Titre : L'enfant de la nuit
Rating : M
Note : Salut à tous mes petits dragons ! Comment allez-vous ? Voici le troisième chapitre de L'enfant de la nuit. Je vous assure que l'action viendra bientôt et qu'il y aura aussi un peu plus de Newtmas (puisque ce chapitre n'en contient pas tant que ça). Ne lâchez pas, l'aventure ne fait que commencer ! Bonne lecture.
Disclaimer : Les personnages de cette fiction appartiennent à James Dashner et à la franchise Le Labyrinthe. Le scénario est inspiré de Laisse-moi entrer.
Chapitre 3 : Maison
La semaine s'était écoulée trop vite à son goût. Tous les soirs, il rejoignait Newt au parc, discutant de leur vie, faisant de plus en plus connaissance, apprenant chaque détail de leur physique, observant toutes les qualités de chacun, ainsi que leurs défauts -que Thomas avait du mal à noter chez le blond- et ne cessaient jamais le flux de parole qui s'écoulait de leur bouche, si bien qu'une fois, le brun proposa à son compagnon s'il voulait s'acheter à boire. Toutefois, il avait décliné l'offre et une brève expression déçue avait traversé le visage du plus jeune, tordant le cœur de son camarade.
Les révélations étaient toujours au rendez-vous durant leurs échanges. Si de son côté, Thomas avait eu la chance de se faire des amis comme Minho et Gally, et à présent Newt, ce-dernier ne pouvait pas se vanter d'un tel exploit avec seulement le petit brun dans ses contacts téléphonique, son paternel et sa mère. Ils avaient échangé leur numéro pour rester en contact durant le séjour du jeune homme chez son propre père. La surprise fut immense quand il lui raconta toute la solitude qu'il éprouvait depuis toutes ces années, le garçon pensant que ce petit ange avait plus de facilité à se faire des amis que lui. Comme quoi … personne ne voyait la grandeur de son âme et la gentillesse qui reposait en lui. Ensuite, Thomas avait appris que le blond avait eu la chance de visiter la France et l'Italie, avant de venir se perdre dans ce patelin paumé aux États-Unis. Le fait qu'il soit fauché à présent, devait être le résultat de ce trop grand nombre de voyages, mais le concerné lui affirma que cela n'avait rien à voir. Le mystère sur sa vie restait donc toujours très grand, et le voile ne comptait pas se retirer de si tôt car l'adolescent n'aimait pas vraiment parler de son enfance, ou même de sa vie en générale. Il était plutôt réservé sur ce qui concernait les histoires de famille, ne partageant que certaines choses très peu personnelles comme le fait qu'il ait dix-neuf ans, soit deux ans de plus que son ami. Certainement la raison pour laquelle il n'allait pas en cours et ne sortait pas de chez lui. Contrairement à lui, Thomas n'avait pas la langue lié par un serment de non-divulgation, lui racontant tout ce qui pouvait lui passer par la tête, hormis le fait qu'il soit maltraité à l'école. Il n'avait pas envie de baisser dans son estime et devenir le pauvre petit protégé de cet adolescent. Newt était aussi proche de lui qu'aurait pu l'être un grand frère et tout lui dire était un acte des plus normal. Il ne se souciait guère plus de ce qui pourrait advenir dans le futur, si le blond se lasserait de lui après avoir entendu et avalé toutes ces histoires à dormir debout, ni de son départ imminent, même si la date de celui-ci n'avait jamais été fixée.
La semaine s'était écoulée si vite, qu'il n'avait même pas fait le décompte sur son calendrier pour savoir combien de jours de souffrance il lui restait avant de rejoindre la liberté et l'amusement. Newt avait éloigné tous ces sentiments en consolidant cette amitié qui les liait à présent. Également, le jeune homme se rendit compte que plus aucun de ses agresseurs habituels n'étaient venus lever la main sur lui ou ne l'avaient, ne serait-ce, qu'insulté. Il sourit à cette pensée d'avoir enfin une vie tranquille et heureuse. Juste avant son départ pour prendre le bus, Thomas glissa une feuille sous la porte de son voisin, espérant que celui-ci la remarque avant que son père ne la jette en pensant qu'il s'agit d'une pub. Il n'était question que d'un dessin, le portait d'un chat pour être plus précis. En effet, il avait appris que son aîné adorait ces petites créatures velues qui aimaient faire leurs griffes sur les rideaux et qu'il n'avait pas encore fêté son dix-neuvième anniversaire. Du coup, il s'était permis de lui faire un petit cadeau à sa manière, étant donné qu'il n'avait pas trop d'argent de poche. Les animaux n'étaient pas son fort en art mais il se débrouillait plutôt bien, alors il mit beaucoup d'espoir à l'intérieur, en priant que cela plaise à son destinataire. Il jeta un dernier regard en direction du volet barricadé, sachant pourtant qu'il ne verrait rien hormis du papier journal et du carton. Son étonnement le paralysa presque quand il vit la figure pâle de son ami, sa main collée à la vitre en un signe d'au revoir. Il mit du temps à se rendre compte de son ridicule et alors qu'une tache rouge se profilait sur ses joues, il secoua son poignet pour montrer au garçon qu'il l'avait vu.
Le trajet jusque chez son père était plutôt long. Environ quatre heures pour pouvoir arriver à la gare de la ville, et encore une demi-heure de marche à travers la campagne juste à l'extérieur. L'adolescent ne détestait guère sa petite balade du week-end, au contraire même. Les habitants le connaissaient assez pour lui lancer quelques sourires, parfois même le gratifier d'une vive salutation de la main ou d'une phrase de bienvenue. Souvent, sur le chemin, il croisait le fermier qui revenait avec son tracteur et se rappelait le temps où il grimpait dans la cabine avec lui, faisant le tour des champs alors que Minho et Gally couraient à l'arrière avec des sourires idiots plaqués sur leur face. Ce petit rappel fit passer le temps à son propriétaire et il arriva devant une maison, entourée d'une clairière ensevelie sous quelques rares flocons, signant l'arrivée imminente du printemps et des animaux qui s'y rattachaient. Il parvint à discerner la silhouette grande et sèche de son père, ses courts cheveux noirs légèrement blancs sur les côtés, ses yeux clairs cachés derrière une paire de lunettes rondes, nettoyant sa voiture pour retirer les tas de neige qui s'étaient déposés sur le capot et la toiture. Il en avait certainement besoin pour aller en ville dans l'après-midi. Il y allait toujours pour faire quelques courses pour lui et Thomas, pendant que son fils rendait visite à ses amis et passait du bon temps. Ce-dernier fit un geste large du bras pour signaler son arrivée à son géniteur et l'appela pour attirer son attention. L'autre leva le regard et un large sourire s'étira sur son visage fatigué par les années, trottant vers son petit chérubin, l'entraînant dans une étreinte chaleureuse, de celles que Thomas manquait cruellement dans sa vie. Une semaine entière les avait séparé mais une éternité semblait s'être écoulée, c'était en tout cas ce que ressentait le brun. Quand ils s'écartèrent enfin l'un de l'autre, son paternel put voir à quel point son fils avait nettement changé par rapport à la semaine précédente ? Avait-il fait une rencontre ? Est-ce que les choses s'étaient arrangées à l'école ? Ou était-ce sa mère ? Aucune de ces questions n'avaient de réponse pour le moment mais au moins, l'enfant ne semblait plus aussi fatigué qu'auparavant.
-Alors Thomas ? Qu'est-ce que tu me racontes de beau ? L'interrogea-t-il en s'attelant de nouveau au nettoyage de la voiture.
-Pas grand chose. L'école se passe comme d'habitude et maman est souvent au travail …
-Rien d'autre ?
Thomas eut l'air d'hésiter, comme si parler de son amitié avec Newt était un tabou, une ligne qu'il se devait de ne pas franchir, un secret qu'il n'avait pas le droit de dévoiler. Cependant, il avait envie de partager son bonheur et s'enquit d'en faire part à son géniteur.
-Si. Je me suis fait un nouvel ami.
-Du même genre que Minho et Gally ? Parce que si c'est le cas, on est pas sorti, blagua-t-il en imitant un rire moqueur.
-Non. Il a un caractère très opposé au leur. Il est intelligent et gentil, il a beaucoup de points communs avec moi aussi. Il s'appelle Newt.
-Tant mieux. Au moins, tu n'est plus seul quand tu es à l'école.
-Il ne va pas au lycée … soupira Thomas avec déception.
-Oh. Eh bien … vous vous voyez quand tu n'y es pas ?
Il acquiesça d'un signe de tête, déposant son sac à dos sur la marche de l'entrée, s'adossant contre le mur d'à côté tandis que l'adulte terminait son travail. Ils entrèrent ensuite dans la petite maison dans laquelle George avait trouvé refuge après son divorce, ne pouvant plus payer celle qu'ils avaient quatre ans plus tôt. Elle n'était pas très grande, seulement quatre pièces la composaient, la plus importante étant le salon/salle à manger/cuisine et la plus petite étant la chambre de Thomas. Il ne s'en plaignait pas, car elle reflétait un peu plus ses vrais goûts. Quelques posters représentant des groupes de musiques tel que RED ou Broken Iris, figuré sur les quatre cloisons, un bureau se trouvant sur la fenêtre à la droite de son lit. Il y passait plus de temps que quand il était chez lui, il avait donc besoin de se sentir chez lui et pas dans une pièce étrangère. Quand il eut déballé son sac pour le week-end, il s'excusa brièvement auprès de son paternel qui s'habillait convenablement pour aller en ville, et le petit partit en courant en direction du stade où s'entraînait Minho tous les samedis. Il fut heureux de le voir, sprintant à toute vitesse sur les pistes avec une seule idée en tête, exploser son temps. Dans les tribunes, il prit note de la silhouette massive de Gally, ses mains agrippant férocement ses genoux comme s'il était plongé dans une longue réflexion. Sa concentration était telle, qu'il ne remarqua la présence du brun qu'après deux bonnes minutes.
-Putain de merde Thomas ! Tu m'as foutu une de ces trouilles ! S'exclama-t-il en posant une main sur son cœur.
-Je fais si peur que ça ?
-T'es effrayant.
Et dans un bond, il l'invita dans une étreinte amicale des plus puissantes. Thomas était vraiment content de les voir. Ce devait être son seul instant de plaisir durant la semaine, les deux seuls lumières qui perçaient les ténèbres de sa vie. Non. Ce n'était plus le cas. Newt était là aussi. Il possédait une troisième lumière, plus puissante que les premières malgré le fait qu'il ne l'avait découverte que depuis une semaine, perchée dans la neige à l'ombre de la Lune. Il aimait la douce chaleur qui l'envahissait quand il se trouvait tout proche de lui et la simplicité avec laquelle ils pouvaient se parler. Le jeune homme se dit qu'il lui enverrait un message dès qu'il rentrerait chez son père.
-Alors p'tite tache ? Quoi de neuf ? L'interrogea le blond musclé en frappant légèrement son épaule tandis qu'ils s'asseyaient.
-Toujours la même en ce qui concerne les cours. J'ai un nouveau voisin. Il est arrivé dimanche soir.
-Oho ! Une autre tache ? Il est comment ?
-Il s'appelle Newt et il est vraiment très gentil …
«Et très mignon» aurait-il ajouté si la honte ne le retenait pas. Depuis son arrivée, Thomas avait senti un étrange lien entre lui et ce jeune homme si mystérieux, qui ne sortait que la nuit et sans vêtements chauds. Le réconfort qu'il éprouvait en étant à ses côtés, la chaleur qui se propageait en lui quand il plongeait son regard dans le sien, la sensation agréable de la peau de sa main sur son propre membre, et l'attirance qu'il ressentait à chaque fois qu'il apercevait ce sourire sur son visage si bien dessiné. Il devait bien l'avouer, rester indifférent à son charme était une mission presque impossible, ratée depuis le départ, vouée à l'échec dès leur rencontre. À cette pensée soudaine, ses joues s'empourprèrent et la température de son corps augmenta sans explication valable. Gally nota le changement de comportement de son ami et ne put s'empêcher de sourire, remarquant également sa bonne mine et le ton plus enjoué qu'il avait utilisé pour l'accueillir.
-Ce gars doit avoir un corps de rêve pour te mettre dans tous ces états, affirma-t-il en reportant son attention sur le garçon qui courrait sur le terrain, à moitié essoufflé.
-Certainement … Hein ? Quoi ?! Oublie ce que je viens de dire. Newt est mon ami …
-Mais bien sûr. Je te crois mon cher Thomas, répondit-il en faisant des bruits de baisers assez répugnants.
-T'es qu'un gros con !
L'adolescent, à la fois gêné et en proie à de nombreux questionnements, laissa son ami continuer ses imitations ridicules d'un couple en train de s'embrasser, ses bras ballants dans le vide comme pour illustrer un corps devant lui, une paire d'épaules probablement et un cou qu'il devenait tenir fermement. Pendant ce spectacle des plus ridicules, le brun se permit de se perdre quelques secondes dans ses pensées réfléchissant en effet à cette possibilité. Il ne restait certes, pas indifférent face à la beauté de son nouvel ami, ses yeux sombres lui faisant ressentir des tas d'émotions différentes, ses cheveux soyeux lui donnant envie d'aller y fondre ses mains à l'intérieur et sa peau l'attirant avec sa couleur provocante, mais pouvait-il se considérer comme amoureux ? Il ne le connaissait pas assez. Il n'avait même pas eu la chance de discuter avec son père, alors entreprendre quelque chose comme ça, il ne fallait surtout pas y compter. Et même s'il était tombé sous le charme du blond, son paternel ne semblait pas l'apprécier plus que ça et le simple fait qu'il partage des moments avec le jeune homme, donnait une raison au grand homme de le détester encore plus.
Sa peau vira encore une fois vers le rouge rubis mais il ne masqua sa gêne, se mordant la lèvre inférieure pour retenir un sourire stupide de se frayer un chemin sur son visage brûlant. Il n'eut pas le temps de continuer ses interrogations, car Minho grimpa les marches des tribunes deux par deux pour rejoindre ses deux compères, enlaçant ses bras autour du cou d'un Thomas à peine présent physiquement, lui faisant partager sa sueur et lui transmettant les battements puissants et rapides de son cœur sportif.
-Ça me fait vraiment plaisir de te voir mon pote. Comment tu vas ? T'as l'air en forme dis-moi. T'as rencontré le grand amour ou quoi ? S'enquit de lui demander l'adolescent en passant une main large et rugueuse dans ses cheveux parfaitement bien coiffés.
-Mais qu'est-ce que vous avez tous les deux ? Pourquoi vous pensez que je me suis trouvé quelqu'un ? J'ai juste un nouveau voisin avec qui je m'entends bien, c'est tout !
Son affirmation sonnait un peu comme un mensonge à ses oreilles. Il ignora cette pensée et se focalisa sur la conversation qu'il avait commencé avec son ami asiatique, dont les muscles se démarquaient parfaitement sous son haut gris clair moulant. C'était à se demander pourquoi il était devenu ami avec un craquitos comme Thomas …
-À d'autre ce genre de mensonges. Qui est l'heureux élu ?
-La ferme Min' ! Je te déteste.
-Mais non, mais non. Tu m'aimes plus que tout au monde voyons. Bon, on va pas rester planter là à se regarder dans le blanc des yeux. Venez, je dois prendre une douche et après on sort, OK ?
Les autres acquiescèrent d'un hochement de tête, Gally passant son bras autour de l'épaule du brun pour le ramener contre son torse et frotter son poing sur son crâne, arrachant des couinements de la part de sa victime. Un fou rire rythma le chemin du retour, le plus grand des garçons imitant un de ses professeurs qui avait vainement tenté d'expliquer la théorie de Kant sur l'existence de Dieu à sa classe, montrant bien que si la perfection existait et que Dieu était parfait, alors cet être spirituel existait. Il s'était tellement emmêlé les pinceaux que même les plus croyants de leur classe ne parvinrent pas à saisir le sens de son charabia.
Ils traversèrent un champ qui bordait le stade et aperçurent la petite maison de l'asiatique, deux gros chiens courant dans sa direction pour lui souhaiter la bienvenue avec des aboiements de joie. Le plus imposant, un labrador couleur crème, sauta sur son maître pour le faire tomber à la renverse mais la force du jeune homme égalait celle de son compagnon canin, et il fallut l'aide du second, un golden retriever, pour réussir à le plaquer au sol. Ils n'avaient vraiment pas changé ces deux-là. Toujours aussi fou-fou malgré leur âge.
-Bark ! Flash ! Doucement les gars ! S'exclama le brun en les repoussant avec difficulté. M'aidez surtout pas vous !
Gally laissa un rire rauque sortir de sa gorge avant de se baisser pour agripper le collier d'un des chiens, ordonnant à Thomas d'en faire de même. Et comme il fallait s'y attendre, le jeune homme à la chevelure brune fut obligé de s'occuper de Bark, le plus gros des deux. Ce-dernier l'emporta avec lui quand il voulut le retenir en attendant que leur maître ne se redresse et ne retire la boue qui se trouvait sur son survêtement, sa tête atterrissant la première dans une flaque de boue fraîchement créée. L'autre garçon se mit à rire tandis que Minho se débarrassait enfin de son clébard collant. La voix autoritaire de son père les rappela alors à l'ordre, les deux animaux retournant de l'autre côté du jardin avec la queue entre les jambes.
-Ça va mon pote ? Pas trop mal ?
-Je viens de boire la tasse … murmura le lycéen à terre, acceptant volontiers la main du coureur.
-Ahaha ! Viens, on va te débarbouiller un peu la figure. On dirait que tu t'es pas lavé depuis plusieurs moi.
Minho pointa d'un index tremblotant de rire en direction des vêtements simples de Thomas, révélant de nombreuses taches de poussières et de boue.
-Les garçons, rentrez-vite le repas va être prêt.
La mère du jeune homme venait de les appeler pour manger et le brun n'avait pas réellement envie de se présenter comme ça, sale et malodorant. Il supplia son ami des yeux et le sportif le fit rentrer par la porte arrière, le guidant jusqu'à la salle de bain où il plaça les habits abîmés du malchanceux dans la machine, avant de le laisser prendre une douche, quelques vêtements propres sur le rebord du lavabo. Quand il eut terminé, s'admirant dans la glace pour voir que ses traits s'étaient adoucis durant la semaine, ses cernes disparaissant peu à peu alors qu'il semblait reprendre un peu de sommeil réparateur, son poids augmentant légèrement alors que la faim l'envahissait depuis quelques jours. Il enfila rapidement le short de basket noir de son camarade, revêtant le manches longues blanc qu'il lui avait prêté et sortit en trottinant timidement vers la cuisine, lumineuse et pleine d'une atmosphère joyeuse. Thomas sentit une paire de bras l'enlacer sans qu'il ne s'en aperçoive, reconnaissant la chaleur maternelle si particulière de la mère du coureur, une jeune femme à la carrure un peu large, sans être obèse non plus, à peine plus grande que lui, avec de très court cheveux noirs et de petits yeux bridés adorables. Elle l'embrassa vivement sur la joue, lui faisant remarquer à quel point il avait l'air en forme contrairement aux autres fois et lui demanda de s'installer sans faire d'histoire. Gally se trouvait juste à sa gauche, les mains sous la table et la tête haute, palabrant avec le père de Minho qui était en bout, une grande figure sérieuse et autoritaire, dirigeant d'une entreprise assez importante.
-Alors Thomas ? Comment ça se passe chez toi ? Ta mère va bien ? On a pas eu beaucoup de nouvelles depuis le mois dernier, l'interrogea Sena en prenant les couverts pour servir la salade à son mari.
-Elle va bien. Son travail l'occupe la plupart du temps et je n'arrive pas à la voir très souvent. Mais je pense que c'est bon signe …
-Oh, mon pauvre petit. Pourquoi ne viendrais-tu pas passer une semaine à la maison ? Pendant les vacances de février par exemple ?
-Je ne sais pas si elle sera d'accord. Elle avait prévu qu'on sorte ensemble pour une fois …
La femme au foyer soupira avec une expression déçue peinte sur son jolie visage blanc, un peu rondelet. Elle aimait Thomas comme s'il s'agissait de son propre fils, Minho le considérant presque comme un frère cadet, et elle trouvait cela abominable de laisser son enfant avec si peu de présence autour de lui. Et elle savait pertinemment que c'était la raison pour laquelle il n'arrivait pas à se faire beaucoup d'amis.
-Tu as prévenu ton père que tu resterai là pour l'après-midi ?
-Mince ! J'ai complètement oublié de lui rappeler que tu m'avais invité, râla l'adolescent en empoignant son téléphone.
Il écrivit un texto à son paternel pour l'informer de sa présence chez les Lee jusqu'en milieu d'après-midi et qu'il ne fallait surtout pas l'attendre pour déjeuner. Quand la page de ses contacts réapparut sur l'écran de son téléphone, il vit le nom de son nouvel ami apparaître : Newtie. Il en profita pour lui envoyer un SMS.
De : Thomas
'Salut Newt. Comment vas-tu ? Je suis bien arrivé chez mon père et il fait plutôt bon
ici.'
Suite à quoi, il se remit à manger en répondant aux différentes questions que lui posaient les parents de son compagnon, leur indiquant qu'il n'avait pas vraiment de projets futurs et que seul l'avenir décidera de ce qu'il ferait après le lycée. Minho lui tapa sur l'épaule en lui disant qu'avec son cerveau, il arriverait très facilement à se trouver un emploi ou une école qui lui plairait. Gally haussa des épaules quand on lui posa la question. Lui non plus n'avait pas trop d'idées mais lui, c'était plus parce qu'il n'aimait pas le lycée et les cours.
Après avoir débarrassé la table et nettoyé la vaisselle, les trois garçons s'installèrent dans la chambre de l'asiatique, prenant possession d'un pouf chacun pour pouvoir jouer à la console pendant le tout début de l'après-midi. La pièce était bien à l'image de son propriétaire. Murs complètement blancs, posters de basketteur sur celui contre lequel son lit était parallèlement appuyé et plusieurs coupes reposant sur ses étagères, et les livres étaient complètement absents de sa bibliothèque. Ce n'était pas un littéraire de toute façon.
Au bout de vingt bonnes minutes de baston sur Mortal Kombat, durant lesquelles Minho et Thomas s'étaient ligués contre Gally pour se venger de sa dernière blague avec le sel et le poivre dans l'eau, le téléphone du plus jeune se mit à vibrer à travers la chambre et ils mirent le versus sur pause.
-C'est ta chérie ?
-Encore ? Mais tu n'abandonneras jamais cette idée Min' ? Soupira Thomas en déverrouillant son portable.
De : Newtie
'Coucou Tommy. Content que tu sois arrivé à bon port. Merci beaucoup pour le dessin, il est magnifique, c'est vraiment adorable. Tu me manques déjà … C'est nul sans toi'.
Le concerné se mit à sourire comme un idiot, rougissant légèrement au mot «adorable», attirant l'attention de ses amis qui haussèrent un sourcil, se décalant vers les côtés du garçon pour regarder ce qui pouvait bien le faire sourire de la sorte. Le coureur fut le premier à faire la remarque.
-Tommy hein ? Et après tu nies les faits, vilain cachotier.
-Occupe-toi de tes affaires abruti.
-Ehehe calme-toi Tommy !
L'autre leva les yeux au ciel pour montrer son exaspération et tapota sur son écran pour répondre en vitesse à son ami, se languissant lui-aussi de le revoir.
ooooo~ooooo
La nuit venait juste de tomber sur la petite ville où avait emménagé Newt, une atmosphère lugubre changeant les rues en désert blanc à cause de la peur que les meurtres avaient inspiré durant les derniers jours. L'adolescent était adossé contre le mur à côté de son matelas, lisant des magazines que James lui avait acheté pour qu'il ne s'ennuie pas trop et qu'il continue d'apprendre, à la fois l'actualité et les choses du passé dont il n'avait pas connaissance, bien que cela était peu probable. Tout ce qu'il avait toujours fait de sa vie, hormis dormir et boire du sang, c'était lire des livres antiques et décrypter des parchemins en langues mortes. Il avait du temps à perdre, alors autant s'en servir pour se cultiver.
Il passa sa main droite dans ses cheveux blonds, tournant la page de son livre de l'autre, quand son téléphone vibra dans sa poche. Il le sortit avec un léger sourire, sachant bien qu'il ne pouvait s'agir que de son petit Tommy. Ce-dernier lui racontait sa merveilleuse victoire contre son ami Minho à une partie de Soul Calibur V, obtenant des protestations digne du grognement d'un ours en colère. Le garçon s'imagina la scène très clairement dans sa tête, se servant des illustrations sur le carnet à dessin pour figurer les deux amis du jeune homme. Il répondit rapidement à son message en le félicitant pour sa victoire et en lui souhaitant un bon appétit. Une fois qu'il eut envoyé le SMS, il redirigea son attention sur ses lectures, bâillant avec ferveur avant de le fermer sans tendresse. Il se releva doucement pour se diriger vers la pièce adjacente et prendre de nouveau vêtement dans la commode rongée par les mites. Il retourna ensuite dans sa chambre et retira ses anciens habits, sales et abîmés. Quand il n'eut plus que son boxer sur lui, il regarda ses bras pour constater à quel point ils étaient minces et fragiles malgré toute la force qui reposait en eux. Son ventre plat ne montrait aucune autre forme, ses pectoraux se démarquant d'une belle façon sans être trop voyant et les veines de son cou saillaient sous sa peau. Ses doigts tracèrent une courbe du bord de sa lèvre jusqu'à ses côtes, s'imaginant les mains de Thomas posées sur lui. Il souffla en refusant de se laisser aller à de telles pensées. Il ne pouvait se les permettre. Il n'avait pas le droit de partager cela avec lui. Pas avec un ange comme lui.
-Newton ? Appela une voix derrière lui.
En tournant la tête, il aperçut du coin de l'œil la longue figure de James, se tenant lourdement sur l'encadrement de la porte, les battements de son cœur bien plus rapide et bruyamment à l'oreille du garçon, lui indiquant que quelque chose n'allait pas. Ou bien …
-Qui a-t-il James ? Demanda-t-il d'une voix douce, son t-shirt toujours en main.
L'autre ne répondit rien, s'approchant lentement de son corps si désirable et sans taches malgré tous les péchés qu'il avait commis. Newt se remit face au mur, ne cherchant pas à fuir les paroles sensuelles et pleines de besoins de son protecteur. Il connaissait les nécessités humaines. Celles qu'il n'avait jamais ressenti, celles qu'il ne ressentirait probablement jamais puisqu'il n'était pas comme les autres. Puisqu'il n'avait pas … ça. Une paire de bras s'enroulèrent autour de ses hanches tandis qu'un torse bien plus puissant que le sien se colla contre son dos, une paire de lèvres se déposant dans le creux de son cou. Newt était au courant de l'homosexualité de James depuis qu'on le lui avait présenté quelques années plus tôt, alors qu'il n'était encore qu'un jeune adulte. Plusieurs fois il avait essayé de faire des avances au petit blond et à chaque fois, il l'avait rejeté gentiment, essayant avec difficulté de ne pas le blesser. Pourtant, malgré tout, l'adulte avait continué de laisser son amour l'enfant se développer, ses sentiments se reflétant dans chacun de ses gestes et toutes ses marques d'affection étaient la preuve de son dévouement.
-Arrête d'aller voir ce garçon … S'il te plaît, murmura-t-il en baisant la peau délicate sous lui.
Ses mains glissèrent sur le haut de son torse, passant par-dessus ses tétons pour empoigner ses épaules et les caresser de ses pouces. L'adolescent ne réagit pas, le laissant jouer avec lui comme s'il n'était qu'une poupée, ne désirant vraiment pas briser les rêves de son protecteur. Il l'aimait … mais d'une autre façon.
-Je peux m'occuper de toi … je te promets que je ferais le nécessaire pour tu ne meurs plus de faim. Quitte à te donner mon propre sang. Alors s'il te plaît … Ne va pas rejoindre cet enfant.
-James … Tommy n'est pas là pour le week-end. Mais je ne peux rien te promettre. J'ai réussi à me faire un ami autre que toi … tu n'as pas le droit de m'enlever cette faible lueur de bonheur.
L'affirmation sembla blesser le concerné plus qu'il ne l'aurait pensé, ses dents se plantant légèrement dans sa chair, lui arrachant un miaulement que l'autre chérit de la même façon qu'un enfant qui aurait eu un nouveau petit train. Newt courba son dos contre toute attente, James fermant sa poigne sur le menton de celui qu'il aimait pour que son visage soit bien en face de lui. Le blond ne comprenait pas pourquoi il était si violent cette fois-ci. La jalousie infiltrait son corps par tous ses pores, remplaçant le caractère si timide et bienveillant du grand homme par une âme pleine de luxure et de désir. Sa seconde main allait descendre vers le sous-vêtement du garçon, quand ce-dernier se mordit la lèvre, se blessant légèrement alors que ses yeux se fermaient, son corps tremblant de terreur. Il avait peur. Oui. Il n'avait jamais ressenti cette émotion auparavant. Mais jamais James n'avait été aussi entreprenant. Jamais il n'était allé aussi loin. Jamais il n'avait souhaité toucher cet endroit de son corps. Il se l'était toujours interdit, sachant à quel point le jeune homme était terrifié à cette idée.
Une larme roula le long de son cou, rejoignant les lèvres sèches et craquelées de l'adulte. Ce-dernier s'arrêta, une pointe de remords dévorant son cœur alors qu'il comprenait qu'il était allé un peu trop loin et qu'il finirait par perdre l'affection que lui portait Newt, même si celle-ci était différente de celle à laquelle il s'attendait.
-N-ne fais pas ça … S'il te plaît, le supplia-t-il en fermant ses doigts sur cette main trop curieuse.
-Newton …
-À part toi, Tommy est tout ce que j'ai en ce monde.
Un éclat de colère traversa les orbes sombres de son protecteur qui serra le visage de Newt bien plus durement, sans vraiment s'en rendre compte. Il couina sous la douleur, même si elle restait minime et supportable.
-Pourquoi as-tu besoin de lui ? Je ne te suffis pas ? Je suis trop vieux ? C'est ça ?
-Ça n'a rien à voir …
-Alors dis-moi ce que je dois faire pour que tu m'aimes ? Dis-le moi Newton !
À présent, le blond était en face de lui, les paupières toujours closes, une simple larme dévalant sa joue rougie. L'adulte passa sa main dans les cheveux du garçon, cherchant à lui montrer à quel point il était inquiet et le serait toujours, caressant sa joue avant que le buveur de sang ne s'enfonce dans cette paume si attentionnée, récoltant toute la tendresse qu'il pouvait y trouver. Toutefois, la sensation était différente que celle qu'il avait ressenti quand Thomas et lui s'étaient serrés la main.
-Je t'aime Newton … pourquoi ne peux-tu pas m'aimer en retour ?
-Tu le sais très bien.
-Transforme-moi.
-Non …
-Mords-moi !
-C'est hors de question James ! Tu ne sais pas de quoi tu parles. Tu ne sais pas ce que c'est de vivre sans être capable de voir le jour et se demander quand est-ce que tout sera enfin fini … Ne me demande pas de te mettre dans une situation que tu ne pourrais plus contrôler.
Le silence s'installa. L'adulte retira sa main et la chaleur quitta le corps de Newt pour le laisser vide et sans émotion.
-Ne retourne pas voir cet enfant !
-James …
-C'est un ordre Newt. Tu n'es pas en sécurité avec lui près de toi. Tu l'as précisé toi-même : nous ne devons être vu de personne …
Et sur ces paroles, le protecteur quitta la pièce, les dents grinçantes, les yeux brûlants et brillants. Le blond resta immobile pendant un long moment avant de finir de se vêtir, son téléphone vibrant pour afficher le nom de Tommy.
De : Tommy
'Je rentrerai un peu plus tôt demain. On pourra se voir tu penses ?'
Il eut un léger pincement au cœur en lisant ce texto. James n'avait pas le droit de lui retirer sa lumière. Il irait voir le petit brun, même s'il doit se montrer au monde.
