Public chéri mon amour, voici le chapitre 4 de ta fic préférée.
Ne m'en veux pas si je ne vais pas vite, j'aimerai moi aussi que les journées fassent 48h pour faire plus de choses. J'ai des idées pour la suite (ouiii la suite), et c'est déjà pas mal.
J'hésite à écrire tout en même temps et à publier ensuite, ou à ne publier que petit à petit, dès qu'un chapitre est fini. Que préfèrerais-tu, cher public ?
Au passage, si quelqu'un pouvait m'expliquer comment on peut faire, dans l'editing, pour faire en sorte que la ligne horizontale (par exemple entre deux paragraphes, deux parties du texte etc.) soit bien prise en compte lors de la publication, il/elle aurait toute ma gratitude.
Bonne lecture, et des reviews, des reviews, des reviews !
L'Amazone.
PS. : voilà, à cet endroit précis, j'aimerai insérer une ligne horizontale par exemple, mais une ligne horizontale qui RESTE une fois le texte publié. AH mais.
Chapitre 4
Sur les marches de son temple, DM entendit des bruits venant du petit réduit qui lui servait de cuisine, et une odeur alléchante de café. En tenue d'entraînement, les bandages de son dos mal dissimulés sous sa tunique, Panorea buvait lentement son unique tasse matinale. Elle avait natté le début de ses cheveux noirs en nombreuses tresses, attachées au milieu pour finir en longue queue de cheval. Furtivement, l'envie vint à DM de toutes les défaire pour glisser sa main dans ses boucles et sur son cou... Mais il se reprit, agacé par ces pensées stupides.
« Déjà debout bellezza? »
Elle ne se retourna pas, et répondit simplement : « Oui maître. Il est même déjà tard. Je rentre au baraquement des apprentis. »
« Cela tombe bien, je voulais t'y reconduire. »
Elle lui fit face, avec un regard indéfinissable. Puis elle baissa les yeux : « Je vous remercie de m'avoir gardée ici. Mais vous n'avez pas à vous donner cette peine. Je suis assez grande pour y retourner seule. »
« Je n'en doute pas. Seulement, j'ai à te parler, et je dois me rendre chez Grand Mouton. Alors autant le faire en chemin, tu ne crois pas ? »
Comme à son habitude lorsqu'il voulait mettre son adversaire mal à l'aise, DM employait le sarcasme et ce petit sourire en coin qui cachait cruauté ou bienveillance, selon son humeur. Panorea, habituée depuis longtemps à ces grimaces, se contenta de hausser les épaules, finit son café et pris ses affaires.
Ils n'étaient pas partis depuis 10 minutes que l'ascension lui était déjà pénible. Son dos était encore contracturé, et tirait à chaque marche franchie. Elle serra les mâchoires et regardait fixement chaque marche suivante, se concentrant uniquement dessus. Elle en aurait presque oublié la présence de son maître. Plutôt crever que de montrer de la faiblesse. C'est ce qu'il m'a toujours appris.
Du coin de l'œil, DM l'observait en silence. Même si la petite faisait ce qu'elle pouvait, il n'était pas dupe. Elle n'était pas rétablie, c'était une évidence. Mais tant pis, après tout, cela faisait aussi partie de sa vie. Leur vie de chevaliers. La douleur, la résilience, l'acceptation en silence. Il fallait lui faire quitter l'enfance.
« Panorea, tu es arrivée à un seuil important dans ton apprentissage. Je te dis cela avec d'autant plus d'assurance que j'ai bien observé ta façon de combattre hier. En ce qui concerne la technique de base, tu n'as quasiment plus rien à apprendre, seulement de l'endurance à acquérir et des sens à aiguiser davantage. Mais maintenant, il va falloir aborder les choses plus spécifiques à ton futur rang. »
L'apprentie cessa un instant de fixer les marches qu'elle gravissait, et son regard se porta au loin. « Mon futur rang? »
« A quelle armure penses-tu être destinée ? »
Elle s'arrêta et regarda son maître. « Ma foi maître, je n'en sais rien. Je crois avoir développé pour mon âge des capacités un peu au-dessus de la moyenne des autres apprentis, mais je maîtrise mal les techniques psychiques, et ma vitesse d'exécution n'est pas hors norme. Si j'atteins le rang de chevalier d'Argent, je serai déjà très heureuse de pouvoir servir notre Ordre ainsi. »
DM lui sourit : « Tu te sous-estimes bellezza. Crois-tu que je me serais fatigué à entraîner une gamine si durement pour ne pas en faire autre chose qu'un sous-fifre de 2ème catégorie ? »
Panorea ouvrit des yeux immenses : « Quoi... vous ne pensez quand même pas que... moi ? Moi, un Chevalier d'Or ? »
Cette fois, l'Italien rit franchement : « Peut-être que tu aurais dû être l'élève de Shaka après tout. Tu as trop d'humilité pour être la mienne. A ton âge, je ne rêvais que d'une chose : tuer mon maître pour prendre sa place. » Son visage se ferma un instant, et Panorea vit son œil se voiler d'un souvenir lointain et pénible. « Je n'ai pas eu le choix d'ailleurs. C'était l'étape obligée. »
Il reprit leur ascension, et quelques instants plus tard, lui demanda : « Panorea, quel mois es-tu née ? »
« Bah... vous le savez bien... En juillet. Pourquoi? »
« C'est ta blessure qui t'engourdit l'esprit ? Ne vois-tu pas où je veux en venir? »
Il avait lâché ces mots avec une banalité déconcertante. Pourtant, il ne fallut pas longtemps à Panorea pour comprendre enfin leur sens. Et elle crut que son cœur s'arrêtait.
« Maître... Vous ne pensez pas ce que vous dites. »
«Je n'ai jamais été plus sérieux. »
« Mais vous êtes fou ! Moi, chevalier du Cancer ? Et pourquoi devrais-je vous tuer? »
Il s'arrêta sur une marche, se retourna et s'assit face à elle. D'allure, c'était bien un homme de 30 ans. Mais dans son regard, elle vit tant de choses, tant de souvenirs indicibles et une peine incommensurable, qu'il semblait avoir vieilli de trente autres années en un instant.
« Parce qu'il en est ainsi, depuis la création de l'Ordre. Et nul n'y peut rien. Si aucun conflit ne vient changer la donne, je mourrai de ta main Panorea, que tu le veuilles ou non. Le jeune envoie le vieux dans l'autre monde, c'est la voie naturelle des choses. Mais tu sais, ça me réjouirait presque. Je n'ai pas toujours eu des adversaires avec des mains trop jolies pour donner des coups... » Elle rougit, et il lui fit signe de s'asseoir à côté de lui. « Viens là. »
Elle obéit, mais à distance raisonnable et en tremblant. Tétanisée par ce qu'il venait de dire, elle n'osait pas le regarder.
« Tu m'as dit hier que tu n'aurais jamais voulu d'autre maître que moi. C'est bien ce que tu m'as dit, n'est-ce pas ? » Elle acquiesça. « Peut-être que tu aurais été mieux avec Aiolia, ou même Shura. Tu n'as pas eu de chance dans un sens. La vie t'a fait naître sous le mauvais signe. »
« Pourquoi? »
« C'est là que la 2ème partie de ton entraînement commence. Il faut que je t'apprenne certaines choses, qui sont liées à notre signe, à toi et à moi. Quel est mon nom ? »
Elle le regarda d'un air absent, sans comprendre. Il répéta plus fermement : « Quel est mon nom ? Je veux l'entendre de ta bouche. »
Elle baissa la tête : « Je l'ignore.»
« Menteuse. Tu le connais parfaitement, comme tous. »
« Je ne l'emploie jamais. Je n'ai jamais voulu le dire. Il ne vous fait pas justice.»
« C'est pourtant ainsi que je m'appelle aux yeux du monde. Et aujourd'hui, tu vas me le dire. Qui suis-je ? »
Elle ferma les yeux, et dit à voix basse : « DeathMask ».
Le nom résonna dans l'air, et il lui semblait qu'en le disant, elle créait une distance entre eux deux. Une distance terrible qu'elle aurait voulu combler à jamais. Lui-même sembla saisi par son nom prononcé ainsi par une jeune fille à la voix tremblante, dans un souffle aussi imperceptible, qui réveillait en lui trop, beaucoup trop de fantômes...
« DeathMask, oui. Le Masque de Mort. Ce n'est pas tant à cause de ce que j'ai fait par le passé que l'on m'appelle ainsi. Tout le monde a toujours été prompt à me juger, mais qui peut se prévaloir de me connaître ? Les seuls qui le peuvent à la rigueur sont Shura et Aphrodite. Nous étions les seuls ici à comprendre que le monde est laid, que malgré tout ce bel esprit de la chevalerie qui anime encore certains, nous étions, nous aussi, des loups pour les hommes et des loups les uns pour les autres. Nous sommes, tous, les reflets de l'humanité, Panorea. Et chaque signe du Zodiaque porte un caractère, un sentiment de ce que sont les hommes. La Vierge est la sagesse, c'est peut-être pour ça que Shaka est aussi chiant – Panorea rit à ce mot, DM eut un haussement d'épaules exagéré-... eh oui, il est chiant, tout le monde est d'accord là-dessus. Le Verseau est l'artiste, l'aérien, celui qui élève l'âme mortelle au-dessus de sa condition, c'est peut-être pour ça que Camus passe sa journée dans les livres. Le Taureau est issu de la terre, pragmatique, simple, et regarde la droiture et la simplicité d'Aldébaran. Tu comprends ce que je veux dire ? »
Elle hocha la tête.
« Mais il est d'autres signes plus noirs. Le Scorpion par exemple. Je l'adore, mais si Milo est si colérique, ce n'est pas un hasard. Son signe appelle le sang, regarde ses attaques. Les Gémeaux, eux, sont l'ambigüité même de l'être humain, ce perpétuel équilibre entre le bien et le mal, son inconscient, le caractère vertigineux de son esprit... »
« Et le Cancer, qu'est-il ? »
Elle lui avait posé la question négligemment, comme une provocation. Sans paraître s'en offusquer, il lui répondit le plus simplement du monde: « Le porteur de mort. »
Elle ne dit rien un instant, puis tenta une défense : « Pourtant, on dit toujours que c'est un signe solaire, maternel, primordial... »
« C'est vrai aussi. Peut-être que cela se ressent plus quand l'être qui est né sous ce signe est une femme. Comme toi. Mais Panorea, il faut que tu l'acceptes, tu portes cette possibilité en toi : tu seras le prochain chevalier du Cancer, celui qui portes la mort. Tu seras celui qui représentera la possibilité du Mal sur la terre, celui qui ouvrira le passage vers les Enfers. Cela peut être pour mener les âmes aux Champs-Elysées, ou pour les mener à l'expiation sans fin. Mais d'un autre côté, c'est toi qui sera la plus humaine de tous les Chevaliers d'Or, parce que tu devras porter la mort avec justice et clairvoyance, ce que j'ai moi-même si peu fait. Et c'est toi qui me tueras. C'est ton destin.»
Les larmes montaient à ses yeux. Alors elle serra les dents jusqu'à les briser en regardant droit devant elle, droit vers la mer, pour ne pas l'affronter, refusant ce futur de toutes ses forces, de toute son âme. Jamais, jamais elle ne pourrait faire ça, elle préférait mourir, elle, à sa place à lui. « Pourquoi avez-vous attendu aujourd'hui pour me le dire ? »
« Parce que tu t'égares. Il est temps que tu grandisses. »
Elle sursauta vivement, et le regarda d'un air inquisiteur : « Que voulez-vous dire ? »
« Tu ne crois que je n'ai pas compris ? »
Ils se dévisagèrent longuement. L'espace d'un instant, elle y crut, et elle sourit. Mais DM était trop expérimenté pour ne pas dissimuler ses pensées. Dans ses yeux, ces deux reflets de la divine Méditerranée de son enfance, elle ne vit que sévérité et sarcasme. Ce fut pire que si elle avait été battue dans l'arène aux yeux de toute la Chevalerie réunie. Elle serra les poings, et se leva d'un bond.
« Vous avez raison maître. Un chevalier ne doit connaître aucune faiblesse. Une âme de fer dans un corps d'airain. C'est ce que vous m'avez toujours appris. N'est-ce pas ? »
Elle lui tournait le dos, pour cacher sa peine, sa colère, ses lèvres qui tremblaient et les larmes qui coulaient sur son visage.
« Je rentre maître. Je vous remercie de m'avoir dit tout cela. J'espère que je ne vous décevrai pas. »
Sans se retourner, elle descendit les premières marches lentement, mais la voix étonnamment douce de DM l'arrêta.
« Rassures-toi, je n'ai pas l'intention de mourir tout de suite. Il te reste encore beaucoup à apprendre avant de prétendre à mon rang. Mais tout cela s'accomplira. Et si tu trouves que « DeathMask » ne me fait pas justice... » Il se tut un instant, puis reprit en souriant : « Un jour, je te dirai mon vrai nom. »
Elle soupira, et il entendit que le soupir tremblait sous les larmes contenues. Enfin elle reprit sa course jusqu'au chemin qui contournait les escaliers de marbre.
DM resta assis sur sa marche, et ses yeux vides la suivirent tandis qu'elle s'enfuyait à travers la montagne. La lassitude qui était tombée sur ses épaules l'empêchait de se relever. Il s'allongea en travers des marches, fixant le soleil brûlant, mais la plus grande douleur venait de l'unique larme qui dévalait sa joue.
