Coucou les filles ! *-*

Comment ca vaaaa ?

Aujourd'hui, un chapitre plein de petites informations... Qui Edward a-t-il appelé ? Qui est la coloc de Krystal ? Comment Edward et Krystal vont-ils se revoir ?

Promis, voici les réponses !

Momo6 : Tu vas être servie ! :-*

Guest Hélène : Tu vas avoir quelques réponses :) Quant à vous laisser sur votre faim... je crois que c'est naturel XD

Bonne lecture à vous ! *-*

Chapitre 3 - Manger

Toujours en pyjama malgré le fait que sa journée soit déjà bien entamée, elle avait posé un verre de Sauternes sur la table basse. Il cachait partiellement l'écran de la télé, suffisamment pour que cela la contrarie mais pas assez pour être motivée à étendre son bras et pousser son verre à pied. Le programme à l'écran était une énième rediffusion d'une sitcom qu'elle appréciait simplement parce qu'elle en connaissait chacun des épisodes : elle savait ce qui allait se passer dans chaque épisode dès les premières secondes tellement c'était du vu et revu pour elle.

Voilà pourquoi elle ne se donnait pas la peine de tendre son bras gauche pour décaler son verre. Déjà qu'elle devait réfléchir à deux fois avant chaque gorgée tellement elle avait la flemme… Et puis elle ne voulait prendre le risque de réveiller son chat, un Maine Coon de quatre ans, blanc et noir, quasi bleu, six kilos neuf cents. L'animal avait décidé de vivre au maximum sur elle, sur son ventre, ses genoux voire ses épaules, pourtant ce n'était pas le sien mais celui d'une de ses deux colocataires, Candy.

Candy était… folle, cinglée, perchée mais adorable, attentionnée et attachante, c'est pourquoi les filles avaient emménagé ensemble, deux ans plus tôt. Elles étaient un peu pareilles, si adultes et si immatures en même temps. Elles s'étaient très bien entendues d'entrée de jeu. En revanche, l'arrivée de la troisième coloc, Cassandre, six mois plus tôt, avait été un peu compliquée. Elle vivait dans un autre monde, celui où tout est beau, tout est rose à paillettes. Ses désillusions avaient été nombreuses en rejoignant la colocation.

Bien sûr, les rêves des trois jeunes femmes étaient colorés d'arcs-en-ciel et de fantaisies mais seule Cassandre avait du mal à saisir que la vraie vie était différente.

Candy et Cassandre s'étaient rencontrées lors d'une soirée branchée et très ennuyeuse où chacune accompagnait un même homme friqué qui ne savait quoi faire d'autre de son argent. Elles avaient rapidement sympathisé, oubliant presque ce pour quoi elles étaient payées. Il faut dire que Candy était particulièrement sociable, avec une capacité déconcertante à lier des amitiés.

Elles avaient bien évidemment fini leur soirée dans un même lit, se mêlant et s'emmêlant : elles n'avaient rien fait d'autre que réaliser le fantasme de l'homme qui les avait payées. Elles s'étaient bien amusées ce soir-là mais avaient été déçues au moment où leur client s'était incrusté entre elles.

Une fois leur contrat terminé, le soleil commençant à se lever, elles avaient traîné en ville à la recherche d'un café déjà ouvert. Candy avait alors appris que sa cadette de trois ans était en galère d'argent et allait devoir céder son logement étudiant de neuf mètres carré. Elles se rendirent compte que les deux étudiaient dans la même université : l'une en histoire et l'autre en littérature, voilà pourquoi elles ne s'étaient jamais croisées.

Candy lui avait alors dit qu'elle avait une idée pour l'aider à se sortir de sa situation et en avait parlé à Krystal le soir même.

Même si elle avait d'abord été réticente, Krystal avait cédé rapidement, comme à chaque fois que sa colocataire lui demandait quelque chose. Voilà comment Cassandre avait intégré la troisième chambre de l'appartement loué dans Southwest. Le prix qu'en demandait Krystal était bien moindre que ce que payait Cassandre alors que sa nouvelle chambre faisait -facilement- dix mètres carré de plus, sans parler du confort de l'appartement en lui-même. Elle s'était alors largement estimée heureuse d'avoir fait la rencontre des filles.

Cassandre s'était vite rendue compte qu'elle ne jouait pas dans la même catégorie que ses colocataires. Elle, elle n'avait alors que des contrats minables et sous-payés alors que les filles partageaient un appartement qui pourrait, à lui seul, loger plusieurs familles d'immigrants mexicains, Candy travaillait quasiment tous les soirs, rentrant à pas d'heure, alors que Krystal pouvait partir des jours pour revenir bronzée et souriante.

Cassandre avait alors demandé à être introduite dans leur cercle un peu plus sélectif.

Candy s'était alors occupée de son éducation, lui inculquant les principes de bases. Son premier conseil avait été d'augmenter considérablement ses prix, ce qui contribuerait à faire le tri parmi ses clients. Même si Cassandre avait été peinée de devoir ainsi délaisser certains de ses clients qu'elle appréciait particulièrement, elle avait vite compris que son amie disait vrai et y voyait une certaine logique.

Cependant Krystal avait dû interférer dans les conseils que donnait Candy au moment où il lui était paru évident que Cassandre vivait tellement dans une dimension parallèle qu'elle n'avait même pas conscience que la prostitution était illégale : la nouvelle colocataire avait émis la possibilité de créer une page insta de sorte à se faire de la pub. Krystal avait cru, ce jour-là, qu'elle allait défenestrer la nouvelle mais s'était finalement ravisée pour la faire asseoir sur le canapé, avant de lui expliquer bien des choses, et des choses plus utiles que ce que pouvait enseigner Candy.

La vérité était que Candy, et surtout Krystal, faisaient dans la prestation de luxe. Cette dernière obtenait en moyenne des paies à quatre chiffres, parfois cinq. Moins elle allait apprécier ce qu'elle allait devoir faire, plus elle faisait payer cher. Chacune exerçait une liberté de prix et Candy et Cassandre avaient choisi de faire payer cher les hommes qu'elles jugeaient moches et peu doués et étaient prêtes à endurer les choses les plus dégradantes pour peu d'argent, à la condition que le client soit bien foutu. Ceci dit, elles avaient tendance à refuser tout simplement les demandes les plus... bizarres.

Krystal ne voyait pas les choses ainsi. Elle se foutait du physique de ses clients, la seule chose qui lui importait était ce qu'on lui demandait. Alors oui, plus c'était dégradant voire dangereux, plus elle faisait payer cher. La seule chose qu'elle refusait de manière systématique était ce qui avait rapport avec la scatophilie, parce qu'aucune somme d'argent n'en valait la peine. Elle avait été choquée la première fois qu'on lui en avait parlé. Elle pensait que c'était le genre de chose que l'on ne voyait que dans certains pornos les plus trashs, juste à l'écran, mais non, plusieurs personnes lui en avaient fait la demande et elle avait tout bonnement refusé. Pour être honnête, elle refusait également tout ce qui avait attrait aux animaux.

Elle était fréquemment demandée à bord de croisières où les clients, tous plus bedonnants les uns que les autres, aimaient à se montrer à leurs amis ou collègues au bras d'une jeune femme aux courbes attrayantes. Ces séjours à bord de yachts aussi elle les faisait payer cher, même si la seule chose qu'on lui demandait était de se pavaner en maillot de bain, uniquement parce qu'elle devait laisser Candy seule, et qu'elle n'aimait pas ça.

En l'espace de deux ans, les deux jeunes femmes étaient devenues plus que des amies : deux sœurs de cœur. Krystal pourrait donner sa vie pour protéger la jeune femme. Si elle devait être franche avec elle-même, elle avouerait que c'était devenu la même chose avec Cassandre, même si au début de sa colocation elle ne l'aurait pas parié. Cassandre était arrivée comme une mouche au-dessus d'une soupe, un grain de sable dans un rouage. Krystal avait dû l'accepter chez elle sans faire de remarque, Cassandre et son bordélisme effarant.

Si Candy était du genre à toujours nettoyer derrière son passage, ce n'était pas le cas de Cassandre que l'on pouvait suivre à la trace. Plusieurs fois, Krystal s'était fait la réflexion que si un jour elle venait à l'étriper, la police pourrait facilement reconstituer sa journée tellement elle laissait d'indices derrière elle : des fringues sales par terre, une tasse à café dans le lavabo de la salle de bain, une brosse à dents à côté du frigo... Krystal avait eu à plusieurs reprises envie de l'étrangler, jusqu'à ce que la fraîcheur de la jeune femme ne l'aide à se faire une place dans la coloc.

Elle était imprudente et naïve mais constituait une bulle de gaité supplémentaire dans l'appartement qui venait contrer les quelques mauvaises soirées que pouvait passer Krystal, ces soirées qu'elle faisait payer très -très, très- cher, celles pour lesquelles elle avait besoin que quelques jours pour se remettre.

L'infantilité persistante de Cassandre était un pansement sur les plaies, parfois visibles, de Krystal. Alors oui, cette dernière pourrait donner sa vie pour une de ses colocs et une boule tenace ne quittait jamais totalement le creux de son estomac, lui disant sans cesse qu'un jour cela risquerait d'arriver réellement.

A elles trois, elles formaient un trio détonnant, il suffisait de jeter un œil aux murs du salon ou aux étagères qui croulaient sous les bibelots hétéroclites pour s'en rendre compte. Chacune avait une passion que certains pourraient qualifier d'infantile ou d'immature mais cela définissait à merveille leur univers.

Depuis longtemps, Krystal avait compris que la vie était trop courte pour la gâcher et se prendre la tête, elle avait donc su garder son regard d'enfant, rêvassant de troupeaux de licornes galopant dans un pré. Cependant, et paradoxalement, elle avait la tête sur les épaules, aussi, en quelques secondes, elle pouvait passer de sa rêverie au plan marketing de la future boutique de vêtements que comptait ouvrir Candy à la fin de ses études. Celle-ci se coltinait des études de lettres pour contenter ses parents -qui ne savaient rien des soirées que passaient leur fille, les cuisses ouvertes- mais rêvait d'ouvrir une boutique de prêt-à-porter, c'était la raison pour laquelle elle avait mis les pieds dans le monde de la prostitution trois ans plus tôt.

Elle avait d'abord arpenté les trottoirs de Madison Street jusqu'à ce que Krystal ne tombe sur elle, un soir d'orage. Elle s'était prise de pitié pour elle et l'avait prise sous son aile, lui inculquant les bases de la profession de luxe. Si Candy s'était révélée être une bonne élève, Krystal avait été une excellente professeure. La vie de Candy avait totalement changé à son contact : ses rêves étaient devenus bien plus concrets. Elle pouvait les toucher du doigt.

Krystal était la seule à faire ce métier parce qu'il lui plaisait. Il n'y avait pas que les détraqués ou les croisières, il y avait aussi les hommes -et peu importe leur physique- qui savaient s'y prendre pour la faire crier de plaisir. C'était pour eux que Krystal faisait ce métier, parce qu'être payée pour jouir était sa propre définition du bonheur. Elle avait conscience qu'elle ne pourrait pas faire ce travail toute sa vie. Malgré une hygiène de vie assez respectable, ses seins commenceraient à pendre, ses fesses à se relâcher et alors, plus personne ne voudrait payer pour la retourner dans tous les sens.

Elle comptait prendre sa retraite avant cette déchéance et s'était fixé la limite des trente ans pour s'arrêter et ne plus rien faire d'autre de sa vie que prendre l'avion pour partir aux Caraïbes, aussi, elle se forçait à accepter les plans douteux et foireux de sorte à mettre suffisamment d'argent de côté, pour au moins les soixante-dix prochaines années. Alors oui, elle acceptait de se mettre en danger quelques heures de temps en temps, pour que le reste de sa vie ne soit qu'orgasmes et muscles tendus de plaisir.

Sa vie était tracée, prédite et elle aimait ça. Même si elle aimait jouer et parier, elle aimait aussi, de façon particulièrement paradoxale, tout contrôler. C'est pourquoi, de temps à autre, elle aimait se déconnecter, faire une pause, et se poser passivement devant sa sitcom sans surprise.

Un téléphone sonna, coupant Krystal dans son visionnage. Elle portait son regard sur la table basse et vit que c'était de son portable professionnel qu'émanaient les notes de musique. Un rapide coup d'œil sur l'écran lui indiqua un numéro inconnu. Elle haussa un sourcil : elle n'aimait pas les surprises et s'en était une.

Elle racla sa gorge avant de prendre sa voix la plus chaude.

-Oui, allô ?

Il fallut quelques secondes à son interlocuteur pour répondre d'une voix troublée :

-Krystal ?

-C'est moi.

Un sourire égayait sa voix : rares étaient les fois où quelqu'un l'appelait sans savoir que ce serait elle qui répondrait.

Edward à l'autre bout de la ligne était tremblant, il dut prendre appui sur le plan de travail qui lui faisait face tellement sa tête tournait. A force d'avoir frotté sans relâche l'encre incrustée sur sa paume, il avait mémorisé le numéro de sorte à ce que ce soit celui-là qu'il ait composé inconsciemment à la place de celui de son ami.

Le médecin chercha ses mots, bredouilla jusqu'à sortir quelque chose d'intelligible.

-Bonsoir. Il entendit son interlocutrice rire et il se souvint à quel point il l'avait trouvée jeune et rafraîchissante.

-Bonsoir. Fit-elle en retour, sans savoir à qui elle avait à faire.

-On s'est croisé la semaine dernière au lounge. Vous aviez écrit votre numéro sur ma main. Enfin vous faites peut-être ça à tout le monde…

Krystal s'assit d'un bond sur son canapé, faisant sursauter le Maine Coon qui quitta la chaleur confortable du ventre de la jeune femme pour aller s'allonger sur le meuble télé, cachant une partie de l'écran.

-Oh non, je ne fais pas ça avec tout le monde et je vois bien qui vous êtes !

Alors qu'Edward s'était dit que ce soir-là, il n'avait dû être qu'un homme qu'elle approchait de plus sur une longue liste, Krystal, elle, visualisait très bien l'homme qui venait de l'appeler. Le mot solitude avait clignoté en néons rouges sur son front. La tristesse qu'affichait son visage contrastait grandement avec la douceur de ses traits. Ses yeux verts étaient vides et éteints.

De manière générale, Krystal ne se trompait jamais sur les gens, sa première impression était toujours la bonne et celle qu'elle avait eu en posant ses yeux pour la première fois sur le jeune homme était largement positive. Elle l'avait imaginé comme étant du genre à baiser avec passion et toujours avec respect. C'est ce qui lui avait plu, à Krystal, c'est pour cela qu'elle avait pris un des tabourets pour s'asseoir à côté de lui, parce qu'il lui avait semblé être du genre à pouvoir lui faire voir des étoiles. Aussi, elle poursuivit la conversation :

-J'aurais juré que vous alliez m'appeler plus tôt.

-Ah oui ? Je suis désolé, je ne voulais pas vous blesser.

Krystal en était sûre : tout ce qu'il voudrait lui faire serait fait dans le respect, alors qu'elle, elle venait de lui mentir : en fait elle n'aurait jamais cru qu'il l'appellerait. Il avait été tellement choqué en comprenant comment elle gagnait sa vie que Krystal l'avait classé, malgré sa première impression, dans la catégorie des gens coincés, habitués au missionnaire bimensuel et qui n'attendaient rien de plus de la vie.

Sauf qu'il venait de l'appeler et n'avait pas encore raccroché.

-Pas de soucis ! -Elle prit sa voix la plus sensuelle possible avant d'ajouter : Et que puis-je faire pour vous ?

Edward dut se racler la gorge pour répondre :

-Et bien j'ai cuisiné en trop grande quantité, ça vous dit un risotto aux champignons ?

Aah les euphémisme et les hommes qui n'assument pas le fait d'appeler une call-girl…

Le regard de Krystal se porta sur son verre de Sauternes :

-Ça dépend, vous avez du vin blanc au frais ?

Edward observa, sous son plan de travail, l'étagère sur laquelle reposaient quelques bouteilles esseulées. Il ne pouvait décemment pas lui proposer le même vin de cuisine que celui utilisé pour le risotto… Il tourna l'unique bouteille de blanc qu'il avait pour en lire l'étiquette :

-J'ai du Sauvignon, est-ce que ça vous convient ?

-C'est parfait ! Vous me laissez un quart d'heure avant de partir ?

-Oui, oui, bien sûr. Je vous envoie mon adresse par sms, cela vous convient ?

-Très bien.

Ils raccrochèrent simultanément. Krystal beugua en fixant son téléphone : elle s'apprêtait à se rendre chez lui alors que la Règle Numéro Deux qu'elle s'était imposée stipulait clairement de ne jamais se rendre chez un client.

Les règles établies par Krystal régissant ses activités étaient devenues paroles d'évangile, suivies par les trois filles. Les règles étaient au nombre de cinq et elle venait de déroger à la deuxième, sûrement la plus sécuritaire ( avec la première !) et elle en avait fait fi, uniquement parce que sa première impression sur son futur client avait été positive…

Non mais qu'est-ce qui va pas chez moi ?

Tout en s'insultant mentalement, Krystal fila sous la douche, se dévêtant sur le chemin. La base de son métier, à ses yeux, était l'hygiène. Pour cela, elle était prête à envoyer certains de ses clients sous la douche avant de commencer à travailler. Elle pouvait faire pleins de choses dans le cadre de son travail, mais supporter une hygiène douteuse était hors de question, même contre un chèque à cinq chiffres. Ceci étant, elle choisissait tellement bien ses clients qu'ils étaient peu nombreux à devoir se laver en arrivant : la plupart s'en chargeaient avant de venir la voir. De son côté, Krystal faisait attention à être toujours impeccable, de la racine de ses cheveux jusqu'aux ongles de ses orteils. Vu le prix qu'elle pouvait demander pour une prestation, elle estimait que c'était la moindre des choses.

Ayant précédemment lavé ses cheveux le matin même, la douche fut rapide et Krystal se retrouva emmitouflée dans une épaisse serviette, et se maquilla rapidement. Son teint faisait sa fierté, elle avait rarement besoin de le retravailler, seulement lors des plus froides soirées d'hiver, histoire de poser un peu de relief sur un visage un tout petit peu trop pâle.

Elle laissa ses cheveux libres, comme ils l'avaient été lors qu'elle avait rencontré son futur client.

Il ne lui restait qu'à trouver la tenue qui pourrait être parfaite. Ce n'était jamais une tâche aisée lors qu'un premier contrat : elle ne savait pas tout à fait à quoi s'attendre, même si elle savait qu'ils ne se contenteraient pas de manger un risotto.

Son dressing présentait une large gamme de tenues, des robes de cocktail aux pantalons de yoga en passant par les combinaisons de cuir et de latex. Oui, le choix était vaste.

Krystal arrêta pourtant rapidement son indécision pour se saisir d'une courte robe rouge, aussi courte que celle qu'elle avait portée le soir où elle avait traîné au bar lounge, à la recherche d'une nouveauté dans son répertoire. Si elle avait plu à son futur client avec une robe de cette taille, il allait en être de même avec la rouge. Le décolleté était tout aussi sage, seule une toute petite fente sur sa cuisse droite différait de la première, le prix aussi : elle avait opté pour une Versace pour ce premier contrat.

Elle porta son attention sur une paire de Louboutin qu'elle chaussa avant d'enfiler un trench noir plus long que sa robe. Elle prit sa pochette, son portable et les clés de sa voiture.

Krystal verrouilla la porte d'entrée et appela l'ascenseur pour descendre au parking. Elle n'avait pas laissé de mot pour ses colocataires, se doutant qu'elle serait rentrée avant elles. Une fois dans l'élévateur, elle contrôla son téléphone et vit que son nouveau client lui avait effectivement envoyé son adresse. Boston Street. Elle regarda l'heure sur l'écran et calcula rapidement le temps qu'il lui faudrait pour arriver au vu de la circulation.

" Je serais là dans vingt minutes. Est-ce que cela vous convient ?"

" C'est parfait."

Edward fut soulagé du délai que la jeune femme lui accordait : il était tremblant, ses paumes moites. Il se demandait ce qu'il était en train de faire et pensait de plus en plus à tout annuler.

Krystal, elle, était bien loin de ce genre de considération. Elle slalomait habillement entre les voitures, sa conduite était fluide dans la circulation alors que le volume du dernier album à la mode était diffusé au maximum de ce que pouvaient produire les enceintes de son véhicule.

Quand il lui était paru évident qu'il lui fallait une voiture pour se déplacer en ville -principalement parce que la ville était mal desservie par les transports, plus particulièrement la nuit et qu'avoir recours en systématique aux taxis était usant à ses yeux- elle avait arrêté son choix sur une Toyota Yaris, pour l'unique raison qu'elle proposait un coloris rose poudré.

A la base, Krystal était plutôt branchée coupés sport - et avait les moyens de s'en payer un- mais elle avait eu un coup de cœur pour la couleur de la voiture. Alors bien sûr, ça en choquait du monde quand elle expliquait qu'elle avait acheté son véhicule pour cette unique raison, mais elle se fichait éperdument de l'avis des autres. Tout ce qui lui importait était qu'elle trouvait sa voiture trop mignonne. Et puis, elle était certaine de ne jamais pouvoir trouver une Audi TT rose...

Son GPS lui indiqua qu'elle était arrivée à destination et elle coupa le moteur avant de rassembler ses affaires et elle sortit de l'habitacle pour admirer le quartier, en particulier le pavillon numéro 1307, celui à l'intérieur duquel elle était attendue.

Le quartier Queen Anne était bourgeois, la rue Boston l'était tout autant : succession de petites maisons à un ou deux étages, délimitées les unes des autres par des murets blancs et impeccables, chacune était juchée au centre d'un monticule de terre de sorte à ce que des escaliers doivent mener à la porte d'entrée. Tous les extérieurs des pavillons étaient les mêmes, agrémentés de pierres noires apparentes maintenues par des joints à la chaux blanche. L'herbe était coupée court sur chaque parcelle et Krystal fut surprise de constater que personne n'avait profité d'avoir un terrain -même s'il n'était pas très vaste- pour y planter des fleurs. La verdure était la seule chose qui manquait à l'appartement de la jeune femme.

Elle stoppa son inspection du quartier pour monter les marches conduisant au pavillon 1307 et appuya sur la sonnette, à droite de la porte d'entrée sculptée dans un bois teinté de noir. Il ne lui fallut attendre que quelques petites secondes avant que la porte ne s'ouvre.

Le sourire de Krystal s'élargit quand ses yeux tombèrent sur son tout nouveau client, vêtu le plus simplement possible d'un jean et d'un t-shirt, les pieds nus. Ses cheveux acajou étaient tout aussi défaits que lorsqu'elle l'avait croisé une semaine plus tôt. Il avait beau être partiellement caché derrière la porte, Krystal le trouva nerveux, probablement intimidé par la situation.

Comme il ne fit aucun mouvement pour la laisser entrer, Krystal appuya son épaule sur le chambranle alors que son sourire se fit plus grand. Elle inclina la tête sur le côté et commença à le détailler sans chercher à être discrète.

Edward, lui, ne savait plus quoi faire. C'était facile de penser à la jeune femme quand elle n'était pas là, quand elle n'était qu'un souvenir vaporeux, que la réminiscence d'une soirée, mais l'avoir sur le seuil de sa porte était tout autre chose. Le cœur et la respiration d'Edward étaient en train de s'affoler. Il avait envie de la laisser entrer pour fuir jusqu'à son service de neuro où il pouvait tout contrôler.

Il regrettait d'avoir composé le numéro plutôt que d'avoir cherché directement dans le répertoire de ses contacts.

Mais, paradoxalement, il était content de revoir la jeune femme. Il la trouva incroyablement séduisante et tellement à l'aise.

- Vous croyez que je peux entrer ? Fit elle en pointant vaguement l'intérieur de la maison du doigt. Edward fut estomaqué de se rendre compte que même dans sa voix transparaissait son sourire.

Une fois que les mots de Krystal prirent sens dans l'esprit d'Edward, il sursauta et recula légèrement, de sorte à ouvrir la porte un peu plus largement.

- Oui, bien sûr, pardon.

Krystal pénétra dans la maison, laissant son regard parcourir la pièce de vie. Sobre et masculine, la pièce était vaste et accueillante, incroyablement propre, quasiment aseptisée. Le sol, dans un matériaux que Krystal ne reconnut pas, était noir, constitué de dalles qui reflétaient la lumière des quelques lampes et plafonniers allumés ainsi que celle des lampadaires, à l'extérieur.

Les murs ainsi que le plafond étaient blanc, un vrai blanc pure et propre, pas de cette teinte qui vieillit mal, Krystal en déduisit que son nouveau client était non-fumeur. Le mobilier était noir et majoritairement laqué : une table et six chaises se trouvaient directement sur la droite de la jeune femme, encadrée par deux fenêtres, une qui donnait sur la rue et l'autre sur le voisinage. Une télévision à écran plat et suspendue se trouvait sur le mur du fond, face à un canapé en cuir tout aussi noir. Sur la gauche était située une cuisine américaine, séparée du salon par un comptoir, le long duquel se trouvaient quatre chaises de bar. Les plans de travail et meubles de rangement étaient tout aussi noirs.

Du côté cuisiné s'échappait l'odeur du fameux risotto.

Derrière la cuisine, sans qu'il n'y ait de porte pour marquer la séparation, juste une avancée du mur sur lesquels étaient fixés les meubles-hauts de rangement, se trouvait un escalier en colimaçon aux marches blanches et à la structure en acier noir.

Tout était masculin et impersonnel, tellement différent de son appartement à elle qui respirait la joie de vivre et la douceur d'une enfance pas tout à fait terminée, mais la hauteur sous plafond et les baies vitrées plaisaient beaucoup à la jeune femme.

Un air de Jazz s'échappait d'une enceinte Bluetooth mais elle n'y connaissait rien en Jazz.

Elle n'était pas encore au centre de la pièce qu'elle se retourna vers son client en haussant un sourcil :

- C'est la première fois pour vous, n'est-ce pas ?

Pris sur le fait, Edward stoppa sa contemplation de la jeune femme et détourna son regard, honteux, avant de refermer la porte.

- La première fois ?

- Que vous faites appel à une call-girl ?

Edward s'adossa à la porte close, ne sachant ni ce qu'il voulait ni ce qu'il devait faire.

- C'est si évident que ça ?

Krystal fut prise d'un rire qui ne vexa pas Edward, il était trop occupé à observer les épaules de la jeune femme tressauter. Il eut du mal à déglutir tellement elle était magnifique.

-Et bien, honnêtement, oui ! Mais c'est pas grave, il faut une première fois à tout !

A peine rassuré, Edward quitta le confort de l'entrée et fit signe à la jeune femme de le suivre jusqu'à la cuisine. Krystal, pas le moins du monde gênée par la situation suivit son client tout en défaisant les boutons de son trench.

-Je peux ? Demanda-t-elle, manteau à la main, en désignant le dossier d'une des chaises de bar alors qu'Edward, paniqué, était déjà passé derrière le comptoir.

-Oui, oui bien sûr, faites comme chez vous !

Elle posa alors son manteau et sa pochette avant de se hisser sur la chaise. Edward, face à elle, se rappela qu'il avait placé une bouteille au frigo et que ce serait un bon moyen d'être occupé. Il essuya ses mains moites sur son jean avant de rallumer la plaque à induction sur laquelle reposait son risotto, de sorte à finir la cuisson, et se saisit de la bouteille avant de prendre le tire-bouchon qui reposait dans le tiroir face à Krystal.

Elle, fixait son client en le trouvant incroyablement nerveux, cela lui donnait un air tout à fait mignon qu'elle appréciait.

-Alors… Fit-il en essayant maladroitement d'enlever l'opercule de la bouteille.

-Alors ? Répéta Krystal qui se délectait de voir l'effet qu'elle avait sur lui. Elle avait croisé ses bras sur le comptoir immaculé et fixait l'homme rasé au millimètre près, face à elle, batailler avec la bouteille posée sur le plan de travail, une quinzaine de centimètres plus bas que le comptoir.

-Et bien… Edward quitta sa bouteille des yeux pour les plonger dans ceux, bruns et pétillants, de la call-girl. Comment est-ce que ça se passe ?

Krystal changea ses appuis sur le siège et se décala légèrement sur le côté pour croiser ses jambes. Bien que le comptoir soit haut, Edward aperçut le genou dénudé de son invitée et se demanda une fois de plus s'il ne ferait pas mieux de partir de chez lui.

Krystal se pencha légèrement sur le comptoir et Edward ne put s'empêcher de constater que la poitrine de la jeune femme frôlait ses bras.

-Vous me dites pourquoi je suis là, ce que vous attendez de moi, et pendant combien de temps -en précisant cela, Krystal eut un regard pour la pendule suspendue dans la cuisine- et moi je vous donnerai le prix que j'en attends.

-Ok. Edward expira longuement et se lança au moment où il réussit enfin à retirer l'opercule. Il put alors planter la tige du tire-bouchon dans le liège : Déjà, sachez que quand je vous ai appelée, en fait, je cherchais à joindre quelqu'un d'autre.

-D'où votre surprise lorsque j'ai décroché ! S'exclama Krystal, contente de pouvoir enfin commencer à cerner l'homme qu'elle avait en face.

-Tout à fait ! Edward décrocha son premier sourire de la soirée : il la trouvait tellement spontanée qu'il se disait que finalement feindre un appel urgent du travail avant de partir n'était peut-être pas une bonne idée.

-Pour autant, vous n'avez pas raccroché, vous m'avez dit de venir et je suis là. Curieuse, elle haussa un sourcil.

-Et vous êtes là. Le sourire d'Edward ne l'avait pas quitté, au contraire, il était plus large. A force de frotter votre numéro -Il montra la paume de sa main alors vierge de toute encre- je crois que je l'ai mémorisé.

-Et c'est une mauvaise chose ? Krystal minauda malgré le fait qu'elle ignorait la réponse qu'il allait donner.

-Pour être honnête, je ne sais pas encore.

Krystal ne s'en offensa pas, elle avait bien compris qu'il était du genre sensible, et ça allait très bien avec le côté respectueux qu'elle avait discerné chez lui. Edward gagna sa bataille contre la bouteille et se retourna pour récupérer deux verres à pied dans le meuble-haut, au-dessus de la plaque à induction. Il remua son risotto parce que le pire scénario serait de faire cramer le repas.

Il refit face à la jeune femme et entreprit de remplir les verres, tout en faisant attention à ne pas croiser le regard de la call-girl. Il était incroyablement impressionné par sa présence chez lui.

-Du coup, il faut que j'expose ce que je voudrais pour la soirée ?

-Ça serait mieux, oui. Je ne vous connais pas assez pour deviner. Un sourire en coin étira les lèvres de la jeune femme alors qu'elle pencha sa tête sur le côté. Edward adorait quand elle faisait ça, déjà quand elle s'était appuyée sur le chambranle de la porte d'entrée et que sa tête était partie sur le côté droit, le cœur d'Edward avait raté quelques battements.

Comme Edward prenait du temps pour répondre, Krystal crut bon de rajouter :

-Allez-y, je ne juge pas, ne critique rien et garde tout pour moi. Elle releva ses mains de sorte à exposer ses paumes en signe de reddition : Je suis une tombe !

Edward déglutit et se lança :

-Ok, alors j'aimerais qu'on boive du vin. Peut-être beaucoup. -Il eut un rire nerveux avant d'exposer la suite du programme qui se jouait dans sa tête depuis que Krystal avait raccroché.- On mangera ensemble. Est-ce que je vous ai dit que c'était risotto aux champignons ?

-Oui, au téléphone.

-Oh ? Edward ne s'en rappelait déjà plus tellement la situation le tendait. Est-ce que ça vous convient ?

-C'est parfait !

-D'accord.

Edward stoppa là le déroulement mental de sa soirée mais c'était la suite qui intéressait Krystal.

-Et après le risotto ? Edward, ne voyant pas vraiment là où voulait en venir son invitée, répondit à côté :

-Et bien en fait, je suis désolé mais mon frigo est quasiment vide alors je n'avais pas de quoi faire un dessert. Ça vous ira des fruits ?

Krystal eut du mal à se retenir d'éclater de rire. La situation était tellement surréaliste pour elle.

-Des fruits ce sera très bien mais je parlais surtout de ce que vous voulez qu'il se passe après le repas.

-Oh !

Edward se sentit incroyablement stupide avec ses fruits… Il se surprit à se demander ce que pouvait bien penser la jeune femme de lui. Quelque part en lui, il voulait lui plaire.

-Et bien, on parlera. De tout, de rien.

Comme la jeune femme haussa un sourcil, il précisa :

-Les mensonges sont acceptés. Tout ce que je veux c'est que l'on passe un bon moment.

-Très bien. -Krystal se pencha un peu plus sur le comptoir au moment où Edward servit les verres de Sauvignon. Elle susurra : et après avoir parlé ?

Edward répondit du tac-au-tac, histoire qu'il n'y ait de confusion :

-On dormira ! Il but sa première gorgée de vin alors que les doigts de Krystal couraient sur le rebord de son verre.

-Et c'est un euphémisme pour… ?

-Dormir.

-Très bien.

Elle connaissait le coup du premier contact où on lui expose le fait qu'elle n'aurait qu'à dormir, on le lui avait déjà fait une fois et elle avait fini par déniaiser un ado, toute une nuit. Aussi, elle ne fut pas dupe mais n'ajouta rien.

-Jusqu'à quelle heure ?

-Demain matin je vous préparerai le petit déjeuner de sorte à ce que vous partiez pour huit heures. Est-ce que cela vous convient ?

Un nouveau regard sur la pendule lui indiqua qu'il s'agissait d'un contrat de douze heures. Elle prit en compte la durée mais aussi la demande un peu étrange de son client et calcula rapidement un tarif qui englobait le fait qu'elle allait probablement finir avec ses chevilles sur les épaules de son client.

-Ca me convient. Et mille cinq cents, ça vous va ?

Edward s'était attendu à devoir payer plus cher, alors oui, ça lui allait. Il hocha la tête avant de demander :

-Par contre, étant donné que votre présence n'a pas été anticipée, je n'ai pas de liquide. Vous acceptez les chèques ?

-Chèques, liquide, peu importe. Simplement je n'ai pas de terminal pour carte bancaire.

Alors qu'Edward ouvrit un des tiroirs dans lequel se trouvait son chéquier, il ne put s'empêcher de tenter une blague :

-Je suppose que c'est parce que ça ne rentre pas dans votre pochette…

-Exactement !

Leur regard se croisèrent et tous deux éclatèrent de rire. Edward se fit alors la promesse que ce ne serait pas la dernière fois que la jeune femme viendrait chez lui.

-Je suppose que c'est à régler en début de soirée.

-Tout à fait. Répondit Krystal en portant son verre à ses lèvres.

-Vous avez eu beaucoup de clients qui sont partis sans régler ?

-Je ne leur en ai pas laissé le temps ! Fit-elle dans un large sourire.

Edward la fixa avant de commencer à rédiger son chèque.

-Pour l'ordre, je mets quel nom ? Demanda-t-il en haussant un sourcil.

-Krystal Bennett.

Encore une fois, elle inclina sa tête sur le côté et Edward sentit son cœur se réchauffer.

-Et moi, fit-elle avec espièglerie, comment dois-je vous appeler ?

Le stylo d'Edward resta en suspens. Il n'avait pas pensé à cela. A quel point était-il prêt à se livrer ?

-Je pense que John Doe c'est pas mal.

Krystal sourit à nouveau alors que son esprit tournait à toute vitesse : les hommes qui voulaient rester anonymes -pas seulement auprès d'une call-girl mais de manière générale- utilisaient le pseudo John Smith, pas Doe, celui-là était réservé au domaine des enquêtes et des victimes sans identité. Krystal se demanda si inconsciemment son client ne venait pas de lui donner une information importante.

-De toute façon, poursuivit-il en détachant le chèque avant de le lui tendre, je suppose que Krystal n'est pas votre véritable nom.

Elle se saisit du rectangle de papier dans un geste sec, contrecarré par le sourire qui étirait ses lèvres.

-Supposition intéressante, Sherlock. Fut sa seule réponse alors qu'elle glissait son salaire dans sa pochette.

Bien sûr que non, elle n'était pas née avec le nom Krystal, il était venu plus tard, vingt ans plus tard. De même que Candy et Cassandre n'étaient pas les véritables prénoms de ses amies. Seule Cassandre avait changé de nom parce qu'elle trouvait que le sien n'était pas assez mystérieux, les deux autres avaient préféré trouver une nouvelle identité de sorte à induire en erreur les policiers, juste au cas où.

Seuls les parents de Krystal, ainsi que son meilleur ami -parce qu'il la connaissait depuis sa plus tendre enfance- connaissaient sa véritable identité. Isabella Marie Swan. Sa mère avait eu l'idée stupide de lui donner les prénoms de ses deux grand-mères qu'elle n'avait jamais connues et dont -il fallait l'avouer- elle se foutait comme de sa première capote usagée.

Ses colocataires ne connaissaient pas son véritable nom, et c'était réciproque.

-Vous avez faim ? On peut peut-être passer à table ?

-John ?

-Oui ?

-Vous ne voudriez pas que l'on se tutoie ?

Edward sourit chaleureusement. Il ne savait pas si c'était une bonne idée, mais ça lui plaisait. Il s'appuya sur le plan de travail et rectifia :

-Tu as faim ?

-Très ! Et puis ça sent bon !

Triomphant, le chirurgien se retourna pour se saisir de deux assiettes à l'intérieur du meuble-haut, le même que celui dans lequel il avait pris les verres.

-Où sont les couverts ?

Edward sursauta. Il ne l'avait ni vue ni entendue, malgré ses talons, mais Krystal était juste derrière lui, observant par-dessus son épaule le plat qui avait fini de cuire.

-Heu, là. Il désigna le tiroir sur la droite de la plaque de cuisson et, à la surprise du médecin, Krystal fit comme si elle était chez elle et entreprit de mettre la table.

Edward, qui était sur le point de diviser son plat dans deux assiettes, s'immobilisa pour observer la jeune femme qui beuguait à côté de la table à manger, se demandant où elle devait placer les couverts.

-Tu t'installes où ? Interrogea-t-elle en se tournant vers son client qui la fixait avec un air perdu. Elle inclina la tête sans même s'en rendre compte.

-En bout de table, côté cuisine.

Elle hocha la tête et plaça fourchettes et couteaux de sorte à ce qu'elle et son client soient côte à côte, Krystal dos à la fenêtre qui donnait sur la rue. Edward la regardait évoluer dans son salon alors qu'elle revenait vers le comptoir pour se saisir des verres désormais vides et de la bouteille de vin. Une fois posés sur la table, Krystal les remplit avant de reposer avec délicatesse la bouteille.

Il ne put s'empêcher de faire le parallèle entre elle et Tanya. Les deux jeunes femmes n'avaient strictement aucun point commun et cela plut énormément à Edward dont les lèvres s'étirèrent de façon inconsciente.

-Tout va bien ? S'enquit la jeune femme une fois qu'il ne manquait sur table que les assiettes.

-Oui, oui. Se reprit Edward avant de reporter son attention sur le risotto qu'il divisa en deux. Bien sûr, il restait encore du riz dans le fait-tout, mais il gérerait cela plus tard.

Krystal se saisit des assiettes une fois remplies, sans laisser le temps à John de les amener à table. Il était rare que l'on cuisine pour elle et même si elle avait bien compris que ce n'était pas elle qui avait été prévue originellement pour partager le repas, elle n'en était pas moins flattée. A la coloc, c'était toujours elle qui cuisinait, ou le resto japonais du coin de la rue, mais Candy et Cassandre ne savaient même pas cuire un œuf au plat alors les laisser gérer un repas relevait du suicide.

Les deux jeunes gens prirent place autour de la table. La fourchette de Krystal fut la première à s'enfoncer dans la montagne de riz crémeux.

Un gémissement qui mit Edward mal à l'aise s'échappa de la bouche de la jeune femme au moment où elle goûta la cuisine de son hôte. Après avoir déglutit, elle demanda :

-Alors John, tu fais quoi dans la vie ?

Edward avala de travers et se demanda une fois de plus ce qu'il était prêt à lâcher comme information.

-Je suis trader.

-Ah oui ? C'est super ça !

Krystal changea ses appuis sur la chaise et détourna son attention de son assiette pour la reporter sur le jeune homme à sa gauche. Autant elle était incapable de dire de quelle matière était le sol de la maison de John autant certains sujets la passionnaient, comme le monde de l'entreprise, l'actualité ou la finance. On lui avait déjà proposé de réaliser ces fameux tests de QI, mais elle n'en voyait pas l'intérêt : un chiffre craché par une machine n'allait rien changer à sa vie, d'autant que ses études avaient rapidement tourné court.

-Et comment se porte la bourse à Tokyo alors ?

Elle avait sincèrement voulu orienter la conversation vers la profession du jeune homme, de sorte à l'aider à être un peu plus à l'aise mais elle se déconfit en entendant la réponse :

-Parfaitement ! Ils ont gagné quelques points juste avant la fermeture des cours de la bourse, alors tout se passe bien au Japon.

Sauf que Krystal savait que ce n'était pas du tout le cas. L'indice Nikkei de la Bourse de Tokyo avait fini avec une nette baisse de 2,78%, heurté par le regain du yen face au dollar et à l'euro, incitant une poignée de traders à sauter par les fenêtres de leur tour. Alors non, rien allait au Japon et s'il était vraiment trader alors il se devait de le savoir.

Cependant elle ne dit rien et Edward chercha à changer de sujet :

-Et toi, je suppose que tu n'avais pas envie d'être call-girl depuis ton plus jeune âge.

-Ah ça c'est clair ! Je voulais élever des licornes !

Elle rit alors qu'Edward la regardait en écarquillant les yeux. Cette fille est unique. Pensa-t-il.

-Comment es-tu passée d'éleveuse de licornes à call-girl ?

-Oh j'ai jamais vraiment changé de projet ! Elle rit à nouveau avant de boire une gorgée de vin. Edward, lui, prit une bouchée de riz. Pour être plus honnête, tout a commencé à la fac. Un de mes camarades de promo me tannait pour que je couche avec et lui… disons qu'il était insistant. -Krystal sourit à l'évocation avant de porter à sa bouche une nouvelle quantité de riz. Edward, suspendu à l'histoire de son invitée, but distraitement une gorgée de vin. Il se rendit compte que le verre de Krystal était quasiment vide et le remplit.- Pour qu'il me laisse tranquille, je lui ai dit que je coucherais avec le jour où il me paierait. Sincèrement, je voulais juste qu'il passe à autre chose mais non, le lendemain il est arrivé dans l'amphi et a déposé une liasse de billets sur ma table.

Edward, qui avait imaginé que la jeune femme était devenue call-girl pour subvenir à ses besoins, parce qu'elle n'avait pas eu d'autre choix, était quasiment soulagé, cependant il voulait plus d'informations.

-Et du coup tu as dit oui ?

-Bien sûr que j'ai dit oui ! Il m'avait mis trois cents balles sous le nez, je n'ai pas pu dire non !

Krystal rit alors qu'Edward ne savait pas tout à fait quoi penser. D'un côté il avait envie de trouver ce gars et le passer à tabac -même s'il n'était du genre violent- mais d'un autre côté, si ce gars n'avait pas été là, il n'aurait jamais croisé Krystal.

-Et par la suite ?

-Hum ? Lui et moi nous nous sommes revus à quelques reprises, toujours monnayées, et le bruit a commencé à courir à l'université. Rapidement d'autres propositions se sont faites, puis encore d'autres. En quelques semaines, je n'ai plus eu le temps d'aller en cours tellement j'étais bookée.

-A chaque fois tu disais oui ?

-John… j'étais payée pour m'envoyer en l'air alors bien sûr que je disais oui à chaque fois !

-Et aujourd'hui ?

-Aujourd'hui je suis un peu plus sélective.

Edward reposa sa fourchette, décala son assiette et croisa ses bras sur la table, avide d'informations.

-Qu'est-ce qui fait que tu es devenue sélective avec le temps ?

-Et bien, -Krystal recula son assiette également, elle avait trop mangé.- la clientèle n'est plus la même, rien à voir avec des étudiants. Quand j'ai compris que je n'avais plus le temps d'étudier, j'ai lâché les cours officiellement et cherché des clients un peu plus friqués. Pour cela, je me suis tournée vers les pères de mes camarades puis leurs collègues. Mes tarifs et les prestations n'étaient plus les mêmes, du coup leurs attentes non plus.

-Les différences sont si grandes ?

-T'as pas idée !

Elle lui fit un clin d'œil avant de se rendre compte qu'elle en avait sûrement trop dit. Elle changea aussitôt de sujet :

-Tu as fini ? Je peux prendre ton assiette ?

Mais elle était déjà debout à placer sa fourchette et son couteau au creux de son assiette. Dès qu'elle eut l'assentiment d'Edward, elle s'empara de son couvert et partit en direction de la cuisine, se maudissant d'avoir trop parlé.

Edward, lui, ignorait s'il voulait plus de détails ou non sur le travail de la jeune femme. En tout cas, il voulait savoir un maximum de choses sur elle. Il l'observa en train de tout charger dans le lave-vaisselle et, tout en essayant de garder à l'esprit qu'elle n'était là que parce qu'il la payait, en fut ému. Jamais Tanya n'avait fait ce genre de chose alors qu'ils vivaient ensemble.

Krystal revint à table, chargée de la corbeille de fruits qui trônait sur le comptoir.

Ils prirent leur dessert en parlant d'un sujet qui ne risquait de blesser aucun des deux : la météo à Seattle. Après avoir disséqué abricots et mangue, Edward fit couler deux cafés et recommença à stresser : il n'avait pas dormi avec une femme depuis trois ans.

Même moi à la relecture j'ai été frustrée d'avoir coupé à ce moment ! XD

Que pensez vous de ma Krystal ? *-*