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Chapitre 4
Dix-huit nuances de noir
(P.O.V Regina)
Ce soir, j'allais la punir. Oh ! pas comme elle se l'imaginait. Non, d'une façon beaucoup plus... personnel. Comme je lui avais déjà affirmé, elle n'avait aucune idée de ce dont j'étais capable. Il était temps de lui en faire la démonstration. J'avais toute cette pression à lâcher et il n'y avait qu'une façon de le faire. J'avais soif et sa bouche était comme l'eau... et s'il fallait que je me noie, tant pis pour moi.
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(P.O.V Emma)
Pour une fois, j'arrivais pile à l'heure. Elle portait un pantalon noir, coupe droite, fait de damassé aux motifs sophistiqués ainsi qu'une camisole en satin de soie aux fines bretelles, également noire. Un long pendentif au bout duquel une espèce de pointe de flèche en acier faisait office de breloque tombait sur son ventre. Des escarpins en cuir rouge cardinal complétaient le tout. Elle était à tomber.
'Bonsoir, mademoiselle Swan.'
'Bonsoir, madame le maire.'
Elle avait sourit un peu timide et j'en avais fait autant.
'Tu veux prendre une douche ?'
'Ah ! Oui, s'il-vous plaît.'
'Alors vas-y, fais comme chez toi.' Elle me gratifia d'un petit clin d'œil entendu. 'Viens me rejoindre dans mon bureau après, si tu veux bien.'
J'avais hoché la tête timidement puis elle m'avait désigné les escaliers de la main tout à fait consciente du fait que je connaissais déjà le chemin. Je ne me fis pas prier.
Quelque vingt minutes plus tard, je redescendis. J'avais remonté mes cheveux en chignon et enfilé la courte robe de nuit en satin blanc qu'elle avait laissée à mon intention. Contrairement aux fois précédentes, j'étais nerveuse, je ne sais pas pourquoi mais ce soir, il y avait quelque chose de différent qui planait dans l'air. J'ouvris doucement la porte du bureau et la refermais derrière-moi. Toutes les lumières étaient éteintes et il faisait nuit noire dehors. Seules quelques chandelles, qu'elle avait allumées, ici et là, illuminaient faiblement la pièce.
Dans la pénombre, je l'aperçus. Elle se tenait à la fenêtre les bras croisés et regardait les yeux perdus au loin. Elle ne s'était pas retournée à mon arrivée et je vins vers elle en prenant soin de déposer mes vêtements sur la chaise juste à côté de nous.
'Emma.' Dit-elle en se retournant vers moi quand j'arrivais à sa hauteur. Un frisson de feu glacé descendit le long de ma colonne vertébrale. Elle avait prononcé mon nom sur un ton revêche. Je restais sur le qui vive et levai les yeux vers le visage de Regina. Sur ses escarpins, elle me dépassait de quelques centimètres, deux ou trois pas plus.
Elle referma la distance entre nous, et vint devant moi, si proche que je sentais la chaleur de son corps. Dans l'obscurité, je voyais le mouvement langoureux de ses cils.
'Sais-tu ce que je fais à celles qui ont été très...' Du bout de son index, elle me caressa la lèvre inférieure. '… très... vilaines ?' Je secouais la tête totalement fascinée de la sentir si près, elle avait toute la prestance et l'attitude d'une reine.
De la même main, elle me dénoua les cheveux pour les laisser cascader sur mes épaules. 'Je...' Poursuivit-elle d'un ton tranquille en glissant ses doigts dans mes boucles. '… les punis.' Son bras glissa sur mes reins. Resserrant son étreinte d'une main ferme, elle attira mon corps contre le sien pour m'embrasser.
Lorsqu'elle s'éloigna de moi, j'haletai désespérément. Mes jambes ne me portaient presque plus et je reculais pour tomber assis sur la chaise. Tout mon corps vibrait de ce soudain contact avec le sien. Elle m'avait mordu la lèvre ; du bout de la langue, j'explorai la marque, me demandant si elle avait fait couler le sang.
Elle rit, son rire était la plus belle chose au monde, mais aussi la plus redoutable.
'Viens.' Dit-elle en me tendant la main sans attendre que je la saisisse. Ce n'était pas un ordre. Il n'y avait aucune autorité dans sa voix. Elle s'attendait simplement à être obéi.
Je me levai et sentis naître un désir comme jamais encore je n'en avais éprouvé, semblable à un vent violent qui prend naissance à la base d'un nuage juste avant la tempête.
Elle m'attendit près de la colonnade qui jouxtait le canapé. 'Viens.' Me répéta-t-elle puisque j'hésitais. Obéissante je la rejoins avant de glisser dans ses bras et elle m'embrassa de nouveau.
Dieu sait qu'elle m'avait déjà embrassée auparavant, mais jamais comme ça. C'était plus affirmé, plus vindicatif, plus expérimenté presque ancestrale. Chacune des fibres de mon être résonna de douleur. Je me fis suppliante, accrochée à elle, en train de me noyer dans sa bouche. Elle me relâcha et elle rit un peu. Je faillis me mettre à sangloter.
Elle tira ensuite une écharpe de velours de la poche de son pantalon. 'Nous allons jouer à un jeu.' Elle me sourit un peu torve. 'Tu veux bien ?'
'Ok, ouais.' Lui soufflais-je doucement, impossible de lui refuser quoi que ce soit après ce baiser.
'Cela s'appelle le jeu de la confiance.' Elle s'étira et attrapa une paire de bracelets en cuirs noirs reliés ensemble par une chaîne d'argent qu'elle avait laissée traîner sur la table basse adjacente. 'Pour ça, je dois t'attacher à cette colonnade.' Elle était tout miel, mais il y avait aussi cette note de lubricité qui était décelable. Ses prunelles capturèrent les miennes. Ces dernières luisaient d'un éclat brillant de défi. 'Tu veux bien ?' Je ne pus qu'acquiescer. Elle ordonnait sans ordonner. Et je me laissais prendre à ses filets de mon propre chef.
Elle me tendit un des bracelets et je passais mon poignet dedans en silence. Elle resserra la sangle passa ensuite derrière la colonnade et en fit de même avec mon autre poignet. Elle souleva mes bras repassa derrière avant d'accrocher la chaîne à l'œillet. Elle avait déjà fait ça, cela se sentait. Ses mouvements étaient sûrs et expérimentés. J'avais les bras suspendus au-dessus de ma tête, bien consciente du résultat. J'étais complètement à sa merci maintenant.
J'éprouvais un peu mes liens.
'Inutile. C'est beaucoup plus solide que tu ne le crois.' Me lâcha-t-elle en venant devant moi l'air satisfaite et très confiante. Puis ses yeux se durcirent et elle me jeta un petit coup d'œil provoquant.
'Je crains que tu ne saisisses pas bien ce qu'est la confiance. Tu m'en as, d'ailleurs fait plusieurs fois la démonstration aujourd'hui... Tu sais... ça m'a fait mal.'
Mon cœur se gonfla. 'Je suis dé...'
'Non... Shhh... Ne dis rien... Je ne veux rien entendre. Hoche la tête si je te pose une question, ça sera suffisant. Compris ?' M'enjoignit-elle prestement en me lançant un regard implacable. 'Si tu es assez courageuse pour aller jusqu'au bout, je t'offrirais une récompense comme tu n'en as jamais eu...' Elle laissa un peu traîner sa voix. 'Si tu as le cran de tenir suffisamment longtemps, je vais te faire l'amour comme personne ne te l'a fait de toute ta vie.' Je la vis sourire mais elle se détourna et alla jusqu'à la porte pour s'assurer qu'elle était bien verrouillé. J'avais le souffle court et ses paroles me donnèrent des tressaillements dans tout le corps.
'Et tu n'as rien vu, crois-moi.' Dit-elle en arquant un sourcil tandis qu'elle revenait. Elle avait ce port de reine qui me fit frémir une fois de plus et sa confiance en elle-même semblait irréductible. 'Ce que l'on a fait à venir jusqu'à présent... n'est rien...' Elle me lança un autre regard empli de dérision. 'Du badinage... sans plus... À mon avis, il y a une énorme différence entre ce que je t'ai déjà donné .. et ce que je pourrai te donner...' Elle n'en rajouta pas plus.
Je voulais bien la croire, mais comment pourrait-elle faire mieux ? Elle était déjà divinement compétente en la matière. Un bruit de foule en délire et un tollé d'applaudissements se firent entendre dans ma tête. Et je lui souris un peu. Mon regard se fixa dans le sien puis mon sourire se chargea de cupidité tandis qu'il s'élargissait.
Elle me sourit en retour, un petit sourire en coin, suffisant, ayant l'air de dire que j'étais loin du compte. C'était la première fois que nous étions à ce point connectés l'une à l'autre. Je me promis de tenir bon, quoiqu'elle puisse me faire. Le défi était lancé et j'allais tenter de le relever, je m'en fis la promesse.
Elle sembla lire en moi. 'Majesté.' Dit-elle de but en blanc. Elle sourit en voyant que je ne saisissais pas du tout. 'Ce sera le signal pour que j'arrête.' Elle marqua une pause. 'Si tu dis majesté, cela voudra dire que tu veux que j'arrête.' Elle me sourit à nouveau. 'Et je le ferai.'
Elle retira ensuite son collier et détacha la petite breloque qui y était suspendue. Elle l'amena au niveau de ses yeux en la tenant entre son pouce et son index. La lame brilla. Elle eut l'air satisfaite et un petit sourire en coin retroussa sa lèvre. 'On va bien voir...' Elle ne termina pas sa phrase. J'eus un instant envie de la supplier de terminer, mais elle mit un doigt sur ma bouche.
'Shhh-shh-shh.' Tandis qu'elle me nouais le bandeau de velours sur les yeux.
'Sais-tu ce que c'est ?' La caresse froide de l'acier glissa sur ma joue. Le tranchant effilé de la lame descendit ensuite le long de ma gorge, mon épaule et ma clavicule. 'On appelle cela un kunaï.'
Je gémis affolée mais tint bon en frissonnant. 'Shhh... Il faut que tu me fasses pleinement confiance... Si tu bouges ne serait-ce qu'un tout petit peu...' Une fois de plus elle ne termina pas sa phrase, mais c'était inutile. Elle trancha une bretelle puis l'autre. 'Ce kunaï est particulièrement bien affûté.' Ma petite robe de soie glissa sur le sol. Elle déposa un léger baiser sur mon épaule.
'Voilà qui est mieux.' Me susurra-t-elle à l'oreille. Je frémis. J'étais tétanisée. La lame remonta et suivit la ligne de ma jugulaire, sans déchirer la peau et descendit le long de mes bras. Il fallait qu'elle ait une sacrée maîtrise, car je sentais qu'au moindre écart cette lame risquait de m'entailler la peau.
'Maintenant... Dis-moi... As-tu confiance en moi ?'
Doucement, je secouais la tête négativement.
Sa réaction ne fut pas celle à laquelle je m'attendais. Elle éclata de rire. Un rire franc, en cascade, un peu condescendant. Un rire merveilleusement irrésistible, que l'on avait envie de provoquer encore et encore pour le simple plaisir de l'entendre.
La savoir là, armée de ce kunaï comme elle l'avait appelée me faisait réellement peur. Il avait beau être petit, il était tout de même tout à fait tranchant. J'aurais au moins aimé l'avoir à l'œil. Malgré-moi, j'essayais de voir au-delà du bandeau.
'Tu n'aimes pas avoir les yeux bandés, n'est-ce pas ? Tu peux me répondre.'
Il y avait une note profondément amusée dans la voix de Regina.
'Non.' Soufflais-je. Ma peau se couvrit de chair de poule, mon pouls s'accéléra et je luttai pour rester immobile, terrifiée à l'idée que la pointe puisse s'enfoncer dans mon épiderme. Cette dernière vint s'appuyer entre mes omoplates tandis qu'elle entreprit de m'embrasser de façon beaucoup plus soutenu. Elle le fit pendant un long moment puis daigna me laisser respirer. 'Si tu pouvais voir...' La lame quitta mon dos et se remit à se promener sur ma cuisse gauche. '… l'anticipation serait bien moins forte.' Termina-t-elle doucement, en faisant descendre la pointe le long de mon artère fémoral.
Je ne répondis rien, frémissant de tous mes membres. La peur paralysait totalement mon esprit, tandis qu'un désir si puissant qu'il en devenait douloureux m'empêchait presque de respirer.
'Ma soif est si grande.' Murmura Regina. La pointe de la lame dansait sur ma peau, mon ventre, ma poitrine. Je suffoquais et mes mains attachées se crispèrent involontairement. Regina rit. Elle jouait avec moi.
Elle m'embrassa et me caressa longuement de sa main libre tandis que de l'autre elle faisait courir la lame sur mon corps doucement. Vint un moment où rester immobile me fut presque impossible. Mes muscles brûlaient mais ses caresses me soumettaient, m'empêchaient de sombrer. Mes jambes tremblaient et mon ventre se contractait tandis que le bout de ses doigts effleuraient certaines zones de mon corps dont j'ignorais qu'elles puissent me donner autant de plaisir.
'Sais-tu ce que ça fait quand on s'aperçoit que l'on vous a menti ?'
Je ne lui octroyais aucune réponse. Peu importe, celles que je lui donnerais, cela allait la contrarier de toute façon.
Elle m'avait déjà fait attendre plus que je ne pouvais le supporter, et du bout des doigts, elle effleura mon intimité. Légèrement au début puis en amplifiant ses caresses en suivant mon extase. Mes muscles se tendaient puis se relâchaient à mesure qu'elle ravissait mon rythme pour le faire sien. On aurait dit que ses mouvements fusionnaient avec toutes les fichues cellules de mon corps à chaque seconde qui passait. Au bout d'un moment elle contrôlait jusqu'à mon âme. Emportée par des vagues de plaisir, elle me poussa au paroxysme et juste avant le point de non-retour, elle s'arrêta.
Ce fut à ce moment qu'elle enfonça la pointe de un millimètre ou deux dans la peau de mon dos. Aveuglée et attachée impuissante, mordue au ventre par la terreur, l'envie et le plaisir, toute ma conscience se concentra sur ce point minuscule, l'extrémité de la lame. Je sentis une goutte de sang perler et descendre le long de ma colonne vertébrale. Elle bougea à peine la main et l'orgasme explosa en moi. Mon cœur se mit à pulser dans toutes les fibres de mon être. Je me mis à trembler comme une feuille.
'Dis-le.' Me cracha-t-elle avec passion et hargne.
Je poussais un petit cri de douleur. 'Majesté !' Au faîte de la terreur, je murmurais le signal et tout mon corps s'arqua sous l'effet des indicibles vagues orgasmiques qui déferlaient l'une après l'autre tandis qu'elle me donnait encore du plaisir. Ce ne fut que lorsque, à bout de souffle, je rendis l'âme une dernière fois complètement anéantie que Regina retira la lame.
'Tu as gagné.' Dit-elle tendrement, en dénouant l'écharpe qui m'aveuglait. Je clignai des yeux, éblouis par la lueur des chandelles tandis que l'image de son visage envahissait peu à peu ma vision. 'Que veux-tu ?' Demanda Regina en inclinant doucement la tête sur le côté. Elle souriait et la petite lueur orangée d'une des chandelles se reflétait dans ses prunelles noires. C'était un peu comme voir les flammes danser aux portes de l'enfer.
'Toi.' Murmurai-je.
'Tu ne me dois rien pour... ce plaisir... ceci était mon privilège.' Me murmura-t-elle tandis qu'elle me déliait les mains. Puis sans mot dire, elle me guida vers la porte. Un instant je lâchais sa main en lui faisant signe d'attendre, marchais rapidement vers la chaise et attrapais mes vêtement. Pas question de devoir tirer ma révérence en tenue d'Eve si jamais la situation de ce matin venait à se reproduire.
Peu de temps après, elle remplit sa promesse et à plusieurs reprises qui plus est. Comment diable, pouvait-on être aussi douée ? C'était totalement dément. Et j'y perdis mon âme. Maintenant, je ne souhaitais qu'une chose... ne plus jamais la quitter. Je lui rendis la faveur du mieux que je le pus. J'apprenais vite et son expérience parfaisait la mienne.
Plus tard, parfaitement satisfaite, elle me laissa demeurer encore un peu à ses côtés tout en jouant avec mes cheveux. 'Il va falloir que tu partes.' Dit-elle de sa belle voix profonde, faisant encore courir un frisson dans tout mon corps. Elle enroula une de mes boucles autour de son doigt et déposa un léger baiser sur mes lèvres.
'Oui, je sais.' À contre cœur, je délaissais sa chaleur. 'On se revoit demain ?' Lui demandais-je pleine d'espoir ayant un peu peur qu'elle ne me rejette. Elle ne répondit pas et je terminais de m'habiller le cœur lourd.
Puis elle me gratifia d'un petit sourire et mit un autre moment avant de hocher la tête. On aurait dit qu'elle prenait plaisir à me torturer.
Je l'embrassais une dernière fois avant de la quitter.
Comme la première fois, je pris congé par la fenêtre.
Dehors la lune était pleine et le firmament était pailleté de diamant. Une étoile filante enflamma les cieux comme pour me faire hommage.
Et moi... moi... j'étais éperdument amoureuse d'elle.
Je regardais l'heure. Une heure quinze, j'étais complètement exténuée. Je savais qu'il était tard, mais je me rendit chez Marie-Margaret. J'allais accepter son offre. Il n'était plus question que je quitte Storybrooke. Plus jamais...
Tome 4 à venir...
J'espère que ce tome 3 vous a plu autant que j'ai eu de plaisir à l'écrire.
À bientôt
Alyss :)
