Chapitre 4

« Goyle ? » demanda Drago depuis son fauteuil moelleux. Il était tard et ils jouaient aux échecs à l'infirmerie. La pluie tombait un peu partout sur Drago, mais c'était supportable. Il aurait pu retourner à la Tour, mais il lui semblait qu'éviter ses camarades de classe – et Potter – était une meilleure idée. Il pensait qu'il y avait un risque que le nuage réagisse à la présence de Potter et que ses camarades de classe trouvent cela bizarre. Le simple souvenir du baiser de Potter adoucissait la pluie.

« Oui ? »

Goyle releva la tête du plateau d'échecs.

« Est-ce que tu… »

Drago s'éclaircit la gorge. Il n'était pas totalement sûr de vouloir poser cette question, mais il fallait bien qu'il sache s'il tournait zinzin ou pas.

« Est-ce que tu as déjà vu un paon blanc à Poudlard ? »

Goyle pencha la tête de côté.

« Tu veux dire Grincheux ?

— Heu, pardon ?

— Grincheux, répéta Goyle avec impatience. Le paon d'Ernie. »

Il fronça les sourcils.

« Ah, c'est vrai. Tu es resté ici pendant tout ce temps. J'avais oublié. Ernie l'a trouvé perdu dans le château hier matin. Il l'a ramené dans la salle commune, et depuis, Millie et lui en sont complètement gagas. »

Goyle grimaça, et Drago fit de même. C'était sûrement le paon qu'il avait conjuré accidentellement. Malheureuse créature, capturée par un Poufsouffle.

« Potter n'est pas content, continua Goyle. Il arrête pas de monter sur son fauteuil préféré et lui donne des coups de bec jusqu'à ce que Potter aille s'asseoir ailleurs. »

Définitivement ce paon-là.

« Je gagne ? » demanda Goyle avec espoir.

Drago regarda tristement le plateau. Il avait essayé de laisser Goyle gagner, juste pour qu'il continue à s'intéresser au jeu, mais c'était plus dur qu'il ne l'aurait cru. Il secoua la tête. Goyle soupira.

« Il faut que j'y aille, de toute façon.

— En effet, Mr Goyle. »

Mme Pomfresh pénétra dans la pièce.

« Le couvre-feu est dépassé depuis longtemps. »

Goyle bailla et se leva.

« Je te vois en Métamorphose demain ? »

Drago hocha la tête. Il avait l'intention d'aller en cours, même s'il réfléchissait sérieusement à sécher l'histoire de la magie, juste comme ça. Il se demandait s'il aurait besoin que Potter l'embrasse à nouveau. Si le nuage restait assez calme, il n'y aurait pas besoin de lui demander.

« Non, plus de visiteurs ! disait Mme Pomfresh à la porte. Il est bien trop tard, Mr Potter. »

Drago sauta aussitôt sur ses pieds.

« Mais Potter m'apporte… mes devoirs ! »

Il pouvait voir Potter debout dans le couloir. Il n'y avait rien dans ses mains, et il n'avait pas pris son sac avec lui.

« Je veux dire, il est venu me dire ce qu'il y avait comme devoirs. »

Le prétexte était douteux, et ça se voyait sur le visage de Pomfresh.

« C'est très important, insista Drago. »

Il vit Potter confirmer avec une mine innocente.

« Oh, très bien, soupira Pomfresh. J'ai besoin que tu me fasses de la place pour que je puisse faire ton lit, de toute façon. Tu as cinq minutes. »

Drago se précipita comme un fou hors de la chambre. Goyle le suivit et puis s'arrêta pour observer Potter avec curiosité. Heureusement, il partit sans poser de questions quand Drago lui dit :

« Bonne nuit, Greg. »

Potter leva les yeux vers son nuage.

« On dirait que tu vas mieux. »

Il avait l'air content de lui-même.

« Je vais empirer bientôt, mentit Drago sans vergogne aucune. Le nuage devient complètement fou dès que je m'endors. »

Potter eut l'air inquiet.

« Oh. Je me rappelle. »

Drago étouffa son sentiment de culpabilité. Maintenant, Potter pensait que le nuage essayait de le noyer à chaque fois qu'il dormait, comme c'était arrivé samedi, quand Drago avait bu tout un flacon de Philtre Calmant.

« Tu penses que je devrais… »

Les yeux de Potter se posèrent sur ses lèvres. L'expression de son regard finit la question pour lui. Drago sentit sa bouche s'assécher.

« Si ça ne te dérange pas, dit-il avec brusquerie. »

Ça n'avait pas l'air de déranger Potter du tout, et bientôt, leurs langues s'entremêlaient et les doigts de Drago se refermaient sur ses cheveux. Potter donnait un tel sentiment de chaleur et de solidité que Drago se laissa aller à rêver que Pomfresh lui donne l'autorisation de l'utiliser comme couverture à la place de ce qu'elle lui avait donné. Il était sûr que Potter serait bien plus efficace.

« Franchement. »

Ils se séparèrent aussitôt.

Potter toussa, sans regarder Pomfresh qui venait de faire irruption hors de l'infirmerie.

« Et c'est comme ça que Hengist de Barnton fut vaincu, dit Potter. On doit lire le chapitre là-dessus pour le cours d'Histoire de la Magie de demain. »

Potter hocha la tête comme pour souligner la justesse de ses dires, toujours sans regarder Pomfresh.

« Et bien, bonne nuit, Malefoy. Mme Pomfresh. »

Il prit la fuite. Bien que mortifié, Drago ne pouvait s'empêcher de sourire. Potter était ridicule. Et, contrairement à Drago, il n'avait même pas d'Histoire de la Magie pour ses ASPICs.
Les joues brûlantes, il jeta un regard à Pomfresh. Le coin de ses lèvres frémit :

« Je dois avouer ne pas me rappeler que Gifford Ollerton avait utilisé cette technique-ci pour abattre le géant. Dans mon souvenir, c'était plutôt avec une hache. »

Drago se mordit les lèvres et détourna le regard. Pomfresh prit pitié de lui et ne fit pas d'autres commentaires, mais elle observa de près le nuage blanc de Drago, les sourcils froncés.

oOo

La journée suivante commença bien. Les elfes de maison lui servirent son petit-déjeuner, et tandis qu'il mangeait une part de gâteau au chocolat, il réfléchit au nuage de brouillard argenté désormais habituel qu'il avait entraperçu ce matin en se réveillant. Il était sûr de savoir ce que c'était et qui l'avait envoyé chaque nuit ; il était presque certain d'avoir vu une paire de bois majestueux se fondre dans le brouillard qui disparaissait.

« Tu as l'air de bonne humeur ce matin, Drago. »

Il se rendit compte qu'il était en train de sourire tout seul. Il leva la tête vers Mme Pomfresh, décontenancé, mais se mit à froncer les sourcils. Elle l'avait appelé Drago. Elle n'avait jamais fait ça auparavant. Il la salua, attendant la suite avec inquiétude. Elle allait lui faire part de mauvaises nouvelles ; il en était certain.

Elle s'assit dans la chaise en face de lui, celle que Goyle prenait d'habitude.

« Je crois qu'il est temps d'accepter la vérité, Drago. Je ne peux pas te guérir. »

Drago la fixa avec incrédulité.

« Vous laissez tomber ?

— Je n'ai pas dit que tu ne pouvais pas guérir ; j'ai dit que moi je ne pouvais pas le faire. Il va falloir que tu le fasses toi-même.

— Moi-même ? »

La température baissa brusquement. De lourdes gouttes de pluie tombèrent sur la cape de Drago.

« Le nuage n'est pas la source de ton problème. Ce n'en est qu'un effet secondaire. »

Drago prit une grande inspiration.

« Je me rends compte qu'il reflète mon humeur, mais c'est pas comme s'il disparaissait quand je me sens mieux. Alors comment est-ce que je suis censé me guérir moi-même, au juste ? Qu'est-ce que vous proposez ? Je devrais essayer d'être heureux tout le temps et accepter qu'un nuage miniature me suive partout pour toujours ? »

Pomfresh avait l'air de compatir.

« Quant ton humeur se stabilisera, ton petit problème météorologique aussi. Ça ne va probablement pas se faire en un jour, mais ça finira par arriver. Avec un petit effort de ta part, ça pourrait venir plus rapidement que tu ne le penses. »

Elle se pencha pour lui tapoter le genou. Drago lui jeta un regard noir. Le nuage menaça de la recouvrir elle aussi mais elle retira promptement sa main.

« Tout d'abord, je pense qu'il est temps que tu retournes dans ton dortoir. Je ne crois pas que l'isolement soit bon pour toi ; tu devrais être avec tes amis.

— Mes amis ? Je n'en ai qu'un seul. »

Drago avait momentanément oublié qu'il ne voulait pas vraiment que les gens soient au courant de ça.
Les yeux de Pomfresh s'agrandirent.

« Et qui donc ? J'ai bien peur de ne pas pouvoir dire à qui tu fais référence. Mr Goyle, qui passe tout son temps libre à te tenir compagnie ? Miss Granger, qui t'amènes des notes spéciales pour que tu puisses réviser ? Mr Potter qui… t'amènes des notes très spéciales également, visiblement. Ou Miss Bulstrode, qui s'amuse à me tendre des embuscades chaque fois que je quitte l'infirmerie pour me demander quand est-ce que je vais te guérir. Elle n'a pas été la seule à poser la question. Tu as fichu une sacrée frousse à tes camarades quand tu as pris ce Philtre Calmant. Ils s'inquiètent pour toi.

— Ils s'inquiètent pour eux, vous voulez dire, » répondit Drago.

Il était cependant étonné d'apprendre qu'ils avaient demandé après lui.

« Ils ont peur que mon problème soit contagieux. »

Pomfresh sourit un peu.

« D'une certaine façon, il l'est. Mais je pense qu'il est plus probable qu'ils aient une influence positive sur toi, plutôt que toi une influence négative sur eux. »

Drago la regarda, l'air malheureux.

« Vous me mettez vraiment dehors ? Mais regardez ça ! »

Il agita ses mains, montrant la pluie qui dégoulinait partout autour de lui. Pomfresh se leva et secoua la tête.

« Je suis désolée Drago. Mais je ne ferais pas cela si je ne pensais pas que c'est ce qu'il y a de mieux pour toi. Tu n'as plus rien à faire à l'infirmerie. Tu peux retourner dans ta salle commune, et n'en profite pas pour sécher tes cours, ou ne pas rendre tes devoirs.

— Mais... »

Pomfresh leva la main.

« Si la pluie ne te permet pas d'écrire, trouve quelqu'un pour t'aider. »

Elle se tourna comme si elle était sur le point de partir, mais avant elle ajouta :

« Je crois que tu as déjà trouvé quelqu'un pour t'aider avec tes devoirs d'Histoire de la Magie. »

Drago fusilla son dos du regard comme elle quittait la chambre. Il considéra la possibilité de l'ignorer et de la forcer à le prendre à-bras-le-corps pour le jeter dehors, mais il abandonna ce plan absurde à peine l'eut-il formulé. Il vérifia l'heure qu'il était et en conclut que tout le monde prendrait bientôt le chemin de la Grande Salle pour le petit-déjeuner. Ça voulait au moins dire qu'il allait pouvoir les éviter encore un petit moment.

Bien sûr, il aurait dû savoir que ce ne serait pas aussi simple. Rien ne se passait jamais selon ses plans.

« Aujourd'hui, je le fais ou les doigts je m'en mordrai, » jura Drago au centaure avant de pénétrer en trombe dans la salle.

En trombes d'eau, car le nuage s'était déchaîné, crachant de la pluie et émettant des grondements menaçants.

« Argh ! » s'écria Ernie quand il le vit.

Du maïs vola partout, et Drago faillit glisser et tomber, mais il retrouva l'équilibre à temps.

« Qu'est-ce que tu fous avec du maïs ? » demanda Drago.

Mais ensuite, il remarqua le paon et comprit qu'Ernie était occupé à le nourrir. Tant Ernie que le paon jetèrent un regard mauvais à Drago. Mille, par contre, lui sourit. Ils étaient tous les trois – Ernie, Mille et Grincheux – assis par terre dans la salle commune qui, à part eux, était déserte.

« Vous mangez tous du maïs ? demanda Drago. J'ai entendu dire qu'ils avaient de la vraie nourriture dans la Grande Salle.

— Il faut qu'on nourrisse Grincheux d'abord, répondit Millie. Ou bien il va devenir encore plus grincheux. »

Ernie rassembla le maïs à l'aide d'un sort et le tendit à Grincheux. Le paon détourna la tête et refusa de manger. Drago se sentit vaguement fier.

« Je l'ai nettoyé avec un sort. Tu peux y aller, » dit Ernie.

Le paon n'eut pas l'air convaincu.

« Je ne crois pas que ce paon t'aime beaucoup, Ernie, » dit Drago avec satisfaction.

A sa surprise, Ernie sourit.

« Oh, si, il m'aime bien. Il est juste têtu. Mais intelligent, aussi. Je dois avouer qu'il ne m'a pas aimé tout de suite. Il m'a fichu une belle frousse quand il m'a trouvé ; il m'a chargé comme un taureau. Mais c'est juste qu'il avait eu peur et avait repéré une faiblesse. Il est plutôt câlin quand il est content. »

Drago fit la moue.

« Il n'a probablement plus faim, conclut Ernie en se levant. Je vais prendre mes affaires de cours. »

Il se pencha vers Millie pour l'embrasser. Le paon émit un son pathétique et Millie et Ernie se séparèrent en riant.

« Moi aussi je t'aime, Grincheux. »

Ernie tapota la tête du paon et puis dut se rendre compte de ce qu'il venait de dire car ses joues prirent de la couleur. Il marmonna quelque chose d'incompréhensible et s'enfuit dans les escaliers.
Millie secouant la tête, encore en train de rire.

« Le paon est conjuré, tu t'en rends compte, hein ? lui dit Drago. Il y a une date de péremption dessus. »

Millie haussa les épaules.

« Qu'est-ce qui n'en a pas ? »

Drago observa son visage souriant.

« J'arrive pas à croire que tu aies vraiment de l'affection pour lui.

— Grincheux ou Ernie ?

— Les deux. »

Millie jeta un coup d'œil au paon avant de reporter son regard sur Drago.

« Tu sais, ils se ressemblent beaucoup tous les deux.

— Comment ça ? s'offusqua Drago.

— Ce sont tous les deux des idiots prétentieux, dit-elle en souriant, mais plutôt câlins quand ils sont contents. »

Ernie dévala les escaliers.

« Tu viens avec nous ? demanda-t-il à Drago, avec un regard inquiet pour le nuage. J'ai entendu dire qu'ils avaient de la vraie nourriture dans la Grande Salle, ajouta-t-il avec hauteur.

— J'ai déjà mangé. »

Millie s'arrêta à côté de lui en sortant.

« Je croyais que tu allais mieux, dit-elle, l'air inquiète.

— C'est le cas. Le nuage réagit juste de façon négative à la présence d'Ernie. »

Le concerné fronça les sourcils.

« Je suis flatté. Vraiment. Cela dit… »

Les coins de sa bouche se relevèrent.

« Je crois qu'on peut dire que Harry est encore plus flatté. Il faut avouer que le nuage réagit de façon très étrange à sa présence. »

Ernie et Millie s'enfuirent – en gloussant – avant que Drago puisse répliquer un truc intelligent ou au moins leur balancer un maléfice. Agacé, il tourna lentement sur lui-même seulement pour découvrir que le paon s'était confortablement installé sur le fauteuil de Potter. Il avait l'air plutôt câlin.

Drago se précipita dans son dortoir.

Il fut d'une humeur étrange pour le reste de la journée. Une douche chaude et des vêtements secs semblaient avoir apaisé le nuage, et bien qu'il fût toujours grand et sombre, il pleuvait rarement. Il pleuvait juste assez pour que Drago ne puisse pas se sentir bien, mais pas suffisamment pour que ce soit tellement insupportable qu'il soit forcé d'aller voir Potter pour lui demander un baiser.

Potter regardait dans sa direction de temps en temps, observait le nuage, et souriait quand il voyait que Drago le regardait aussi. Drago soupçonnait que les regards de Potter et ses lèvres et ses sourires étaient responsables de la bonne tenue du nuage. Le simple fait de les voir appelait des souvenirs qui avaient le pouvoir magique de faire arrêter la pluie de tomber.

Au final, le déluge commença juste avant l'Histoire de la Magie. Drago ne savait pas trop ce qui l'avait déclenché, même s'il était certain que l'Histoire de la Magie ne le mettait déjà pas de bonne humeur dans les bons jours. Il savait qu'il avait maintenant une excuse valable pour partir à la recherche de Potter. Il réfléchit à demander à Granger où Potter passait son temps libre, mais comme il traînaillait derrière les autres sur le chemin de la classe d'Histoire de la Magie, il aperçut un flash orange à la limite de son champ de vision. Il regarda par la fenêtre. Weasley volait bas, faisant des boucles autour du château avant de filer en flèche vers le terrain de Quidditch. Il n'était pas seul : plusieurs étudiants étaient dehors, à pourchasser un Souaffle. Drago soupçonnait que tous ceux qui ne faisaient pas Histoire de la Magie étaient là. Potter aussi, même si Drago ne parvenait pas à le repérer.

Il trouva Goyle, par contre, qui jouait au Quidditch avec les autres.

Mes amis, pensa Drago, en regardant par la fenêtre. Il pourrait les rejoindre, juste comme Goyle l'avait fait. Ils l'accueilleraient avec des sourires et peut-être une petite pique, et ils pourraient tous faire comme si Drago n'avait pas été du mauvais côté pendant la guerre, le côté qui avait perdu, le côté qui avait choisi de suivre un fou furieux. Il pourrait être l'un d'entre eux ; ce serait si simple. Tout ce qu'il avait besoin de faire, c'était baisser la tête et faire comme si. C'était ce qu'il avait fait quand le Seigneur des Ténèbres habitait chez lui, et il s'était montré bon à ça.

C'était comme passer des années à porter un chapeau pointu de sorcier parce que c'est ce que tout le monde faisait, et puis quelqu'un se pointait et déclarait qu'ils étaient dépassés et qu'il fallait arrêter de les porter. Drago ne pouvait pas simplement l'enlever pour ne jamais le remettre. Qu'est-ce que ça faisait ? Ce n'était qu'un chapeau. Mais s'il faisait ça, s'il acceptait simplement de faire encore une fois ce qu'on attendait de lui, il ne saurait jamais s'il aimait ou non porter un chapeau.

Mais comment tu feras pour savoir que tu n'aimes pas en porter un si tu ne l'enlèves pas ? demanda une petite voix insidieuse dans sa tête. Comment tu peux savoir que tu n'as pas envie d'être là-dehors, en train de jouer au Quidditch avec tes camarades, si tu n'essaies pas ? Tu ne savais pas que ça te plaisait d'embrasser des garçons avant d'embrasser Potter.

Drago grimaça. Il n'aimait pas embrasser les garçons ; il aimait juste embrasser Potter.

Cette pensée semblait encore pire que la précédente et Drago la repoussa. Potter n'était nulle part en vue et Drago ne pouvait pas voler de toute façon. La dernière fois qu'il avait essayé, il avait fait une belle chute.

Il envisagea d'affronter l'Histoire de la Magie mais y renonça. Malgré ce que Pomfresh avait dit, Drago était certain qu'elle lui ferait un mot s'il lui disait qu'il pleuvait si fort qu'il ne pouvait ni écrire ni même entendre ce que Binns disait.

Une douche et des vêtements secs semblaient plus intéressants, et Drago prit le chemin de la salle commune. Sage décision, réalisa-t-il, quand il rentra dans la pièce pour y trouver Potter assis sur son fauteuil favori près du feu. Grincheux dormait un peu plus loin, grosse masse tranquille de plumes blanches.

Potter se rassit un peu plus droit et il balaya Drago du regard.

« Je croyais que tu étais en cours.

— Je croyais que tu étais en train de jouer dehors sur ton balai, contra Drago. »

Potter haussa les épaules.

« Pas envie. »

Drago réfléchit à la réponse de Potter. Peut-être que Pomfresh avait raison et qu'il fallait qu'il essaie de stabiliser son humeur. Parfois, on pouvait juste ne pas avoir envie de voler ; ça ne voulait pas dire qu'il fallait rester englué à la fenêtre à peser ses choix de vie. Cela dit, ça semblait un peu être ce que Potter était en train de faire, tout seul dans la salle commune, et Drago ne pouvait s'empêcher de se demander ce qu'il regrettait. Avoir embrassé Drago ? Ne pas avoir embrassé Drago ? Ou bien quelque chose de complètement différent.

« J'avais pas envie de voir Binns. »

Drago envisagea de dire qu'il pleuvait trop fort, mais la pluie s'était arrêtée soudainement. Il suffisait de voir Potter pour ça.
L'expression de ce dernier était amicale.

« Je suis venu pour prendre une douche, dit Drago, juste pour dire quelque chose. Potter hocha la tête et se renfonça en arrière, comprenant que la conversation était terminée. Drago hésita, mais finit par prendre la direction de l'escalier en colimaçon qui menait au dortoir.
Son pied était déjà sur la première marche quand il s'interrompit. Et qu'est-ce que ça peut faire que j'ai pas d'excuse ? se dit-il. Peut-être que des fois, il fallait juste serrer les dents et faire le Gryffondor. Il fit demi-tour et marcha jusqu'à Potter. Il se tint juste en face de lui. Potter le fixa sans comprendre.

« Oui ? »

Drago défit sa cape et la laissa tomber au sol et puis, de façon nette et délibérée, il enfourcha les jambes de Potter, s'installant à califourchon sur lui.
Potter n'essaya pas de le repousser ; il ne bougea pas du tout. Il avait l'air beaucoup trop surpris pour réagir. Il leva les yeux vers le nuage.

« Oh, oublie donc ce stupide nuage, » protesta Drago impatiemment, avant de se pencher pour l'embrasser.

Si Potter essaya de résister, Drago ne s'en rendit pas compte, et bientôt, ce n'eut plus d'importance. Les mains de Potter le serraient fort au niveau des hanches, et sa bouche s'ouvrit pour laisser la langue de Drago glisser entre ses lèvres. Drago ne s'était jamais senti aussi audacieux : Potter aurait pu refuser, le repousser et le regarder comme s'il avait fait quelque chose de terrible. Ou quelqu'un aurait pu faire irruption dans la salle commune et voir Drago assis sur les genoux de Potter. Mais la première possibilité ne se réalisa pas et la seconde ne semblait même plus avoir d'importance. Il se demanda si le courage était toujours aussi euphorisant. Pas étonnant que Potter y soit accroc.

Le baiser dura longtemps. Du moins c'est ce que Drago supposait. On aurait pu croire que ça n'avait été que quelques secondes, mais quand il se retira les lèvres de Potter étaient gonflées et rouges, et ses yeux étaient sombres. C'est moi qui lui fait cet effet-là, pensa Drago en contemplant le visage hagard de Potter. Ça lui donnait envie d'en faire plus. De voir Potter fondre sous lui. De le voir regarder Drago comme s'il était la seule personne sur terre capable de lui faire perdre ses moyens.

Drago recula et essaya de se retirer des genoux de Potter. Mais la prise de celui-ci autour de sa taille était ferme ; il ne le laissait pas partir.
Avec un grand sourire, Drago tendit le bras en arrière pour défaire les doigts de Potter.

« Lâche.

— J'aimerais autant pas. »

La voix de Potter était rauque. Les cuisses de Drago le serrèrent plus fort ; il sentait le sang battre dans son sexe. Potter se souleva et captura la lèvre inférieure de Drago entre ses lèvres. Il fit glisser sa langue et Drago frissonna. Cela aurait presque suffi à lui faire oublier ce qu'il voulait faire.

« Je suis sérieux, » murmura-t-il.

Potter se recula, les sourcils froncés. Cette fois, Drago arriva à se libérer et à se mettre debout. Il écarta les genoux de Potter et s'agenouilla, les mains à plat sur les cuisses de l'autre garçon. Il n'osait pas lever le regard tandis que ses mains remontaient vers l'entrejambe de Potter, mais finalement il se rappela que le courage était récompensé, et il planta ses yeux dans ceux de Potter au moment où il le prenait dans sa main à travers le jean. Potter était dur et semblait brûlant contre sa paume. Son regard vert brûlait, lui aussi. Drago se dit que Potter avait l'air vulnérable, plus vulnérable qu'il ne l'avait jamais vu depuis toutes ces années. Pas même la fois où Drago l'avait immobilisé dans le Poudlard Express, deux ans auparavant ; cette fois-là, Potter n'était que rejet et haine.

Drago cligna des yeux pour chasser cette image non désirée, et sourit faiblement en libérant le sexe de Potter pour le prendre dans sa main. Les yeux de Potter se fermèrent et il serra les accoudoirs si fort que les jointures de ses doigts tournèrent au blanc.

Son sexe était lourd et imposant dans la main de Drago. Et chaud, et étrange ; l'espace d'une seconde, Drago ne sut pas quoi en faire. Mais sa main, elle savait quoi faire, et bougea instinctivement, caressant comme Drago se caressait sous la douche. C'était différent, cependant, plus malhabile, et il se demanda si Potter trouvait ça malhabile lui aussi. S'il n'avait pas envie de simplement le faire lui-même, correctement, de la façon qu'il préférait. Mais Potter ne bougea pas. Ses paupières étaient hermétiquement closes et sa respiration était lourde.

Drago se mordit la lèvre, réfléchissant, et puis il fit coulisser le prépuce et se pencha. Il laissa le gland passer ses lèvres, et lécha timidement. Il entendit Potter prendre une inspiration brusque ; son petit Oh ! surpris envoya une décharge électrique à travers le corps de Drago. Pas même l'amertume sur sa langue n'aurait pu le faire changer d'avis désormais. Il lécha Potter plus fermement, et essaya de le prendre plus profondément dans sa bouche. C'était plus difficile qu'il ne l'aurait cru. Il essaya de faire attention à ses dents et de sucer et lécher, et de faire tout ça à la fois, mais tout ce à quoi il parvint fut quelques coups de langue avant que la main de Potter n'agrippe ses cheveux et ne tire.

« Drago, je vais… »

Il n'eut pas besoin de deviner comment la phrase se serait terminée. La semence de Potter gicla dans sa gorge et Drago se retira, en toussant et recrachant, plus surpris qu'il n'aurait dû l'être. Ça n'avait même pas mauvais goût, mais ça avait chatouillé le fond de sa gorge, empli sa bouche, et il avait réagi sans réfléchir. Ça n'avait pas l'air de déranger Potter, quoi qu'il en soit. Il s'affaissa dans sa chaise, la tête en arrière, sa poitrine se soulevant et s'abaissant rapidement tandis qu'il essayait de reprendre sa respiration.

Drago l'observa : son cou exposé, son sexe, toujours dur entre ses cuisses, émergeant d'une masse de boucles brunes. La main de Drago se retrouva entre ses propres cuisses, touchant son sexe à travers son pantalon. Il jouit avant même de se rendre compte de ce qu'il était en train de faire. Il se mordit la lèvre, soucieux de ne pas faire de bruit alors même que son corps se contractait.

« Wow, » dit Potter en relevant la tête.

Drago se releva rapidement, peu désireux d'être vu agenouillé au sol, les yeux fixés sur Potter, en train d'éjaculer dans son pantalon. Il se leva trop vite, cependant, et la pièce tournoya autour de lui.

Potter fixa ses yeux sur lui. Ses joues étaient rouges et ses cheveux partaient dans tous les sens, collant à son front moite.

« Tu veux que je… »

Sa main vint se poser en haut de la cuisse de Drago. Celui-ci recula brusquement. Potter retira sa main, surpris, et Drago se maudit intérieurement. S'il ne s'était pas branlé comme un idiot la minute précédente, Potter lui aurait peut-être rendu la pareille. Il rougit à l'idée des lèvres de Potter autour de son membre.

Mais il faudrait que ce soit une autre fois, quand son caleçon ne serait pas collant et mouillé.

« C'est bon, dit-il, sans regarder Potter. Je te le devais de toute façon.

— Me le devais ? »

Drago fronça les sourcils.

« Pour… m'avoir aidé. Je sais que tu as dit que tu ne voulais pas de récompense, mais tu en méritais clairement une. »

Drago eut un grand sourire auquel Potter ne répondit pas.

« Oh. D'accord, » dit-il en se levant.

Sa voix était neutre.

« Tu me remboursais. »

Il se battit avec le bouton de son jean.

« Je suppose que nous sommes quittes, maintenant, dit-il avec colère.

— Certainement pas ! » répondit Drago.

Il n'aimait pas du tout la soudaine froideur de Potter. Il essaya de prendre une voix séductrice quand il ajouta :

« Je te dois toujours des trucs. Des tas de trucs. Et pour le Patronus aussi. »

Potter releva la tête. Il n'avait pas réussi à boutonner son jean.

« Quel Patronus ? »

Drago soupira avec impatience.

« Celui que tu m'envoies chaque nuit. »

Potter secoua la tête. Il avait vraiment l'air surpris, mais il en fallait plus pour convaincre Drago.

« Je l'ai vu, Potter. Je sais à quoi il ressemble. C'est pas comme si je risquais de l'oublier. »

Il se rappelait de façon très nette le cerf géant, qui avait l'air si réel et si furieux, et qui s'était précipité sur lui en troisième année, sur le terrain de Quidditch.

« Tu l'as envoyé, et il m'a aidé à dormir et m'a gardé au sec. »

Potter plissa les paupières, étrécissant ses yeux.

« Je croyais que tu avais dit que les nuits étaient les pires.

« Elle le seraient, répliqua Drago, sur la défensive, s'il n'y avait pas ton cerf.

— Je… »

Potter fronça les sourcils

« Si j'avais conjuré des Patronus toutes les nuits, je pense que je m'en rappellerais.

— Mais je l'ai vu, » insista Drago.

Il l'avait bien vu, n'est-ce pas ? Il pensait avoir vu des bois, mais peut-être que ce n'était qu'un vœu pieux. Les Patronus n'étaient pas exactement corporels

« Si tu ne t'en rappelles pas, peut-être que tu les as conjurés dans ton sommeil. »

Potter se mit à rire.

« Sans baguette ? Inconsciemment. Tu as trop confiance en mes capacités. »

Potter l'observa attentivement.

« Tu es sûr que c'était un cerf ? »

Drago détourna le regard.

« Non, » admit-il.

Maintenant il se sentait stupide d'avoir tiré des conclusions si vite.

« Il disparait quand je me réveille. C'est surtout… de la brume.

— Et bien alors… considérant que c'est toi qui n'as pas de contrôle sur ta magie en ce moment, et s'il disparait quand tu te réveilles, est-ce que ça ne serait pas plus logique que ce soit toi qui l'aies conjuré inconsciemment ? »

Quand Potter le disait comme ça, ça semblait en effet plus logique.

« J'ai jamais été capable de faire un Patronus, répliqua quand même Drago. J'ai failli réussir une fois. Ça ressemblait un peu à… »

Drago jeta un coup d'œil à Grincheux, qui dormait toujours à côté de la fenêtre.

« A ça. »

Potter suivit son regard et sourit.

« Ça ne me surprend pas.

— Ça ferait un Patronus magnifique. »

Drago était légèrement vindicatif.

« En effet. »

Potter souriait toujours.

« Est-ce que je t'ai dit… »

La porte de la salle commune s'ouvrit brusquement.

« Alors, tu as changé d'avis, Har… argh ! »

Weasley s'immobilisa net, les mots bloqués dans sa gorge.
La réaction instinctive de Potter fut de stupidement reboutonner son jean en toute hâte. Le seul résultat que cela eut fut d'attirer l'attention dessus. De toute façon, leur apparence aurait suffit à mettre la puce à l'oreille de n'importe qui. Drago jeta un œil à Potter – ses lunettes étaient de travers, ses joues rougies, ses cheveux partaient dans tous les sens, sa cravate était défaite (Drago ne se rappelait même pas avoir fait ça), il avait une marque violette dans le cou (Drago ne se rappelait pas non plus avoir fait ça). Il y avait de fortes chances que lui-même ait la même allure. Même Goyle aurait compris ce qui s'était passé entre eux. Enfin, peut-être pas Goyle, mais Weasley, lui, semblait avoir assez de jugeote pour ça.

« Oui ! dit Potter trop soudainement et trop fort. C'est une super idée d'aller voler. Tu veux venir avec nous, Malefoy ? »

Weasley eut un rire quelque peu hystérique.

« Oh oui, je t'en prie, viens donc, Malefoy. »

Le visage de Potter tourna à l'écarlate.

« Plus tard, peut-être. Je me sens satisfait pour le moment, laissa échapper Drago. »

Potter courut presque jusqu'à la porte.

« On devrait y aller, alors, dit-il à Weasley. »

Celui-ci s'attarda. Ses yeux bleus, pointés sur Drago, s'étrécirent.

« Si tu comptes continuer comme ça, tu devrais utiliser une protection. »

Drago resta planté à le fixer. Weasley fit un mouvement en direction du sommet de son crâne.

« Il va te falloir des sortilèges anti-coups de soleil. »

Sur une dernière grimace, Weasley sortit. Drago leva la tête. Le nuage flottait haut au-dessus de sa tête, petit et si blanc qu'il brillait comme un soleil miniature.

« Bientôt je te renverrai à ta place, dans le ciel, promit Drago. »

Il n'arrivait pas à savoir si ça l'ennuyait ou non que Weasley se soit pointé. D'une certaine façon, cela le laissait davantage surexcité qu'embarrassé. Il avait envie que tout le monde sache ce qu'il pouvait faire à Potter. Il avait toujours clairement en tête l'image de ce dernier avec ses lèvres gonflées par les baisers et son expression hagarde. Il se demandait si cette pensée lui permettrait enfin de produire un Patronus. Il avait toujours voulu savoir jeter ce sort, depuis qu'il avait découvert que Potter pouvait le faire, mais peu importait ses efforts, ça n'avait jamais marché. Une volute de fumée et une masse de plumes blanches, c'était tout ce qu'il avait jamais réussi à faire apparaître.

Il jeta un regard mauvais au paon qui dormait un peu plus loin. Il avait conjuré Grincheux ; peut-être qu'il pouvait le conjurer à nouveau, en tant que Patronus.

Avec nervosité, il sortit sa baguette et ferma les yeux. Il pensa à Potter assis dans le fauteuil les yeux posés sur Drago, attendant un autre baiser.

« Expecto Patronum ! hurla-t-il. »

Il ferma les yeux encore plus fort avant de lentement les rouvrir. Une part de lui se doutait probablement de ce qu'il verrait, mais il n'osait pas se l'avouer. Impossible de l'ignorer désormais.

Un magnifique cerf argenté l'observait depuis l'autre côté de la pièce. Absolument corporel et gigantesque, avec des bois magnifiques et des yeux pénétrants, il avait un port de tête royal et tapait le sol de ses sabots avec agitation.

Drago abaissa sa baguette et resta debout à le fixer.