Le soir venu, Mathieu et Antoine avaient décidé d'aller arroser la convention dans un petit bar bien sympa. Au bout de deux heures, Mathieu finissait à peine son second whisky/coca, alors que Antoine en était à son huitième, et, visiblement, il avait l'alcool triste. Il était parti dans un monologue nostalgique sur la valeur du public, sur le fait qu'il avait adoré la convention, etc... Mathieu ne l'écoutait que d'une oreille, davantage préoccupé par le fait, que, de temps en temps, son ami avait de violents haut-le-cœur. Il allait forcément finir par vomir.

- La convention, elle était géniale. disait Antoine d'une voix pâteuse. Les fans étaient super, et tout et tout, mais le meilleur moment c'est quand ils ont voulu qu'on s'embrasse, tu trouves pas ?

- Ah, il est gay ! Je te l'avais dit ! s'extasiait le pervers.

Mathieu, lui, essayait de calmer Antoine :

- Antoine, t'es bourré...

- Nan, pas vraiment... Ouais, bon en fait si, mais je te jure que j'ai adoré qu'on s'embrasse. T'embrasses vraiment bien. s'entêtait Antoine, l'air sérieux. D'ailleurs, tu sais pourquoi j'ai adoré ça ? Parce que je suis gay !

Maintenant que l'alcool lui avait enlevé ses inhibitions, Antoine semblait pressé de tout raconter, sous les yeux médusés de Mathieu.

- Tiens, je vais envoyer un message à Pierre. Il a sûrement dû voir la vidéo où l'on s'embrasse, à l'heure qu'il est.

- Pierre ?

- C'est mon ex.. Il m'a trompé. Avec une nana. précisa Antoine en commençant à écrire un SMS de ses doigts malhabiles.

Mathieu y jeta un coup d'œil. Antoine avait écrit : « ta vu la vido jespr. Sache qe Mat embasse mieux que toi ».

- Merde, Antoine, arrête ! s'écria Mathieu en arrachant le portable des mains de son ami, avant de l'entraîner dehors, laissant un billet sur la table

- Laisse-le faire, ça va être drôle ! Bon, par contre ça se voit qu'il est bourré pour dire que t'embrasse bien...

Une fois dehors, Antoine respira l'air frais à fond, et tomba à quatre pattes sur le sol, juste aux pieds de Mathieu, qui, par mesure de prévention, se recula.. Antoine eut un violent soubresaut et vomit. Essayant de ne pas respirer l'odeur âcre de la flaque qui s'étalait sur le bitume, Mathieu releva son ami :

- Allez viens, on rentre.

- Je suis désolé Mathieu... geignit Antoine, accroché à son cou pour marcher. Je suis vraiment stupide quand je suis bourré.

- Ça va aller. On rentre à l'hôtel, d'accord ?

- Je suis désolé. Tu sais, je t'ai pas proposé qu'on sorte ensemble, hein... J'ai juste dit que t'embrassais bien. T'es un pote, je veux pas gâcher ça. Mais t'emballes comme un dieu. Et t'es super mignon. Et adorable. Ta future copine aura de la chance.

- Si j'en trouve une un jour... murmura Mathieu, amèrement.

Avec le succès, tout avait changé. Les filles lui tournaient autour, au lieu de se foutre de lui et de son petit mètre soixante. Même Vanessa l'avait recontacté via son facebook. Il l'avait soigneusement rembarrée, puis bloquée.

Il raccompagna Antoine jusqu'à la porte de sa chambre. Celui-ci le gratifia d'un :

- Merci, Mat'. T'es vraiment un mec bien.

- De rien, Antoine. répondit Mathieu en regagnant sa chambre.

Il se coucha sans même prendre la peine de se déshabiller. Putain, il empestait la sueur. Mais tant pis. Il voulait juste se coucher et dormir, vite. Ne plus penser à tout ça.

- Je suis pas fatigué ! protesta le gamin d'un ton fatigué

- Si tu veux, gamin, je peux t'aider à t'endormir.

Malgré lui, Mathieu sentit sa main se rapprocher de son entrejambe. Le pervers avait envie, visiblement. Comme chaque soir.

- J'ai pas la tête à ça.

- Moi si. Alors tu vas devoir te branler en pensant à Antoine. Parce que ouais, je sais que c'est à lui que tu penses.

Mathieu se dégoûtait lui-même. Il avait beau dire que cette personnalité, ce n'était pas lui, elle faisait quand même partie de lui. C'était son plus mauvais côté. Ce côté pervers, malsain, libertin, sans scrupule. Ce côté qui l'avait poussé à faire du mal à Loane, sa petite nièce, un jour où il la gardait, huit ans auparavant. Il allait avoir dix-huit ans.. Elle était à peine âgée de cinq ans.

Dieu merci, il se souvenait simplement des insinuations perverses qui résonnaient dans sa tête, puis, ce fut le trou noir jusqu'à ce qu'il reprenne conscience. Il était à côté de Loane, dans son petit lit en bois rose. Elle était évanouie sur sa couverture, nue, et une tâche rouge s'étalait sous elle.

- Si tu veux, je peux te montrer les images.

- Non. Je ne veux pas.

Le pervers ne tint pas compte de son avis.

- Je vais te donner une bonne raison de te branler...

Subir. Voir les images défiler dans sa tête. Les cris de Loane. Ses supplications (« tonton Matty...J'ai mal... »). Prendre malgré lui du plaisir en se touchant. Vouloir hurler, se cogner la tête contre le mur. Pleurer en silence.

- Laisse-moi. supplia Mathieu. Arrête ! Je ne veux pas voir ça !

Il lutta pour reprendre le contrôle, et attrapa trois cachets d'un coup, qu'il avala directement, sans eau.

- Tu vas le regretter, gamin.

- Fais pas ça...supplia l'enfant. Je veux rester avec toi, j'ai peur de rester tout seul.

- Tu m'as boudé pendant deux jours. lui reprocha faussement Mathieu. Et t'es chiant.

- Je suis désolé... S'il te plaît, je veux rester.

Malgré lui, Mathieu se sentait coupable pour le gamin. Il aimait bien cette partie de lui. Candide, innocent. Tout ce que Mathieu refusait de montrer. Même si il était un peu chiant, il était adorable.

Bientôt, le calme revint dans sa tête. Il s'endormit, les images de sa nièce tournant encore en boucle dans sa tête, ses cris résonnant dans ses oreilles.