Bonjour à tous,
Cette histoire est fondée sur la théorie de Chara en tant que narrateur et qui n'est donc pas un personnage foncièrement maléfique. Vous pouvez la trouver en tapant A CHARActer's Analysis, de Determinator.
Concernant Sans, c'est basé en partie sur Handplate, la BD de Dzara publiée sur Deviant Art. Plus d'explications arriveront au fur et à mesure de l'histoire. Et d'ailleurs, nous y voilà. Je précise qu'elle diverge un peu à partir du moment où Sans et Papyrus sont libérés. Je vous conseille de lire cette œuvre, elle est splendide !
Enfin, j'ai sans doute pioché quelques idées dans la saga vidéo de Comic Sans TV, surtout celle Dogs of Future Past.
Et maintenant que j'y songe, certaines idées proviennent de la série explicative sur Undertale de Captain Hype sur laquelle je me suis fondée pour la physique de Undertale.
L'univers original appartenant à Toby Fox
En fait, j'ai fait un melting pot de toutes ces sources d'inspirations et cela a donné cela.
Je conseille d'écouter Gaster's Theme, Premonition, Quiet Water et It's raining somewhere.
Chapitre 4
Sans ôta le gant qu'il portait perpétuellement sur sa main et lui montra une plaque se trouvant encastrée dessus et portant les lettres suivantes :
WDG-1
S
Puis il remit son gant et commença son récit par un avertissement lancé sur un ton très menaçant :
« Tout d'abord, je t'interdis d'avoir pitié de moi, c'est bien clair ? »
Chara hocha la tête silencieusement, laissant ainsi au squelette le soin de poursuivre :
«Les lettres WDG sont les initiales de Wingdings Gaster. Personne dans l'Underground ne sait plus qui il est mais du temps où il existait, il était reconnu comme le créateur du Noyau et il est à l'origine des plans dont s'est servi Alphys pour créer l'extracteur de Détermination. Il fut également celui qui nous a créé, Papyrus et moi, en tant qu'objets expérimentaux afin de pouvoir en apprendre plus sur la manière dont fonctionne l'Underground. Maintenant, quand je te dis qu'il n'existe plus, ce n'est pas qu'il est mort, c'est qu'il a été effacé complètement de la réalité : son existence n'a laissé aucune trace dans les esprits de ceux qui le connaissaient et le côtoyaient. »
Le froncement de sourcil très intrigué poussa Sans à approfondir :
« Tu te demandes peut-être comment se fait qu'un être qui n'a pas existé a t-il pu laisser des traces matérielles de son existence comme des plans, le Noyau ou Papyrus et moi ?Je n'en ai aucune idée et, à vrai dire, j'ai cessé de me poser cette question il y a longtemps. »
Chara paraissait légèrement dubitative mais elle ne chercha pas à le forcer à développer, le laissant poursuivre le récit.
« Tu dois aussi remarquer que je n'ai pas dit qu'il avait créé des sujets d'expérimentation, mais bien des objets. Ni Papyrus ni moi n'étions destinés à être conscients. Cependant, il s'est référé à nous de cette manière pendant très longtemps, très certainement parce qu'il ne pouvait se permettre de développer des sentiments ou de ressentir des émotions sur des sujets et encore moins sur des personnes. »
Son interlocuteur se contenta de hocher la tête comme si cette façon de penser allait de soi, ou, du moins, qu'elle comprenait la logique du raisonnement. Pourtant, la manière dont ses yeux rouges luisaient montrait qu'elle n'était absolument pas indifférente à cette façon de réfléchir. Sans décida qu'il creuserait ce sujet plus tard :
« À l'époque où Gaster nous a créés, il y avait déjà six âmes humaines récoltées et la dernière tardait à venir. De plus, l'Underground partait du principe qu'il faudrait affronter des humains une fois sorti, et on manquait beaucoup d'informations sur ce qu'il se passait dehors. Gaster était le Scientifique Royal et il était motivé par un profond désir de connaître le futur afin d'éviter une défaite comme lors de la guerre précédente. Selon Papyrus, il avait vu toute la race des squelettes disparaître alors que lui même n'avait pas combattu comme les autres. Il était le seul survivant et n'avait plus aucune famille. Il avait aussi été blessé au point de perdre son œil droit, . Il souffrait de plusieurs troubles psychiques : Culpabilité du survivant, Syndrome Post traumatique, Refoulement émotionnel et j'en passe. Asgore l'avait trouvé sur un champ de bataille, d'après ce que j'ai compris et Gaster était devenu son ami et lui était particulièrement dévoué. »
Chara resta silencieuse, poussant ainsi Sans à continuer :
« Il était prêt à tout pour soutenir Asgore dans son projet de retour à la surface, mais surtout, il voyait combien tuer des enfants humains minait son ami, au point de lui faire perdre espoir et de le détruire. Le roi n'en pouvait plus et Gaster était résolu à prendre sur lui pour faire avancer les choses. Quitte à se dire qu'il n'avait pas le choix de faire ce qu'il a fait quand il nous a créé et après cela. Quitte à s'illusionner sur la réalité et à se tromper lui même sur ce qu'il faisait. Gaster était un être profondément tourmenté et bien que je le haïsse de toute mon âme, je peux aussi dire que Papyrus et moi étions ceux qui le comprenaient le mieux. Après tout, nous avions été formés à partir de trous qu'il a creusé dans ses propres mains, avec des fragments de son propre âme. »
L'enfant se contentait d'écouter, sans réagir autrement que par la lueur de son regard. Pas de jugement, pas de pitié, pas d'excuses. Juste un désir de comprendre. Cela soulageait profondément Sans, pour une raison inconnue.
« Mon premier souvenir est la cuve dans laquelle je me trouvais, rempli d'un liquide et une seconde cuve à côté de moi, avec Papyrus à l'intérieur. Il fut le premier être que j'ai vu et je fus le premier qu'il a vu. Un lien s'est aussitôt créé entre nous. Quand il s'en est aperçu, Gaster nous a séparé, chacun dans une cellule. Il nous en sortait et interagissait avec nous uniquement pour satisfaire nos besoins vitaux. Il s'est ensuite rendu compte qu'il pouvait nous apprendre au-delà du plus élémentaire et il s'est également aperçu que Papyrus et moi apprenions mieux ensemble. Mais le pire, pour lui, c'est quand il a compris que non seulement nous étions capable d'apprendre et donc dotés d'intelligence, mais aussi que nous étions conscients, capables de sentiments et d'émotions complexes. Cela bouleversait tous ses plans. Il s'attendait à avoir affaire à des objets expérimentaux ne posant aucun problème d'ordre éthique. Et voilà qu'il avait affaire à des squelettes d'apparence enfantine partageant les mêmes instincts que lui, apprenant depuis le stade nourrisson au stade d'enfant. Là, tu pouvais dire qu'il avait un choix éthique à faire. » Commenta Sans avec un air amère.
Chara posa alors sa première question depuis le début du récit :
« Comment était votre relation à cette époque à Papyrus et toi ? Vos personnalités ? »
« Papyrus et moi partagions tout. Même quand il n'y avait qu'un seul oreiller ou d'une récompense, on la partageait. J'étais déjà extrêmement méfiant, au point d'entrer en mode défensif dès que je voyais Gaster. Il m'effrayait depuis la première fois que je l'ai vu et je maintenais de la distance. Papyrus, de son côté, était avide d'attention, de contact, comme n'importe quel enfant. Quant à Gaster lui-même, il nous observait en permanence. Il prenait soin de nous et veillait à satisfaire les besoins vitaux, bien qu'il se faisait un point d'honneur à éviter de nous toucher physiquement ou de se comporter comme le ferait un parent. Cependant, c'était la seule chose que nous connaissions. Parfois, il y avait des moments où il avait des lapsus, comme la fois où il nous a désigné comme frère et cela a scellé notre relation, ou bien la fois où il ne pouvait s'empêcher de sourire en voyant nos progrès comme lorsque j'ai résolu un casse-tête. À cet époque, il ne s'abaissait pas encore à nous blesser. Papyrus voyait déjà le moment arriver où nous serions une vrai famille. »
Chara afficha un sourire amer, comprenant déjà que cela n'était pas arrivé.
« Et puis un jour, il a fait son choix entre Combattre et Clémence et ce n'est pas la clémence qui a gagné. Ils nous a incrusté ces plaques sur nos mains, nous labellisant comme des objets. Ces plaques étaient aussi un moyen de retracer notre localisation, où qu'on se cache et où qu'on fuit. À ce moment là, j'ai totalement cessé de lui faire confiance mais Papyrus s'obstinait à me dire qu'il y avait du bien en lui, qu'il ne souhaitait pas nous faire vraiment mal, qu'il pouvait encore changer. Et puis sont venus les premières expériences : la première m'a ôté l'usage de mon œil droit. Je ne pouvais plus le faire scintiller avec ma magie et chez les squelettes, cela signifie qu'on est plus prédisposé à la dépression et aux tendances suicidaires. D'autres expériences ont suivi, sur nous deux. C'est à ce moment là que j'ai commencé à avoir des visions du futur, suivi par Papyrus. Des visions où nous étions libres et heureux. Un trésor que je ne voulais partager qu'avec mon frère.»
« As tu essayé de t'échapper ? » Demanda Chara avec un air intense.
« Oui. Les squelettes peuvent détacher leurs membres et j'avais compris que les traceurs se trouvaient dans les plaques sur nos mains. J'ai donc testé les eaux et j'ai détaché le bras de Papyrus pour voir comment Gaster réagirait. Il a étouffé l'espoir dans l'œuf en brisant le bras détaché de mon frère pour nous montrer que c'était inutile. L'expérience qui a suivi m'a quasiment tué. Je n'ai toujours eu qu'un point de vie et, à dire vrai, je me laissais mourir. C'est Papyrus qui m'a ramené d'entre les morts. Même s'il ne montre pas ça beaucoup, il est bon en magie curative. C'est aussi le jour où Gaster lui a passé ce rubik's cube pour le calmer au sujet de mon absence. Il devint passionné de puzzles depuis ce jour, sans doute car il y voyait la preuve du potentiel de bonté de Gaster. »
« Papyrus est vraiment trop bon pour ce monde... » Dit le fantôme avec un air complètement ébahi.
« Je sais. Malgré ma quasi-mort, les expériences ont continué et je suis passé à mon autre plan : observer les moindres faits et gestes de mon bourreau, analyser ses sentiments et ses émotions et, surtout, dire mes conclusions devant lui tout haut en espérant obtenir une réaction montrant que j'avais touché un point sensible. J'ai tenté d'apprendre à soigner Papyrus quand il revenait mal en point. Mais je n'étais pas assez bon. À l'époque, mon unique point de vie me limitait cruellement et je me sentais inutile face à Papyrus, d'autant plus qu'il continuait à croire en la bonté de ce monde. Je ne savais pas comment il arrivait à faire ça, chaque jour, malgré les expériences toujours plus douloureuses. Il la faisait parce qu'il me voyait comme exemple. C'était la plus belle chose que j'avais entendu de ma vie. »
Le sourire triste qui apparaissait sur le visage de Chara semblait partagé entre une expression de tristesse mais aussi une vague envie. Sans comprenait. Personne d'autre que lui ne pouvait se vanter d'avoir un frère comme Papyrus.
« Puis vint le moment où Papyrus vendit la mèche sur nos visions du futur. J'ai continué à nier de toute mes forces : c'était mon secret, la seule chose que je possédais. Et nos visions devenaient de plus en plus précises, assez bonnes pour voir une voie Génocide dans mon cas et notre installation à Couveneige pour Papyrus. J'ai gardé le silence sur ça. Néanmoins, Gaster m'a bien fait comprendre que si j'étais moins doué, moins fort, moins puissant que Papyrus, alors cela signifiait que je n'avais aucune valeur et qu'il devrait donc… m'euthanasier.»
La rage qui illuminait les yeux de Chara était clairement effrayante alors Sans décida de nuancer...un peu.
« Il ne l'aurait sans doute pas fait. Nous étions des sujets d'expérimentation beaucoup trop rares malgré ma faiblesse. Cependant, j'ai continué à argumenter contre lui et à tout faire pour rendre sa vie difficile ainsi que de le mettre face à son éthique, sans grand succès. De son côté, Papyrus argumentait aussi avec lui en clamant qu'il ne tuerait jamais, en affirmant son idéal. Et cela, quelque part, il ne l'a jamais oublié. Peu de temps après, Gaster a menacé de me tuer pour forcer mon frère à agir contre ses idéaux. Il a refusé. C'est vers cette époque que j'ai commencé à réaliser, grâce à lui, une question primordiale : Qu'est ce qui était le plus important pour moi : la vie de mon frère ou ses idéaux quand la vie, selon son point de vue, se résumait à tuer ou être tué. Il m'a aussi dit que je devais être prêt à accepter les conséquences de mon choix. À l'époque, mon choix était fait. »
Chara émit cette fois un sourire sans joie tout en disant :
« En fait, sa philosophie était très proche de celle de Flowey. »
« Flowey avait l'excuse de ne plus avoir d'âme ni de sentiments positifs. Gaster en avait une, certes, mutilée par ses bons soins et il aurait pu se décider pour avoir de la clémence envers nous. Toujours es- il, qu'à l'époque, j'ai entamé mes premières tentatives de meurtre sur Gaster avec mon premier Blaster. Échec critique puisque je n'avais qu'un seul point d'attaque. Je me sentais complètement faible et inutile, ne servant que de moyen de pression, et Papyrus avait parfois des doutes sur son intelligence. Et pourtant, Papyrus me ramenait toujours des sentiers sombres où je me perdais grâce à son incurable optimisme et son indicible espoir. »
« C'est dans l'obscurité la plus sombre que les étoiles brillent le plus. » Commenta le fantôme avec un air mélancolique.
« Quand nous avons montré des signes prouvant notre capacité à utiliser la magie de la gravité, Gaster a décidé de ne pas nous laisser avoir l'idée de l'utiliser contre lui. Et il a battu Papyrus comme plâtre en disant que c'est ce qui arriverait à mon frère si j'osais me servir de ma magie contre lui. Papyrus n'avait pas besoin d'une telle leçon : Gaster savait qu'avec son exemple, Papyrus ne l'utiliserait jamais sur lui. À l'époque, nous étions devenus incapables d'utiliser la magie bleue, même pour nous sauver nous même. Au même moment, j'avais observé que Gaster devenait de plus en plus distrait et fatigué et je continuais à tester soigneusement ses limites par des questions de morale et de la résistance passive. »
« Tu as tenté de le tuer à nouveau. » Dit Chara, là encore sans jugement ni condamnation.
« J'avais techniquement réussi : il était aux portes de la mort. J'étais extatique : nous étions à un doigt de la liberté. Il suffisait juste que Papyrus fasse ce que je lui dise et tout était terminé. Compte tenu de ton histoire avec ton frère, tu peux deviner ce qui est arrivé. » Déclara Sans avec un air ironique.
« Ton frère n'a pas écouté et a décidé d'épargner Gaster. Il l'a soigné contre tes avertissements et tu étais de retour à la case départ. » Déduisit le premier enfant tombé sans difficulté : après tout, c'était précisément la même chose qu'Asriel avait fait. Papyrus et son frère d'adoption avaient été très similaires.
« C'était la première fois que je me suis fâché contre mon frère et ensuite, j'ai tout abandonné. J'ai arrêté de lui parler, de dormir avec lui, de le réconforter ou de l'encourager. Je l'ai complètement ignoré. J'ai cessé d'essayer de le faire changer d'avis sur Gaster. J'avais compris définitivement, quelque part au fond de moi qu'il était mon parfait opposé : ses idéaux compterait toujours plus que lui que sa propre vie. »
« Ou la tienne. » Ajouta Chara, simplement.
« Oui. Mais vivre sans lui était encore plus douloureux. On s'est donc réconcilié. Cependant… c'était déjà trop tard pour moi : une partie en moi ne ressentait plus rien, exactement comme Gaster. Aucun désir de vivre. J'ai toujours soupçonné que Papyrus avait hérité d'un fragment d'âme datant d'avant la guerre des monstres. Un Gaster idéaliste, pacifiste, naïf. Et moi… j'avais hérité d'une partie du Gaster actuel, la partie brisée, dépressive, désespérée. Encore que… Papyrus est un spécialiste pour se convaincre que tout va bien et le Gaster de notre époque était aussi très bon pour s'illusionner sur le fait qu'il n'avais pas le choix. Il avait été aussi plutôt passif durant sa jeunesse, ne participant au combat qu'en désespoir de cause, un peu comme moi. Peut-être qu'en fin de compte, nous ne sommes que des facettes imparfaites de Gaster. »
« Non. » Un seul mot de Chara, une seule réponse, définitive.
« Quoi ? »
« Tu m'as bien entendu. Papyrus n'est pas Gaster et toi non plus. Les enfants partagent des traits de leurs parents, qu'ils le veuillent ou non, qu'ils haïssent leurs parents ou pas. Mais ils ne seront jamais eux.» Insista Chara en plissant ses yeux rouges vers le squelette, légèrement intimidé.
« Qui sait… Quelque part, cet incident a changé quelque chose en lui. Il paraissait atteint psychologiquement par le sauvetage de Papyrus et commençait à se remettre en question. Ses expériences devenaient moins axées sur la modification de nos pouvoirs et du physique. Elles prenaient un tournant plus souple et Papyrus était celui qui avait désormais le plus d'impact sur lui. Quant à moi… Tu te souviens de ce que je t'ai dit dans le Vide au sujet des choix qu'on pouvait faire, même dans une situation sur laquelle on avait aucun contrôle ? J'en suis venu à cette conclusion à l'époque. J'étais parvenu à la conclusion que nous ne serions jamais libre et pourtant, Papyrus et moi faisions plus de choix et utilisions plus notre libre-arbitre que Gaster, contrôlant complètement sa vie mais prisonnier du trou dans lequel il s'était enterré lui-même. »
« Je savais que cela sentait le vécu. » Dit l'enfant fantomatique.
« Après cela, il s'est passé un événement terrifiant. Quand Papyrus et moi nous tenons nos mains, nos pouvoirs sont décuplés. Couplés à une invention, nous avons invoqué une chose, faute d'un meilleur mot et qui a failli nous tuer. Mais alors, Gaster nous a défendu. La créature affirmait qu'il semblait tenir à nous. Enfin, il a prophétisé la fin que Gaster connaîtrait un jour : Que pour quelqu'un qui s'intéressait tant au futur, ce dernier n'avait rien à faire de Gaster. Il a ajouté qu'un jour, il ne serait plus là et que nul ne se souviendrait de son existence, ni de son travail, ni de ses créations. »
« Tu parles d'un avertissement cryptique. » Commenta Chara.
« D'après la créature elle-même, elle avait toujours rêvé de faire ça., va savoir pourquoi. Je ne sais pas ce qu'était cette chose, peut-être un être né du Vide ou celui ayant créé ce même Vide. Je ne tiens pas particulièrement à le savoir.»
« On verra le moment venu si l'on doit se pencher sur le sujet. » Dit son partenaire d'infortune.
« En tout cas, suite à ce débâcle, Gaster est devenu encore plus dépressif. Alphys, qui était son assistante à l'époque, a fini par s'inquiéter et a pénétré dans le vrai laboratoire. C'est là qu'elle nous a découvert. Cependant, nous ne pouvions pas communiquer avec elle parce que nous parlions seulement dans le langage crypté que Gaster utilisait. Elle ne savait pas quoi faire. Je crois qu'à un moment, elle a même pensé à nous faire sortir immédiatement pour nous montrer à Asgore. Finalement, après avoir beaucoup hésité, elle a plutôt choisi d'aller en toucher un mot au roi, qui a aussitôt décidé de faire une inspection surprise du laboratoire. »
« Il n'a pas dû le voir venir. » Sourit Chara avec une touche de bonne humeur.
« Malheureusement, Gaster a eu de la chance sur ce coup là : l'hésitation d'Alphys lui avait laissé le temps de s'apercevoir que nous avions été découverts et qu'il n'avait plus beaucoup de temps avant que tout s'effondre autour de lui. Quand la garde royale a fait irruption dans le labo, il avait réussi à nous habiller avec des vêtements normaux et surtout, des gants dissimulant nos plaques plutôt que les simples tuniques d'hôpital que nous portions en permanence. Il nous avait donné les noms qui nous auraient été donnés si nous avions vécu dans une famille de squelettes : Sans et Papyrus. Il avait aussi commencé à nous éduquer à la vie en société, avec un succès mitigé vu qu'il n'a eu que quelques jours. »
« Comment cela aurait pu marcher ? Un seul mot de l'un d'entre vous et son mensonge s'écroulait comme un château de cartes ! » S'exclama Chara.
« En effet. C'est pourquoi il comptait sur Papyrus. Mon frère était extatique quand nos conditions de vie se sont améliorées d'un seul coup, qu'il nous a donné des noms et qu'il faisait mine de se comporter comme si nous étions une famille. Pour lui, c'était la preuve qu'il avait raison quand il disait que tout le monde pouvait changer. Je n'étais pas aussi naïf et je me doutais que cela avait à voir avec le premier monstre que nous avions rencontré. J'ai eu cette confirmation quand Asgore a fait irruption dans le laboratoire avec la garde Royale. »
« Cela a dû vous faire bizarre de croiser autant de nouvelles personnes en si peu de temps. Comment Gaster s'est expliqué ? »
« Par un mélange de vérité et de mensonges. Il a déclaré que puisqu'il était le dernier survivant de la race des squelettes, il avait senti qu'il devait tout faire pour qu'elle ne s'éteigne pas avec lui, même s'il devait pour cela piétiner son éthique. Il a affirmé nous avoir donc créé à partir de ses mains et d'une partie de son âme, ce qui était vrai. Puis il a expliqué que nous étions nés malheureusement très fragiles et que nous avions dû grandir dans des cuves avant d'être assez forts pour pouvoir survivre dans une chambre stérile (c'était comme ça qu'il nommait notre cellule) de peur que nous tombions malades. Dans ce cas précis, compte tenu du fait que je n'avais qu'un seul point de vie, cela corroborait ses dires. Il n'a évidemment rien dit sur le vrai but de notre création, il a passé sur toutes les expériences qu'il nous a fait subir et sur toutes les maltraitances physiques, psychologiques, magiques et j'en passe. Il a affirmé que maintenant que nous allions mieux, il pouvait enfin mieux interactif avec nous. Papyrus était aux anges puisqu'il n'avait retenu que la dernière partie et moi… je me contentais de l'écouter. »
« Comment Papa a t-il pu croire de telles sornettes ?! » S'exclama Chara avec incrédulité et révolte.
« Pour être honnête, je ne pense pas qu'il l'ait vraiment cru non plus. Gaster, néanmoins, était son ami, quelqu'un qu'il avait sauvé, qu'il connaissait depuis des siècles, un monstre dont il se sentait responsable. Notre existence impliquait pour lui qu'il n'avait pas été assez attentif à lui, qu'il aurait dû s'apercevoir que son ami avait changé et, tout noyé dans sa culpabilité, il n'avait pas su observer cela. Alors, pour connaître le fin fond de l'histoire, il nous a demandé si c'était vrai. Papyrus avait compris que s'il disait la vérité, alors Gaster aurait de très gros ennuis. Cela a suffi à le convaincre de mentir, même s'il n'était pas franchement doué pour ça. Alors Asgore, encore plus suspicieux, m'a posé la même question. »
« Il a vraiment dû sentir ses péchés ramper dans son dos, à ce moment là. » Remarqua le fantôme sur un ton sardonique.
« Oh oui. Même si beaucoup de mes souvenirs de Gaster ont subi les effets de l'oubli, je crois que je me souviendrais toujours de son expression à ce moment là, alors que je détenais sa vie entre mes mains. Il savait pertinemment que j'étais tout à fait prêt à le tuer pour peu que je trouve une occasion, je l'avais déjà fait et je n'aurais pas hésité à recommencer une seule seconde pour sauver mon frère, quitte à y laisser ma vie. Cela aurait même été l'idéal : tuer Gaster en me sacrifiant aurait à la fois préservé mon frère et m'aurait épargné sa désillusion à mon sujet. Seulement, nous n'étions plus dans une situation de vie ou de mort pour Papyrus et moi. J'ai donc réellement joui de ces instants pendant lesquels il était à ma merci, merci qu'il n'avait jamais employé envers nous. J'avais les deux choix devant moi : Combat et Clémence et, pour la première fois, j'étais libre de faire un choix, n'importe lequel, de contrôler ce qui allait m'arriver, de ne plus seulement le juger, mais aussi de le condamner pour ce qu'il nous avait fait subir. Pour la première fois, je détenais une vie entre mes mains. Finalement, j'ai choisi Clémence. »
« … Après tout ce qu'il vous a fait ? » Demanda la fille aux yeux rouge, sans jugement dans sa voix.
« Je pourrais te dire que c'est parce que je ne voulais pas m'abaisser à son niveau. Parce que j'avais une part de lui en moi. Que, peut-être toutes ces années passées à l'analyser m'ont rendu empathique. Je pourrais avouer avoir eu peur des conséquences. Ou même me souvenir des rares moments où il avait réellement semblé prêt à nous voir comme ses enfants, quitte à se mettre entre un terrible danger et nous. Je ne suis pas si généreux. La vérité, c'est que j'ai menti parce que je ne voulais qu'une chose : le bonheur de Papyrus. Il ne se serait jamais pardonné si Gaster avait été condamné, même par ma faute. Je craignais que mon frère ne me pardonne pas d'avoir causé la mort sans lui laisser une seconde chance de se racheter. Donc, j'ai fait acte de clémence. Critique ?»
« Je crois qu'au fond, les raisons pour faire acte de clémence importent peu, qu'on le fasse pour soi, pour quelqu'un d'autre, pour être fidèle à son idéal. Du moment qu'on le fasse. » Répondit Chara sur un ton hésitant.
« Très sage pour un être dépourvu d'âme. Même si nous avions confirmé l'histoire de Gaster, Asgore n'était pas convaincu, néanmoins, il devait aussi prendre en compte nos témoignages. Il a donc trouvé une solution : il nous a accueilli tous les trois chez lui tout en condamnant pendant un temps le laboratoire. En réalité, c'était surtout de la résidence surveillée concernant Gaster mais qui permettait de maintenir les apparences que nous avions forgé tous les trois par tous nos mensonges. C'est donc chez Asgore que nous avons réappris à vivre. Mais avant cela, je crois savoir qu'il a bien mis les choses au clair avec son ami nous concernant : s'il ne se comportait pas avec nous comme le père qu'il a affirmé être, alors il reviendrait sur son jugement de clémence. »
« Cela devait être...compliqué à vivre. » Dit Chara avec un don certain pour l'euphémisme.
« Papyrus jouait le jeu avec beaucoup d'enthousiasme et il s'est approprié son rôle d'enfant très facilement, même s'il avait parfois des réminiscences douloureuses ainsi que des cauchemars. De mon côté… devant les autres, je jouais la comédie. Comic Sans et tout ça... Mais autrement, je me faisais un plaisir de lui rappeler grâce à qui il était encore en vie. Et je lui rendais aussi cette même vie difficile. J'ai toujours été un troll et j'admets avoir appris à parler de façon incorrecte uniquement pour l'énerver. Et pas mal d'autres choses aussi. Les jeux de mots l'agaçaient d'où mon penchant pour eux. Bien que j'étais parfaitement capable de ranger, je laissais du désordre exprès. Quand j'ai atteint l'équivalent de l'adolescence, je m'introduisais dans sa chambre et je provoquais une tornade avec mon pouvoir de lévitation rien que pour lui montrer que je pouvais. C'était amusant… Jusqu'à ce que je tombe sur ses livres de physique et de mathématiques. Je les ai lu en cachette. »
« Pourquoi en cachette ? » Demanda la fille fantomatique en dissimulant un sourire.
« Parce que, le jour où Asgore m'a surpris avec eux, il n'a pas pu s'empêcher de s'écrier « tel père, tel fils ! ». Je ne sais pas qui de Gaster ou de moi était le plus indigné ou embarrassé. Je haïssais nos points communs, en grande partie parce que je craignais d'être comme lui, mais aussi parce que je ne voulais pas discuter avec lui pacifiquement. Cependant, suite à cette découverte, Asgore et Papyrus ont tout fait pour que les sciences soient le sujet de conversation à table alors que cela passait franchement au dessus de leurs têtes. Nous nous balancions donc des théorèmes de physique pendant les repas, ainsi que des remarques sarcastiques et, lorsque nous étions particulièrement énervés ou en désaccord l'un avec l'autre, de la nourriture via la magie. J'étais doué et j'adorais la science et malheureusement, la seule personne à mon niveau était Gaster. C'était donc incroyablement frustrant. »
« J'imagine sans mal. » commenta Chara en secouant la tête.
« Quelques années plus tard, Asgore a prit la décision de permettre à Gaster de se remettre à de la recherche scientifique. Cependant, il ne pouvait plus travailler seul. Il avait un autre centre de recherche, plus proche du Noyau ainsi que plusieurs assistants de laboratoire nommé par Asgore dont la tâche était de s'assurer que ses recherches restent à peu près éthiques. À cette condition, j'acceptais de travailler avec lui. Néanmoins, nous étions toujours à couteaux tirés. Nous sommes finalement arrivés à un compromis : il ne me dénigrait pas en public et je ne plaçais pas de coussin péteur dans tous les endroits possibles et imaginables. »
« Sur quoi travailliez vous ? » Demanda Chara en étouffant un rire.
« Un Extracteur de Détermination. J'avais bien dit à peu près éthique. La vérité, c'est que cela faisait très très longtemps qu'aucun humain n'était tombé dans l'Underground et on pensait que plus personne ne viendrait, à présent. On se disait donc que si on créait une âme avec suffisamment de Détermination, cela compenserait pour la septième âme humaine. Seulement, nous devions alimenter la machine directement grâce au Noyau. Et le Karma nous est revenu à ce moment là en pleine figure. »
«... »
« Avec toutes ses expériences sur nous pour connaître le futur, Gaster avait, sans le savoir, ouvert une fenêtre sur le Vide. Pas suffisamment pour fissurer la barrière, mais juste assez pour donner dans le Vide. C'est là d'où provenait la chose que nous avions aperçu, Papyrus et moi, il y a fort longtemps et qui nous avait donné cet prédiction à Gaster comme quoi plus personne ne se souviendrait de lui. Maintenant, tu connais sans doute cette phrase de Nietzche : "Celui qui doit combattre des monstres doit prendre garde de ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes dans un abîme, l'abîme regarde aussi en toi". Tu te souviens peut-être qu'avant de nous créer, il avait tendance à expérimenter d'abord sur lui-même ? C'est ce qu'il a donc fait ce jour là avec la Machine d'Extraction de Détermination et cela s'est très mal passé. Une fissure est à nouveau apparue donnant directement sur le Vide. Cela a alors commencé à aspirer l'Underground : les assistants de laboratoire, le bâtiment, la lave…Tout, sauf la machine elle-même et Gaste à l'intérieurr. Cela semblait ne jamais s'arrêter d'aspirer la réalité. »
Chara restait pâle et silencieuse.
« Je ne me trouvais pas dans le laboratoire à ce moment là. Mais j'étais suffisamment proche pour être la prochaine victime. J'étais aspiré : je voyais des choses que je n'aurais jamais imaginé : la fabrique de l'espace-temps de l'Underground, la capacité à éviter les coups et à attaquer plusieurs fois, la faculté de juger par simple observation et le Karma. Quelque part, je le savais, la machine ne cesserait jamais d'absorber notre monde, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que Gaster, seul avec sa culpabilité. Mais alors, il a réussi à se détacher de la machine, m'a saisi le poignet et m'a extirpé de là avant de plonger dans le Vide à son tour. Peut-être cherchait-il à se racheter. Peut-être voulait il assumer ses responsabilités. Peut-être se souvenait-il de cet avertissement crypté émanant du Néant. La chose n'avait pas pu s'emparer de lui à l'époque parce que, selon elle, le destin le protégeait. Il a peut-être préféré lutter contre la fatalité de cette manière en acceptant son sort. C'est ce que j'aurais fait à sa place. Mais je ne saurais dire : il a disparu dans le Vide et tout le monde avait tout oublié à son sujet, sauf moi, alors que j'étais celui qui le haïssait le plus. »
« Personne ne se souvenait ? Pas même Papyrus ? »
« Je précise : plus personne ne se souvenait de Gaster et de nous deux. Papyrus était à Nouvelle Maison, complètement affolé et ne se rappelant plus que très vaguement de certaines choses : il savait que j'étais son frère. Il se souvenait qu'il aimait les puzzles, ses goûts, son idéal… Mais j'ai dû lui dire son nom et le mien car il ne s'en rappelait plus. C'était comme si nous étions apparus d'un coup. Je ne savais pas comment expliquer ce qu'il s'était passé sans qu'on me prenne pour un fou. J'ai donc rassemblé quelques affaires et je les ai téléportées avec Papyrus jusqu'à Couveneige où nous nous sommes installés. Quand je me suis aperçu que Alphys, devenue Scientifique Royal, s'intéressait à l'extraction de détermination en se basant sur des anciens plans laissés par Gaster, j'ai réussi à déplacer la machine jusque dans mon labo personnel. Elle était bien trop dangereuse pour être laissée làbas. Mais je n'ai jamais cherché à la faire fonctionner à nouveau. »
« C'est terminé ? » Demanda Chara.
« Quasiment. La vie reprenait son cours mais j'ai recommencé à avoir des visions peu après que Alphys ait entamé ses recherches. Je voyais l'Underground coincé dans une boucle temporelle perpétuelle avec des images horrifiantes. J'ai donc affiné mes nouveaux pouvoirs jusqu'à l'extrême limite, jusqu'à devenir très bon. Suffisamment pour empêcher le Pissenlit de passer derrière moi et d'obtenir les six âmes humaines. Mais un jour, une nouvelle boucle s'est superposé à celle de Flowey, troublant mes prémonitions définitivement et m'envoyant dans un cycle infernal et sans fin. Fin. »
C'était la première fois qu'il avait confié son histoire à quelqu'un, une personne qui comprenait. Il n'avait jamais voulu que Papyrus se souvienne des jours terribles dans ce laboratoire, qu'il se souvienne de la souffrance, de l'incertitude, du désespoir et de la terreur. Il avait opté pour supporter ce fardeau éternellement seul et, à présent qu'il l'avait finalement confié à un autre, Sans se sentait plus léger. Il n'avait jamais pensé pouvoir un jour dire ça : le soulagement d'être cru par un autre et non vu comme fou, le réconfort offert par quelqu'un ne cherchant pas à le juger ou à avoir pitié de lui, la guérison d'être enfin compris tel qu'il était vraiment par un autre qui savait ce qu'il avait traversé. C'était un baume au cœur, un soin plus efficace que tout ce qu'il avait pu expérimenter. Même si sa confidente avait aussi été sa meurtrière, elle avait simplement écouté, offrant ce dont il avait besoin alors : une oreille attentive. Et dire que c'était grâce à elle...
« Je vois. Merci de me l'avoir dit. Je suppose que c'est à mon tour, maintenant. »
Voilà pour ce chapitre. Si vous l'avez lu, merci de laisser un commentaire, que ce soit une critique, une appréciation, des questions ou un simple bonne année.
