Les cinq jours qui le séparaient du colloque passèrent finalement à une telle vitesse que Cal ne put s'adonner sérieusement à d'interminables réflexions sur ce qui adviendrait ou non à Philadelphie. Après tout, quelle femme lui avait déjà résisté ? Assis confortablement derrière son bureau, Cal Ligthman tentait par tous les moyens de se rassurer. Néanmoins, une désagréable impression l'envahissait depuis quelques temps : il oubliait quelque chose. Ah oui, appeler Zoé pour qu'elle prenne Emily durant son escapade avec Gillian. Enfin, durant le temps du colloque. Le sourire rêveur qu'il affichait se transforma en grimace : ce n'était pas une partie de plaisir qui l'attendait dans les prochaines minutes.

- Ah, et depuis quand tu vas à des conférences qui ne sont pas les tiennes, toi ? Et en plus, à un colloque organisé par quelqu'un auquel tu trouves tous les défauts de la Terre ?

- A vrai dire, à l'origine, je n'étais pas censé y aller… Puis..

- La voix de ton maitre t'y a contraint, conclut-elle à sa place avec une intonation qui ne ressemblait pas à de la taquinerie

- Zoé.. Je te l'ai déjà dit, je n'aime pas quand tu parles de Gillian en ces termes, se défendit-il. Oui c'est son idée, certes, mais…

- Mais ça ne te déplait pas de passer quelques jours avec ta… Gillian ?

- Tu es agaçante à la fin à terminer de mes phrases ! s'était-il énervé

Aussi la discussion téléphonique s'était-elle vite terminée après cela.

- Vous savez, si vous me donnez l'enregistrement, je pourrai déterminer si il y a une once de jalousie dans ses propos, fit une voix amusée dans le bureau.

Cal n'en revenait pas : c'était Loker qui se tenait là, devant lui, qui n'avait pas perdu une miette de son entretien avec sa femme. Comment avait-il fait pour entrer sans se faire entendre ?

- Et vous, si je vous dis que je vais vous éjecter de ce bureau à coup de pieds dans les fesses, vous y voyez une once d'humour ou vous êtes convaincu que je suis tout à fait sérieux ? le menaça-t-il en se levant, ou il vous faut l'un de vos logiciels ultra-perfectionnés pour le déterminer ? Ah oui, parce que j'oubliais, vous, vous n'avez ni de don, ni les capacités intellectuelles pour déceler ces choses-là.

- Tenez, ce sont les papiers que vous m'aviez demandés, répondit Loker en se dirigeant vers la sortie, éberlué par ce que venait de lui dire son patron.

Une fois Loker dehors, Cal remarqua que Gillian se tenait contre le chambranle de la porte.

- C'est quoi cette nouvelle manie que vous avez tous à écouter les conversations ? Lui demanda-t-il

- Cal, tu es dur avec Eli parfois. Et tu sais autant que moi que c'est un garçon brillant…

Elle avait pris place dans l'un des fauteuils en cuir du bureau, lui faisant face.

- Il me pousse à bout parfois. Tu venais me voir pour quoi au fait ?

Elle lui paraissait trop douce. De telle sorte qu'en lui parlant, la voix de Cal ne semblait pouvoir adopter une inflexion agressive. Elle se pinça les lèvres :

- J'avais juste envie de papoter. Avec toi, voilà tout, dit-elle d'un ton détaché.

Ses lèvres dessinaient maintenant un sourire. Il crut percevoir dans ses yeux une lueur d'envie, mais raisonnablement, il pensa que le moment était mal choisi pour se faire des idées.

- Je vois, lui répondit-il d'un regard interrogateur. Il s'était de nouveau assis dans sa chaise rembourrée derrière son bureau, ce qui lui donnait, croyait-il, des airs de chef. Il avait mis un après l'autre ses pieds en les croisant sur son bureau. Un court silence se fit.

- Et puis, je te sens tendu Cal, c'est la perspective d'aller à ce séminaire qui te travaille autant ? Tu es fatigué ?

Cal n'avait pas vraiment prêté attention à ces paroles, car tout en disant cela, Gillian avait décollé du fauteuil pour venir s'asseoir sur son bureau, du côté où il se trouvait. Même si la façon dont elle était assise était plutôt sage, ses courbes ressortaient agréablement de l'angle où Cal la voyait. Bon sang, pourquoi avait-elle fait ça, c'était de la provocation ou quoi ? S'il se félicitait d'une chose envers Gillian c'était de ne pas la reluquer dans tous les sens comme il le fait la plupart du temps, avec la plupart des femmes. Ou du moins de le faire plus discrètement. Mais il ne fallait pas le tenter non plus.

- Tu disais ? Ah oui.. Euh Non, non je… commença-t-il

Voilà qu'elle le perturbait, et elle n'était pas du même genre que Zoé, à finir ses phrases. Tant pis, il fallait l'affronter. Il s'élança depuis sa chaise, fit le tour de son bureau sur lequel elle était assise. Elle lui faisait dos, il lui souffla à l'oreille :

- Tu sais Gillian, tu devrais arrêter de jouer les innocentes avec moi… insinua-t-il

Gillian n'eut le temps de répondre à cet assaut inattendu, car Ria avait passé la tête à travers l'encadrement de la porte.

- Gillian, euh, dit-elle en marquant une petite pause, les enregistrements sont arrivés, Eli a déjà commencé à les analyser, mais vous m'aviez de vous prévenir quand on nous les transmettait, donc voilà, ils sont là.

Elle laissa échapper un petit rire à la fois nerveux et gêné. Ce n'était pas la première fois qu'elle surprenait Gillian et Lightman dans des situations qui prêtaient à confusion, et même si contrairement à cette mégère de Loker elle refusait d'en tirer une quelconque conclusion, elle était dans l'embarras. Par contre, ses deux patrons avaient levé la tête en sa direction, le plus naturellement du monde, sans une pointe de gêne.

- Je vous emboîte le pas Ria, lui annonça Gillian en descendant de son perchoir.

Comment faisaient-ils, réfléchit Ria, pour ne pas se sentir du tout gênés quand elle les surprenait involontairement de la sorte ? Le plus admirable, c'était que elle soit gênée, et eux, du tout. Eli avait sans doute raison, ces deux-là ne pouvaient pas être que des amis.


NB : Le cinquième volet ne saurait tarder à arriver, nous quitterons la tête de Cal pour celle de Gillian. Je rappelle que vos suggestions et conseils sont largement les bienvenues, le manque d'inspiration me fout la trouille ;)

NB (bis) : Mes remerciements à Allison71230 qui a déniché un titre tout mignon pour le chapitre 2 ! (en cogitant hier soir, je me suis finalement dit que le mot "post-it" n'était pas très vendeur pour le titre d'une histoire, ce sera donc, pour l'instant, "Colloque ou... escapade en amoureux ?", à l'image de cette histoire qui dégouline de guimauve ;) )