. La nage était sa spécialité. Cependant, l'eau était vraiment très froide, et elle eut du mal à se mettre à nager correctement, pétrifiée par le froid. Elle nagea le plus rapidement possible, attrapa le jeune homme sous les bras et remonta à la surface avec difficulté. Satch l'attendait, accroché sur le flanc du navire sur une échelle de corde et il attrapa la jeune femme par la taille. Ils furent remontés sur le pont, et ledit gamin à la tignasse noire cracha toute l'eau qu'il avait avalé. Emma pestait contre ses cheveux qui frisaient énormément, tout en observant l'adolescent qu'elle venait de sauver. Il semblait avoir son âge, et était légèrement plus grand qu'elle. Une peau hâlée, un corps finement musclé, des tâches de rousseurs et des yeux sombres en amande.

Ce dernier lui lança un regard noir, puis… s'enflamma brusquement, et se retrouva avec ses habits et ses cheveux entièrement secs. La mâchoire d'Emma se décrocha, et le jeune homme s'enfuit en poussant les pirates de Barbe-Blanche qui se mettaient en travers de son chemin.

- I-il… Il…. Bafouilla la brune, totalement trempée.

- Oui, il peut s'enflammer, finit Izou à sa place avant de lui poser un plaid sur les épaules, je te présente Ace.


Holà les enfants ! J'espère que ce chapitre vous a plu. J'ai encore beaucoup de mal à écrire les scènes de combat comme elles se déroulent dans ma tête, mais je tâche de faire au mieux ahah. J'ai pris beaucoup de plaisir à écrire ce chapitre et humilier Emma :3
N'hésitez pas à laisser votre avis ;) Bonne journée/soirée !
Leda Az