Les regards, chez l'animal, avaient une fonction simple : s'assurer de ce qu'il y avait aux alentours. Il ne serait jamais venu à l'esprit d'une bête de dissimuler son regard, ou de regarder du coin de l'œil. Or, cette capacité, l'Homme la possédait. Et il l'utilisait sans cesse ! Numéro deux en avait été témoin de nombreuses fois. Les humains observaient beaucoup de choses sans en avoir l'air, avec des coups d'œil furtifs, des regards cachés...
C'était particulièrement vrai dans le cas de deux membres de l'équipe de Seirin.
«Enfin, se corrigea mentalement Numéro Deux, surtout un des deux, en fait.»
En effet, ce que peu de monde dans l'équipe avait remarqué, c'était les coups d'œil furtifs de plus en plus nombreux que jetait le capitaine de l'équipe à la coach. La concernée elle-même n'en voyait d'ailleurs que très peu, avait noté l'animal. En fait, de manière inattendue celui qui remarquait le plus le manège du bipède à lunette, c'était la grand mâle aux cheveux bruns.
Étrangement, sous ses airs débonnaires et à priori à l'ouest se cachait un homme aux grandes capacités d'observation et d'analyse. Le garçon avait donc vite additionné deux et deux et fait le lien. Cependant il n'en disait rien, par délicatesse ou par gêne, bien que le chiot eut remarqué depuis longtemps que la situation l'amusait au plus haut point.
Ainsi, en silence, Kiyoshi Teppei observait son ami soupirer en secret après la coach. C'était probablement inconscient d'ailleurs, mais pourtant, Numéro deux pouvait en témoigner, ce sentiment était bien là. Peut-être ne pouvait pas qualifier cela d'amour, il n'en savait rien, cette émotion humaine était bien trop abstraite pour lui, mais du moins, c'était de l'attirance, cela il en était certain.
Souvent, les sentiments que dégageait le garçon en présence de la féroce femelle était contradictoire : Il l'appréciait et la craignait en même temps ! Cocktail explosif parfois difficile à gérer. D'ailleurs, cela débouchait parfois sur des situations étranges, du moins pour le chiot, qui, lui, savait voir ce qui était invisible à ces pauvres humains aux sens si limités.
Cet après-midi-là, donc, le trio de Seirin (composé de Kiyoshi, Hyuga et Riko) s'était retrouvé au lycée pour mettre au point la stratégie du prochain match, y retrouvant avec surprise Kuroko et Kagami, qui avaient d'un commun accord choisi ce jour précis pour s'entraîner. Numéro deux était donc bien évidemment de la partie, au grand désespoir du grand mâle aux cheveux rouge. Au passage, la coach, tout professionnelle, exigea que les deux mâles lui montrent le résultat de leur entraînement personnel, et le développement de leur nouvelle technique respective. Puis, tant qu'à y être, elle décida que les deux garçons qui l'accompagnait n'avaient qu'à en faire autant, et elle ne démordit pas de cette idée.
Vaincus, les deux mâles s'exécutèrent. Le dénommé Teppei fut le premier. Il demanda à Hyuga, leur meilleur tireur, de marquer un but. Le garçon obéit et accomplit un lancer parfait, qui aurait certainement atterri à l'endroit prévu, si le plus grand mâle n'avait pas, après une formidable détente qui le propulsa en l'air, stoppé la balle en plein vol grâce à un audacieux mouvement du bras droit.
Satisfaite, la femelle acheva sa prise de note avant de demander au bipède à lunette de s'avancer à son tour. Afin de mieux voir, Numéro deux s'approcha du bord du terrain et, ce faisant, se retrouva proche du mâle aux cheveux rouge qui ne manqua pas de le remarquer. Alors que l'humain à lunette fléchissait ses genoux afin d'obtenir un meilleur appui et s'apprêtait à envoyer la balle dans les airs, le camarade de son maître poussa un cri horrifié qui, s'il ne fit pas fuir le chien, suffit néanmoins à briser la concentration du tireur.
Son lancer parti en vrille, et rebondit sur le panneau avant de retomber au sol sans s'être même approché de l'anneau.
Il y eut un instant de flottement, et, avant que le mâle n'eut le temps de reporter son échec sur le trouillard, il fut assailli par une femelle particulièrement énervée qui se mit à jurer et à tempêter sur son manque de concentration. Elle râlait en affirmant que bien des équipes compétentes avaient perdues pour moins que cela, qu'ils ne pouvait se permettre ce genre de faiblesse, qu'il devait être prêt à tout lors d'un match, le tout sans écouter ses explications. Elle jurait ses grands dieux qu'elle allait trouver un moyen efficace de régler ce problème de manière définitive, et à ces mots, son visage prit une expression très inquiétante qui fit reculer tout le monde d'un pas.
Cependant, encore une fois, de son point de vue canin, Numéro deux voyait la scène différemment.
Il percevait le malaise de son maître et de son partenaire, qui semblaient tous deux souhaiter être très loin à cet instant. Il sentait également l'amusement du mâle brun, et l'agacement de la femelle hystérique. Mais, là où il n'aurait du ressentir que de la crainte, voire de la colère chez le bipède à lunettes, il recevait de sa part bien plus que cela. Certes la frayeur causée par la femelle n'était pas absente, mais il ressentait également... Un profond respect. Le mâle semblait penser que la femelle maîtrisait bien son boulot, et cela le rendait admiratif. Face aux menaces incongrues qu'elle s'était soudain mise à débiter, il s'était mis à émettre de l'amusement et, bien dissimulé sous tout cela, on pouvait sentir... De l'attirance. De toute évidence, même en colère, le garçon trouvait sa coach belle, même si le chiot était persuadé que cette pensée n'était pas consciente : Elle était trop vague pour l'être. S'il l'avait clairement penser, les sensations qu'aurait reçues Numéro deux auraient été bien plus nettes. Néanmoins l'idée était bien là.
Le chien finit par conclure que, même s'il la craignait, le bipède éprouvait tout de même beaucoup de tendresse avec le petit bout de femme qui lui faisait face. Et cela, l'animal était prêt à le parier, le garçon ne l'admettrait jamais !
Encore une fois, Numéro deux avait la preuve que les humains étaient des créatures étranges, pétries de contradictions : Comment pouvait-on être à la fois si effrayé par une femelle et pourtant l'apprécier ? Pour lui, c'était inconcevable. Les hommes et les animaux étaient différents sous bien des aspects, il s'en rendait compte chaque jour davantage...
