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- CHAPITRE 4 –
LAVER
Edward semblait fatigué.
Non seulement fatigué, comme en témoignaient ses yeux tombants mais il semblait… las. Comme si cela était un état d'être et pas seulement un sentiment de passage. Je le regardais finir sa nourriture me demandant ce qu'il ferait ensuite. Je me demandais aussi comment cela allait fonctionner. Je n'arrêtais pas de me heurter à la réalité qu'il était un être vivant et que j'allais partager mon espace avec quelqu'un que je ne connaissais pas du tout.
Ça me rendait nerveuse et pas d'une bonne façon.
"Tu veux plus de café?" lui demandai-je, en me levant pour débarrasser mon assiette.
"Non." Il hocha la tête, me suivant à l'évier. "Merci. Je crois que je vais aller m'allonger."
"Est-ce que ça va?" demandai-je, comme un disque rayé.
"Je ne sais pas," dit-il, en fermant ses yeux pour une seconde. Et avant que je puisse dire autre chose il disparut dans le salon.
Je ne savais pas quel était son problème, physique ou émotionnel. Ma petite voix intérieure me disait qu'il y avait plus que cette histoire de voiture et de téléphone en panne. Vivait-il dans le coin? Si oui, il aurait su qu'il ne fallait pas s'aventurer dehors avec ce temps, surtout si mal préparé.
Après avoir nettoyé le petit désordre nous avions fait dans la cuisine, j'allai le rejoindre. Quelque chose en moi se souciait de lui, comme s'il avait besoin d'être dorloté ou quelque chose. Jacob avait toujours été arrogant et fier. Il n'avait jamais voulu que je prenne soin de lui et il n'avait jamais voulu que je prenne soin de moi, non plus. Il croyait probablement que ça me faisait me sentir chouchoutée alors que tout ce que ça me faisait c'était de me sentir ennuyée. Inutile.
Edward somnolait déjà sur le canapé, pelotonné sous une des couvertures. Je m'aventurai plus près, en plissant les yeux, réalisant je n'avais pas ouvert les rideaux. Je ne voulais pas le réveiller mais le manque de lumière blessait mes yeux et rendait les choses plus déprimantes qu'elles n'étaient.
Doucement, j'ouvris les rideaux, clignant des yeux à la lumière.
En revenant au côté d'Edward, je fus consternée en constatant que ses joues étaient rouges. Je touchai son visage, son front. Il était chaud, trop chaud.
Que se passait-il? Trop froid et maintenant trop chaud ? La fièvre était-elle un effet habituel après une hypothermie? J'avais ma main à mon téléphone, prête à appeler Rose, quand Edward ouvrit les yeux.
Je reculai, consciente d'être trop proche de lui. "Tu as de la fièvre."
"Je sais."
"J'ai du paracétamol, si tu veux."
"J'en prendrai."
"Pourquoi tu n'as rien dit?"
Il resta silencieux, ses yeux se fermant lentement avant de se rouvrir.
"Je ne peux pas t'aider si tu ne me dis pas de quoi tu as besoin," dis-je doucement, en m'éloignant.
Encore une fois Rose appela quand je faisais le thé. J'avais l'intention de faire boire Edward cette fois.
"Comment est notre patient?" demanda-t-elle.
"Il a pris une douche et le petit-déjeuner mais maintenant il a de la fièvre."
"Saleté." Elle fit un soupir dramatique, envoyant de la friture sur la ligne. "C'est compliqué, tu sais? Je crois toujours que tu ferais mieux d'appeler une ambulance et de t'en débarrasser. D'un autre côté ce n'est sûrement pas très grave. Il pourrait avoir un rhume ou quelque chose du genre. Ce ne serait pas bien de leur faire prendre des risques avec ce temps pour quelque chose qui va guérir seul."
J'avais déjà pensé à tout ça. J'avais essayé d'évaluer la situation pratiquement, essayé d'ignorer mon désir, un désir ardent de compagnie. Si j'étais normale, je n'aurai pas voulu être seule ici, même si cela signifiait de garder un gars malade prisonnier.
Je grognai à la direction que prenaient mes pensées, incitant Rose à rire un peu. "Quoi?"
"Je ne sais pas. Je veux dire, ouais. Je ressens la même chose. Je ne sais que faire. Je fais du thé. De nouveau."
"Tu es si gentille."
"J'essaie." La bouilloire siffla et je l'éteignis, laissant le thé infuser. "Je lui donne du paracétamol, aussi. Si ça ne fonctionne pas alors… "
"Donne-lui un bain tiède, pour qu'il se détende."
"Il peut probablement le prendre tout seul."
"C'est ce que je voulais dire," dit-elle en riant encore. "Idiote. Hey, je dois y aller - je pense qu'Alice s'est enfermée à nouveau dehors."
Secouant la tête, je la laissai partir.
De retour dans le salon, Edward était couché de côté, traçant un doigt le long du tapis par terre.
"Tiens," dis-je, tenant deux comprimés et la tasse de thé.
"Merci." Il s'assit, acceptant les deux.
Ne voulant pas rester plantée là, je le laissai. Il n'y avait pas grand-chose à faire ici, à part regarder la télé ou lire. Tous les jours je me disais que je devrais faire de l'exercice ou méditer et tous les jours je me retrouvais sur le canapé, me perdant dans les vieux films. Maintenant même ça était hors de question, vu qu'Edward était installé sur le canapé.
En soupirant, je montai à l'étage. C'était un bon moment pour lire, après tout.
Et peut-être faire de l'exercice.
Deux heures plus tard, après avoir répondu à des mails, harcelé des gens sur Facebook et fouillé Pinterest à la recherche des meilleurs traitements capillaires et nettoyages faciaux que je ne ferai jamais, je fermai mon ordinateur portable et me levai. Il était probablement temps d'aller voir Edward, je n'avais pas entendu un seul bruit venant de lui depuis un moment.
Mais d'abord, j'avais envie de faire pipi. J'entrai dans la salle de bains, déboutonnant déjà mon jean et je m'arrêtai net.
Edward était devant le lavabo, mon rasoir rose à la main, se rasant. J'aurais probablement dû être fâchée qu'il ait pris un de mes rasoirs... j'espère un nouveau... mais tout ce que je vis, c'est cette mâchoire lisse et nouvellement découverte et ses yeux vert vif, qui me regardaient dans le miroir.
"J'espère que ça ne te dérange pas…" dit-il en tenant le rasoir. "J'ai trouvé le paquet sous le lavabo."
"C'est bon," soufflai-je, en baissant mon t-shirt par-dessus mon pantalon ouvert. Mes yeux tombèrent sur son dos... et le reflet de son torse... les muscles et la peau pâle. Angles et courbes. Des égratignures. Des bleus.
J'haletai. "Que t'est-il arrivé?"
Je regardai son reflet tandis que son regard vacillait impassiblement de son visage à son torse. "Baston."
"Qui a gagné?" demandai-je, un peu horrifiée.
"Tu as vraiment besoin de demander…?"
Mes yeux revinrent aux siens. Il sourit un peu, sourit vraiment en fait, retournant à sa tâche. C'était la première fois que je vis un soupçon de quelque chose d'autre que la maladie et la tristesse, et c'était magnifique. Mon cœur se serra, sans doute confus par les papillons et les nerfs que je ressentais. Je me disais que mes suppositions étaient justes. Je savais qu'une fois qu'il se serait rasé et qu'il se sentirait mieux, il serait... chaud.
Et pas à cause de la fièvre.
En m'éclaircissant la gorge, je me retournai pour sortir. "Comment tu te sens? La fièvre est tombée?"
"Ouais. Je vais bien. Fatigué, mais... mieux."
"C'est bien." Je jetai un autre coup d'œil en revenant dans le couloir.
"Bella?"
Je revins. "Ouais?"
"Avais-tu besoin de quelque chose ici ? Je peux te laisser la place..."
"Non," mentis-je, ce qui était stupide. "Ça va aller…"
Mais il était déjà dans le couloir étroit avec moi, essuyant les traces de crème à raser sur son visage.
Traînant ses doigts sur son menton, il s'essuya les mains sur son pantalon de survêtement... qui tombait un peu plus bas maintenant, ce qui me donna une vue obscène sur ses abdominaux et le V qui était visible.
"Tu devrais mettre un t-shirt," marmonnai-je. "Tu devrais me laisser laver tes vêtements."
"Alors, lequel ?" demanda-t-il.
Je lui jetai un coup d'œil, m'attendant à le voir sourire mais il était sérieux comme une crise cardiaque. Je lui fis signe de me suivre dans la chambre de l'oncle Phil. Là, je lui jetai un pull propre et un pantalon en flanelle. Edward était plus grand et plus mince que mon oncle mais nécessité fait loi.
Je gardai ces pensées pour moi, cependant.
Je dis : "Laisse ça par terre," en montrant son pantalon. Il pensait probablement que j'étais le monstre des placards et obsédée qu'il enlève ses vêtements.
"Oui, madame."
C'est alors qu'il commença à enlever son pantalon. Je pris ça comme mon signal pour partir. Soit il s'amusait avec moi soit il était bizarre.
Peut-être les deux.
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