Incarndu91: Ahah, moi je l'aime ce pauvre Rufus, bizarre hein ? Et la rapière, t'inquiète, elle gère Gen !
Lunagarden: Ah ben ça, du courage, elle va en avoir besoin, la pauvre Gen x). En tout cas, merci :)
Chapitre 4 :
Il est curieux pour certains de ne pas aimer l'endroit où l'on vit. Moi, je trouve juste cela triste. Ici tout est noir. Dans ce laboratoire, il n'y a aucunes fenêtres. Je ne peux donc que me fier à mes souvenirs toujours clairs pour me remémorer les sombres rues de cette ville que je ne pourrais jamais aimer. Mais qu'ai je réellement aimé, finalement ?
Jour 10,
Rien. Toujours aucune trace d'une vie antérieur. Je ne me souvenais toujours de rien. La nuit, mes rêves étaient creux. Je voulais me souvenir de quelque chose, de n'importe quoi. Mais ma tête restait désespérément vide. La nuit, je m'éveillais en sursaut, le front brûlant de sueur. Le dos glacé, je tremblais, blottit dans mes propres bras. J'avais peur. De quoi ? Question stupide. Je ne savais même pas. Peut être juste de n'être rien. Je me revoyais, nageant dans cette substance verdâtre. Mais cette fois pour toujours. Mes rêves étaient emplis de cette souffrance qui vous dévore, sans que vous ne sachiez pourquoi. J'étais comme une coquille vide que la terreur remplissait peu à peu. Rien pour souffrir, mais mal quand même. Mais je les voyais, tous ces gens qui m'entouraient depuis ma « naissance ». Eux me regardaient juste. Comme si je n'existais pas. Je hurlais ma peur aux heures les plus avancées de la nuit. Nos chambres n'étant pas éloignées, je provoquais le réveil de mes compagnons. La plupart du temps, Angeal ne bougeait pas, se contentant juste de grogner, juste pour savoir ce que j'avais. Mais je ne parlais. Les mains crispés autour de mon crâne, je ne pouvais rien dire. Les mots restaient bloqués dans ma gorge. Et ma rencontre avec notre chef n'avais rien arrangée. Je le voyais, dans mes cauchemars. Cet homme me terrifiait. La seule personne qui venait jusque dans ma chambre pour me trouver en larmes était Sephiroth. Il savait pourquoi je hurlait. La première nuit, j'avais comprit le fait qu'il se déplace précipitamment pour voir ce que j'avais. Mais même maintenant, alors qu'il savait que c'était juste mes rêves qui me hantait, il revenait quand même. Une marque d'affection que je ne pouvais qu'apprécier. Quand il arrivait, il ne parlait même pas. Il avait compris que de toute façon, je ne lui répondrais pas. Alors il se contentait juste de s'asseoir à côté de moi. Par moment, ses bras autour de mes épaules me rassuraient. Un soir, il s'était même endormi la, avant moi. Son souffle régulier avait réussi à me bercer. La chaleur de son corps semblait m'apaiser quelque peu.
Une fois de plus, le matin du dixième jour, je me suis réveillée fatiguée par ma nuit écourtée. Je n'aimais vraiment pas cette interruption dans mon sommeil que mon esprit m'imposait. Pourtant, il valait mieux que je soit en forme. Aujourd'hui, nous partions pour cette fameuse mission. Mes deux compagnons avaient rapidement échangé dessus, mais sans vraiment d'intérêt. Notre chef nous avait fixé un délais de cinq jours avant le départ, pour je cite « laisser encore un peu de temps à la Turk de revenir ». Je ne savais ni ce qu'était un Turk, ni pourquoi on n'attendait d'avantage. On ne faisait que suivre les ordres. Il m'était d'ailleurs assez pénible de me faire dicter ma vie. Je n'avais déjà pas l'impression d'en avoir eu avant, alors l'idée qu'on me la vole maintenant ne m'étais pas agréable.
J'étais plantée assise devant la table de la pièce commune de notre étage, jouant à faire tourner ma petite cuillère dans mon café. Il était tôt. Je le voyais simplement aux étoiles encore présente derrière le soleil levant. La journée promettait d'être forte en émotion. Je n'avais pas encore mis les pieds dehors depuis mon réveil. Je ne savais ni ce qu'était le vent, ni ce qu'était la pluie, la chaleur, la neige, le froid. Toutes ces sensations inconnues. Et surtout, à quoi ressemblait la lumière du jour. Et cette ville, Midgard. Serais-je en mesure d'affronter mon environnement ? Tout ce que mon regard affrontait pour l'instant était le bois de la table.
- Alors ? Prête ?
Sephiroth venait de me rejoindre, une tasse dans les mains. Comme à son habitude, il souriait. Ni trop, ni pas assez. Juste légèrement. Un signe de douceur.
- Il faut bien, marmonnais-je, levant vers lui des yeux tristes.
Je ne savais pas vraiment pourquoi je n'arrivais pas à lui sourire en retour. Et surtout, pourquoi je ne pouvais pas le regarder plus de quelques secondes sans que mes joues ne s'enflamment. Chose dont j'ignorais totalement la signification. Cela ne ma gênait donc pas, mais me troublait plus qu'autre chose. Il avait un effet sur moi assez abstrait. Peut-être son étonnante beauté froide.
- Bon, tant mieux alors, me sourit-il.
- On va voir si vos quelques entraînements ont été fructueux, s'exclama Angeal en arrivant lui aussi.
Sephiroth avait en effet passé beaucoup de temps avec moi, non pas pour me faire parler, mais pour que je me réhabitue à manier ma rapière. Apparemment, le combat était un de mes points forts. A chaque fois qu'il tentait une approche, je manquais de le tuer, ne faisant pas vraiment la différence avec les véritables duels. La seule idée que je m'étais mise en tête était de tuer ce qui voulait me tuer. Et cette morale avait faillit avoir raison de mon compagnon. Lui en avait plutôt rit. Je n'avais pourtant pas souvenir d'avoir été drôle.
- On va y aller, murmura Sephiroth en s'approchant de la porte.
Je hochais la tête et me levais sans rien dire. Suivant les deux hommes, nous prîmes de nouveau ce grand ascenseur de verre. Je l'aimais bien. Il me donnai l'impression étrange de voler. Une fois en bas, mes compagnons me firent signe de les suivre. Tout doucement, je fis irruption dans une sorte de hangar. Il était remplie de véhicules en tout genre, que je ne parvins pas à identifier pour la plupart. Les murs étaient toujours aussi sombres, accompagnés de béton au sol. Plusieurs hommes arpentaient cette large pièce, semblant s'occuper des moyens de transport. Mais les deux hommes ne semblèrent pas vouloir se diriger vers l'un d'eux, et continuèrent leur route. J'en conclut rapidement que nous allions marcher. Je n'avais aucune idée de mon autonomie personnelle. J'espérais seulement que mes jambes me porteraient assez longtemps. Ne faisant plus du tout attention à ce qui m'entourait, je gardais la tête baissée. Ce n'est que lorsque je sentis une violente gifle contre mon visage que je me décidais à relever le regard. Il fut automatiquement balayé par mes cheveux. Surprise, j'entrepris de calmer mes mèches furibondes. Cela devait être le vent. Il était froid. Agressif. Un peu comme mon réveil. Oppressant. Puis il y eut cette lumière. Elle n'était pas vraiment agréable, mais n'y étant pas habituée, je la trouvais relativement aveuglante. Les yeux plissé, je ne voyais strictement rien. Je me laissais guider à l'aveugle, une main en visière au dessus des yeux. Des bruits inconnus me parvinrent. Des cris, des voix, des pas. Quelques perles froides s'écrasèrent sur mes joues. Mécaniquement, je sursautai. De la pluie. Ne rien savoir m'énerva. J'avais peur de tout, même de la plus petite chose. La pluie sur mon visage ou le vent, je me laissais surprendre par tout. Mes yeux qui commençaient à se faire à la lumière du jour me révélèrent de bien sombres images. En voyant le ciel chargé de nuages gris et lourds, gratté par la pointe des immeubles métalliques, je sus déjà que je n'aimais pas cette ville. Au sol, un goudron encrassé par la bout, des pavés à moitié arrachés, des flaques d'eau brunes. Des rues sans couleurs, uniquement animées par les voix de quelques passants, et les bruits d'enfants jouant avec ce qu'ils trouvaient, leurs vêtements déchirés traînants au sol. Allongées par terre, plusieurs personnes dormaient dans le coin d'une rue, entassées, les pieds dans la boue. Tous vêtus de noir, aucuns des passants ne souriaient. Ces attitudes spectrales me firent reculer de quelques pas. J'avais peur, et pour la première fois, j'avais l'impression d'en avoir vraiment le droit. Je n'aimais pas cette ville.
A petits pas, la tête rentrée dans les épaules et baissée le plus possible, je suivais mes compagnons sans perdre de temps. Je voulais quitter au plus vite cet endroit. Nous passâmes par plusieurs petites rues, toujours les mêmes. Des bars se trouvaient à certains endroits, assiégés de quelques hommes s'agglutinant autour d'une même serveuse. Le ciel toujours aussi noirâtre continuait de lâcher cette pluie glacée contre mon visage. Je ne pensais pas trouver autant de chagrin en un même lieu.
Au loin, des ruines s'étendaient. Des ruines qui semblaient habitées. Bruns, gris, les gravats étaient aménagés en habitations improvisées, en maigre commerce. Lorsque nous y entrâmes, nous fûmes accueillis par des regards méfiants. Personne ne semblait vouloir de notre présence par ici. Tout n'était que chagrin et désordre. Rien ne semblait aller par ici.
- Bienvenue dans les taudis, me marmonna Sephiroth en m'indiquant la direction à prendre.
Les taudis. Un lieu et un nom que je ne pourrais jamais oublier. Autant pour le mal que j'y ai fait, que pour le mal qu'ils m'ont fait. Découvrir cela m'a plus affectée que ça n'aurait dû.
Amusée par le bruit scintillant de ma rapière, je jouais à faire glisser mes doigts dessus. Je préférais ne pas penser à ce que j'avais fait avec. De nouveau assise à notre table, dans notre pièce, je n'osais plus repenser aux événements de cette mission. Je ne pensais pas que tuer serait notre but. Le problème à régler avait juste été un nombre anormal de monstres s'étant introduits dans les taudis de Midgard. Et notre ordre avait été de « régler » le problème. Par régler, il fallait comprendre massacrer. Je m'étais retrouvé à prendre des vies, et à ne même pas m'en vouloir sur le moment. A le faire simplement. Juste parce que l'on m'avait dit de le faire. Et c'est précisément pour cela que je ne voulais plus y penser. Tout cela était absurde. Les habitants nous avaient rapidement remercié. Mais ce n'était pas à mes yeux quelque chose à fêter. Tuer n'est pas joyeux, c'est une chose que j'ai retenu de cette mission. On ne dit pas merci pour ça. C'était triste, triste et seulement triste. Ces remerciements m'avaient laissé un goût amer dans la bouche. Moi qui cherchais tant ma vie, j'avais contribué à la destruction de celles des autres. Il s'agissait peut être de monstres, ils respiraient, tout comme nous.
- Genesis ?
Je tournais la tête, appelée par Angeal.
- Va porter le rapport à Rufus s'il te plaît, me demanda-t-il en posant plusieurs feuilles sur la table.
Je restai un instant à regarder ces feuilles s'écraser sur le bois. Sans vraiment relever à qui je devais les donner, je les pris avant de quitter la pièce. Ce n'est qu'une fois dehors que le nom de notre futur président résonna dans mon crâne. Mon corps se mit automatiquement à trembler. Je ne voulais pas le voir. Tout le monde mais pas lui. J'étais figée devant le grand ascenseur de verre. Je devais pourtant y aller. Je n'avais pas le choix. C'était la première chose qu'Angeal me demandait. Peut être m'avait-il intégrer définitivement à l'équipe. Je respirai un grand coup, et commença ma lente ascension vers l'étage que je redoutais. Il me fallut traverser un tas de couloirs pour parvenir jusqu'à ce bureau. Je fus guidée par plusieurs personnes, jusqu'à ce que je parvienne enfin devant la lourde porte. Là, sa secrétaire peu aimable m'accueillit.
- Il n'est pas là, lâcha-t-elle sèchement. Si c'est un rapport, donnez le moi, je lui remettrais.
Sans me faire prier, je lui glissai les papiers dans les mains pour partir le plus vite possible. Elle non plus, je ne l'aimais pas. Mais alors pas du tout. Ce n'était pas de la peur, mais juste de l'agacement. A regarder tout le monde de haut, elle m'énervait réellement. C'était une chose que j'avais appris sur moi. Je n'aimais pas que l'on se mette au dessus de moi. J'avais une certaine fierté.
Alors que je ruminais contre cette femme, je me rendis compte que je m'étais quelque peu égarée dans les couloirs du bâtiment. J'étais incapable de savoir où j'allais et où je me trouvais. J'avais beau regarder partout autour de moi, je ne reconnaissais pas grand chose. De toute façon, tout se ressemblait. A l'aller, j'avais été guidé. Au retour par contre, j'allais avoir plus de mal que prévu.
- Vous êtes perdue ?
Mon sang se glaça en reconnaissant ce timbre de voix. A la fois suave et fier. Je crus ne plus respirer pendant quelques secondes. Finalement, je me tournais vers l'homme qui venait de me parler, et, sans osé regarder mon futur président, je baissais la tête comme je savais si bien le faire.
- Je ne vais pas te manger, plaisanta-t-il. Je te demande juste si tu es perdue.
- Oui, avouais-je, presque inaudible.
- Je n'engage pas mes Soldats pour les retrouver égarés dans mes couloirs, soupira-t-il. Et je ne suis pas payer pour les raccompagner.
Je baissais encore plus la tête, bien que cela me paraissait impossible. Cet compagnie possédait plusieurs centaines d'employer, mais il avait fallut que je tombe sur le pire.
- Allé, suis moi, lâcha-t-il, sans agressivité.
Un instant, je crus avoir mal entendu. Pourquoi cette aide soudaine ? Je ne comprenais plus très bien ce qu'il se passait. Je ne savais pas non plus quoi faire. Alors qu'il commençait à s'éloigner, me faisant signe de le suivre, je décidais de lui emboîter le pas. Je n'allais jamais retrouver mon chemin, sinon. Je ne cessai pas de regarder le sol pour autant. La situation ne me plaisait pas du tout. Alors que nous parvenions enfin à mon étage, il se tourna vers, arborant un air désespéré.
- Et arrête de regarder le sol comme ça, soupira-t-il. Tu vas finir par l'abîmer.
Et il me planta là, devant notre porte. Son comportement avait été pour le moins étrange. Mais malgré cela, un poids énorme semblait s'être envolé de mon cœur. Comme si cette peur que j'éprouvais pour cette homme s'atténuait uniquement avec cela. C'est Sephiroth qui me trouva, toujours rêveuse, sur le pas de la porte.
- Où étais tu passée ?me demanda-t-il, sourcils froncés.
Réalisant que l'on me parlait, je repris mon attitude « normale ».
- J'apportais notre rapport à Rufus, lui répondis-je.
- Fais attention à toi, me dit-il, méfiant. Je ne voudrais pas qu'il te face quoi que ce soit. Je ne veux pas que tu deviennes son nouveau jouet.
Ne comprenant pas vraiment ce que le jeune homme voulait dire, je le regardai, interrogatrice, pour qu'il approfondisse son propos.
- On va dire que … Rufus aime bien taquiner les femmes, lâcha Sephiroth.
C'est vrai, j'étais une femme. Et pourquoi lui, Sephiroth, faisait tant attention à ce que je faisais ? Avait-il...peur ?
Oui, tu as dû avoir peur. Mais jamais tu n'as eu peur comme moi j'ai eu peur.
