Note de l'auteur :
Bonjour !
Comme promis voici le chapitre 3 de Dawn en temps et en heure, malgré les quantités de choses qui me reste à faire au travail j'ai décidé de prendre cinq minutes pour poster ce nouveau chapitre.
Comme son nom l'indique, c'est le moment de l'immersion pour mon héroïne. Je pense que certains d'entre vous vont trouver le démarrage de l'histoire un peu long... Dit-moi ce que vous en pensez !
Normalement j'ai répondu à tout le monde (MP et review) si il y a un oubli signalez-le-moi !
Bonne lecture !
Disclamer : l'univers Twilight appartient à Stéphanie Meyer, ainsi que la plupart des personnages.
Immersion
Les brumes du sommeil se dissipent au rythme des vibrations de mon téléphone. La musique entêtante m'agresse les oreilles tous les matins et pourtant je ne la change pas. Sans elle, je ne me lèverais jamais à l'heure. Je déteste me réveiller. J'ignore si c'est le fait de sentir le poids de ma vie qui rend cette heure si difficile où si je ne suis simplement pas du matin. Cela revient au même de toute façon.
Je grogne, m'accrochant comme une sangsue au sommeil. Mais le son augmente de plus en plus et bientôt il réveillera tous indiens à la ronde. Du bout des doigts je tente d'attraper l'instrument de torture, mais malheureusement il tombe de la table de nuit sans s'éteindre pour autant.
J'ouvre les yeux.
La lumière m'agresse malgré la teinte sombre du ciel. Je soupire de dépit. Je tends le bras vers le sol au hasard. Après quelques secondes de difficiles recherches mes doigts effleurent le plastique froid et réussissent à éteindre la chanson rock. Mais il est trop tard : je suis bien trop éveillée pour espérer me rendormir.
La chaleur des couvertures me garde encore un peu au creux du lit. Comme tous les matins je voudrais déjà que la journée soit finie. Je n'ai absolument pas envie d'affronter encore un jour plus pénible que le précédent. Pourtant, il va falloir s'extirper des draps et endosser mon rôle pour les prochaines heures.
De l'autre côté de la cloison; j'entends mes tuteurs s'agiter. La radio fonctionne dans leur cuisine, se mêlant aux bruits de cuisine. L'Homme chantonne dans la salle de bain. Et le chien aboi quelque part autour de la maison. Ces bruits sont si différents de ceux de Seattle. Pas de voiture roulant à pleine vitesse dans la rue, de camion poubelle ou de klaxon. Que des sons bien plus naturels et vivants.
Je dois me lever.
Mes muscles sont lourds et douloureux. Les séquelles de la crise certainement. Plus les travaux d'hier chez les vieux indiens. Je suis déjà exténuée. Il va falloir que je prenne plus d'antidouleurs...
Un coup d'œil à la fenêtre trempée de pluie m'indique que le temps sera le même qu'à Seattle, même si il fait encore plus froid ici. L'air marin certainement. Je cherche un peu avant de trouver mon bonheur dans mes vêtements. Quelque chose de chaud et de simple. J'écarte mes affaires d'hier, pleines de sueur et de boue. Il va falloir que je me renseigne sur leur habitude pour le linge.
Je finis par enfiler un slim bleu marine tout simple avec un pull ocre légèrement brillant. Un pendentif et des boucles d'oreilles et le tour est joué. Munie de chaussettes chaudes, je me dirige vers la salle de bains pour tenter de cacher un peu mes cernes.
La pièce d'eau est minuscule. Elle était complètement embrumée quand je suis sortie hier alors que je ne suis restée sous le jet d'eau que cinq minutes. Ici, le ballon d'eau chaude n'est pas grand, et nous devons nous le partager. La douche est coincée contre le mur et les toilettes, juste en face du lavabo. C'est à peine si on peu fermer et ouvrir la porte une fois dedans.
Dans le miroir mes cheveux ressemblent à un nid d'oiseau, mais je ne peux pas les attacher, sous peine de perdre mon seul rempart contre le regard des autres. Heureusement l'anticerne cache un peu mon air malade, même si mes yeux restent trop petits pour quelqu'un de parfaitement reposé.
Je pose ma trousse de toilette sur mon bureau, saisissant mon sac de cours à la place. Mon portable m'indique qu'il n'est que sept heure trente. J'ai une demi-heure pour déjeuner avant que Jacob ne vienne me chercher, mais il me faudrait des heures pour me préparer à cette journée. Nouveau lycée, nouveaux professeurs, et nouveaux regards curieux. Pas de quoi faire envie. Je déteste les premiers jours dans un environnement neuf : je suis toujours le centre d'attraction des personnes qui m'entourent.
La descente des escaliers est compliquée. Mes muscles ne fonctionnent pas bien et je suis si fatiguée que l'énergie pour les forcer à bouger me manque. Les courbatures sont difficiles à supporter, mais je continu. Agrippée à la rambarde j'espère ne pas me casser la figure. La journée ne pourrait pas commencer plus mal.
Mes tuteurs sont déjà installés à table, et mangent tout en discutant. Ils me sourient en me voyant émerger, pas vraiment réveillée. Je pose ma boite à cachets sur la table, tout en cherchant un verre dans un placard au dessus de l'évier. Je les ais repérés hier en rangeant la vaisselle. Je le remplit d'eau de bouteille, car l'eau du robinet n'est pas potable, et me laisse tomber lourdement face à la femme. C'est ma place à présent. Une serviette magenta m'y attend à chaque repas. Je laisse tomber le plus gros de mes médicaments au fond de mon verre et le regarde se dissoudre lentement.
Ils me fixent et me rappelle que je dois manger. Au moins un minimum. Je saisi un petit pain et le pose à côté de mon bol ébréché. Je dois prendre mon traitement à jeun, j'espère qu'ils comprendront sans que je leur explique. Je tripote les gélules bicolores de phénobarbital, avant d'avaler le plus rapidement la solution effervescente. Je prends tout de suite les quatre calmants et termine par les gélules. Et je respire enfin. Les médicaments ont vraiment un goût infect qui colle à la langue. C'est pour ça que je ne mange pas généralement le matin : mon traitement gâche le goût de l'ensemble des aliments. Et déjà que les gélules anticonvulsives me donnent la nausée, je n'ai pas vraiment besoin de plus pour me sentir malade toute la journée.
Mais je me force. Et mes tuteurs reprennent leur conversation normalement en me voyant manger. Grignoter serait plus juste. Le thé à un goût fort, et il me débarrasse un peu de la sensation étrange des restes des cachets. Par contre le petit pain n'a pas vraiment de goût. Dire qu'il m'avait paru si bon hier. Je ne peux pas me forcer plus. Je repose la moitié du pain à côté de mon bol presque vide.
La femme me l'enlève rapidement et se met à faire la vaisselle. Je n'ose pas la regarder. Je ne sais pas ce qu'on leur a dit sur ma maladie, l'effet des médicaments, ou même sur moi. Que pensent-ils de tout ça ? Je n'ai pas la force de les interroger. Et puis si je commence à aborder ces questions, rien ne les empêchera de poser les leurs. Ce que je veux éviter pour l'instant.
Je les regarde du coin de l'œil. Ils font la vaisselle ensemble, leurs deux corps collés l'un à l'autre. Mon tuteur couve sa femme du regard alors qu'elle lui répond avec un sourire doux. Je me sens mal à l'aise. Qu'es-ce que je viens faire au milieu de ce couple ? Ils sont beaux, paisibles, et tendres. Même d'ici je sens la caresse de leur bonheur me toucher la peau.
Je ferme les yeux pour me concentrer sur autre chose qu'eux. La radio est le seul repère neutre sur lequel je peux me reposer. Sauf qu'elle parle de Seattle, et du meurtre de plusieurs personnes commis avec une immense violence. Deuxième vague de crime en moins de deux ans. Es-ce que je connaissais l'un des lieux où on a retrouvés un cadavre ? Peut-être ais-je croisé une des victimes. Je suis si loin de tout ça maintenant. Enfermée hors du temps dans une réserve indienne. Je ne sais pas si je dois me réjouir. Je me souviens l'an passé que la terreur avait rapidement envahie la ville. Les autorités étaient compléments dépassées, et les journalistes ne les aidaient pas avec leur tendance au scandale et à l'horreur. Une fille de mon ancien lycée avait disparue au début de l'année, Bree Tanner. On n'a jamais retrouvé son corps. Et d'un coup tout c'est arrêté. Plus de violence, plus de meurtre. Mais c'est apparemment reparti. La police n'a rien dit, mais les badauds pensent déjà à une nouvelle attaque du vampire de Seattle. Les journaux ne sont vraiment pas inspirés...
- Je crois que ton chauffeur arrive… Et à l'heure !
Je sursaute et je regarde par la fenêtre. Comme mon tuteur me l'a indiqué, Jacob se dirige vers la maison d'un pas énergique. Une seconde plus tard il frappe à la porte. Ma tutrice va lui ouvrir pendant que je vais chercher mon sac et un blouson. Je vérifie que j'ai pris mon traitement, une bouteille d'eau, les papiers pour l'infirmière et le lycée, les seringues et le diazépam, ma trousse, un cahier et un agenda... J'enfile mon manteau le plus chaud, même si il est blanc et descend calmement. Ça va aller. Ne t'inquiète pas.
Jacob discute avec mes tuteurs et me salue en souriant avant de m'embarquer vers son « carrosse ». J'enfonce mon bonnet sur mes oreilles en sentant le vent froid m'ébouriffer les cheveux. Je ne veux même pas imaginer ce que ça sera en décembre. Heureusement il fait chaud dans la petite voiture rouge. J'ai presque envie de dormir tant il fait bon. La radio crachote de vielles musiques folk, que Jacob chantonne. Son téléphone sonne et je remercie son interlocuteur de m'éviter ainsi de lui faire la conversation.
Mes dents crissent en mâchant les vitamines censées me donner un peu d'énergie. Je les ai toujours prises sur le chemin pour aller à l'école. C'est une petite habitude qui me réconforte, même aujourd'hui alors que je vais découvrir un nouveau lycée.
Je vais finir ma scolarité à l'école de la réserve. Même si je ne suis qu'en première, je vais sur mes dix-huit ans. Un an d'hospitalisation m'a fait perdre un an d'école. Les informations disponibles sur Internet révèlent que l'école est presque neuve, à peine un ou deux ans. Elle a été construite face à la mer grâce à des subventions de l'Etat. L'unique bâtiment regroupe à lui seul l'ensemble des classes, de la crèche à la terminale, en passant par des ateliers pour les jeunes parents. Elle accueille les enfants de la réserve ou ceux qui revendiquent leur origine indienne. Ce qui fait environ trois cent enfants en tout. C'est loin des mille et quelques de mon lycée de Seattle. Ça va être plus que dépaysant. Surtout qu'ils doivent tous se connaître depuis le plus jeune âge. Et moi, je vais ressembler à une tâche blanche dans ce paysage coloré... Je me demande même si je ne suis pas la seule « visage-pâle » de la réserve. En tout cas je n'en ai pas croisé un seul depuis mon arrivée.
La Quileute Tribal School se démarque vraiment du paysage. Au milieu des maisons en bois ou en briques, sur un fond de mer déchaînée, elle ressemble à deux immenses gymnases réunis sous le même toit. C'est assez étrange d'avoir une construction aussi moderne ici. En même temps je ne crois pas que les Quileutes puissent faire les difficiles.
A cette heure le parking est presque vide. Les rares voitures sont garées sur un terrain en terre claire, sans vraiment respecter de place. Jacob se gare assez loin de l'entrée, mais proche de la seule sortie. Il continu à parler dans son téléphone tout en faisant signe de le suivre. Ce que je fais, un peu surprise qu'il ne ferme pas sa voiture à clef.
A peine sortie, l'embrun marin me claque au nez, ramenant avec lui une bruine salée et froide. La mer est à quelques mètres de moi. A Seattle, même si l'eau salée n'était jamais loin, elle n'était pas aussi sauvage et mouvementée qu'ici. La vue est magnifique, comme préservée de toute trace humaine. La pierre est grise et la mer d'un bleu tellement foncé qu'on la dirait noire. Il y a du vent et les oiseaux dansent avec lui... Je crois que je pourrais rester ici un moment sans voir le temps passer. C'est si loin de ce que j'ai pu connaître jusqu'ici. Et pourtant on peut dire que d'une certaine façon j'ai voyagé.
Jacob avance sans moi, plongé dans sa discussion. Je m'abrite entre mon écharpe et mon bonnet et je le suis au loin. Certains élèves discutent dehors, mais ils ne semblent pas me remarquer. Temps mieux. Je continu à avancer et passe les porte vitrées pour me retrouver dans un long couloir clair qui traverse le bâtiment de part en part. A gauche se trouve les classes des plus jeunes. Une femme d'un certain âge y fini le ménage. A droite, une porte donne sur le gymnase, et plus loin une pancarte indique l'accueil et le bureau du directeur.
Il fait bon ici. Je me débarrasse de mes épaisseurs tout en m'approchant du bureau. Ce n'est pas très grand, et vue le nombre de tables, je suppose que l'ensemble du personnel travaille dans cette pièce. Pas un coin de la salle n'est dégagé, et sur la multitude de meubles on retrouve des plantes, pas toujours en forme, des statuts en bois, des photos, des papiers dispersés... Bref, un lieu très encombré.
Mme Debbler, c'est ce qu'indique sa plaque en bois peinte, me sourie en me saluant. Pas besoin de se présenter à cette femme entre deux âges. Elle me tend mon emploi du temps, alors que je sors les papiers que mes tuteurs m'ont confiés. Je lui donne aussi un extrait des recommandations du médecin. Pleins de petits détails ennuyant. Le pire c'est que leur règlement m'impose de rencontrer l'infirmière aujourd'hui afin qu'on puisse parler de mon « problème ». Même avec son sourire la pilule passe mal. Comme si une inconnue avait besoin de me préciser pourquoi l'infirmière veut me rencontrer. Je ne suis pas prête d'oublier que la maladie me ronge. C'est stupide, et je me déteste pour être encore aussi touchée par ce genre de réaction.
La sonnerie retentie dans tout le bâtiment. Je dois monter au dernier étage, mais le couloir est encombré d'enfants de tout âge. Les aînés laissent les plus jeunes à la garderie ou dans les petites classes, les plus vieux montant les escaliers au bout du bâtiment. Le temps que j'arrive aux escaliers, ils sont déjà presque vides. Ce qui n'empêche pas les rares adolescents présents de me dévisager de la tête au pied. Très sympathique, ou comment se sentir comme une bête de foire. C'est pénible, surtout que je dois me concentrer pour monter chaque marche sans me casser la figure. Fichues douleurs !
C'est complètement essoufflée que j'arrive, enfin, au dernier étage. Je respire un peu avant de reprendre ma route. Il n'y a que deux salles ici. Une à droite, et une à gauche. La peinture jaune m'indique que ma classe se trouve sur ma gauche. Je me dirige comme une condamnée vers la porte ouverte. J'entends d'ici leurs discutions bruyantes. Une vingtaine d'élèves se saluent et prennent des nouvelles, tous installés autour de vieilles tables. Je n'ose pas entrer. Mes yeux se ferment alors que j'entends la seconde sonnerie.
Le professeur me salue en arrivant, ne semblant pas trouver étrange de trouver une nouvelle élève dans le couloir. Il me sourit, et ça ne m'étonne même plus comme réaction. Pourquoi sourient-ils tous autant ? Croient-ils que j'ai besoin de réconfort ? Parce que ce n'est pas leur sourire qui m'en apporte.
Il entre dans la classe ramenant le silence, et m'invite à entrer. Et si certains continuaient à parler malgré son intervention, mon apparition les force à se taire. Leurs regards directs et inquisiteurs me gênent et je baisse les yeux en espérant ne pas rougir. Je déteste être le centre de l'attention des gens. Parce qu'à chaque fois j'imagine ce qu'ils peuvent penser de moi, ou interprète leur réaction, et le bilan n'est jamais bon.
M. Smith, frotte ses cheveux gris en m'indiquant de m'installer au troisième rang, à la seule place de libre. Au moins il m'a évité de me présenter devant tout le monde. Malheureusement pour lui, et pour moi, son cours les intéresse beaucoup moins que ma personne. J'essaye de faire comme si de rien n'étais, mais c'est presque impossible. Je vais finir par croire qu'il y a autre chose que moi qui les intrigue dans ma direction. Je sors mes affaires et tente de me concentrer sur les explications du professeur de Mathématiques. Hélas, j'ai déjà vu cette partie du programme et je me désintéresse rapidement. Le niveau de la classe n'a pas l'air très élevé, vue les explications de l'enseignant. En même temps, les élèves ne sont pas non plus très volontaires.
Par exemple mon voisin de table, Quil, que j'ai rencontré hier chez les vieux indiens. Depuis que le cour a commencé, soit moins de vingt minutes, c'est la troisième fois qu'il se fait reprendre pour bavardage avec Jacob et un autre indien présent hier dont je n'ai pas retenu le nom. Enfin, il faut dire aussi qu'ils ont des prénoms assez étranges. Assez vieillot pour une citadine comme moi. Pas que j'ai de quoi me vanter. Mais chez eux c'est une généralité. Cependant une chose détonne dans cette classe. A part moi.
Quil, Jacob et leur ami. Immenses, forts, chauds alors qu'ils sont à peine couvert, et une étrange impression de protection qui se dégage sans savoir à quoi elle est due. Ils semblent appartenir à un monde parallèle au notre. Un peu comme moi et ma bulle de solitude. Sauf qu'eux sont ensembles. C'est vraiment étrange de voir des corps de vingt-cinq ans, assis à rigoler comme des gamins. Ils sont différents dans leurs traits et en même temps très semblables. Même coiffure atypique, même muscles, même impression de force. Quil les dépasse en masse, contre balançant sa taille qui, tout en restant honorable, est inférieur à celle de ses deux amis. Ils sont eux aussi isolés des autres. Leurs camarades les regardent avec envie, sans pour autant leur adresser la parole. Curieux comportement, mais qui as l'avantage de me protéger des autres élèves.
Le reste de la classe, bien que tous soit indiens, ressemble déjà plus aux jeunes que j'ai pu fréquenter. Les deux filles devant me dévisagent jugeant certainement ma tenue, alors que trois garçons à ma gauche jouent aux morpions. Quil fait tomber sa trousse tentant de me faire un peu de place sous les rires de ses camarades. Il se fait de nouveau réprimander par le professeur qui rappelle à l'ordre la classe. Chacun retourne à ses activités, et ne me jette des coups d'œil qu'une fois toutes les dix minutes, comme si j'allais disparaître. J'aimerais que ça soit possible.
La sonnerie de la pause retentit enfin. Ce cours n'était pas très attractif, mais je ne suis pas certaine que la suite soit beaucoup mieux. A mon grand désespoir la majorité des élèves reste dans la classe. Il fait trop mauvais pour sortir dehors. Pourtant j'aurais aimé me passer de leurs regards inquisiteurs. Je ferme les yeux en branchant mon baladeur. Je sens Quil se retourner pour faire face à ses voisins et s'agiter. Son bras frôle le mien régulièrement me maintenant éveillée.
Je les entends derrière la musique plaisanter à propos de la petite-amie de mon voisin de classe. Je ne comprends pas tout, mais à vrai dire je me moque un peu de leur histoire de couple. J'ai l'impression que c'est tellement loin de mes préoccupations que ce genre de discussion est inutile.
La matinée se poursuit par un cours de sciences de la nature. Mr Littlesea est plus enjoué que son prédécesseur. Le cycle de l'eau et ses mystères. En réalité il évoque plus l'impact que ce dernier peut avoir sur nous, et évoque rapidement la tempête qui a détruit une partie de la réserve. C'est quelqu'un de pédagogue, et j'aime la manière dont il parle de leur réserve pour donner des exemples. Apparemment, la réserve souffre d'un climat plus qu'humide et hostile. Ce n'est pas très rassurant, même si je ne suis pas au bord de l'eau, la maison de mes tuteurs n'est pas vraiment à l'abri non plus. J'espère ne jamais avoir à me lever les pieds dans l'eau. Le silence est complet lorsqu'il évoque cette partie de la vie Quileute, et notamment la destruction des caravanes de deux élèves de la classe emportées par la boue. La vie ici à l'air plus dure que je ne l'imaginais.
L'heure du déjeuner sonne me sortant de mes pensées. Les élèves se précipitent dehors, sans prendre le temps de ranger leurs affaires. J'hésite à faire de même, mais ma nature méfiante me pousse à tout ranger dans mon sac. On ne sait jamais.
Je descends les escaliers après le plus gros de la foule, et ce n'est qu'en arrivant en bas que je comprends le mouvement de précipitation. Une immense queue se déroule devant moi jusqu'à l'entrée du réfectoire. Les plus jeunes sortent deux par deux par une autre porte pour aller en récrée.
Je n'ai pas vraiment faim, et je ne vois pas l'intérêt de jouer des coudes. Je me pose dans un coin avec mon baladeur, attendant que le plus gros de la queue soit passé. En dix minutes je suis dans la salle, me laissant servir des légumes et du poisson. Le réfectoire est plein à craquer. Sur les longues tables et les bancs sont installés des indiens de tout âge parlant bruyamment tout en mangeant. Je cherche un endroit à l'écart, mais il semble que se soit trop demandé. Je repère une place au bout d'une table de collégiens. Ça fera l'affaire pour aujourd'hui. Je m'installe sous leurs regards étonnés.
Je sors mes médicaments, et attends qu'ils soient prêts pour lever les yeux de mon plateau. Et je ne peux que les remarquer. En face de moi, tout au fond de la salle une dizaine de garçons plus grands et plus murs physiquement que les autres mangent comme des monstres. Quil et ses deux amis sont assis au centre, et sont certainement les plus vieux. Etrangement ils me font penser à un gang, tous ayant les cheveux cours, la même force physique, les muscles longs et saillants et un appétit certain... L'image d'une meute de chien fou me vient à l'esprit, parce que c'est exactement ça. D'un coup plusieurs d'entre eux se tournèrent vers moi. Fort heureusement j'ai le temps de baisser la tête avant de croiser leurs regards.
Je m'étouffe à moitié avec les cachets sous les regards des indiens à ma table. J'avale ce que je peux de mon assiette sans grand succès. J'ai envie de vomir. Je me lève pour m'échapper d'ici, vidant mon plateau rapidement dans les poubelles. Seule une pomme est sauvée. Je croque dedans en sortant. Son acidité me fait du bien. Au moins quelque chose qui a du goût.
L'air marin me fait un bien fou. Il est frais et vivifiant. Presque brûlant. Si bien qu'il efface l'étrange sensation que j'ai sur la langue. Mon fruit fini je me rapproche des vagues. La mer et ses roulis réguliers me bercent. Je ne résiste pas à m'assoir sur un rocher et a me laisser aller.
J'aime tellement la mer que je me laisserais aspirer par elle. Une mouette chante au dessus de moi. Son vol est naturel et élégant, malgré la puissance du vent. C'est beau de la voir glisser dans le ciel, plus magnifique qu'un ballet. Je rêve de voler comme elle, de me laisser entraide par l'air, de pouvoir monter si haut que mes soucis me paraîtraient minuscules. Un sentiment de liberté...
Mais il faut retourner en cours. Et je me retrouve de nouveau assise sur cette vieille chaise à regarder le tableau se recouvrir de noms d'auteurs et de livres plus ou moins connus. Mrs Palmer nous demande de nous mettre par deux afin de réaliser des exposés pour le mois prochain. Je me retrouve avec Quil, à qui je laisse le choix du livre. Je vois bien qu'il ne sait pas quoi choisir, mais moi non plus. Il finit par mettre prendre Moby Dick de H. Melville. Un classique. Au moins on pourra facilement trouver des informations sur Internet. Enfin, s'ils ont Internet. Parce que ce n'est pas le cas chez mes tuteurs. Peut-être à la bibliothèque...
Quil se rassoit bruyamment à mes côtés et ne cesse de me regarder. La table bouge et je finis par me tourner vers lui. Il s'empresse de m'adresser la parole, comme si j'allais ne pas l'écouter.
- On fait comment pour l'exposé ?
- On peut commencer par faire des recherches chacun de notre côté. Et puis on mettra le tout en commun un aprèm. On a un moment de libre dans la semaine ?
- Le vendredi après seize heures. Ca me va.
- Bien.
Je retourne à mes notes. L'enseignante nous explique ce qu'elle attend de manière précise avant de partir sur un extrait de roman. Nous l'étudions sans vraiment nous y intéresser, mais la sonnerie me fait réaliser que l'après midi est passée plus vite que je ne pensais.
Seize heures trente. La fin des cours pour tous les enfants de la réserve. Jacob a disparu, alors que je me laisse entraîner par la masse, évitant d'écraser un gamin, ou de me faire bousculer par un groupe armé d'un ballon de basket.
Accueillie par le vent glacial je cherche mon chauffeur des yeux, mais je n'arrive pas à le distinguer. Je décide de me rapprocher de sa voiture en espérant la reconnaître. Je longe la côte tout en chantonnant. La mer est encore plus agitée que ce midi. Il n'y a plus un oiseau dans le ciel gris. L'eau se fracasse à mes pieds, m'éclaboussant régulièrement. Je lèche l'eau salée qui glisse sur mon visage. Ça un goût de vrai, un goût de nature. Une saveur de liberté.
Derrière moi il ne reste que quelques groupes papotant avant de rentrer chez eux. Le temps passe et je m'inquiète un peu, mais la voiture de Jacob est toujours garée là. J'espère qu'il ne m'a pas oubliée, parce que je suis incapable de retrouver le chemin.
Je m'installe contre la carrosserie en m'enfonçant dans l'épaisseur de mes vêtements. Je commence à avoir froid. Je me demande ce que je dois faire. Attendre Jacob qui ne se montre pas, rentrer à pied au risque de me perdre ? A l'inverse si je ne bouge pas, je vais me transformer en glaçon. Mais bon sang, où est cet indien !
- Mais où tu étais passée ? Je t'ai cherché dans tout le bahut ! J'étais près à fouiller la mer !
Jacob attend une réponse, mais je suis estomaquée. C'est lui qui a disparu et c'est à moi de me justifier. Je n'ai pas à lui répondre ! C'est à lui de me dire pourquoi il m'a fait poiroter dans le froid !
- L'infirmière m'a chopée à ta place pour me demander où tu étais... T'avais pas rendez-vous avec elle ?
J'ai complètement oublié ce que m'a demandé la secrétaire. Je ferme les yeux en soupirant. Quelle poisse. J'ai l'air de quoi maintenant ? Et puis il va se demander pourquoi l'infirmière veut me voir. Pourquoi j'ai oublié ce détail ?
- C'est pas grave, me rassure-t-il. T'iras demain. Par contre préviens-moi, que je me rappelle de t'attendre et pas remuer toute la réserve pour te retrouver.
- Oui. Désolée, ça m'est complètement sorti de la tête.
- Tu m'étonnes ! Personne n'a envie d'aller voir cette sorcière armée de seringue et de médocs qui te pose des tas de questions à la con. Quand on est revenu avec les gars, elle nous a fait passer un test pour vérifier si on n'était pas drogués !
Il rigole, et je ne peux pas avouer que je me suis aussi posée la question. Devant mon manque de réaction il grimpe dans sa voiture. Qui est ouverte. Bon sang ! Je ne sais pas où j'ai la tête aujourd'hui ! Je grogne en pensant que j'aurai pu m'abriter dans la voiture depuis un moment. Quelle poisse. Je me laisse tomber sur le siège en soupirant.
- Arrête, tu vas te dégonfler ! Je vais avoir l'air de quoi si je te rends en mauvais état ? Déjà que tu as l'air morte de froid... Ils vont croire que tu as affronté une tempête !
Je ne réponds pas, trop fatiguée pour parler et réfléchir à ce que je peux dire ou non. La Golf roule et le chauffage remonte ma température. Je frissonne malgré tout. Un jour et je suis déjà épuisée. Comment je vais réussir à finir la semaine ?
Une odeur de biscuit me frôle les narines alors que mes membres s'endorment dans le siège en cuir. Je soupire de nouveau, et je le vois encore sourire. Il me tend un paquet de gâteaux au chocolat. Je le remercie d'un regard, mais en fait je n'arrive même pas à le manger. Une bouchée me demande trop d'effort. Je suis vraiment pitoyable.
- Tu viens d'où ? Parce que ne t'as pas l'air habituée au froid et à la pluie...
Je hausse les épaules. J'ai toujours été frileuse, je ne crois pas que le climat y change quelque chose. Je dois juste me couvrir plus. Et puis la fatigue y est pour beaucoup. De toute façon je ne veux pas parler de ça. Ni de ma vie d'avant, ni de la fatigue omniprésente qui m'accompagne. Ce sont des sujets douloureux, trop pour en parler à un étranger. Même en surface.
- Quil dit que t'es pas bavarde, mais en fait tu refuse carrément toute conversation. Tu parles anglais couramment au moins ?
- Mes ancêtres l'ont appris aux tiens, alors oui merci, je parle anglais.
Il m'agace, mais mon ton est trop sec. Je ne suis pas connu pour mon tact. En fait je ne suis pas connu pour grand chose à part le mal qui me ronge. J'ai jamais réussit à vraiment me faire des amis. Pas forcément à cause de mon caractère, mais plutôt à cause de mes hospitalisations et des déménagements.
Cette fois il ne dit rien, et je me sens un peu honteuse de l'avoir ainsi rabrouée alors qu'il essayé juste de parler avec moi.
- Seattle, je lâche pour faire amende honorable.
Il acquiesce mais ne dit toujours rien. Je le fixe du coin de l'œil et je vois bien qu'il se retient.
- Ce n'est pas si loin, et en même temps c'est un autre monde. Il fait moins froid à cause de la foule et de la fumée des voitures. Enfin, c'est peut-être une simple impression.
Je m'étonne moi-même. Je crois que je n'ai pas parlé à quelqu'un volontairement depuis un moment.
- C'est sûr ça doit changer. Rien que d'aller à Forks j'ai l'impression de débouler de la campagne. Alors toi... Il n'y avait pas plus prêt comme famille d'accueil ?
- Non. C'était ici ou en foyer. Et on a décidé pour moi que se serait ici.
Mon amertume a traversé ma voix. Il a l'air désolé et à la fois intéressé. Et de manière sincère bizarrement. J'ai le sentiment qu'il veut juste faire connaissance, comme il le ferait avec n'importe qui. C'est agréable, même si je suis taciturne et que ça le rend maladroit.
- En tout cas, tu aurais pu tomber sur pire. D'extérieur les membres de la tribu peuvent passer pour des pecnos arriérés et en grande difficulté, mais on est surtout des gens simples, soudés dans notre vie et qui aimons notre réserve.
Je rougie en réalisant que c'est exactement ce que je pensais en arrivant ici. Et ce que je pense encore. Je suis peut-être pleine de préjugés, mais je reste persuadée que n'importe qui le serait.
Il sourit tranquillement.
- C'est héréditaire cette manie de sourire tout le temps ?
Son sourire s'agrandit encore, alors qu'il rigole doucement. J'ai l'impression qu'il scintille. Je le regarde étonnée, et ça le fait rire un peu plus.
- Tu as un humour bizarre, me fait-il remarquer. Mais c'est vrai qu'on souri beaucoup. Je ne sais pas si c'est génétique ou non par contre. Peur d'être contaminée ?
- Je ne suis plus à ça près. Je veux juste savoir où je mets les pieds.
- Bah, là dessus tu seras le premier cobaye. Tu es la première « visage pâle » à être adoptée dans une famille de la tribu. Y a pas d'autres moyens de vérifier. Ca pourrait être le climat, ou les chromosomes, mais comme on est tous des parents plus ou moins éloignés...
- Ah bon ?
- A l'origine de la tribu on ne retrouve que quatre familles qui se sont ensuite mariées entre elles. Même aujourd'hui, beaucoup s'unissent au sein de la tribu, ou de celles environnantes. Du coup on est tous issus des mêmes des mêmes ancêtres.
- Même aujourd'hui ?
- Ouaih ! Par exemple, le grand-père de Quil et le mien étaient frères, et Lucas est le petit-frère de Sue Clearwater, et ainsi de suite.
Je ne sais pas qui est Sue Clearwater, mais je suppose quelle doit être importante au sein de la tribu pour qu'il me parle d'elle comme ça. Mais je vois où il veut en venir. Cependant je crois que l'hérédité n'est pas la seule chose qui les lie.
Nous sommes déjà devant la maison de mes tuteurs. Je commence à sortir de l'habitacle en le remerciant mais il m'arrête d'une main. Il est brûlant. Ou bien c'est moi qui suis complètement gelée.
- Donne-moi ton numéro, ça m'évitera de te courir après dans la réserve.
- On fait partie de la même classe...
- On est jamais à l'abri des imprévus, et puis peut-être qu'un jour tu auras besoin de joindre quelqu'un d'autre que les Uley... Je te jure d'en faire bon usage ! se moque-t-il en voyant ma réticence.
De toute façon il ne me laisse pas le choix. J'obéis sans réfléchir, subjuguée par la personnalité de mon camarade. Il est épanouit, sur de lui et réchauffe n'importe qui d'un sourire. Même moi. Un soleil qui éloigne les nuages pendant quelques temps. Tout simplement impressionnant. Il me laisse sortir après avoir vérifié que j'avais bien rentré le sien.
- Merci de m'avoir ramenée.
- Bah c'est normal, on est voisin. Je suis curieux de voir comment tu vas t'intégrer ici jeune visage pâle. Et puis, je suis vachement plus cool que Lucas !
- Merci quand même.
- On se voit demain à huit heures !
J'acquiesce le regardant se garer de travers devant chez lui. Je m'avance jusqu'au porche de la maison verte, réalisant devant la porte que je n'ai pas de clef pour rentrer. Évidement je n'avais pas pris se détail en compte et mon tuteur non plus. Je vais devoir attendre. Je m'appuie contre la porte en soupirant. La clenche s'enfonce sous mon coude, et la porte s'ouvre. Apparemment ils ne craignent pas les vols pour laisser leur porte ouverte. N'importe qui pourrait passer et voler... Bon il n'y a pas grand chose à prendre, et puis je ne vous dis pas l'ambiance dans la réserve... Je pousse la porte et voit le chien se diriger vers moi tout content. Je ne sais pas si je vais m'habituer à sa présence. A part lui et le chat sur le canapé la maison est complètement vide.
Un peu gênée d'être seule chez eux, je visite la maison. Chaque détail m'en apprend un peu plus sur leurs vies ici. Une photo d'eux à un bal, la trace de bricolage artisanale sur un mur, et les objets fabriqués mains se mélangeant à des coquillages... L'ensemble est vivant, désuet et un peu bancal, mais chaud d'émotions. Chacun à son histoire et brille de la chaleur des souvenirs qu'il représente. Rien à voir avec le minuscule appartement de Tabitha à Olympia où tout sentait le neuf. Encore moins avec la maison des Kellers. Mon enfance dans la banlieue nord de Tacoma me brûle encore les narines de l'odeur de javel et de désodorisants pour maison.
Je voyage de meuble en meuble découvrant la sensation agréable d'un plaid sur mes doigts, la richesse d'un attrape-rêve accroché au mur, la douceur des photos représentant des scènes de vie plus ou moins anodines°: leur mariage indien, un pique-nique, la femme faisant la vaisselle, l'homme dormant dehors le chien à ses pieds, et d'autres plus vieilles, portraits de familles et paysages. Des dizaines de sourires, des mines réjouies et pourtant pour la plupart des scènes quotidiennes. Le bonheur m'a toujours paru comme quelque chose d'éphémère, de forcé dans certaines situations. Ce qui n'est pas le cas ici à première vue.
La maison n'est pas très grande, et je fini rapidement par tourner en rond. Je monte dans la chambre qui m'est attribuée, ouvrant mon sac pour sortir mes boules à neiges de mes pulls. Olympia, Tacoma et la dernière Seattle. Trois villes, sept familles. Je les installe comme à mon habitude sur la table de chevet regardant les flocons tomber calmement. Ce sont les seuls souvenirs que je garde de mes précédentes familles. Ca et la vieille couverture qui m'enveloppait lorsqu'on m'a abandonnée aux pieds de l'hôpital d'Olympia. Le seul lien qui me vient de mes géniteurs. Je la sors avec délicatesse du fond du sac, inspirant son odeur. Bien sûr aujourd'hui elle ne sent plus rien, j'aime imaginée que ma génitrice l'a serrée contre elle un jour. Sur un coin mon prénom et mon nom sont brodés en fil d'argent. Je caresse la broderie. Je glisse le tissu blanc et soyeux sous l'oreiller, cachant mon bien le plus précieux à la vue de tous. Mes affaires trouvent peu à peu leur place dans ce nouvel environnement. C'est toujours cette étape qui est la plus bizarre : s'approprier les lieux. Donner une nouvelle place aux vêtements, aux affaires de classe. Étrange, mais nécessaire.
Une fois ma tâche terminée, je suis désœuvrée. Que faire à présent à part attendre ? Je me laisse tomber sur le lit, glissant mes doigts par delà les draps, au creux du tissu soyeux caché là. Je ferme les yeux laissant la fatigue prendre le dessus et m'emporter.
I&S
Le bruit sourd de la porte qui claque me réveille. Je relève la tête me concentrant sur le bruit en bas. Ils sont rentrés. Ils doivent être dans la cuisine, l'homme téléphone à... notre voisin si j'en crois le peu de conversation qui me parvient. Les murs sont vraiment fins. Ma porte est fermée permettant d'atténuer leur présence mais pas assez pour l'occulter. J'entends pourtant les bruits de pas qui montent dans l'escalier. Je ne bouge pas, indécise quand à la démarche à suivre. La femme se rapproche, et pousse la porte de la chambre.
- Si tu es réveillée, nous préparons le repas, alors tu peux descendre.
J'acquiesce sans bruit, me relevant doucement. Je la suis dans les escaliers, écoutant les bruits dans la cuisine. L'homme est toujours dans l'entrée, me souriant doucement en me voyant débarquer incertaine dans la pièce. La femme me tend les assiettes et les couverts que je place comme la veille. L'homme fini par raccrocher en rigolant, embrassant sa femme sur la joue avant de m'aider. Ils me couvent du regard comme si chacun de mes gestes prouvaient que je suis bien là.
Une fois la table mise, nous nous asseyons autour d'un hachis de poisson qui sent délicieusement bon. Le fumet me chatouille les narines alors que la femme me sert gracieusement. Je les écoutes parler de l'urgence de cet après-midi. Une épidémie chez neuf bêtes qu'il va falloir abattre. Ils ont l'air fatigués et triste. Peut-être es-ce terrible pour un petit propriétaire terrien de perdre neuf vaches, par ce que ce n'est pas le cas des grands agriculteurs qui produisent en masse. Je ne connais vraiment rien à la vie d'ici...
Ma langue me brûle alors que je tousse. Perdue dans mes pensées je n'ai pas fait attention à la bouchée brûlante que j'avalais. J'engloutis du pain et de l'eau pour atténuer la douleur, mais j'ai du mal à me calmer. Je les vois se regarder se demandant certainement si j'ai besoin d'aide. Je fini par réussir à respirer normalement.
- Ça va aller ?
- Oui, c'est juste qu'avec les médicaments j'ai la langue un peu anesthésiée. Mais c'est bon, je précise en voyant leur inquiétude.
- Comment était cette première journée ?
- Fatigante.
- Hum... L'infirmière nous a dit que tu ne t'étais pas présentée...
Ma main se sert sur ma fourchette, et je la pose un peu brutalement sur la table. Ça y est, ils vont croire que je fais de la résistance. En même temps pourquoi est-ce qu'elle les a appeler ? Franchement, on n'a pas besoin de se rencontrer pour savoir quoi faire. Je ne fais presque plus de crises violentes. Elle n'aura pas à intervenir. Pourquoi elles les mêlent à tout ça?
- J'ai oublié.
- Ce n'est qu'une formalité, mais c'est important pour elle... et pour nous aussi.
- J'ai vraiment oublié.
Je ne sais pas si c'est mon ton claquant ou le fait que je répète la même chose, mais ils n'insistent pas.
- J'irais demain. Jacob a prévu de m'attendre.
Ils se regardent avant de sourire à la mention de Jacob. Peut-être ont-ils l'impression que je m'ouvre déjà à quelqu'un, mais en même temps je n'ai pas vraiment eu le choix. Il s'est un peu imposé à moi... J'ai envie de précisé qu'on n'est pas amis pour ne pas qu'ils se fassent d'illusions, mais je ne crois pas que ça soit à mon avantage. Je me tais donc les laissant croire ce qu'ils veulent. Mais ils vont vite réaliser qu'en réalité je ne vais pas m'intégrer à leur monde. Que je n'y arriverais pas. Parce que je n'ai pas envie. C'est trop dur de se sentir repousser une fois, deux fois, à l'infini. Que je ne veux plus sentir se sentiment de rejet. Je ne veux pas voir leur attitude changer en comprenant que je suis malade, et que je vais disparaître rapidement.
Il faut peut-être mettre les choses au clair. Mais leur regard m'en empêche. Je ne veux pas les décevoir. Je me tais, alors qu'au fond de moi je hurle.
Et voilà !
Alors qu'en pensez-vous ?
A la semaine prochaine !
