Si leur excursion à Gringotts avait été incroyable, les deux amis étaient désormais impatients de pouvoir dépenser leur nouvelle fortune. Lorsqu'ils parcoururent des yeux la liste, ils tombèrent tout de suite d'accord : ils allaient commencer par acheter leur baguette magique. C'était ce pour quoi ils étaient les plus impatients. Ils savaient que cet instrument les aiderait probablement à développer et mieux maitriser leurs pouvoirs. Harry songea que lorsqu'il aurait une baguette, il serait peut être capable de faire des choses aussi incroyables que Tom.

Une cloche sonna lorsqu'ils entrèrent dans la petite boutique. Il y avait des tas de petites boîtes empilées en vrac dans tous les recoins, et un homme assez jeune était au fond de la boutique, visiblement en train de classer ces boîtes.

- Oh bonjour, messieurs. Vous venez acheter votre première baguette, je suppose ?

Les deux garçons acquiescèrent d'un signe de tête. Harry sentit que Tom était fébrile. Lui-même avait du mal à cacher son excitation.

- Bien, bien, continua le vendeur. Nous allons voir ce qui peut vous convenir.

Il commença par Tom. Après avoir pris de nombreuses mesures sur le garçon, il commença à amener une petite pile de boîtes rectangulaires. Tom essaya alors les baguettes, unes à unes. A chaque fois, des étincelles jaillissaient, et une fois même le comptoir prit feu quelques instants avant que le vendeur ne l'éteigne d'un coup de baguette. Mais à chaque fois, l'homme arrachait la baguette des mains de Tom sous le regard agacé de ce dernier, et lui en mettait une nouvelle dans les mains. Mais d'un seul coup, alors qu'Harry était sur le point de s'endormir, il y eut comme un courant d'air dans la pièce, et Harry se sentit frissonner…c'était comme si une vague de magie venait de le frapper.

- Bois d'if et cœur en plume de phénix, 33,75cm, cette baguette vous a choisi, Mr Jedusor.

Tom regardait fixement sa nouvelle baguette, de couleur claire, une grande fierté émanant de lui.

- Maintenant à vous, Mr Potter.

Il essaya à son tour quelques baguettes, mais rapidement, Ollivander devint pensif. Soudain, il lança :

- Ce n'est pas toujours le cas, mais parfois les frères ont des baguettes semblables.

Tom se releva brusquement.

- Nous ne sommes pas frères !

Harry devait avouer qu'ils avaient une certaine ressemblance physique, mais de là à déduire directement un lien de fraternité…

- Evidemment, souffla le vendeur. Mais il y a ce lien entre vous. Je le ressens.

Harry et Tom se regardèrent, surpris. Cet homme délirait-il ? En tout cas, il revenait avec à la main une seule boîte, qu'il posa fébrilement sur le comptoir. Harry prit la baguette, et il sentit à nouveau la sensation qu'il avait éprouvée peu avant, mais cette fois-ci, la magie émanait de lui ! C'était la chose la plus incroyable qu'il ait jamais ressenti…

- Etrange…très étrange, murmura le vendeur.

- Qu'est-ce qui est étrange ? demanda timidement Harry.

- Ce lien, je n'avais pas rêvé. C'est la baguette qui choisit son maître, Mr Potter. Et il est étrange que j'aie vendu en une seule journée deux baguettes ayant un cœur jumeau, contenant en elles chacune une plume de Phénix provenant du même animal.

Ils allèrent acheter le reste de leurs affaires dans un calme assez étonnant. Toute leur excitation avait été coupée par leur étrange expérience dans la boutique de baguettes. Etait-il possible qu'il existe réellement un lien entre Tom et lui ? Leur rencontre n'avait-elle pas été un simple hasard ? Et si quelqu'un avait fait en sorte qu'il se trouve au bon endroit au bon moment ? Ce n'était quand même pas tous les jours qu'on trouvait un objet capable de voyager dans le temps par terre. Ou peut-être que c'était simplement le destin qui les avait réunis.

Une autre idée avait submergé Harry. Ollivander les avait qualifiés de « frères ». Evidemment, ce n'était pas le cas, c'était même impossible puisqu'Harry était né cinquante ans plus tard. Mais est-ce que Tom ne pouvait pas être de sa famille ? Un de ses ancêtres ? Cette éventualité lui semblait tellement étrange, mais il en fit part à son ami. Ce dernier contesta cette idée immédiatement, il la trouvait absolument ridicule. Harry se sentit vexé, comme si Tom pensait qu'Harry n'était pas digne d'être de son sang. Tom ajouta simplement qu'il n'avait pas de famille, et qu'il n'en aurait jamais.

Ils arrivèrent à l'orphelinat avec une demi-heure de retard, et furent sermonnés par Mrs Cole, mais aucun des deux garçons n'y prêta attention. Cette journée avait été tellement incroyable, que la vie habituelle ne semblait plus avoir d'importance : une nouvelle vie loin de tout ça s'ouvrait à eux.

A peine installés dans leur chambre, ils commençaient à ranger leurs nouvelles et précieuses affaires, quand Harry entendit des coups répétés derrière lui. Il se tourna vers la porte mais le bruit ne provenait pas de là. Il bifurqua vers la fenêtre et vit avec surprise une grosse chouette qui donnait des coups de bec contre la vitre. Tom fut plus rapide pour aller ouvrir, et il remarqua que quelque chose était attaché à la patte de l'animal.

- C'est pour toi, Harry.

Ce soir-là, Harry relut plusieurs fois sa lettre d'admission avant de s'endormir, et rangea avec précaution son billet de train dans le tiroir de sa table de nuit. Il n'avait plus qu'à attendre le premier 1er Septembre désormais.

La dernière partie des vacances fut incroyablement calme. Tom était tellement obsédé par sa nouvelle école qu'il ne pensait même plus à jouer des sales tours à ses camarades. Harry était heureux, à l'idée que cette nouvelle vie permettrait peut-être à son ami de revenir sur la bonne voie.

Si Mrs Cole avait presque supplié Dumbledore d'emmener Tom pour en être débarrassée, elle fut tout de même émue. Le garçon semblait se calmer et mûrir un peu ces derniers temps, et elle était un peu triste de le voir partir juste au moment où il commençait à devenir plus agréable. Quant à Harry, il n'était pas là depuis longtemps, mais elle s'était attachée au garçon. Il était adorable, et elle se demandait comme un gamin aussi gentil et innocent avait pu se lier d'amitié avec Tom. Mais elle était certaine qu'il avait eu une influence positive sur ce dernier.

Elle ne pouvait laisser les enfants de l'orphelinat sans surveillance, alors elle avait réservé un taxi qui devait les emmener à la gare de King's Cross pour prendre leur train. Lorsque la voiture s'éloigna, elle ne put retenir une larme. Elle se félicita de ne pas avoir pleuré devant eux. Surtout devant Tom, en fait.

Une demi-heure plus tard, les deux enfants se trouvaient devant le grand bâtiment. D'un air décidé, ils avancèrent dans le hall. Harry vérifia qu'il avait toujours son billet. Il vérifia l'heure. Ils avaient encore dix minutes. Cependant, ils devaient encore trouver le quai.

- 9 ¾ ? Ça existe ça ? s'étonna Harry.

- On a affaire à des sorciers, ne l'oublie pas. J'imagine que ça ne doit pas être un train ordinaire. Le Chaudron Baveur était caché au moldus, j'imagine que c'est le cas de notre école aussi. Et du train, du coup. Ca poserait problème si des moldus montaient dans notre train par erreur non ?

Harry acquiesça. Pourtant, le Chaudron Baveur était bien visible pour eux, mais là il ne voyait rien de spécial en dehors des moldus qui courraient dans tous les sens, et des trains ordinaires qui partaient aux quatre coins de l'Angleterre voire même plus loin.

- Nous devrions déjà aller sur la voie 9. En toute logique la voie 9 ¾ ne doit pas être loin.

Ils de dirigèrent donc vers le quai qui séparait les voies 9 et 10. Au début, ils ne virent rien d'anormal. Puis ils remarquèrent que certains passants étaient habillés bizarrement. Ils ne portaient pas de robes comme Dumbledore ou les sorciers du chemin de traverse, leurs habits semblaient d'origine moldue, mais ils n'étaient pas du tout assortis…certains avaient vraiment l'air ridicules. Puis Harry remarqua une famille qui transportait en plus des lourds bagages, une cage contenant une chouette. Il eut un vague souvenir de la ménagerie magique du Chemin de Traverse, et de la chouette qui lui avait apporté sa lettre. Oui, ils étaient certainement au bon endroit.

Ils suivirent d'un air naturel tous des gens à l'allure inhabituelle. Tous semblaient s'arrêter à un endroit précis du quai, mais aucun ne montait dans un wagon d'un des trains qui les entouraient. Au milieu du quai, il y avait une barrière, et d'un air tout à fait naturel, les sorciers fonçaient dedans et disparaissaient un à un. Harry fut à la fois surpris et terrifié. Il avait beau voir des choses incroyables depuis sa fuite de chez les Dursley, il ne pouvait s'empêcher d'être ébahi devant chaque phénomène magique. Mais surtout il se demandait comment les moldus ne pouvaient pas les voir. Et enfin, il se demandait où il trouverait le courage de foncer tête baissée contre cette lourde barrière.

- Alors, tu y vas ? souffla Tom.

Harry resta figé, et son ami soupira bruyamment avant de se lancer contre la barrière. Tout comme les autres, il disparut instantanément.

Harry se reprit. S'il voulait aller à Poudlard, il devait y arriver. Il ne voulait pas non plus passer pour un froussard devant son ami. Il n'avait que lui, lui et Poudlard. Il ne pouvait pas déjà abandonner, il n'avait plus rien d'autre qui l'attendait de toute façon. Il ferma les yeux et fonça contre la barrière.

Lorsqu'il ouvrit les yeux, il se trouvait sur un autre quai, plus petit. Il y avait une grosse locomotive rouge qui crachait des panaches de fumée, et le quai était bondé et bien plus bruyant que du côté moldu. Cela était dû au nombre incroyable de jeunes enfants. Certains pleuraient, d'autres riaient, mais seulement les plus intimidés restaient silencieux. Harry croisa le regard de Tom et ils échangèrent un sourire. C'était tellement rare de voir son ami sourire, songea Harry avec une once de tristesse. Mais en cet instant, rien ne pourrait gâcher leur bonheur, et il semblait que leur passé douloureux, leur passé d'orphelin, Privet Drive et l'orphelinat, tout cela était désormais derrière eux.

Quelques instants plus tard, ils étaient installés tous les deux dans un compartiment. L'agitation était au maximum, ils n'arrêtaient pas de voir passer d'autres élèves chargés de bagages dans le couloir du train. Cependant, personne ne vint dans leur compartiment. Certains ralentirent quelques instants, mais après avoir croisé une seconde le regard de Tom, continuèrent leur chemin pour trouver de la place ailleurs.

Harry était partagé. Dans un sens, il avait envie de faire connaissance avec ces autres enfants qui comme lui, avaient des pouvoirs magiques. Il avait rencontré Tom, mais discuter avec d'autres dans le même cas pouvait être intéressant. Mais en même temps, Harry ne s'était jamais imaginé entouré de beaucoup d'amis. En réalité, il n'en avait jamais eu, avant Tom. Dudley ne lui permettait pas. Déjà avoir un seul ami lui paraissait exceptionnel, alors plusieurs…il songea qu'il serait certainement mal à l'aise d'être trop entouré.

Le train démarra, et Harry vit toutes les petites têtes penchées à la fenêtre en train d'adresser des signes à leur famille. Il eut un pincement au cœur. Jusque-là il n'avait jamais vraiment ressenti ça. Lorsqu'il était chez les Dursley, malgré le peu d'affection qu'il recevait, il les considérait tout de même comme sa famille. Puis à l'orphelinat, il était entouré d'enfants qui, comme lui, n'avaient plus personne. Mais à Poudlard, tout serait différent. Tom et lui seraient les orphelins, et ils seraient regardés différemment.

Harry pensait à ses parents. Tom pensait que son père était sorcier et sa mère moldue, car cette dernière était morte en le mettant au monde. Harry n'avait aucune idée en ce qui le concernait, mais s'il suivait le raisonnement de son ami, ses parents n'étaient certainement pas des sorciers non plus. Une personne avec de grands pouvoirs ne pourrait certainement pas mourir d'un simple accident de voiture, n'est-ce pas ? En même temps, Harry ne trouvait pas cela logique. Il n'avait jamais eu l'impression d'être plus résistant que les autres enfants. Lorsqu'il tombait il se faisait mal, il saignait, se faisait des bleus, comme tout le monde. Alors si l'accident avait été violent, il avait pu blesser mortellement son père et sa mère. Il songea que Tom idéalisait peut être un peu trop leur condition de sorciers : ils avaient des pouvoirs mais n'en étaient pas moins mortels. Mais Tom avait toujours tendance à se sentir tout-puissant, et cela inquiétait Harry. Un jour, la trop grande confiance en lui-même de son ami se retournerait contre lui.

Le silence s'étendait entre eux depuis de longues minutes, quand la porte du compartiment s'ouvrit. Harry vit alors apparaître un jeune garçon qu'il trouva un peu étrange. Très costaud, il était également très grand. On aurait pu lui donner facilement seize ans, mais Harry vit que son visage indiquait qu'il était beaucoup plus jeune que ça. En fait il se demanda même s'il n'entrait pas en première année, tout comme eux. Mais il était tellement immense ! Il paraissait un peu intimidé, mais contrairement aux autres, le regard de Tom ne sembla pas le perturber. Il finit par prendre son courage à ses deux énormes mains et lancer :

- Je peux venir vers vous ? Les autres, ils disent que je leur fais peur.

Harry hocha la tête avec un sourire un peu gêné. Il remarqua que le garçon tenait entre ses mains une boite rectangulaire, comme une boite à chaussures.

- Au fait, moi c'est Rubeus. Je rentre à Poudlard pour la première fois ! Mon père est super fier de moi. Et vous c'est ?

- Tom, coupa ce dernier avant qu'Harry ait même eu le temps d'ouvrir la bouche. Et lui c'est Harry. Et nos parents ne sont pas fiers de nous puisqu'ils sont morts.

Rubeus resta bouche bée devant cette réplique cinglante. Harry lança un regard noir à Tom. Il n'avait pas besoin d'être aussi cruel avec les autres élèves, alors qu'ils n'étaient même pas arrivés à Poudlard ! Il essaya de changer de sujet :

- Qu'est-ce qu'il y a dans cette boite ? demanda-t-il, curieux.

- Oh ! lança le garçon en rougissant. Rien. Rien de bien intéressant.

Tom, qui n'avait pas daigné tourner le regard de la fenêtre depuis que Rubeus était entré dans le compartiment, vit volte-face, le regard soudain plein d'intérêt pour le gigantesque garçon.

- Dis-nous ce qu'il y a dans cette boite, cracha-t-il.

- C'est-à-dire que, bredouilla le jeune garçon, tout à l'heure les autres ont eu peur quand je leur ai montré, donc je voudrais pas…

- Montre-nous ce que c'est, ou c'est toi qui auras peur !

Harry voulut dire à son ami de se calmer, mais à ce moment-là, une douleur vive traversa sa cicatrice. Tremblant, Rubeus ouvrit légèrement le couvercle de la boite. Harry put voir une petite créature assez incroyable. Ressemblant un peu à une fée, elle était recouverte d'une épaisse fourrure noire. Elle paraissait engourdie d'avoir été coincée dans cette boite et ne bougeait pas. Rubeus referma rapidement la boite. Il constata que les deux autres garçons étaient ébahis.

- C'est un doxy, expliqua-t-il. Les gens en ont peur, ils disent qu'ils sont dangereux, mais c'est pas vrai ils sont très gentils. Ils mordent même pas si on les embête pas. J'ai trouvé celui-ci cet été, mon père voulait pas que je le garde alors je l'ai caché. Vous allez pas me dénoncer, hein ?

- Pourquoi les autres en ont-ils si peur ? questionna Tom, soudain intéressé.

- C'est que…s'ils mordent. Enfin, ils peuvent être un peu venimeux.

- Donne-moi cette boite !

- Quoi ? Non ! s'indigna Rubeus. Non ne me dénoncez pas, s'il vous plait !

- Je ne veux pas te dénoncer, je veux que tu me donnes cette boite.

- Mais il est à moi !

Harry pensa quelques instants à rappeler à Tom les paroles du professeur Dumbledore sur le vol à Poudlard, mais il n'en eut pas l'occasion. Alors que Tom et Rubeus tentaient tous les deux de récupérer la boite, celle-ci s'ouvrit brutalement et la créature s'envola.

Elle se mit à voleter dans tous les sens, se cognant contre les murs et la vitre. Les trois enfants durent se baisser plusieurs fois pour éviter qu'elle ne leur fonce dessus. Harry se jeta vers la fenêtre pour l'ouvrir en espérant que la créature meurtrière s'échappe. Mais il n'en eut pas le temps car une jeune fille qui devait avoir au moins cinq ans de plus qu'eux, portant un badge sur sa robe de sorcier, entra dans le compartiment.

- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? s'exclama-t-elle.

Comme réponse, elle se reçut une créature poilue dans la figure. Le doxy s'emmêla dans ses cheveux et elle s'agita dans tous les sens pour s'en débarrasser, en vain. Harry était tétanisé. Il aurait voulu l'aider mais s'il touchait la créature il risquait de se faire mordre lui aussi. Tout se passa alors très vite. Tom sortit brusquement la baguette en bois d'if de sa poche et la pointa sur la fille et la créature. Sans qu'il dise un seul mot, un filet de lumière verte jaillit en direction de sa cible. Harry fut aveuglé pendant un moment, il entendit un cri déchirant, puis il put voir ce qu'il s'était passé.

La fille avait cessé de gesticuler, mais continuait à respirer bruyamment, tremblante. La créature, elle, était tombée au sol, morte.

Alertés par le bruit, les autres préfets arrivèrent. L'un d'eux s'occupa de sa collègue, tandis que les autres débarrassèrent le cadavre de la créature. Pendant ce temps-là, Rubeus sanglotait bruyamment. Harry vint s'asseoir timidement auprès de lui :

- Je suis désolé…

-Il l'a tué. C'était mon ami, et il l'a tué…

Harry trouvait ça un peu exagéré d'appeler cette créature poilue qui avait failli les tuer un « ami » mais il comprenait que ce garçon y était attaché, et il était désolé pour lui que ça ait fini ainsi. En même temps, il fallait peut être mieux que le doxy n'ait jamais été introduit dans l'enceinte de l'école, où il aurait pu faire plus de dégâts.

Lorsqu'il vit Tom approcher, Rubeus lui lança un regard noir et sortit à la volée du compartiment. Ils n'eurent pas le temps de faire le moindre commentaire là-dessus car ils furent prévenus qu'ils allaient bientôt arriver à Poudlard et qu'ils devaient enfiler leurs robes de sorciers.

Quelques minutes plus tard, ils se trouvaient sur le quai de la gare d'un petit village nommé Pré-au-Lard. Il entendit des préfets crier aux premières années de se regrouper. Il y avait également un homme, costaud et assez bourru qui les appelait. Quand il fut assuré que tout le monde était là, il leur fit signe de le suivre, tandis que leurs bagages seraient pris en charge jusqu'à Poudlard.

- Regarde-moi ça, souffla Tom alors qu'ils commençaient à avancer.

Harry leva la tête et fut émerveillé par la vision qui lui apparut. Devant lui, de l'autre côté du lac, se tenait le château le plus gigantesque et magnifique qu'il ait jamais vu. Cela faisait plusieurs semaines qu'il découvrait d'incroyables choses, mais ce château dépassait de loin tout ce qu'il avait vu avant. Etait-ce vraiment possible que ce soit Poudlard ? Que ce soit leur école ? Sa nouvelle école ? C'était tellement grand, Harry était certain qu'il se perdrait. Il faisait déjà nuit, il ne voyait donc pas tous les détails de l'architecture du bâtiment, mais rien que la silhouette du château était incroyablement massive.

Ils s'étaient rapprochés du lac, et Harry vit à la surface de l'eau scintillante des dizaines de petites barques en bois. Ils allaient donc traverser le lac ! songea Harry avec excitation. Il avait l'impression d'être dans un rêve quelques instants plus tard lorsqu'il se trouva avec Tom et deux autres filles de première année, dans une barque, glissant silencieusement sur l'eau, et se rapprochant de plus en plus de Poudlard, dont les centaines de fenêtres allumées ressemblaient à des étoiles supplémentaires dans le ciel.

Ils s'arrêtèrent au pied du château, dans un grand hangar où ils déposèrent les bateaux. Ensuite, l'homme, qui s'appelait Ogg et était le garde-chasse, avait entendu Harry, les fit monter un nombre incalculable d'escaliers. Enfin ils arrivèrent dans une grande cour pavée, au pied de la plus grande tour de l'école. L'immense porte en bois de chêne s'ouvrit, et Harry vit apparaitre le professeur Dumbledore. Le regard de ce dernier parcourut rapidement la foule des nouveaux élèves, et s'attarda une fraction de seconde sur Harry et Tom auxquels il adressa un sourire discret. Ce dernier n'y répondit cependant pas et se crispa.

- Bienvenue à toutes et à tous au collège Poudlard, école de sorcellerie. Je suis Albus Dumbledore, professeur de métamorphose et directeur de la maison Gryffondor. Vous allez rentrer rejoindre les autres élèves dans la grande salle et serez répartis dans les différentes maisons. Elles ont pour nom Pouffsouffle, Serdaigle, Gryffondor, et Serpentard. Votre maison est très importante puisque vous la garderez pendant toute la durée de vos études à Poudlard.

Harry et Tom se regardèrent. Ils n'avaient ni l'un ni l'autre entendu parler de cette histoire de maison. Harry sentit une vague d'angoisse l'envahir : et s'ils étaient séparés ? Cependant, il dut tout de même avancer, car les portes de la Grande Salle s'ouvraient.

Le souffle d'Harry se coupa. La pièce était immense et très lourdement décorée. Quatre longues tables occupées par les autres élèves, étaient réparties côte à côte dans la salle, et tout au fond, en face d'eux se dressait une cinquième table où étaient assis tous les professeurs, et au centre, un homme qui devait être le directeur. Des centaines de bougies flottaient au-dessus de leur tête, mais ce fut le plafond qui retint l'attention d'Harry. A première vue, il semblait qu'il n'y avait pas de plafond justement, mais en réalité, comprit Harry, c'était un plafond magique qui reproduisait la nuit étoilée qu'on pouvait voir de l'extérieur. Devant la table des professeurs, se trouvait un tabouret sur lequel était posé un vieux chapeau rapiécé. Et à la plus grande surprise d'Harry, celui-ci se mit à parler :

Encore cette année, je vois des visages nouveaux,

Il y a plus de mille ans, on me nomma le Choixpeau

Cette appellation, je la dois aux fondateurs,

Eduquer les sorciers, ils le firent avec ardeur

Gryffondor le hardi,

Pour sa maison, les courageux choisit

Quant à Rowena, ses serres elle referma

Sur ceux à qui la sagesse sourira

Celle qui pour blason, le blaireau adopta

N'était autre que la patiente Helga

Pour Salazard, le sang importait,

Et souvent, les plus ambitieux il choisissait

Aucun n'était éternel,

Et pour assurer la répartition de la génération nouvelle

De leurs pouvoirs ils usèrent

Et un beau jour, naissance ils me donnèrent

Non seulement doté d'une grande intelligence

En plus, de pouvoir lire votre cœur j'ai la chance

Afin de vous envoyer dans la bonne maison

Et que votre chemin choisi soit le bon

Il y eut une salve d'applaudissement. Harry n'était pas rassuré…comment ce chapeau pouvait-il lire dans leur cœur ? Et s'il pouvait lire dans leur tête également ? Découvrirait-il qu'Harry n'était pas dans son époque d'origine ? Dévoilerait-il son secret devant tout le monde ?

Le professeur Dumbledore déroula un long parchemin et commença à lire les noms. Au fur et à mesure, les élèves tremblants s'approchaient et s'asseyaient sur le tabouret avant de vêtir le Choixpeau. Ce dernier restait silencieux, parfois pendant de longues minutes, puis il s'écriait le nom d'une des quatre maisons. Enfin, la pauvre fille ou le pauvre garçon allait se réfugier à la table qui lui avait été attribuée, sous les applaudissements, et les accolades de ses nouveaux camarades.

- Rubeus Hagrid !

L'énorme garçon qui dépassait toute la foule des premières années d'une tête s'avança d'une démarche pataude jusqu'au chapeau. Harry remarqua qu'il avait encore les yeux rouges. Si le Choixpeau tombait sur les yeux de la plupart des jeunes élèves, ce ne fut pas le cas pour lui. Il se passa une dizaine de secondes avant que le chapeau ne s'écrie :

-Gryffondor !

Il se dirigea vers la table des rouge et or, mais les applaudissements étaient un peu retenus. Tous les élèves de la table semblaient surpris par la carrure du jeune homme. Quand ce dernier prit une place au milieu du banc, il dut pousser tout le monde et l'élève qui se trouvait au bout de la rangée manqua de tomber par terre. A côté de lui, Tom eut un reniflement dédaigneux.

- Jedusor Tom !

Ce dernier s'avança d'un pas absolument pas intimidé et intérieurement Harry l'admira. Il se doutait que lorsque ce serait son tour, il deviendrait subitement aussi pataud que Hagrid et se ridiculiserait devant toute sa nouvelle école. Il regarda son ami s'asseoir sur le banc, et Dumbledore approcha le Choixpeau de sa tête. Ce dernier ne frôla qu'une fraction de seconde le crâne de Tom, Dumbledore n'avait même pas eu le temps de le lâcher, qu'il s'écria :

-Serpentard !

Harry vit Dumbledore froncer les sourcils, tandis que son ami rejoignait ses nouveaux camarades, un sourire satisfait se dessinant sur son visage. Le cœur d'Harry se mit à battre plus fort. Et s'ils étaient réellement séparés ?

Il passa encore une bonne poignée d'élèves avant que ne vienne son tour. Il sentit une boule se former dans sa gorge lorsqu'il entendit :

-Harry Potter !

Harry souffla un bon coup et s'avança en tentant de son mieux de ne pas trébucher. Il réussit cette exploit même s'il avait l'impression, soudainement, que sa démarche était ridicule. Comment marchait-il d'habitude ? Que faisait-il de ses bras ? Mais lorsqu'il arriva vers le Choixpeau, le professeur Dumbledore lui sourit et il se détendit un peu. Puis il sentit le Choixpeau qu'on posait sur sa tête.

- Mmh…intéressant, murmura une voix qui semblait être dans sa tête. On n'a pas l'esprit tranquille hein ? On n'aurait pas dû se rencontrer avant un moment, si je ne m'abuse ?

Harry frissonna…il savait ! Il allait probablement dévoiler son secret aux professeurs…et ils le renverraient dans son époque, ils le renverraient chez les Dursley. Etait-il bien inscrit à Poudlard en 1991 ? Poudlard existait-il même encore ?

- Tu as d'immenses qualités, je suis donc content de te rencontrer plus tôt que prévu. Tu montres une envie de faire tes preuves, et Serpentard t'aiderait singulièrement sur le chemin de la grandeur.

Harry sentit une vague de soulagement l'envahir. Le Choixpeau n'avait rien dit, et en plus il parlait de l'envoyer dans la même maison que Tom !

- On dirait que ça te plait ? Murmura de nouveau la voix. Dans ce cas, allons-y…SERPENTARD !

Harry se précipita à la table des serpents, et vint s'asseoir aux côtés de Tom qui lui fit grâce d'un léger sourire. Harry ne remarqua même pas la jeune fille qui venait de trébucher en approchant du Choixpeau, et de paniquer en entendant les rires moqueurs retentir dans la Grande Salle, avant d'être finalement envoyée à Serdaigle.

C'était la dernière élève à être répartie. Harry songea avec l'eau à la bouche que le festin allait bientôt commencer, mais il se trompait. Le directeur, qui se présenta comme le professeur Dippet, leur fit un discours, en insistant particulièrement sur certains points du règlement –ce qui, sans surprise, sembla profondément ennuyer Tom.

Enfin, devant les yeux émerveillés des nouveaux élèves, des dizaines de plats apparurent soudainement sur les différentes tables. Jamais Harry n'avait vu autant de nourriture d'un coup, et pourtant dieu sait que Dudley exigeait des réserves monumentales dans le garde-manger. Il ne fut pas déçu lorsqu'il goûta le premier plat, il était tout simplement délicieux ! Ça lui donnait envie de goûter un peu à tout ! Contrairement à chez les Dursley, il n'avait pas manqué de nourriture à l'orphelinat, mais les plats étaient loin d'être succulent. Sur le moment, il ne s'en était pas offusqué, déjà bien heureux de pouvoir manger à sa faim. Mais maintenant qu'il était à Poudlard et y avait goûté, il serait bien incapable de revenir à l'orphelinat… ce lugubre bâtiment avait été un refuge accueillant, mais il lui paraissait désormais tellement pitoyable à côté de Poudlard !

Le repas toucha à sa fin et Harry sentit ses paupières de plus en plus lourdes. Il se demanda quand le festin allait finir, mais fort heureusement le professeur Dippet demanda aux préfets d'amener les premières années dans leur salle commune. Harry et Tom se levèrent, mais lorsqu'ils furent sortis de la Grande Salle, ils entendirent une voix douce les appeler :

- Harry, Tom, pourriez-vous venir dans mon bureau s'il-vous-plait ? demanda Dumbledore. Ne vous inquiétez pas, je vous raccompagnerai à votre salle commune ensuite…

Harry serra les dents…convoqués dans le bureau d'un professeur dès le premier jour, ça commençait bien ! Etait-ce par rapport à ce qu'il s'était passé dans le train ? Probablement…mais Harry n'y était pour rien, lui, alors pourquoi le faire venir ? Tom ne semblait pas aussi inquiet et fixait Dumbledore avec un regard de défi.