Playlist

« Heal » Tom Odell

« Not about angels » Birdy

« Anywhere » Passager

« Slow it down » The Lumineers

« Jealous » Labrinth

« Wind of change » Scorpions

Chapitre n°4

Point de vue d'Illium

« Pardon maman ».

« Il était temps que tu me donnes de tes nouvelles ».

« Je vais bien ».

« Tu m'as fait une peur bleue et je ne peux m'empêcher de penser à toi, tu as failli exploser en plein ciel ».

Ma mère est en train de me jeter une réalité en plein visage. Je le sais. Raphaël est venu à mon secours pour me sauver la vie. Deux fois. J'ai conscience de la peur causée à tout le monde. À moi aussi ça m'effraie. Mes nuits sont agitées et les images de ma chute dans le vide me hantent. Ce n'est pas nouveau mais de plus en plus de détails me reviennent en mémoire. Je ne veux pas y penser. Refouler ces souvenirs n'est pas bon. Je dois m'y confronter pour avancer, quitte à avoir mal autant que ce soit douloureux tout de suite. Ça ne peut se résoudre en un claquement de doigts. Je tente de refouler les autres larmes qui menacent de franchir la barrière de mes yeux et rassure ma mère du mieux possible. Je ne pleure pas beaucoup mais je sens qu'après cette conversation, je vais aller chercher la boîte de mouchoirs. J'ai longtemps gardé mes émotions enfouies jusqu'à présent. D'une part, affronter les choses me préoccupent et me font peur. Me résoudre à oublier n'est pas envisageable. Affronter le regard des autres Sept aussi m'effraie. Ils me voient comme un ange différent suite aux effets secondaires et dangereux de cette fichue Cascade.

« Je sais ».

« Comprend juste que je m'inquiète pour toi et que je ferais n'importe quoi pour t'aider ».

« Tu es ma mère ».

Comme si cette phrase résumait tout et pourtant, elle résume tout. Qu'elle tienne à moi comme la prunelle de ses yeux, je le sais. Les naissances angéliques sont suffisamment rares pour être exceptionnelles et célébrées quand elles arrivent à terme. Ça aussi, c'est un sujet assez complexe. En général, les couples angéliques ne fondent pas de famille parce que l'éternité leur ait offert, pourquoi ce soucier de créer un foyer. Les humains prennent les naissances comme des cadeaux qu'il faut chérir, ils profitent de la vie aussi courte soit-elle. Ma naissance était tellement attendue par mes parents, ils ont eu peur que la grossesse n'arrive pas à terme mais il faut croire qu'une bonne étoile a brillé au-dessus d'eux. Les naissances sont célébrées parce qu'il y en a peu. Chaque enfant est une sorte de bénédiction. Et il n'y a souvent qu'une seule grossesse. Ce qui est mon cas. Pour être honnête, j'aurai aimé avoir un frère ou une sœur. Je sais que les humains ont plusieurs enfants. Une fratrie unie comme les deux doigts de la main, la plupart du temps, parfois c'est tout le contraire. Et je n'aurai pas voulu vivre une relation conflictuelle avec mon frère ou ma sœur si j'en avais eu. Au contraire, je déteste les conflits. C'est ce que je fuis le plus dans la vie. Je n'en ai jamais eu dans le cadre de mon affectation ici, sauf une fois je l'avoue et je la regrette encore, c'était avec Aodhan quand il a parlé de la ville de Lumia. Les souvenirs de son accident et d'autres choses me sont revenus en mémoire. Nous étions invités en plus, le malaise que ça a mis mais Raphaël est au courant. Mais c'est une autre histoire.

Mettre ma mère en situation de détresse ou d'inquiétude est tout ce que je déteste. Elle tient à son enfant, ce qui est compréhensible et elle ne souhaite que mon bien-être, mon bonheur. Tout comme je le lui souhaite. Ma mère est connue dans le monde angélique dans le domaine de l'art. Fait avéré puisque quelques unes de ses œuvres sont dispersées chez quelques Archanges du monde. Résultat, j'ai appris à dessiner très tôt. Je n'ai rien perdu seulement, je laisse le talent de mon meilleur ami aux ailes blanches aux reflets de diamants s'exprimer plus que le mien. De plus, j'ai un lien fraternel avec Raphaël. Fait très rare chez les Archanges. Personne ne se doutait de sa puissance puisque ses parents sont des Archanges. C'était évident. Il m'a accepté directement pour faire partie de ses Sept. Je lui en suis éternellement reconnaissant. Une telle chance ne peut pas se refuser et je suis conscient du rôle qu'il m'a donné.

Nous discutons de tout et de rien pendant une heure maintenant mais son sujet principal est mon malaise de l'autre jour et ça l'a choqué de savoir que les effets pouvaient être aussi forts. Ce que je conçois. Ça m'a fait peur à moi aussi. Non pas que j'ai vu le fil de ma vie défiler sous mes yeux comme un film. Seulement, je ne sais pas quels seront les effets sur le long terme. Est-ce qu'une nouvelle montée de fièvre va recommencer ? Si oui, jusqu'à quelle température corporelle ? Tout un tas de questions.

« Tu me manques ».

« Toi aussi » dis-je doucement sanglotant un peu sans m'en rendre compte.

À peine les deux mots sortis de ma bouche, une larme dévale le long de ma joue. Si elle avait été là, elle l'aurait essuyée doucement avec son pousse en me disant que c'est insensé de penser au pire. Je vais bien. Je vais mieux. Mais accepter la réalité est difficile. Je sais très bien que j'aurai pu tout perdre en une minute et c'est ce qui m'effraie parce que quelque chose semble brisé au fond de moi. Je n'arrive pas à l'expliquer, c'est un ressenti, une sensation étrange mais je mets ça sur le compte du choc. J'ai besoin de penser à autre chose. Elle me parle encore quelques minutes et je refuse de voir ma mère pleurer à travers un écran d'ordinateur. Je ne veux pas l'inquiéter davantage. Elle me demande si j'ai eu les résultats des examens médicaux que Keir m'a fait passer à la demande de Dmitri. Je lui réponds que non, sûrement dans la demain. Keir a un planning plein en ce moment. Il n'a pas le temps de s'en occuper. Dmitri m'aurait averti s'il en avait eu connaissance. Je crois. J'espère. Je ne veux pas que cette puissance incontrôlée de ma part puisse contraindre mon avenir chez les Sept. Me résoudre à autre chose n'est pas envisageable et je suis sûr qu'il voudrait en discuter avec Raphaël. Il n'y a pas de solution trouvée. Mon cas est particulier et personnel, s'il faut en parler autour d'une table je dois faire partie de la discussion.

« Tu t'es reposé ? ».

« Un peu ».

Me reposer. Je crois que je rêve de ce mot, qu'il devienne concret. J'essaye mais le sommeil ne semble pas de mon côté. Une seconde nuit sans constater une amélioration, je pense que ça va continuer. J'ai assez dormi à l'hôpital, mon immunité est déréglée ou quelque chose comme ça. Je devrais en parler à Keir à l'occasion. J'ai envie de rassurer ma mère sur mon état de santé. Je ne sais pas comment faire. Si je mens, elle cherchera à savoir la vérité et si je ne lui dit pas tout aussi. Elle m'interrogera jusqu'à avoir toutes les informations nécessaires. Et je ne peux pas lui en vouloir. Mais je n'ai pas envie de m'étendre sur le sujet. Ma santé est un autre domaine sur lequel je n'aime pas m'étendre. Disons que je n'ai pas envie de l'inquiéter plus que ma mère ne l'est déjà. Et puis je vais devoir couper la communication.

Je raccroche avec ma mère. Lui parler m'a fait du bien. Elle s'inquiète. C'est ma mère. En parler n'est pas facile. Parfois, je m'en veux de ne pas lui avoir dit avant mais les circonstances n'ont pas été positives. Raphaël l'a rassurée tant qu'il a pu. Je le remercie pour ça.

Les choses changent et c'est ce qui m'inquiète le plus. De toute façon, les effets de la Cascade sont subjectifs. C'est bien le problème, je ne veux pas être sujet à ce type d'effets secondaires à nouveau, pas d'un coup, pas quand je vole dans les airs et que je menace de m'écraser au sol si personne ne peut me venir en aide, encore si je tombe dans la rue la chute est moins dangereuse. J'ai peur. J'ai peur des conséquences. Je ne veux pas paraitre fou. Je ne le suis pas mais si mes nuits sont aussi catastrophiques, je pense que ça n'arrangera pas la suite. Et la suite, je ne la connais pas. J'hésite à inquiéter Aodhan sur le sujet car il va se poser des questions. Il est déjà à cran par rapport à ma chute, il m'en a parlé hier soir. Hors de question d'en rajouter. Alors j'ai pensé à en parler à Dmitri mais j'hésite aussi. J'aborderai le sujet plus tard.

En atterrissant à la Tour, j'ai remarqué que Venin avait déjà commencé. Un couteau entre les lèvres, il essayait de viser une des cibles que Galen lui indiquait. Facile. Il n'en a manqué aucune exceptée la dernière. Je le regarde depuis l'extérieur, quand son regard a dérivé vers moi. J'aime bien observer les gens depuis un toit par exemple mais au bout d'un moment, ma présence est remarquée, je me demande pourquoi. Je vais devoir demander des conseils au maitre espion numéro un de notre Archange. Il ne peut pas me le refuser. Ça me fait sourire parce que sous ses airs sérieux, très sérieux et son cœur soit disant de pierre, ce maitre espion est vraiment quelqu'un de bien. Il a vécu des choses difficiles. On s'entend bien et je suis heureux de pouvoir être l'une des rares personnes à le faire sourire. Je n'invente rien, il me l'a dit lui-même de sa bouche. Au début, j'ai hésité à lui demander s'il était malade tellement je riais et quand j'ai compris qu'il ne faisait pas de blague, il a accepté de me faire un câlin. Mon cœur s'est serré dans ma poitrine. Situation improbable mais qui m'a vraiment touché et fait plaisir.

Mais ce n'est pas lui que je viens voir aujourd'hui. La salle dans laquelle notre plus jeune vampire préféré s'entraine est en verre. Les murs sont en verre. Cela me donne l'occasion de le regarder depuis l'extérieur. J'aime bien rester à le faire sans que d'autres personnes me regardent. Venin n'est pas du genre à refuser. Il adore être regardé. Son égo le perdra mais c'est un vampire unique en son genre. L'ange qui l'entraine ce matin est un de mes amis assez proche, derrière son air froid et son regard qui peut vous congeler sur place se cache un cœur, oui un cœur qui bat. C'est un ange très drôle qu'il faut apprendre à connaitre. Ses ailes couleur gris-noir aux stries blanches ne laissent pas grand monde indifférent, autant que ses yeux verts clairs font des ravages.

En plus, il est un maitre d'armes incroyable. Il connait toutes les armes blanches possibles et inimaginables. Il en manie beaucoup, principalement les épées avec moi et Venin. Il est aussi adepte des couteaux, ce dont je suis moins fan mais c'est une question de point de vue. Je manie mon épée comme si c'était une autre partie de mon corps. Un peu étrange à expliquer mais une fois sur le terrain d'entrainement ou en situation réelle, c'est différent. Mon statut de Sept prend le dessus sut tout le reste et plus rien d'autre n'existe. Un peu cruel je le conçois mais c'est ainsi que je suis, aussi rieur et heureux de vivre que je sois. Ce sont deux facettes distinctes.

J'entre dans la salle le plus discrètement, sans déranger la séance et reste à les regarder à l'encadrement de la porte. Ma présence se fait remarquer.

« Mon petit papillon est de retour » murmure Galen avec un sourire au coin des lèvres dans un français parfait.

« Barbare dans toute sa splendeur » dis-je dans une langue ancienne, le grec.

« Campanule » me sourit Venin de tous ses crocs.

« C'est à croire que je vous ai manqué ».

« L'avouer publiquement n'est pas dans mes habitudes mais je t'aime quand même Campanule » me répond t-il avec un clin d'œil.

Venin est le vampire le plus insupportable que l'on puisse rencontrer tellement il manie l'ironie avec brio. Quand on apprend à le connaitre, la loyauté transparait. Une fois qu'il vous fait confiance, il vous donne sa loyauté sur un plateau d'argent. Il a un humour spécial mais personnellement, je l'adore. Il a une audace propre à lui-même et personne ne peut le nier. Avec Dmitri, c'est le duo de choc. Mais je serais méchant si je laissais Naasir en dehors donc je dirais qu'ils forment un trio de choc. Comme Aodhan et moi sommes inséparables avec Galen donc un autre trio. D'ailleurs Naasir est au Japon, il rentre la semaine prochaine je crois. Venin me fait toujours rire, j'ai un concurrent sur ce point et il trouve toujours le moyen de m'entrainer dans des paris improbables mais je ne vais pas les lister, la liste serait longue.

L'ange aux ailes grises et noires m'explique que Venin va s'entrainer avec lui et qu'ensuite j'irais voir les autres anges pour les entrainer. Les bébés anges. Ce sont de très jeunes anges qui sont entrainés au Refuge. Je l'aide à donner des cours dès que possible. Ils font partie de la garde de la Tour. Il se trouve que Galen juge intéressant de leur apprendre des déplacements rapides, des tactiques d'approche si jamais ils sont confrontés à un combat réel. Ce qui peut arriver, récemment par exemple lorsque l'Archange de Chine a décidé de se réveiller.

J'entraine les jeunes anges au maniement de l'épée aujourd'hui. J'explique la procédure, leur fait une démonstration de ce que j'attends et en choisis un au hasard pour leur montrer concrètement. Ils sont attentifs. D'habitude, un ou deux trouve le moyen de se détourner de l'exercice demandé. Avec Galen, ça n'arrive pas. Mais j'ai de l'autorité. Ils m'écoutent. Manier une arme blanche demande de la concentration, de la précision et de l'adresse. Les trois réunies ne garantissent pas non plus la sécurité. Je leur apprend à se protéger en cas de coups rapides pour eux, ils doivent rester sur leur garde tout le temps, garder la lame à l'œil sinon un coup fatal arrive vite. L'agilité joue beaucoup, ce qui est en ma faveur mais tout le monde n'est pas aussi rapide. Le son est important mais je m'y connais moins, je laisse ça à Galen par exemple qui peut reconnaitre une arme selon le bruit qu'elle émet quand elle frôle l'air. En général, je ne dispose pas d'autant d'armes blanches sur moi que lui, mon épée me suffit au combat et quand je peux un couteau s'il y en a un à disposition. Je ne suis pas fan des combats corps à corps mais on ne choisit pas. Sur l'instant, on improvise avec les moyens du bord.

Les jeunes anges sont attentifs aujourd'hui. Tant mieux parce que je ne suis pas assez en forme pour élever la voix. Je n'aime pas me montrer froid mais quand ça s'avère nécessaire je l'impose. Mais ils sont coopératifs. Après tout, la Tour a une belle armée d'une centaine d'anges et d'une centaine de vampires. Tous plus ou moins jeunes mais ils sont doués dans ce qu'ils font. J'entraine une partie, en général on fait des groupes de dix pour pouvoir être attentif à chacun. Les petits groupes sont plus cool.

Je m'assois sur un des bancs de la salle après leur avoir expliqué un exercice pratique. Ils se mettent deux par deux et travaillent les mouvements que j'ai demandé. Les exercices s'enchaînent.

Un vampire aux yeux reconnaissables entre mille, le seul que je connaisse personnellement à en avoir. Ses iris verts verticaux me fixent et un sourire se dessine sur ses lèvres.

« Avec un peu d'imagination tu serais un parfait futur Archange ».

« Ironie quand tu nous tiens ».

« Pas aujourd'hui, je suis sérieux dans mes propos » dit-il en s'asseyant à côté de moi.

« Venin, tu n'as pas besoin de prendre des gants » dis-je doucement.

« Je déteste le froid ».

« Je vais faire comme si tu n'avais rien dit ».

« Campanule, tu es le premier à rire d'habitude ».

« Je... » murmurais-je sans qu'il n'ait entendu. « Je ne suis pas prêt ».

Je ne veux pas paraitre impolie mais je quitte la salle. Ce n'est pas de la faute de Venin mais de la mienne. Incapable de gérer la situation, j'ai besoin de sortir sinon je vais devenir anxieux. Je le suis déjà. J'ai besoin d'air. Dehors, le vent frappe mon visage et je me retiens de ne pas pleurer. Les larmes veulent faire leur apparition sur mes joues et elles n'attendent qu'un coup de vent supplémentaire pour trouver une opportunité de franchir la barrière de mes yeux. Disons que devenir Archange n'est absolument pas dans mes ambitions et encore moins dans mes projets futurs, je raye ça de la liste. Je ne suis pas prêt. J'ai peur. Je ne suis pas prêt. Je ne veux plus y penser. En regardant autour de moi, je suis seul. La remarque de Venin n'est pas méchante en soit puisque les faits sont là, un destin d'Archange semble se dessiner pour moi. Rien de plus angoissant à mes yeux, je vais devoir m'y résoudre au bout d'un moment. J'ai besoin de temps, de siècle avant d'apprivoiser la puissance qui m'attend et de m'y faire psychologiquement. Si mon corps n'est pas capable de supporter autant de puissance, mon mental ne le saura pas non plus et c'est ce qui m'effraie. Mon mental. Je ne veux pas perdre la raison, sombrer dans un état second, changer. Évoluer oui parce qu'on le fait tous mais changer non. Ma hantise est d'être une autre personne. Un ange déchu. Un nom me vient en tête mais je ne veux pas le dire.

Je respire doucement avant de rentrer dans la salle. Les anges sont toujours là. Je leur dit qu'ils peuvent partir et je m'assieds sur le banc comme tout à l'heure. M'emporter de cette façon était inutile. Venin n'a pas voulu me vexer. En ce moment, je suis tendu. Plus grand chose ne va. J'ai dû vexer Venin. C'était involontaire. Il doit m'en vouloir un peu. Il est parti, il n'y a plus personne dans la pièce.

Il est quasiment nuit quand je décide de rentrer chez moi. J'ai passé le reste de l'après-midi à regarder d'autres entrainements de Dmitri et j'en ai profité pour aller voler. Je n'ai pas discuté de ma « dispute », si on peut appeler ça ainsi alors que pas du tout, c'est juste moi qui me suis vexé. Comme un enfant capricieux. Ce que je ne suis plus depuis bien longtemps mais c'est un sujet sensible en ce moment. Bien entendu que Venin n'a pas voulu me vexer. C'est juste moi qui en fait une montagne. Une montagne tout seul, ça craint. Le second de Raphaël m'a conseillé de ne pas me torturer l'esprit pour autant. Venin ne se vexe pas facilement et il me connait assez pour le savoir. J'ai vraiment de la chance de les côtoyer. Ils sont compréhensifs, j'ai de la chance mais ce n'est pas une raison pour que je me repose sur mes lauriers. J'atterris dans le jardin. Mon portail ne me sert à rien, je me demande pourquoi les anges en ont, techniquement ils sont inutiles. C'est un autre débat.

Je rentre chez moi dépité. Pour être honnête, je pense en discuter avec Dmitri. Il ne dit rien mais je remarque qu'il s'inquiète. J'ai même eu la surprise de constater des anges du refuge me suivent par les airs. Plusieurs fois. Donc je ne sais pas ce que l'on attend de moi mais je vais bien. Ce n'est pas une mauvaise attention mais cela me fait ressentir le malaise engendré contre mon gré au sein de la Tour depuis... Depuis que je suis tombé dans les airs. Un souvenir douloureux qui ne date que d'une semaine. Je culpabilise. Voilà mon problème. Je culpabilise parce que je n'ai jamais voulu ni cherché à avoir cette puissance. En y pensant, cela semble ridicule. Je n'ai rien demandé. Je suis un ange comme d'autres, pas vraiment car je fais parti des Sept. C'est déjà exceptionnel. Ce n'est sans doute pas le bon exemple, pas le plus juste mais c'est le seul qui me vienne en tête là maintenant. J'estime quand même être autre chose qu'un des Sept de Raphaël. Avant tout, je reste le fils de Colibri. Le seul mais son fils donc je ne pense pas manquer d'ambition. J'en ai mais depuis que j'ai rejoins les Sept, c'était déjà fou. Cela ne me limite pas. Je suis un ange comme d'autres, voilà. Je n'ai pas changé du jour avant de faire partie des Sept ni après. Après 500 ans d'existence, je suis la même personne. J'aime rire, faire des blagues, faire coucou aux touristes de passage à New-York, j'aime voler, j'aime cuisiner aussi mais peu de gens le savent et d'autres exemples peuvent être cités. La liste est longue et je ne vais pas continuer.

« Qui peut bien sonner chez moi à cette heure-ci ? ».

« Tu crois qu'il va mal le prendre ? ».

« Non ».

« On a amené un bon vin j'espère ? ».

J'ai envie de rire quand j'entends ces réflexions car les voix me sont très familières. Un éclat lumineux me confirme l'une des personnes présentes devant mon portail. Quand à l'autre, son odeur irrésistible me le confirme aussi. Je m'en veux de m'être montré froid. Ce n'est vraiment pas dans mon caractère.

En ouvrant le portail, je ne peux pas me retenir de sourire en sachant quel programme ces deux là m'ont réservé pour la soirée. Il y a une belle bouteille de vin dans la main de Venin et une odeur que je devine être des plats chinois contenus dans un sac tenu par d'Aodhan.

« On ne te dérange pas Campanule ? ».

« Entrez » dis-je en riant. « Avant de vous faire remarquer ».

« Je suis venu m'excuser » me dit Venin. « M'excuser de façon solennelle me parait un peu prétentieux alors j'ai demandé à Aodhan de venir avec moi, histoire aussi de vérifier si je ressortirai de cette maison en un seul morceau ».

« Il m'a forcé ».

Venin le regarde d'un air outré mais ces deux là sont vraiment très drôles. Ce n'est pas non plus un hasard au fait que l'on s'entende bien. Le vampire est le plus jeune et l'ange blanc diamanté a le même âge que moi. Nous sommes un peu le trio infernal de la Tour. Ils sont venus chez moi car ils savent comment me remonter le moral et encore une fois, c'est aussi dans ces moments atypiques que je suis gratifiant de les avoir rencontré dans ma vie. C'est une surprise de les voir chez moi. D'un côté, je sors de ma zone de confort en invitant des gens car je ne suis pas du genre à prévoir des diners ou repas, ce que font les humains pour se retrouver. Un peu étrange d'un point de vue extérieur mais je tiens à mon intimité, chez moi. Aodhan est pire, il n'aime pas du tout mais il fait de vrais efforts. Je suis déjà allé chez lui ainsi que Dmitri et c'était super. Je les laisse entrer. Ils s'avancent dans le jardin avant d'entrer dans la maison où j'ai laissé la baie vitrée ouverte. Je la referme derrière moi une fois tous à l'intérieur. Les voir chez moi me fait plaisir. J'apprécie nos moments ensemble en dehors de la Tour.

Je récupère la bouteille de vin des mains d'Aodhan.

« C'est l'une des tiennes ? ».

« Oui ».

Il faut savoir qu'Aodhan a une belle collection de bouteilles de vin dans sa cave. Information connue par peu de personnes. Ce n'est pas tous les siècles que je tiens une bouteille de vin dans mes mains. D'habitude, Dimitri vient avec moi boire un verre à l'Erotique. Un des bars new-yorkais où il faut être parrainé par un vampire. C'est un endroit assez sélect en ville et l'un des plus discrets où les anges ne se font pas harceler. C'est l'un de mes endroits favoris dans le sens où quelques humains y viennent et sur le toit, je peux observer les gens sans les déranger ou les effrayer. Rare sont les gens qui sont bienveillants avec nous. En général, les gens sont méfiants mais nos plumes les fascinent, c'est assez drôle. Les anges sont bien vus mais on ne sait jamais. On ne peut pas se fier aux apparences tous les jours.

J'apporte trois verres sur la table recouverte de béton ciré gris orage de la salle à manger. Je sens d'ici les remarques sur ma décorations intérieures. Il est vrai que j'aime les ouvertures. Quasiment aucune pièce n'est fermée chez moi. Les tons varies entre les couleurs crèmes et les nuances de gris métalliques et toutes les autres nuances de gris. Je vis dans un catalogue de décoration.

« Je m'excuse Campanule » dit-il doucement.

« C'est à moi de le faire, Monsieur GQ » souriais-je.

« Monsieur GQ ? » souligne le principal intéressé.

« Je n'y avais pas pensé » ajoute Aodhan en riant.

« Merci Campanule ».

« Mais je te pardonne » dis-je à l'attention de Venin. « Je me suis vexé facilement, je n'aurai pas dû. Juste que cette histoire me hante l'esprit ».

« On ne s'est pas insulté, on ne s'est pas jeté un couteau à la figure donc tout va bien ».

« Oui » dis-je en riant.

« Je conçois ton inquiétude mais sache une chose, tu ne fait pas parti des Sept pour rien. Nous sommes une famille. Et une famille est unie. Quoiqu'il arrive, on te soutiendra ».

« Merci Venin » dis-je sincèrement touché par ses propos.

« Je vais chercher les assiettes ».

« Je ne veux pas changer ».

« Tu ne changeras pas Campanule, on y veillera ».

Qu'est-ce-que je ferais sans ce vampire, je me le demande. Venin a un caractère spécial mais c'est la personne la plus loyale. Je suis vraiment touché qu'il ait pensé à amener des plats chinois, chez moi et qu'il a demandé à Aodhan de venir parce qu'il avait peur de ne pas sortir de chez moi vivant. Ça m'a fait rire parce que c'est typique de Venin. Il a raison, je m'inquiète trop et je dois avancer. Ne pas se laisser submerger par les émotions, les événements récents, rester positif. Je dois garder cette ligne de conduite là. Je peux compter sur eux pour m'aider, ne pas me laisser prendre une autre ou une mauvaise direction. Ils sont présents bien plus que je ne le pensais et notre première rencontre me fait sourire. Il faut dire que pas mal de siècles se sont écoulés depuis, ce qui veut dire beaucoup de choses.

Nous nous installons tous au sol où j'ai disposé des matelas fins, des tas de coussins pour manger. Chacun a son assiette chaude dans la main et nos verres de vin posés sur une table basse au milieux de nous trois. Nous passons la soirée à discuter de tout et de rien et parfois ça fait du bien. On revient au sujet principal pour lequel ils sont venus chez moi, au font je le sais mais on dérive à un autre sujet plus léger. Aodhan m'avoue que nos parties de baseball dans les airs lui manquent et je lui ai promis une revanche. On va organiser ça bientôt avec d'autres anges du refuge. Ce genre de choses me manquent je l'avoue. Pourtant mon malaise date d'il y a peu de temps.

Nos assiettes sont entamées à la moitié et je regarde Aodhan se tordre de rire. Une des blagues de Venin, ses imitations l'ont achevé.

« C'est tellement facile de le faire rire ».

« Il est un très bon public ».

Personne ne résiste au rire communicatif d'Aodhan alors on le rejoint dans sa crise de fou rire. Le voir aussi détendu est génial. Il est du genre timide et ne va pas vers les autres facilement, quand il donne sa confiance c'est sincère. On se complète bien au niveau du caractère. Ce qui est vraiment cool. Même Venin s'est joint à nous parce qu'on l'adore. Il a une personnalité atypique, même s'il est le plus jeune. Son charisme naturel a un effet sur tout le monde à la Tour. Il faut apprendre à connaitre les gens avant de juger et chercher à savoir pourquoi certaines personnes ne forgent une carapace dure comme l'acier et si d'autres personnes sont extraverties il faut comprendre pourquoi. Souvent, on cache trop de choses derrière un sourire parce que c'est facile. Une sorte de grimace qui fait office de sourire et qui bluffe tout le monde alors que des gens voient bien qu'il y a un soucis, quelque chose derrière ce sourire que l'on montre pour paraitre bien alors que pas du tout. Sourire est facile. Cacher ses problèmes, ses sentiments n'est pas compliqué. C'est montrer sa peine qui est le plus difficile.

Quand je suis avec ces deux là, je ne déprime plus. Et c'est agréable de parler d'autre chose que ce malaise qui a fait du bruit chez le monde angélique et aussi dans la presse humaine. Ça, personne n'a pu le contrôler même après le communiquer de Dmitri. Les rumeurs courent toujours.

Je les regarde terminer leur assiette, finir de boire leur verre de vin. Je les ai prévenu que si une seule tâche se trouvait à apparaitre sur mon tapis ça allait mal aller se passer.

« Merci d'être venus ».

« Je t'en prie ».

« À demain ».

Quand je referme la porte de chez moi, je me sens apaisé et c'est un sentiment que je n'ai pas ressenti depuis quelques jours.