3eme chapitre, entièrement selon le point de vue d'Elias. Les prochains chapitres ne seront concentrés que sur Alice.

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Chapitre 3

P.O.V. Elias

J'étais assis dans la petite pièce qui me servait de salon. L'inquiétude me démangeait et je me forçais à rester tranquille. Dehors il faisait nuit et je pouvais enfin tirer les rideaux de mon humble demeure pour laisser entrer le clair de lune. A travers la fenêtre je pouvais apercevoir la forêt presqu'immobile, formant un mur sombre et muet à l'arrière de ma maison. La rue qui lui faisait face de l'autre coté était silencieuse à présent, plus personne n'osait arpenter les rues à des heures pareilles. Ce moment de calme aurait été parfait, si seulement des gémissements de souffrance ne me parvenaient pas de l'autre pièce. Ça allait bientôt se terminer, ma chère Alice allait bientôt finir par se réveiller. Il le fallait car je mourrais littéralement d'angoisse. L'objet de toutes mes inquiétudes dormait à côté, dans ma chambre… enfin, « dormait » n'était pas le terme exact. Elle souffrait horriblement, et ce depuis quarante-huit longues heures. J'avais alors pris l'initiative de la transformer pour lui sauver la vie. Elle n'aurait jamais pu survivre à James en tant que simple humaine. Je me devais d'agir, sans quoi ce monstre sanguinaire l'aurait vidé de tout son sang en un rien de temps. Toutefois, ma situation personnelle était devenue alors très compliqué. Enlever une patiente de bon matin sur mon lieu de travail, n'avait pas été une idée des plus judicieuses, et ce même si c'était pour lui sauver la vie. Ses parents allaient bientôt envoyer tous les soldats en quête du monstre qui avait enlevé leur fille, et mon départ précipité de l'hôpital faisait de moi le coupable tout désigné. Je ne pouvais plus retourner à l'institut, je ne pouvais plus rester dans cette bourgade perdue au milieu de nulle part. Aussitôt qu'Alice se serait réveillée, nous devrions fuir. J'espérais que le voyage se ferait discrètement et sans encombre… c'est-à-dire sans mort humaine à déplorer. Je ne devais pas oublier que mon amie allait bientôt être un vampire nouveau-né terriblement incontrôlable et sans doute dérouté par ce qui lui arrivait ; Et qui plus est… elle serait assoiffée. Il fallait que j'aille lui chercher de quoi apaiser cette douleur qui lui brûlerait certainement la gorge. Au fond de moi je reléguais ce trouble au dernier rang, je me plaisais à penser à l'éternité qui s'offrait désormais à nous. Avec ma très chère Alice à mes côtés, la vie retrouverait un arôme délicieux. Je pourrais enfin être moi-même en sa présence, et non plus, me soucier de lui causer du tord. Tout était possible à présent, quand elle aurait retrouvé ses esprits nous pourrions tout accomplir… ensemble. Un cri effroyable me tira de mes rêveries. J'entendais le rythme du cœur d'Alice qui ralentissait encore et encore, il n'était presque plus audible, même pour mon ouïe très développée. Elle allait bientôt se réveiller et je voulais être là à ce moment, et ne plus la quitter ensuite. Je devais donc aller lui chercher au plus vite de quoi la satisfaire : la forêt voisine regorgeait de cerfs et d'élans, quelques-unes de ses bêtes calmeraient l'appel de son venin pour un certain temps.

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J'arpentais la forêt depuis maintenant environs 10 minutes quand je vis un grand cerf, vif et majestueux, posté à une cinquantaine de mètre de là. Je sentais déjà son odeur et me tendit sous l'effet du venin. Je retrouvais alors mes instincts les plus primaires. L'animal était ma proie et je prenais plaisir à le traquer. Je sentais le venin s'insinuait dans ma bouche à mesure que je m'approchais, faisant preuve d'une agilité incomparable. La pauvre bête n'avait aucune chance. Je me régalais à l'idée de mon prochain repas… le cerf était un mets délicieux, bien moins que le sang d'un humain, mais d'une saveur exquise. Je commençais enfin ma lutte avec l'animal, ne lui laissant pas la moindre opportunité de s'échapper. J'en finissais pour de bon, lui brisant l'échine sous le coup de ma force décuplé. Je m'apprêtais à vider ce grand cerf de tout son sang, quand je me souvins d'Alice. Il fallait vraiment que j'arrive à contrôler ces effusions. Ce gibier était destiné à étancher sa soif, pas la mienne. Je laissais donc la carcasse encore chaude choir sur le sol de la forêt. Je m'apprêtais à me remettre en chasse quand une odeur familière me parvint jusqu'aux narines. Il était revenu, James ; Et il était tout proche de moi. Sans doute avait-il assisté à ma chasse.

« Eh bien, eh bien… ça faisait longtemps Elias. A ce que je vois, tu laisses tomber tes mauvaises habitudes. » Une voie glaciale se fit entendre derrière moi, faisant référence au cerf que je venais de décliner. James était encore loin quand je me retournais, accroupi sur la branche d'un arbre à vingt mètres du sol. A sa vue, mon corps se contracta et je me postais aussitôt en position d'attaque, prêt à lui bondir à la gorge. Je ne pris même pas la peine de lui répondre et il ne parut guère étonné de me voir ainsi à-l'affût.

Il s'approcha lentement, à une vitesse humaine.

« Ça fait longtemps qu'on ne s'est pas croisé, n'est-ce pas ? » Un vague sourire narquois animait ses traits, il ne savait que trop bien que nous nous étions manqué de peu. Je le surveillais attentivement, scrutant ses moindres faits et gestes.

« Nous ne sommes peut-être pas croisés, mais nous nous sommes flairés. C'est une évidence. » Il me regardait toujours d'un air amusé, faisant monter la rage dans tout mon être. Je ne supportais pas ce monstre vil et abject qui avait failli s'en prendre à Alice.

« C'est vrai, je suis dans les parages depuis quelques jours déjà. Je reviens de Boston… arff, une ville des plus ennuyeuses ! Le sang n'y est pas de très bonne qualité, pratiquement que des alcooliques. » Dit-il sur un ton qui se voulait mondain. Mon dégout à son sujet ne faisait qu'augmenter. « Oh… mais excuse-moi si j'empiète sur ton territoire. Ça fait des décennies que je n'ai pas goûté à du sang pur et aussi attrayant que celui qu'on trouve dans les parages. » Son allusion à Alice était à peine voilé, me dardant toujours d'un regard ironique.

« Justement, j'ai croisé une jeune-fille l'autre jour… » Continua-t-il tout en jaugeant ma réaction. Je forçais mon visage à rester impassible, même si cela m'en coûtait.

« Tu arrives trop tard, » lui dis-je simplement. L'étonnement pouvait aisément se lire sur son visage, m'intimant de continuer. Il voulait en savoir plus. « Tu n'auras pas cette proie. » ajoutais-je, toujours en le fixant. Son visage se décomposa une seconde, et il reprit contenance tout aussi rapidement.

« Vraiment ? Tu t'es entichée de cette humaine et tu l'as bien cachée dans ta petite maison ?!! » Railla-t-il, il avait l'air de s'amuser. Je ne pus m'empêcher d'être soulagé d'avoir transformé Alice à temps. James paraissait de plus en plus sûr de lui. Je jubilais à l'idée de lui dire la vérité mais je devais le laisser encore un peu s'exulter à la pensée de son repas.

« Non. Je ne l'ais pas cachée. Elle se repose, tout simplement. »

« Ahhh… tu me facilites les choses, tu es trop bon. J'imagine que tu ne va pas la vider de son sang puisqu'elle est encore en vie à l'heure qu'il est. Je peux donc me servir. »

« Hélas, non. Tu ne peux pas, James. Alice est… comment dire… entre deux stades pour le moment. Et je ne pense pas que son « sang » te convienne, en réalité. » Lui dis-je, luttant pour ne pas lui sourire et lui révéler tout mon stratagème. Jamais il n'aurait Alice, jamais il ne lui ferait mal.

« Oh… tu veux sans doute dire qu'elle va bientôt mourir. Je sens à peine son odeur et les pulsations de son cœur sont vraiment lentes… je ne ferais qu'achever le travail du destin après tout. » Stupide, vraiment stupide. James était primaire et sauvage, il avait à peine plus de jugeote qu'un nouveau-né. Il ne comprenait rien de ce que je lui racontais.

« Non, tu ne comprends pas. Alice va bientôt mourir, mais pour mieux se réveiller. Ça fait maintenant deux jours que le processus est lancé, et elle devrait bientôt reprendre conscience. » Je ne pus m'empêcher de lâcher un rire tonitruant au beau milieu de cette végétation silencieuse, à la vue de son ébahissement. Il comprenait enfin mes allusions. Un rictus nerveux apparut sur son visage, déformant celui-ci à l'absurde. Tout d'un coup, avant même que je prenne conscience qu'il bougeait, James se jetait sur moi empreint d'une colère foudroyante, propulsant mon corps à plus de soixante mètres contre un tronc d'arbre. Je me relevais aussitôt, prêt à combattre. Je sautais de branches en branches, tentant de le désorienter. Je chargeais ensuite sur son imposante carrure, prêt à mettre fin à ses jours… quand il m'envoya au tapis une fois encore. Je n'avais tout bonnement aucune chance de le vaincre. James était un traqueur et je lui avais volé sa proie, qui plus est il était bien plus fort que moi. La rage qu'il avait en lui à mon encontre n'avait pas d'égal. Je méritais donc de mourir et de souffrir, à ses yeux. Je me remis sur mes jambes en un rien de temps, j'entrepris alors d'arracher une branche de cinquante mètre de diamètre, plus grosse que mon bras, pour la lui balancer à la figure. Il s'écroula à terre, et sous le choc la branche tomba en miettes, mais il se releva tout aussi vite. Sans que je n'y comprenne quoique ce soit, il me chargeait déjà et atteignit mon cou en quelques secondes. Il allait en finir, je le savais. Je ne pouvais pas le vaincre, sa force me dépassait totalement. Il planta ses crocs dans ma nuque, et tandis que je sombrais dans un abîme sans fond, ma dernière pensée se tourna vers mon rayon de soleil, ma chère Alice. Je pouvais m'en aller serein, elle était hors de danger.


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