Voici donc un chapitre pour, enfin, poser TOUTES les bases de l'histoire. Je sais, ce n'est pas palpitant, mais j'ai pensé cela nécessaire pour la construction de la fiction. J'essaie avant tout de lutter contre l'aspect « bancal » et de façonner un univers cohérent.

Toutes les bestioles citées (Billywig, hypogriffes, etc.) sont inventés ou repris par J.. L'Entre-Deux, par contre, fait partie de mon invention. Parce que même si l'on tient à retracer proprement l'univers de nos sorciers préférés, ça fait toujours du bien de prendre quelques libertés et fantaisies

Je vous souhaite une bonne lecture !


Chapitre IV

But numéro 1 : Trouver le temps !

J'avais cherché la moindre trace de ma famille tout l'été. Hélas, là où aurait du se tenir ma maison ne subsistait qu'un terrain vierge. Je n'avais trouvé mon nom, ni celui de quelconque parent, proche ou éloigné, dans aucun registre.

Je m'assis sur un banc, sous le choc, juste en face de la vacuité qui redéfinissait toute mon existence. Je fixai mon regard sur le terrain non construit où s'épanchaient les ronces et mauvaises herbes. Je n'éprouvais alors que de l'hébétude.

Dans un silence de mort, pendant lequel on aurait pu entendre un Billywig voler, je me levai et agitai négligemment ma baguette. Dans ma position d'attente, je fixai l'objet que je tenais entre les mains.
En bois d'Amourette, avait précisé Ollivander.

Je fis une moue : je n'aimais guère ce nom, qui sonnait comme si j'avais des mœurs légères, ou que j'étais du genre à tomber dans la romance naïve. Les baguettes, tout le monde le sait, choisissent leurs propriétaires par affinité.
Amourette…Non, ce nom ne m'inspirait décidément rien de bien sérieux. Mais j'aimais ce bois fauve tacheté. J'aimais ma baguette, ses dix-neuf centimètres (relativement courts, avais-je observé), et son crin de centaure –que le fabricant avait avoué extrêmement difficile et dangereux à acquérir auprès des farouches créatures.

- Eh oh ! Tu vas bouger ton gros derrière d'hypogriffe ?

Comme à mon habitude la tête ailleurs, je n'avais pas remarqué le bus accordéon aux couleurs du drapeau français qui était arrivé, ni la grosse femme à l'air de bouledogue qui m'avait aboyée dessus. Je jetai un regard noir à l'énergumène qui osait m'insulter pour mes rondeurs. C'était tout de même gonflé de sa part, elle qui n'aurait même pas excité un troll.

- Alors, tu t'bouges ? cracha-t-elle.

Je grinçai des dents, mais gardai un air placide. Après tout, je le savais, j'allais devoir affronter bien pire que cela dans les cachots sombres de Hogwart.

- Pour l'Entre-deux, s'il vous plait, demandai-je avec mon plus grand sourire. La pointe Bretonne, je précisai devant le regard vide de la femme-crapaud qui conduisait.

L'Entre-Deux était un passage reliant l'Angleterre et la France, à l'image du tunnel moldu creusé sous la Manche. Les sorciers ne pouvaient pas prendre le risque de survoler la mer en balais et, lorsque ceux-ci étaient dans l'incapacité de transplaner ou d'avoir recours aux cheminées, empruntaient le tunnel vitreux.
C'était devenu une attraction touristique : autour du tunnel de verre, un sortilège de sécurité permettait à des créatures aquatiques de circuler en toute quiétude dans un certain périmètre. A l'origine passage utilitaire et rapide –grâce à des chariots plutôt expéditifs (et vomitifs) comme l'on en trouve chez Gringotts, il était devenu lieu de ballades et de flâneries, notamment pour les artistes sorciers. De plus en plus de gens l'empruntaient à pieds, déambulant, émerveillés, aussi accoutumés à la magie fussent-ils.

Je m'y baladai en planifiant sereinement mon plan.

De retour à Hogwart, je me rendis dans la petite chambre qu'on m'avait prêtée. Elle faisait partie des quartiers de fonction qui s'étalaient au rez-de-chaussée. J'avais au moins pour avantage de ne pas avoir, à la rentrée, à partager sa chambre avec des filles.
Rapport à ma maîtrise encore peu développée de mes pouvoirs, et à ma manie de noyer la pièce pendant mon sommeil…
Ne voulant céder pour rien au monde la tranquillité nécessaire à l'élaboration de mon plan, je me promis d'ailleurs de continuer à faire des dégâts, quand bien même j'aurais appris à me maîtriser.

Je jetai un coup d'œil aux livres que j'avais « empruntés » à la bibliothèque, me servant librement en l'absence de Mme Pince, sous l'autorisation (tout de même !) du directeur.
Je connaissais, et ce n'était pas façon de parler, les ouvrages de façon parfaite. Par cœur. Et surtout sans effort.
C'était un curieux petit don qui semblait m'avoir été fait : je lisais et pouvais me rappeler, des jours encore après, de l'ouvrage entier, mot pour mot.
Peut-être était-ce la sirène qui m'avait fait ce cadeau, pour lui avoir rendu l'objet qu'elle cherchait ? A moins que ce ne fût plus simplement mon traumatisme crânien…
Me confortant à l'idée que, finalement, je n'avais pas mal d'atouts, je décidai d'en profiter encore en ingurgitant davantage de livres.

Je sortis donc de ma chambre, direction la bibliothèque.
La rentrée arrivait à grands pas, et ça se voyait. L'agitation commençait à toucher le château lui-même, quoique de façon plutôt discrète.
Les escaliers de l'école s'agitaient de plus en plus, comme impatients d'accueillir enfin des flots d'élèves. Les tableaux se faisaient plus vivants, discutaient plus vivement et demandaient régulièrement un lustrage digne de ce nom. Les livres de la bibliothèque tremblaient parfois, d'excitation ou d'effroi, on ne savait pas. De nombreuses décorations avaient été ensuite déployées : tapis, tentures, candélabres, plantes d'intérieur et…plusieurs plans de l'école « A l' intention des nouveaux venus ».

Les professeurs, eux-mêmes, avaient pris leurs quartiers quelques jours avant la rentrée. Ce fut pour moi l'occasion de les rencontrer d'avance, et je fus frappée par certaines disconcordances avec l'idée que je m'en étais faite à partir des films.
Le professeur Mc Gonagall, par exemple, paraissait plus jeune et était rehaussée d'un charisme fou bien qu'autoritaire. Hagrid était lui certes grand, mais n'apparaissait pas bedonnant comme un nounours. Et puis Snape…Non, en fait, il valait mieux ne pas y penser…pfiou.

Je balayai cette pensée en me concentrant à nouveau sur mon livre de potion. Une décoction, justement, attira mon attention. J'en mémorisai la page, saisis l'énorme pile d'ouvrages divers sur lesquels j'avais jeté mon dévolu et sortis de la bibliothèque.

- Eh bien, quelle studiosité ! Alors que les cours n'ont même pas commencé, commenta dans mon dos une voix bienveillante, empreinte d'amusement.

- Oh, j'essaye seulement de rattraper mon retard. J'avance sur la théorie, mais j'ai peur de faire des bêtises sur le plan pratique…commençai-je sur un ton enjoué.

Je me retournai tant bien que mal pour faire face à ma maîtresse de maison, le poids des livres entravant conséquemment mes mouvements.
Je m'aperçus alors qu'elle était accompagnée du professeur des Potions, qui ne bronchait pas un mot, et restait aussi froid qu'à son habitude. Celui-ci jaugeait les volumes que je tenais, parmi lesquels se trouvaient quelques uns en référence à son enseignement.
Je vis son regard s'arrêter sur le plus haut livre de la pile, relatif aux cours moyens de Potions. Un rictus malveillant étira la bouche de mon sombre professeur, qui s'éloigna sans dire un mot.

- Oh croyez-moi qu'avoir des connaissances théoriques, c'est déjà plutôt pas mal. Vous imaginez, je dois répéter chaque année que la formule pour changer un objet en pierre est « Duro ». Même aux plus anciens élèves ! Consternant…consternant…

Je me retournai vers Mc Gonagall, mon attention s'étant perdue pendant quelques secondes sur l'étrange intérêt que portait Snape sur mon livre. Je m'aperçus qu'elle hochait la tête d'une manière atterrée en accompagnant ses propos. Je ne trouvai rien à lui répondre…j'ignorais moi-même la formule.

- Enfin, conclut le professeur de métamorphose avec une petite tape sur l'épaule. Je suis bien contente de voir un peu de bonne volonté ici. Nous nous verrons en cours dans deux jours, d'ici là, ne vous tuez tout de même pas à la tâche !

Elle s'en alla à son tour dans un pas droit et déterminé. Le genre d'allure complètement opposée à celle des élèves qui débarquèrent le lendemain.

Et de fait, comme je pus l'observer, les nouveaux étudiants n'en menaient pas large, trempés par l'éternel temps pluvieux de septembre, aux pas hésitants entre les immenses tables de la Grande Salle, le regard furtif et effrayé.
Je les comparai mentalement à de pauvres petits boursoufflets inoffensifs lâchés en pâture dans un champ de véracrasses.

J'étais en bout de table, au fond, loin du chahut des pensionnaires plus âgés et complètement surexcités. Si quelques uns s'étaient étonnés d'apercevoir un nouveau visage déjà assis, aucun ne parut vraiment s'intéresser à ma personne.
Je le savais, je n'étais pas d'une beauté fatale, n'avais pas un air charismatique ou engageant, n'étais pas célèbre, ne possédais pas quelconque pouvoir grandiose…Je n'avais, au final, rien pour intriguer qui que ce soit.
Bien que cette conclusion fût potentiellement déprimante, je m'en rassurais. Je ne voulais en aucun cas affecter, par quelconque lien ou amitié, l'histoire. Il ne fallait absolument pas qu'elle m'échappe. Elle devait se dérouler comme initialement écrite.

Je me plongeai dans mon livre de sortilèges, tandis que les élèves passaient l'épreuve du Choixpeau. Rien ne retint son attention, rien en tout cas qui n'aidât mon projet. Je m'étais intéressée aux retourneurs de temps mais ceux-ci, gardés par le ministère, n'offraient qu'une possibilité limitée.
J'avais besoin de beaucoup plus que quelques tours pour arranger les choses comme je le souhaitais.
Je rangeai l'ouvrage, et en saisis un nouveau, qui concernait la même matière. J'en parcourus le sommaire, feuilletai quelques passages, m'attardai sans grande conviction sur une page, pour aussitôt la tourner.
Non, non, non.
J'allais retourner toute la bibliothèque s'il le fallait, mais je me promis de trouver quelconque sort à remonter le temps assez efficace.
Je me souvins alors d'un propos d'Hermione, prétendant qu'il ne fallait surtout pas se croiser soi-même, qu'il arrivait des choses horribles aux sorciers qui rencontraient leur égo.

«Pff, rien à craindre. Je ne risque pas de me voir dans le passé alors que je n'existe pas. »
La pensée, voulue initialement rassurante, n'en était pas moins amère. Le passé, le passé…

Mes réflexions furent interrompues par un nouvel élan d'agitation. Le Tournoi, de toute évidence, venait d'être annoncé. Mon regard s'attarda sur le faux professeur Maugrey, qui trépignait sur place et fixait son œil magique sur Harry. Je le craignais, lui, le Mangemort sous couvert.

« Surtout faire attention…aucune bourde…fais comme si tu savais rien… »

Je fus à nouveau stoppée dans mon raisonnement par l'apparition, cette fois-ci, de nombreux plats. Je réfléchissais tellement (si, si…) que j'étais sans cesse surprise par la vitesse des évènements. Je mangeai tout en feuilletant mes livres de sortilèges, puis m'empressai de gagner ma chambre, m'éloignant du flot des élèves qui se rendaient vers leurs salles communes.