Chapitre 3 :
Le bus était plein à craquer et il était tout simplement impossible de trouver une place pour s'asseoir. Je me mis donc dans un coin et enfonçais mes écouteurs dans mes oreilles. La musique se lança, me faisant oublier le brouhaha qui m'entourait. Je n'avais plus qu'une idée en tête : rentrer chez moi et m'étaler sur mon lit pour ne plus en bouger.
Non pas que cette journée ait été ennuyante - si on ne compte pas les cours bien entendu. Mais disons que je ne savais pas vraiment quoi faire avec le problème de Newt. La plupart de mes amis l'avaient déjà adopté et lui semblait totalement intégré dans notre groupe. Pourtant je ne pouvais m'empêcher de trouver sa présence désagréable. Quelque chose en moi me forçait à mettre le maximum de distance entre nous. Je soupirais en posant ma tête sur la vitre froide. Cela ne servait à rien d'y penser pour le moment.
Je me reconcentrais sur ma musique quand je sentis mon portable vibrer dans ma poche. Non sans difficultés, je le sortis et regardais le sms que je venais de recevoir. Il était de mon petit frère, Chuck.
"Où es tu ?"
Je levais un sourcil, étonné.
"Dans le bus comme d'habitude pourquoi ?"
"Dépêche toi ! Aujourd'hui maman rentre plus tôt"
Sa réponse m'intrigua encore davantage. Ma mère était infirmière et elle travaillait souvent jusqu'à très tard le soir et de ce fait, nous ne la voyions pas beaucoup. Qu'elle rentre plus tôt n'augurait rien de bon. Je regardais dehors et remarquais qu'il ne me restait plus que deux arrêts avant d'arriver chez moi. Le stress grimpant, j'augmentais le son de ma musique pour me détendre.
J'arrivais chez moi cinq minutes plus tard. Un peu inquiet, j'attendis une minute avant de glisser ma clé dans la serrure et ouvrir la porte. J'entrais ensuite dans le salon et ne voyant personne, mon angoisse augmenta d'un cran.
- Maman ? Chuck ? Vous êtes là ? M'écriais je alors en cherchant dans la cuisine.
- Tu es enfin là !
Je me retournais et aperçu ma mère souriante. Rassuré, je la suivis alors qu'elle s'asseyait sur un fauteuil et m'invitais à m'assoir sur le canapé en face d'elle. J'entendis du bruit dans l'escalier et l'instant d'après, mon petit frère vint s'installer à côté de moi.
- Maintenant que nous sommes tous réunis, j'ai quelque chose de très important à vous dire. Commença t-elle, se tordant les doigts nerveusement.
Immédiatement, je compris que la nouvelle ne me plairait pas. Je jetais un coup d'œil à Chuck mais celui ci restait de marbre, je me reconcentrais donc sur le visage de ma génitrice.
- Je suis fiancée ! Annonça t-elle alors d'un coup, un sourire fleurissant sur son visage.
Je restais bouche bée. Je m'attendais à tout sauf à ça et pour une bonne raison. Il y a cinq ans déjà, notre père nous avait abandonné lâchement en s'enfuyant avec sa secrétaire et en nous laissant une dette de plusieurs milliers de dollars. Depuis ce jour, ma mère avait dû travailler corps et âme pour nous permettre de vivre correctement. J'avais moi même commencé un job à temps partiel dans un café pour l'aider. Mais j'avais pris la décision de ne plus jamais faire confiance à quelqu'un.
Et je pensais qu'il en allait de même pour ma mère. Pendant ces cinq années de longue labeur, nous nous étions entraidés et nous avions vécu plutôt sereinement. Je n'aurais jamais cru que ma mère puisse trouver un jour quelqu'un d'autre pour partager sa vie et secrètement j'espérais qu'elle ne le ferais jamais.
Mon frère brisa le silence en se levant et en prenant notre mère dans ses bras.
- Félicitations maman ! S'exclama t-il. Et qui est ce ?
- Et bien en fait je comptais vous le présenter ce soir... Annonça t-elle, ses joues rosissant un peu.
Il ne m'en fallu pas plus pour exploser.
- Tu n'es pas sérieuse quand même ? Tu nous annonce que tu es fiancée et tout de suite après tu veux nous faire rencontrer l'homme que tu nous as secrètement caché depuis ... Cela fait combien de temps que tu le vois déjà ? M'emportais je.
- Cela fait 7 mois ... Répondit-elle, choquée par mon attitude.
- 7 mois ?! Et pas à un seul moment, tu aurais pu nous prévenir ? Genre " salut les enfants, vous savez quoi j'ai trouvé un nouvel homme qui va encore nous gâcher la vie ! "
Je me tus alors que je voyais le visage de ma mère se décomposer. Je savais que j'en avais trop dis mais je n'arrivais pas à croire qu'elle ai fait ça. Je me levais et m'apprêtais à monter les escaliers lorsque Chuck me retint. Je croisais son regard furieux mais je ne me laissais pas faire, bien trop énervé aussi.
- Rencontre le si ça te chante ! Moi je n'assisterais pas à une nouvelle destruction de cette famille ! M'exclamais je alors avant de le repousser et monter m'enfermer dans ma chambre.
Je me laissais alors tomber sur mon lit et plongeais ma tête dans l'oreiller. Fermant les yeux, j'essayais de me calmer. Je savais que j'avais profondément blesser ma mère car elle avait souffert bien plus que nous du départ de notre père. Mais le fait qu'elle puisse envisager de refaire sa vie avec un homme qui pouvait la trahir à n'importe quel moment m'insupportais davantage.
Le silence régnait dans ma chambre quand soudain j'entendis toquer à ma porte. Je ne répondis pas.
- Thomas, mon chéri, je sais ce que tu penses. Moi aussi j'ai toujours eu peur de revivre la même chose que ... ce qui est arrivé. Mais en même temps, je ne veux pas rester à jamais bloquée dans le passé. Nous avons tous le droit à une deuxième chance. Et j'aimerais que tu me laisses en avoir une aussi avec Sam. Crois moi, il n'est pas du tout comme l'était ton père. C'est un homme profondément gentil et attentionné. Je l'aime vraiment. Alors je t'en prie, ne le juge pas à cause des erreurs d'un autre.
J'entendis qu'elle s'asseyait derrière ma porte et j'eus une bouffée de nostalgie. Elle avait toujours fait ça quand après nos disputes, je venais m'enfermer dans ma chambre. Doucement, je me levais et m'assis dos à la porte. J'avais peur. Peur pour elle et pour nous mais elle avait raison. Je ne pouvais pas considérer tout le monde comme mauvais juste parce que j'avais souffert une fois. Je déverrouillais ma porte et me reculais. Ma mère entra et me prit dans ses bras.
- Merci Thomas.
Je profitais de la chaleur de ses bras pour me laisser aller contre elle. A l'encadrement de la porte, Chuck nous regardait avec un sourire. Je voyais qu'il n'était pas totalement confiant lui aussi mais pour notre mère, il essayerait et je ferais de même.
Je repoussais donc doucement la femme et sourit légèrement moqueur.
- Tu devrais peut être essuyé les traces de mascara sur tes joues si tu veux faire bonne impression. Dis je.
Ma mère rigola et sortit. Je me relevais à mon tour et regarda mon petit frère.
- Tu pourrais aussi t'habiller un peu mieux que ça. Remarqua t-il en me désignant.
Je baissais les yeux sur mon tee shirt Star Wars et mon jean troué au niveau du genou.
- C'est mon tee shirt préféré ! Rétorquais je.
- Je m'en fiche ! S'obstina Chuck en se dirigeant vers mon placard. On a décidé de faire un effort pour maman alors on le fait correctement.
Prestement, il sortit de ma penderie une chemise noire et un jean gris. Relativement simple mais plus stylé que ce que je portais sur le moment. Je le remerciais du regard et il partit se changer lui aussi.
Après m'être changé et avoir essayé de dompter mes quelques mèches rebelles sans succès, je descendis rejoindre ma famille au salon.
Maintenant que j'avais accepté de rencontrer le nouvel homme de ma mère, je ne pus m'empêcher de stresser à nouveau. Même si j'avais décidé de laisser une nouvelle chance à un homme d'entrer dans notre famille, je ne savais pas du tout à quoi m'attendre. Après tout, si elle nous le présentait, c'était que leur histoire était réellement sérieuse. Elle était fiancée après tout. Un tilt se fit dans mon cerveau alors que ma nervosité augmentait à chaque minute qui passait. Est ce que cela voulait dire qu'il allait vivre avec nous ?
Je voulus poser la question à voix haute quand tout à coup, on sonna à la porte. J'en aurais presque sursauté. Comme un automate, je suivis mon frère et ma mère dans l'entrée, les yeux résolument baissés vers le sol. J'entendis ma mère ouvrir la porte et une voix d'homme la saluer.
- Je suis heureux de te revoir Mia. S'exclama une voix plutôt enjouée. J'avais hâte de rencontrer tes fils dont tu m'avais tant parlé et d'ailleurs je te présente le mien. Newt, tu dis bonjour ?
Au nom du blond, je relevais brusquement la tête. Ma mâchoire faillit se décrocher quand je reconnus le jeune homme qui ne cessait de m'agacer depuis son entrée dans ma vie. Ce dernier salua ma mère avant de se retourner vers nous. Il m'aperçut et ouvrit les yeux, tout aussi surpris que moi.
- Thomas ?
Nous étions installés autour de la table basse du salon, silencieux. Je n'arrivais toujours pas à croire ce qui m'arrivait. Je relevais les yeux et croisais le regard ambré du garçon qui rebaissa aussitôt la tête. Visiblement, il semblait tout aussi gêné que moi par cette situation. Ma mère se leva soudainement.
- Quelqu'un veut du thé ? Lança t-elle d'un ton joyeux.
- J'accepte volontiers. S'exclama aussitôt l'homme en face de moi. Newt ?
Ledit Newt hocha la tête et Chuck suivit son exemple avant de se lever pour aider notre génitrice. Je me demandais si je devais les suivre pour éviter une quelconque confrontation avec ma future belle famille quand le père du garçon blond engagea la conversation.
- Thomas c'est ça ? Tu es en terminale si j'ai bien compris. Dans quelle filière es tu ? Newt est en littérature.
- Je sais. Répondis je avant de me rendre compte de ce que je disais et croiser le regard surpris de Newt. Je veux dire, on s'est déjà croisé donc j'étais au courant. Et je suis en première S, j'ai redoublé une année.
- Il a passé plus de temps à travailler qu'à aller à l'école. Malgré tout ce que j'ai pu lui dire, il a tenu à m'aider jusqu'au bout. Ajouta alors ma mère en revenant avec le thé.
Je ne dis rien mais j'évitais le regard des deux hommes qui me fixaient. Je ne me sentais vraiment pas à mon aise et je voulais que tout ceci finisse au plus vite. Je préférais rester concentré sur la cheminée qui me semblait tout à coup particulièrement magnifique.
- ... de partager la chambre de Thomas pendant un premier moment ?
A l'entente de mon prénom, je relevais la tête et croisais le regard doré de mon camarade qui ne paraissait pas vraiment heureux de ce qu'il venait d'entendre.
- Excusez moi mais je n'ai pas suivi... Qu'est ce que vous avez dit ? Me vis je obligé de demander, l'inquiétude montant au creux de mon estomac.
- Nous disions juste que tu pourrais accueillir Newt dans ta chambre quelques jours le temps que nous trouvions une autre solution.
Je jetais un coup d'oeil légèrement désespéré à Chuck qui se contenta de hausser les épaules. Visiblement, les sentiments de ma mère ne me plaisaient vraiment pas. Déjà que je devais accepter qu'un autre homme entre dans notre vie, je devais en plus supporter la présence d'un garçon qui avait le don de profondément m'énerver. J'aurais bien argumenté pour expliquer à ma mère qu'il était hors de question que cette décision soit prise mais à la vue du regard qu'elle lança au père de Newt, je n'eus pas le coeur à lui gâcher son bonheur. Je me murais donc dans le silence, ignorant le blond.
Ce n'est qu'après le diner que je fus obligé d'interagir avec ce dernier. Ma mère et Sam étaient restés dans la cuisine et discutaient tranquillement de leurs projets. Chuck m'ayant lâchement abandonner en prétextant passer un appel urgent à un de ses amis sur un devoir pour le lendemain, je me retrouvais seul avec le terminale. Au bout de 5 min de silence, n'y tenant plus je me tournais vers lui.
- Bon vu qu'on n'a pas le choix de cohabiter pour le moment, autant que je te monte ma chambre. Dis je en essayant de ne pas être trop dur.
- Et bien, j'ai cru que tu allais me laisser dormir sur le tapis du salon. Répliqua Newt en me laissant un regard de défi.
Je me retins de ne rien rajouter car je sentais mes jours s'échauffer sous le coup de la colère et je ne voulais pas provoquer d'incidents. Je montais donc docilement les marches, faisant abstraction du blond qui me suivait.
- La chambre de gauche, c'est celle de Chuck et celle de droite est à ma mère. La mienne est au fond. Expliquais je rapidement en lui montrant également la salle de bain qui se trouvait juste à côté de ma chambre.
J'ouvrais ensuite ma porte et le laissais entrer. Sans vraiment comprendre pourquoi, je me sentis légèrement gêné alors qu'il détaillait la pièce en s'arrêtant sur les photos qui jonchaient l'un des murs. Un sourire moqueur éclaira soudain son visage et bizarrement, je me surpris à me dire qu'il n'étais pas mal ainsi. Je secouais la tête en repoussant cette pensée.
- Alors comme ça tu as du mal à te réveiller le matin ? Pouffa le blond me faisant relever la tête vers lui alors qu'il pointait une photo.
Je mis un temps avant de me souvenir de la photo qu'avait prise Chuck à mon insu alors que je découchais d'une soirée particulièrement arosée. Rougissant, je me mis entre le mur et Newt, lui lançant un regard furieux.
- Si tu pouvais éviter dans mes affaires, ça m'arrangerait. Déjà que je vais devoir te supporter pendant un moment...
Aussitôt le sourire du blond s'effaça, laissant une expression de tristesse fugace avant qu'il ne fronce les sourcils.
- Désolé de te déranger dans ton intimité mais je n'avais pas idée que cela te dérangeait à ce point. Et juste pour dire ce n'est pas comme si ce qui arrive était de ma faute !
- Tu dis ça mais ça m'étonnerait que ton père ne t'ai pas mis au courant qu'il voyait quelqu'un et d'ailleurs je suis presque sûr que tu étais au courant qu'il s'agissait de moi et que c'est pour ça que tu es venu avec mes amis. M'insurgeais je, sachant très bien que j'allais trop loin.
- Non mais faut te calmer Thomas. S'énerva à son tour Newt. Sache que d'un je ne savais pas que j'allais débarquer dans ta famille et que je subis ça autant que toi et de deux tu n'es pas le centre du monde. Il n'y a aucun rapport entre toi et le fait que je trouve Aris, Alby et les autres sympa. Alors maintenant, je suis désolé mais tu vas devoir subir ma présence. Et si ça peut te rassurer, je déteste tout autant cette situation que toi. Et encore plus maintenant.
Et sur ces mots, il sortit en claquant la porte. Je ne bougeais pas, trop choqué par les paroles du blond. Je devais avouer que je m'étais emporté pour rien mais lui aussi ne faisait aucun effort pour être amical. Visiblement l'entente avec Newt était tout simplement impossible.
