Hello !

Je suis toujours vivante, mais convalescente, alors je dois vous avouer que je n'ai pas la force de répondre à vos reviews, bien que vous ne soyez pas nombreuses. J'en suis sincèrement désolée, mais ça ne m'empêche pas de vous remercier, très sincèrement, vous trois qui me suivez depuis si longtemps ! Je parle bien sûr de ma Mimi, Fanny et Miss Virginie ! (Au passage, la date de Fleur de Pêcher est toujours indéterminée, navrée)

Comme le chapitre était déjà écrit, j'ai juste eu à le relire, mais c'est possible que la fatigue ait laissé passer beaucoup de fautes. Vous remarquerez que la dernière partie de ce chapitre est presque tirée mot pour mot du Tome 5. Je ne pouvais pas passer à côté de cette scène.

Je vous souhaite une bonne lecture et vous laisse entre les mains de mes braves Poufsouffle et de la rébellion !

Rukie-chan


- CHAPITRE III -

24 Septembre 1995,

" Cher journal,

Ces maudites retenues sont enfin terminées. La douleur que me provoque la cicatrice encore à vif se réduit de jour en jour. Sa marque, en revanche, reste bien présente dans ma chair, m'humiliant un peu plus, bien que je la dissimule aux regards des autres. Mais moi, je la sais présente, inscrite sur moi ... Pire, en moi.

Après quelques retenues, Potter a fini par me demander la raison de ma présence. Il a approuvé ma réaction et pour la première fois, j'ai vu de l'estime dans ses yeux. J'aurais voulu profiter de ces confidences pour lui poser des questions, sur le tournoi, sur la dernière épreuve ... Sur Cédric.

Mais je n'ai pas osé.

Il m'a donné un flacon, lorsque nous sommes sortis de notre première semaine de retenue. De l'essence de Murlap, a-t-il dit. Malgré ce soin, nous savons tous les deux ... La cicatrice restera toujours dans notre chair. Ineffaçable."


La jeune Hannah ouvrit brusquement les yeux. L'obscurité était omniprésente dans leur dortoir, presque oppressante, tout à coup. Il ne devait pas être loin d'une heure du matin, estima-t-elle en se redressant. Elle passa une main fatiguée dans ses cheveux ébouriffés, se demandant ce qui avait pu la tirer ainsi d'un sommeil qu'elle avait pourtant lourd. Elle soupira, en union avec les respirations lentes de ses camarades de chambre.

Elle eut soudain une drôle d'impression. Sortant à contre cœur de son lit, elle attrapa machinalement sa baguette sur sa table de chevet et se dirigea à tâtons et d'un pas léger vers le lit de Jude. Fort heureusement, en cinq années, la configuration du dortoir n'avait pas changé et c'est avec habilité qu'Hannah évita les obstacles sur sa route, comme des livres de magie poussiéreux qui dépassaient sournoisement d'un dessous de meuble, prêts à frapper un doigt de pied innocent. La jeune Poufsouffle ne les connaissait que trop bien, ces obstacles vicieux s'attaquaient à elle, même de jour ! Heureusement, donc, l'habitude lui permit de les éviter et c'est sans aucun cri ni juron étouffé qu'elle arriva à destination.

- Lumos, murmura-t-elle en se glissant derrière les rideaux.

Ainsi, son intuition ne l'avait point trompée. Le lit était vide. Encore. Hannah aurait pu se recoucher, elle était épuisée, après tout. Elle avait froid et son corps entier rêvait de retourner s'abriter sous la chaleur étouffante de sa couette. Mais elle n'y pensa pas plus d'une seconde. Elle était une Poufsouffle et elle en était fière. A ses yeux, cela voulait dire que sa loyauté envers les siens était inébranlable. Si Jude avait besoin d'elle, c'est à n'importe quelle heure qu'elle la trouverait.

En silence, elle attrapa donc un peignoir et des chaussons et se glissa hors de leur dortoir. Dans leur chaleureuse salle commune, le feu dans l'âtre de la cheminée semblait être sur le point de s'éteindre. Mais Hannah ne s'y attarda pas. Elle savait que ce qu'elle cherchait n'était pas ici. La fraîcheur du couloir, lorsqu'elle sortit de sa salle commune, acheva de la réveiller et c'est en frissonnant qu'elle arriva enfin, quelques couloirs plus loin, devant le tableau de victuailles, qu'elles avaient découvert en deuxième année. Par miracle, la jeune fille n'avait pas croisé Rusard mais mieux valait ne pas tenter sa chance, aussi se hâta-t-elle de chatouiller la poire et d'entrer dans les cuisines de Poudlard.

Quelques rares elfes étaient encore présents, mais la plupart d'entre eux devaient dormir. Hannah, curieuse, s'était souvent demandée où. Toujours était-il que sa Judy était bien là, un t-shirt trois fois trop grand en guise de pyjama, elle tenait une tasse entre ses mains et mangeait une part de gâteau au chocolat.

- Hannah ? S'étonna celle-ci en remarquant enfin sa meilleure amie.

- Mauvais rêve ? Questionna simplement la jeune Poufsouffle en s'avançant.

Jude approuva d'un signe de tête. Hannah s'installa en face d'elle et demanda un thé à l'elfe qui avait pris l'habitude de servir les "jeunes et gentilles maîtresses" lors de leurs nombreuses discussions nocturnes.

- De quoi as-tu rêvé, cette fois-ci ?

Hannah posait toujours la question. Parfois, Jude lui répondait. D'autres fois, elle gardait simplement le silence en lui faisant un sourire triste. Cela n'avait pas vraiment d'importance. Hannah était curieuse, bien sûr, mais pas à ce sujet. Tout ce qui lui importait, c'était d'être là. Aux côtés de son amie, comme Jude le ferait pour elle. Il n'y avait pas besoin de mots. Savoir qu'elles ne seraient jamais seules suffisait.

- De mon père, répondit doucement Jude.

- Tu veux en parler ?

Jude secoua négativement la tête.

- Ça va déjà mieux, maintenant, dit-elle en savourant un bout de son gâteau.

Un Opéra.


"Mon père me manque. Terriblement. Je me souviens, avec une incroyable justesse des détails, du jour où j'ai appris sa disparition. C'était juste avant Noël, la période que nous aimions tant. Maman et moi, nous étions à la maison, quand un homme du Ministère a frappé à la porte. Il ne faisait que son travail, pourtant, je l'ai détesté immédiatement, de toutes mes forces. Il expliquait la situation, presque froidement. Il nous a présenté ses condoléances, puis s'en est allé. En laissant ma mère au bord d'un précipice, d'un gouffre sans fond.

Elle est alors devenue comme folle. Elle répétait sans cesse que c'était injuste. Qu'elle devait être maudite pour perdre ainsi tous ceux qu'elle aimait. Puis elle s'est effondrée, comme une poupée dont on aurait coupé les fils. Je n'ai jamais eu le courage de lui demander des explications, mais j'ai compris ce jour-là que mon père n'était pas la première personne qu'elle enterrait. Ils meurent et je survis, disait-elle parfois amèrement.

Pour Noël, Grand-Mère avait préparé un gâteau au chocolat. Un Opéra. Le préféré de mon père. Mais il avait un goût étrange, amer. Trop salé. Sans doute noyé par les larmes que Granny avait versé en le faisant.

Je me raccroche à ce que je peux pour ne pas l'oublier. Une odeur, un goût. Un souvenir, un objet. N'importe quoi ... Mais j'ai peur.

J'ai peur, car son visage devient de plus en plus flou dans ma mémoire. Que sa voix sonne chaque jour davantage fausse dans mes souvenirs. Et je sais, qu'inévitablement, ça arrivera aussi pour Cédric.

Et ça m'effraie encore plus."


- Qu'est-ce que ...

Dans la bibliothèque de l'école de Sorcellerie, Hannah venait de saisir d'un geste vif la main de sa meilleure amie, alors que celle-ci lui tendait distraitement une plume pour qu'elle puisse écrire son devoir de Métamorphose. Jude se débattit, mais le mal était déjà fait. Hannah l'avait vu. La cicatrice.

- Jude, qu'est-ce-que c'est ? Siffla-t-elle à voix basse.

- Rien, murmura la jeune fille en ramenant sa main vers elle, comme si la cacher maintenant pouvait effacer les dernières secondes.

- Ne me dis pas "rien" ! Ce n'est pas "rien", ça ! C'est Ombrage, c'est ça ? Devina-t-elle en reprenant de force la main de Jude pour lire la cicatrice. Par Merlin, pourquoi tu ne nous en as pas parlé ?! Il faut montrer ça au Professeur Chourave, c'est inadmissible.

- Je ne montrerais rien du tout, Hannah.

Jude avait déclaré ces mots d'un ton qui n'admettait pas qu'on la contredise et son visage s'était fait sévère, pourtant Hannah ne put s'empêcher de protester face à l'opiniâtreté de son amie.

- Mais ...

- Non, s'écria cette fois brusquement la brune.

Mrs Pince, la bibliothécaire, lui lança un regard offusqué et lui fit signe de se taire.

- Pourquoi ? Murmura Hannah, clairement agacée. Elle n'a pas le droit de faire ça !

Jude était touchée par l'inquiétude sincère dans le regard de son amie, mais cela ne la ferait pas changer de décision pour autant.

- Je refuse d'aller me plaindre, Hannah, lui expliqua calmement la jeune fille. Je refuse de la laisser croire que cela m'affecte. Je suis plus forte que ça.

L'autre Poufsouffle secoua la tête, affligée.

- Tu ne comprends donc pas ? Jude, ça n'a rien à voir avec de la force ou non ! C'est simplement que ça va trop loin. Des cours théoriques stupides et maintenant des punitions corporelles ? Je suis presque sûre que c'est de la magie noire, en plus ! Et puis, penses-y, même si toi tu l'as supporté, qui sait si d'autres en auront la force !? Il faut faire quelque chose pour arrêter ça.

Jude soupira. Elle ne pouvait pas contester ces paroles pleines de bon sens. Son orgueil digne d'un Gryffondor lui faisait oublier l'altruisme de sa propre maison. Quand la colère avait-elle ainsi pris le pas sur sa bonté ?

- Tu as une idée, peut-être ? Demanda-t-elle, préférant ne pas s'attarder sur sa dernière pensée.

- Moi, j'en ai une !

Ernie venait d'apparaître derrière une des étagères de la bibliothèque. A son regard, les deux jeunes filles comprirent qu'il avait entendu une grande partie de leur conversation pour le moins animée. Le jeune garçon s'installa vivement à leur table et se pencha, les invitant à en faire de même, pour leur expliquer à voix basse :

- J'ai parlé avec Granger, elle est du même avis que nous ! On ne peut pas rester comme ça, sans réagir !

- Et ? Interrogea Hannah.

Ernie lança un regard autour d'eux. La bibliothèque n'était pas particulièrement peuplée, mais un certain nombres d'élèves étaient tout de même présents. Suspicieux et compte tenu du climat tendu que faisait déjà régner le Professeur Ombrage, Ernie préféra prendre la plume qui avait causé la découverte de la cicatrice et arracha un morceau de parchemin sur lequel il griffonna une phrase avant de le tendre à ses deux amies.

"Rendez-vous à la Tête de Sanglier, durant la sortie à Pré-au-lard"


La jeune rouquine lança un regard hésitant vers Jude et Ernie, tout en continuant de se balancer nerveusement d'une jambe à l'autre. Ils étaient tous les trois postés devant la porte décrépie d'une vieille auberge, l'enseigne en bois au dessus de leur tête grinçant de façon lugubre à chaque rafale de vent.

- Très ... euh ... sympathique, ce logo ! Grimaça Ernie en levant les yeux vers ladite enseigne sur laquelle était représentée la tête tranchée d'un sanglier.

Jude devina, en regardant rapidement ses amis, que ce serait à elle de prendre la décision. Alors elle inspira une grande bouffée d'air pour se donner courage et poussa la lourde porte du pub. Ce fut l'odeur de chèvres qui la frappa en premier lieu. Elle ne put retenir une grimace de dégoût, qui s'agrandit davantage lorsque son regard s'attarda sur la salle, aussi miteuse que crasseuse. Ceux qui venaient boire ici ne devaient vraiment pas être regardant sur l'hygiène. Pour sa part, elle n'avait déjà qu'une hâte : rentrer au dortoir et prendre la plus longue douche de sa vie, car elle se sentait poisseuse rien que d'être entrée dans l'auberge.

- Regardez, ils sont là ! S'exclama Hannah en souriant, soudain rassurée de voir des visages connus.

La jeune Poufsouffle observa son amie s'avancer vers un groupe, en réalité bien plus conséquent que ce qu'elle avait pu imaginer. Bien entendu, Potter, Granger et Weasley étaient déjà là. Ainsi qu'un garçon plutôt maladroit, du nom de Londubat, qui discutait avec un de ses camarades, Dean Thomas. Et cette fille, quel était son nom, déjà ? Brown ? Bah, peu importe, ce n'était pas le genre de fille que Jude aimait côtoyer. Les jumelles Patil étaient présentes, elles-aussi. Et en parlant de Serdaigle ... Jude eut une nouvelle grimace en remarquant Cho Chang.

La rancune était tenace. Elles avaient fait des efforts, toutes les deux, pour se supporter mutuellement, l'année dernière. Pour Cédric, parce que cela lui tenait sincèrement à cœur que les deux jeunes femmes s'entendent bien. Mais il n'y avait, pour ainsi dire, aucun atomes crochus, aucun point commun entre ces deux-là, leurs affections pour le Poufsouffle mise à part. Elles ne s'étaient d'ailleurs plus adressées la parole après la mort tragique du jeune Diggory.

La belle chinoise dut se sentir observée car elle leva la tête et remarqua à son tour la jeune fille. Elle lui adressa un signe de tête, en guise de salutation, auquel Jude répondit, avant de retourner à la conversation qu'elle avait avec sa meilleure amie. Proche d'elles, Hannah s'asseyait à côté de Loufoca Lovegood, cette petite et étrange Serdaigle. En face, Bell, Spinnet et Johnson discutaient tranquillement en attendant le début de la réunion. Enfin, les deux frères Crivey fixaient Potter, impatients et prêts à boire ses paroles.

- Et bien, il y en a du monde !

Et ce n'était pas encore fini, constata la jeune Poufsouffle, quelques secondes plus tard. En effet, un groupe de Serdaigle venait d'entrer, accompagné d'ailleurs pour la jeune Weasley, qui sortait -lui avait dit Hannah- avec l'un d'eux. Jude était bien incapable de se souvenir duquel, pour être honnête. Goldstein ? Boot ? La Gryffondor aurait certainement changé de petit-ami avant que la Poufsouffle ne s'en souvienne. Enfin, pour conclure cette assemblée vinrent les jumeaux Weasley et leur ami Lee Jordan.

- Heu ... Commença Granger, attirant ainsi l'attention de Jude et du reste des élèves. Eh bien, heu ... Bonjour.

La Poufsouffle ne put s'empêcher de sourire face à la gêne de la Miss-je-sais-tout. La pauvre ne s'était certainement pas attendu à voir autant de personnes venir.

- Alors, heu ... Bon. Vous savez pourquoi vous êtes ici. Heu ... Donc, Harry a eu l'idée ... Je veux dire, j'ai eu l'idée ... se reprit-elle, que ce serait peut-être bien pour les gens qui veulent étudier la Défense contre les Forces du Mal - et je veux dire étudier vraiment, pas se contenter des idioties que nous fait faire Ombrage, parce qu'on ne peut pas appeler ça des cours de défense contre les forces du Mal ...

La voix de Granger avait soudain pris de l'assurance à mesure qu'elle parlait de cette abomination qu'on osait appeler un cours. C'était une bonne oratrice, pensa intérieurement la jeune Poufsouffle, alors que sa camarade continuait d'expliquer rapidement ce que ça leur apporterait pour les BUSES. Néanmoins cet argument n'avait pas de valeur aux yeux de Jude, qui se moquait bien des BUSES. Non, ce n'était pas pour cela qu'elle était là ... Mais les autres n'oseraient certainement pas parler de ce qui l'amenait ici.

- Je veux suivre un véritable entraînement défensif parce que ... parce que ... parce que Lord Voldemort est de retour, affirma-t-elle alors, la détrompant.

Les réactions furent diverses, mais l'idée était sensiblement identique. Ils étaient tous effrayés à l'entente de ce nom, une peur donnée par leurs parents depuis leurs enfances. Hannah jeta un bref regard à sa meilleure amie. Celle-ci n'avait pas tremblé, n'avait rien dit. On aurait pu croire qu'elle n'avait rien entendu, mais sa mâchoire crispée et ses poings serrés témoignaient le contraire. Mais ce n'était pas de la peur.

Non. Jude n'avait pas grandi avec cette terreur de Voldemort. Du plus loin que remontent ses souvenirs, sa mère n'avait jamais eu un soupçon de crainte dans la voix, lorsqu'elle évoquait ce monstre, mais de la haine pure et simple. Sa mère, pourtant si douce et maladroite, ne l'impressionnait jamais autant que lorsqu'elle parlait de la guerre. Ses yeux chaleureux n'avaient alors plus rien de bons en eux et si une voix pouvait tuer, la sienne le ferait sans la moindre hésitation. La mère de Jude haïssait Voldemort plus que n'importe qui et elle regrettait certainement de ne pas l'avoir tué elle-même, à l'époque.

Avant de perdre Cédric, Jude ne comprenait pas la profondeur de cette colère. Maintenant, elle savait. Et elle mourrait d'envie d'en découdre.

- Enfin ... C'est notre projet, en tout cas, reprit Granger. Si vous décidez de vous joindre à nous, il faudra voir comment nous ferons pour ...

- Où est la preuve que Tu-Sais-Qui est de retour ?

Le regard de Jude s'attarda sur l'insolent, ahuri. Zacharias Smith. Elle se sentit soudain terriblement trahie au fond d'elle-même. Comment un membre de sa propre maison pouvait sortir une bêtise pareille ?

- Eh bien, Dumbledore le croit.

- Tu veux plutôt dire que Dumbledore le croit, lui, continua Zach en désignant Potter. J'estime que nous avons le droit de savoir exactement ce qui lui fait dire que Tu-Sais-Qui est de retour.

Ce fut la parole de trop pour la jeune femme. Jude se tourna brusquement vers lui, saisissant sa robe de sorcier tout en le foudroyant du regard. Elle tenta de contrôler sa voix, sifflant sa colère, pas assez bas néanmoins pour cacher ses mots au reste de ses camarades :

- Comment oses-tu ?! Toi, qui es de notre maison ! Toi, qui le côtoyait depuis des années ! Qui était dans la même équipe que lui ! Je t'interdis, tu entends ?! Je t'interdis de salir sa mémoire en sortant des conneries pareilles !

- Jude, murmura Ernie à son oreille en l'attrapant par le bras pour qu'elle lâche le col d'un Smith livide. Allez, lâches-le.

- Écoutez, reprit Granger en essayant d'apaiser les esprits, ce n'est vraiment pas l'objet de cette réunion ...

- Laisse, Hermione, coupa Potter avec un regard agacé. Ce qui me fait dire que Vous-Savez-Qui est de retour ? C'est que je l'ai vu. Mais Dumbledore a déjà raconté l'année dernière à toute l'école ce qui s'était passé et si vous ne l'avez pas cru, lui, alors vous ne me croirez pas, moi, et je n'ai pas du tout l'intention de perdre l'après-midi à essayer de convaincre qui que ce soit.

- Tout ce que Dumbledore nous a dit l'année dernière, répliqua Zacharias avec dédain mais en s'éloignant légèrement de Jude et d'Ernie, c'est que Cédric Diggory a été tué par Tu-Sais-Qui et que tu as ramené son corps à Poudlard. Il ne nous a donné aucun détail, il ne nous a pas expliqué comment Diggory avait été tué et je pense que nous aimerions tous savoir ...

La dernière remarque était sciemment adressée à Jude, elle le savait. Et si elle en doutait, il lui aurait suffit de lever les yeux pour croiser ceux de Smith posés sur elle. Ce n'était un secret pour aucun Poufsouffle que Clemens et Diggory, malgré leur différence d'âge avaient toujours été proches. Jude aurait vraiment voulu lui dire que ça ne regardait qu'elle et qu'il n'avait pas à poser cette question. Au lieu de ça, elle se mordit les lèvres, honteuse. Oui, elle avait honte. Honte d'admettre qu'elle avait besoin de savoir.

- Si tu es venu pour entendre raconter ce qui se passe exactement quand Voldemort assassine quelqu'un, je ne peux rien pour toi ! Commença à s'énerver Potter. Je ne veux pas parler de Cédric Diggory, d'accord ? Alors ceux qui sont venus pour ça peuvent repartir tout de suite !

Il y eut des regards coupables, oui, mais personne ne se leva pour quitter la pièce. Potter se trompait sur un point. Bien sûr, ils voulaient tous savoir. C'était une curiosité morbide, mais naturelle. Cédric avait été l'un d'entre eux. Pour faire leur deuil, ils avaient besoin de comprendre. Mais ce n'était pas la raison de leur présence ici. Pas seulement.

- Donc, comme je le disais, reprit Granger. Si nous voulons apprendre à nous défendre, nous devons nous organiser, décider de la fréquence des cours, l'endroit où ...

- C'est vrai que tu arrives à faire apparaître un patronus ? Coupa une des camarades de chambre de Jude et d'Hannah, en s'adressant au Survivant.

- Oui, répondit Potter.

- Un patronus corporel ? Insista de nouveau Susan.

- Tu ne connaîtrais pas Mrs Bones, par hasard ? Questionna le jeune garçon en fronçant les sourcils.

La conversation dériva alors sur le patronus de Potter. Elle devait bien l'admettre, Jude était impressionnée par cette faculté. Elle aurait sincèrement voulu savoir jeter ce sortilège, réputé pour éloigner les ténèbres. Mais elle savait que rares étaient les personnes capables de maîtriser ce charme complexe. Elle remarqua soudain, que petit à petit, les élèves commencèrent à narrer les exploits du jeune Potter, lequel prenait une teinte de plus en plus rouge de minutes en minutes.

- Ecoutez, je ... Je ne veux pas jouer les faux modestes, mais j'ai toujours bénéficié de beaucoup d'aide au moment où je faisais tout ça ...

Quelques élèves se mirent à le contredire avec véhémence.

- Tu essayes de te dénier pour ne pas nous montrer ce que tu sais faire ? Lâcha Smith.

Jude commençait à être vraiment très agacée par son condisciple et elle dut utiliser toute sa maîtrise d'elle-même pour ne pas lui sauter à nouveau à la gorge. Heureusement, quelqu'un se décida à remettre cet idiot à sa place.

- Tiens, j'ai une idée pour toi, lança Ronald Weasley d'une voix forte. Et si tu la fermais ?

- Bien la première fois que j'approuve une parole de Weasley, murmura Ernie à l'oreille de Jude, ce qui lui arracha un sourire amusé.

- Enfin, quoi, se défendit Zacharias face aux regards hostiles, on vient tous ici pour qu'il nous apprenne des choses et là-dessus, il nous raconte qu'il ne sait rien faire du tout !

- Ce n'est pas ce qu'il a dit ! S'exclamèrent à l'unisson deux voix.

Jude lança un regard étonné à la personne qui s'était indignée en même temps qu'elle. Fred Weasley. Il lui adressa un léger sourire, comme pour approuver sa réaction, mais elle détourna les yeux. Hannah n'avait rien manqué de la scène et eut un sourire triste. Elle ne se souvenait que trop bien des moments, par Merlin, tellement fréquents, où Cédric et Jude parlaient en même temps, disaient la même chose ou complétaient les phrases de l'autre, comme si leurs êtres, leurs cerveaux même fonctionnaient en symbiose.

Chang avait vraiment eu des raisons de jalouser sa meilleure amie. Jamais elle n'aurait eu un dixième de la complicité qui existait entre les deux Poufsouffles. Cédric et Jude avaient grandis ensembles, s'étaient construits l'un avec l'autre. Quelle tristesse que Diggory ne se soit jamais rendu compte des sentiments de Judy ...

- A mon avis, il faut au moins une séance par semaine, sinon, ça ne vaut pas le coup ...

Un à un, ils se mirent à protester par rapport à leur calendrier d'entraînement de Quidditch, ce qui exaspéra profondément la jeune fille.

- C'est sûr que c'est telleeeement plus important de gagner la coupe que de savoir se défendre, ironisa Jude en s'adressant à Ernie. Je suis sûre que Tu-Sais-Qui sera très impressionné lorsqu'on lui dira, au moment où il voudra les tuer, qu'ils ont gagné la coupe de Quidditch ! Ça se trouve, c'est un grand amateur de sport ...

- Bien dit ! Aboya ce dernier à un commentaire de Granger et à celui de son amie -quoique son humour noir laissait à désirer-. Personnellement, je pense que c'est très important, peut-être même plus important que tout ce que nous aurons à faire d'autre cette année, même avec les BUSES qui nous attendent !

Il lança un bref regard à Jude et Hannah et rassuré par la lueur de fierté dans leur yeux, il continua :

- En ce qui me concerne, je ne comprends pas pourquoi le ministère nous a imposé un professeur aussi incompétent dans une période aussi critique. De toute évidence, ils nient le retour de Vous-Savez-Qui, mais de là à nous donner un enseignant qui nous empêche systématiquement d'utiliser des sortilèges de défense ...

Hannah dut faire un effort colossal pour s'empêcher de rire aux éclats. Sacré Ernie ! Il répétait pratiquement mots pour mots ce qu'elles avaient eu tant de mal à lui faire comprendre. Mais c'était comme ça qu'elles l'aimaient, leur cher ami.

- Nous pensons que la raison pour laquelle Ombrage ne veut pas nous former à la DCFM, c'est qu'elle a ... une sorte d'idée folle selon laquelle Dumbledore pourrait se servir des élèves de l'école pour constituer une sorte d'armée privée. Elle pense qu'il cherche à nous mobiliser contre le ministère.

- S'il n'y avait qu'elle, à le penser, soupira Jude en s'adressant directement à Hermione. Je crois que le Ministre lui-même en est intimement convaincu.

Susan Bones, dont la tante travaillait au Ministère, approuva d'un signe de tête. Elle en avait également entendu parler, sans oser y croire. Ils discutèrent ensuite d'éventuels lieux de rencontres, malheureusement sans résultats concluants.

- Bon, alors, on essayera de trouver autre chose. Nous enverrons un message à tout le monde lorsque nous aurons fixé une date et un lieu pour le premier rendez-vous.

Jude vit la Gryffondor se pencher vers son sac pour en tirer une plume et un parchemin vierge.

- Je crois que nous devrions tous écrire notre nom simplement pour savoir qui était présent à cette première rencontre. Mais je pense également que nous devrons tous promettre de ne pas crier sur les toits ce que nous avons l'intention de faire. Donc, si vous signez, vous vous engagez à ne rien révéler de ce que nous préparons, ni à Ombrage, ni à quiconque d'autre.

Jude remarqua avec étonnement que certains affichaient clairement leurs réticences à signer ce morceau de parchemin. Elle soupira de dédain et joua des coudes pour s'approcher de Granger, qui lui adressa un sourire en lui tendant la plume. Elle écrivit rapidement son nom, puis se redressa, lançant un regard plein de défi à Zacharias.

- Heu ... En fait, il suffira qu'Ernie me dise à quel moment aura lieu la prochain réunion.

- Je ... Enfin, bon, nous sommes préfets, s'exclama celui-ci. Et si jamais cette liste était découverte ... Je veux dire ... Tu nous as avertis toi-même, si Ombrage s'aperçoit ...

Il rencontra le regard à la fois furieux et déçu de ses deux meilleures amies. Après les belles paroles qu'il avait dîtes tout à l'heure, cet idiot était en train de tout gâcher, pesta intérieurement Hannah.

- Tu viens d'affirmer que ce groupe était la chose la plus importante que tu aurais à faire cette année, lui rappela avec justesse Potter.

Jude s'approcha de son ami et lui saisit la main, se plongeant dans les yeux du jeune Poufsouffle.

- Ernie, murmura-t-elle. C'était ton idée de venir ici ... Je croyais que tu voulais te battre ?!

Le garçon, gêné, baissa les yeux vers leurs mains liées. Il grimaça à la vue de la cicatrice encore fraîche sur la petite main de son amie.

- Je ...

Il sembla reprendre courage, redressa imperceptiblement les épaules et releva la tête, d'un air résolu.

- Oui, bien sûr, je vais signer ! Affirma-t-il avec vigueur en resserrant sa poigne sur la main de Jude.

Il ne la laisserait pas tomber. Jamais. Et alors, l'engrenage s'enclencha. Chacune des personnes présentes finit par inscrire son nom sur ce parchemin, avec plus ou moins de réticences. Ainsi se termina la réunion et chacun put partir pour profiter des derniers instants de cette sortie. Jude songea, en enroulant son écharpe autour de son cou, qu'elle n'avait jamais été aussi fière de ses amis.


Je les vois, ces ténèbres. Chaque jour, ils se font plus profonds.

Mais aujourd'hui ... Aujourd'hui, j'ai enfin senti un peu de chaleur, du courage et de l'espoir.

Nous ne changerons pas le monde. J'en suis bien consciente.

Mais tant qu'il y a des personnes prêtes à se battre, à se défendre, à ne pas baisser les bras ... J'ai dans le coeur le sentiment que ça peut s'arranger. Que tout n'est pas encore perdu.

Pour Cédric ... Pour mon père ... Pour tous ceux qui me sont chers ... Je veux - je vais !- les percer, ces ténèbres.

Et j'y arriverais.

Car nous résistons.