Bien sur Monsieur Whitlock ne voit aucun inconvénient à ce qu'Edward me réserve tous les soirs à la même heure. Pour lui, ça veut dire que je travaille. Ça rapporte de l'argent au club et Edward est un client plus que respectable. C'est tout bénef'.
Je ne sais pas si il suspecte quelque chose. Il doit certainement penser que j'ai réussi à charmer Edward. Qu'il est, comme beaucoup d'autres clients fortunés, trop enfermé dans son monde et recherche un peu d'aventure, pour mettre du piment dans sa vie. Sauf que c'est bien plus compliqué que ça. Et c'est aussi devenu bien plus personnel.
Il y a des chances pour qu'il ne comprenne pas ce que je lui demande. Mais tant pis, il faut que j'essaie.
Je frappe à la porte de son bureau et attend qu'il me permette d'entrer avant d'ouvrir la porte. Il sourit lorsqu'il me voit.
« Ah Isabella ! Entre !»
Il me fait signe de m'asseoir et je me laisse tomber dans le fauteuil moelleux. J'ai toujours adoré ces trucs. Enormes, rouges, en velours, tellement, tellement confortable.
Il a les cheveux plus longs que la majorité des gens. Comme coupés au carré. Blonds. Bouclés aussi. Sur la plupart des hommes, ça pourrait faire ringard, mais bizarrement, c'est un look qui lui va bien. La cicatrice qui divise sa joue gauche ne m'impressionne plus autant qu'avant. Il ne m'a jamais dit d'où elle venait, je n'ai jamais demandé non plus. Ses yeux sont bleus. Je les trouvais froid lorsque j'ai commencé à travailler pour lui. J'ai fini par comprendre que c'était surtout pour se protéger du monde extérieur. J'ai l'impression que Jasper Whitlock n'a pas vécu un conte de fée non plus avant d'arriver là.
«Qu'est-ce que je peux faire pour toi ?»
C'est parti.
«Je voudrais... Que vous confiez Edward Cullen à quelqu'un d'autre.»
Il fronce les sourcils. Il est très rare que je renonce à un client.
«Est-ce qu'il t'a touché?
Non !» Je secoue la tête rapidement. Je ne veux pas qu'Edward passe pour un pervers, ou un homme violent. Il est tout le contraire. Et c'est bien là le problème.
«Il t'a manqué de respect ? Tu sais que si il est agressif ou si il dépasse les limites, tu dois me le dire et il ne pourra plus revenir ici.
- Non ! Non ! Ce n'est pas ça! C'est hum... Compliqué.»
Et revoilà le froncement de sourcils.
«Compliqué ? Comment est-ce que ça peut être compliqué ?»
Est-ce que je dois lui dire ? Je devrai oui. Mais je n'en ai pas envie. Comme si ce qu'il y a entre Edward et moi est...sacré ? Et je ne veux pas qu'il ait des problèmes à cause de moi et mon inhabilité à gérer sa présente. Non. C'est ma faute. Je suis faible et c'est à moi de prendre mes responsabilités.
«Je... Je ne vois pas Edward comme un client...normal.
- c'est à dire?
- Je me suis...attachée...? J'en sais rien...rien n'est...normal...»
Quelques secondes de silence. Puis il fait oui de la tête
«Ok, je le mettrai avec Tanya.»
Tanya. Putain. Merde.
Ouaip, voilà ce que tu as fais Bella, bien joué !
Je réajuste ma robe bustier, en cuir s'il vous plait, en sortant de la pièce. Je passe ma main dans mes cheveux pour être sur que j'ai l'air présentable pour la fin de la soirée. Une séance de pole dance pour Monsieur Larry a fait quelques dégâts à mes boucles mais rien de bien grave.
On m'attrape par le bras et me force à faire demi-tour. Je me retrouve collée à...Edward.
«Tu peux m'expliquer pourquoi je me suis retrouvé dans une salle privée avec une fille à poil devant moi ?
- Bonsoir Edward.»
Le secret ? Garder le ton cordial mais neutre. Rester polie. Professionnelle. Je peux le faire. Je dois le faire. Ne pas le regarder dans les yeux.
«Ne me dis pas bonsoir ! Je m'en tape ! Explique moi !»
Agir comme si tout allait bien. Comme si tout était normal. Ne pas être affectée. Ne pas me laisser impressionner par le fait que je ne l'ai jamais vu comme ça. Il est en colère. Je le sais, je le ressens. Un rapide coup d'oeil dans sa direction et je suis surprise de le voir plus blessé qu'en colère.
«Mr Whitlock et moi-même avons pensé que tu apprécierais... Un changement de paysage. Un autre client souhaitait me voir ce soir. Je suis sure que Tanya a été très performante.»
L'image de Tanya flashant ses faux seins au visage d'Edward me provoque un sentiment étrange. Non. C'est juste un client. Oublie.
«Un changement de paysage ? Non mais tu te fous de ma gueule là !»
Oui, le ton de sa voix monte. Oui, ça me touche alors que non, ça ne devrait pas. Éternel recommencement.
Il parle à nouveau mais cette fois-ci, le ton de sa voix est plus... Tendre ?
«Je croyais que...Est-ce que ça t'aide ?»
Huh ?
Ou comment ne pas se comprendre.
«De quoi ?
- Que je vienne, régulièrement ?
- Tu veux dire est-ce que le fait que tu réserves une heure en privé m'aide ?
- Oui ?
- M'aider dans quel domaine ?
- Hum... financièrement. »
Il se gratte la nuque et regarde par terre, apparemment gêné.
«Edward, je n'ai pas besoin d'un chevalier sur son cheval blanc qui viendrait me sauver. Je peux prendre soin de moi !»
Je comprends mieux maintenant. Pauvre petite Isabella. Elle doit se dénuder pour payer ses factures. Edward Cullen, du haut de son compte de multimillionnaire, va sauver la pauvre petite Isabella. J'ai envie de le gifler.
«Je ne suis pas... un chevalier. Je fais ça... pour t'aider.
- Est-ce que je t'ai demandé de l'aide ?»
Il ne répond pas, j'insiste :
«Est-ce que je t'ai demandé de l'aide Edward ?
- Hum... non...mais...
- C'est parce que je me débrouille très bien toute seule ! Je n'ai pas besoin de ton aide ! Ni te ton argent ! Je n'ai besoin de personne !»
Je pensais qu'il m'appréciait... après plusieurs séances privées passées à parler plutôt qu'à enlever mes vêtements, je pensais vraiment qu'il m'appréciait pour ce que je suis. Mon caractère, ma personnalité. Mais non, je ne suis qu'une pauvre cause caritative. La pauvre jeune femme innocente qui a besoin d'aide. Qu'il aille se faire foutre. ça fait des mois, voir des années, que je m'occupe de moi et je m'en sors très bien comme ça. Est-ce qu'il pense qu'il me fait une faveur en venant là tous les soirs ? Pourquoi les gens blindés pensent toujours qu'ils peuvent sauver les autres avec leur argent ?
«Je sais que tu n'as pas demandé mon aide mais... je n'aime pas te savoir ici...
- Pardon ? Tu n'aimes pas me savoir ici ? Non mais je rêve ! Qu'est-ce que tu crois ? Que parce que tu as payé quelques heures avec moi je t'appartiens ? Tu n'as aucun droit sur moi Edward ! Aucun ! Et certainement pas celui de me dire ce que je dois faire ou pas ! Et épargne-moi ta pitié, je n'en ai vraiment pas besoin !
- Bien sur que tu ne m'appartiens pas Isabella ! Je n'ai jamais dis le contraire !
Il tire sur ses cheveux et grogne. Colère ? Frustration ? Je n'en sais rien mais si il y a bien une personne qui a le droit d'être en colère, c'est moi. Pas lui. Je n'en ai pas fini avec lui :
«Ce n'est pas parce que tu as de l'argent, un boulot dans un bureau et une vie bien rangée, ou du moins, en apparence, que tu as le droit de me contrôler Edward. Encore moins de me juger. Tu ne sais rien de moi. Tu ne me connais pas. Ne viens pas me dire ce que je dois ou ne dois pas faire.»
Son regard se verrouille sur le mien et il avance vers moi. Il n'a plus l'air déçu ou en colère maintenant. Mais déterminé. Il avance lentement, un pas après l'autre, comme pour me laisser le temps de lui échapper. Et je sais que je devrais. Je sais pertinemment que je devrais sortir de cette pièce en courant en lui disant d'aller se faire foutre. Mais je ne peux pas. C'est comme si j'étais collée ici. En quelques enjambés, il est devant moi. Foutues grandes jambes athlétiques.
Putain je parie qu'il a les cuisses musclées.
Tu t'égares Bella.
Isabella.
Tu sais très bien que tu n'es pas Isabella à cet instant.
J'ai besoin d'être Isabella. Je secoue la tête et retrouve enfin usage de mes jambes. Je recule. Jusqu'à ce que mon dos ne rencontre le mur. Il avance à nouveau et pose ses mains de chaque côté de mon visage.
Il aurait été quelqu'un d'autre, un autre client, j'aurais eu peur qu'il me frappe. Mais la façon dont il me regarde est tout sauf menaçante. Mais presque tendre.
Il a l'air d'avoir peur de moi. Alors que je devrais être celle qui a peur, seule dans ce couloir avec un homme plus grand et plus fort qu'elle. Avec un homme qui pourrait lui faire du mal sans aucun effort. Lentement, il décolle sa main gauche du mur et la porte à mon visage. Je le vois faire en regardant sur le côté. Je comprends rapidement quel sera son prochain mouvement. Non.
« Ne me touche pas.
- Je ne te veux aucun mal, je ne vais pas te frapper.»
Mes mots ont eu l'avantage de stopper son mouvement, sa main reste suspendue dans l'air.
« Je sais. Mais ne me touche pas.
- S'il te plait...
- Tu n'as pas le droit. »
Ma résistance est en train de s'effondrer. Les murs que j'ai mis tant de mois à ériger autour de moi, pour me protéger sont en train de s'effriter et la personne qu'est Edward en profite pour se faufiler à l'intérieur. Parce que même s'il n'a pas le droit de me toucher, j'en ai envie. Je sais, pour avoir eu sa main dans la mienne ce premier soir, qu'il a la peau douce.
Il me sourit un peu avant de parler.
« Je n'ai jamais été très doué avec les interdictions... »
Lentement, doucement, il caresse ma joue droite avec le dos de ses phalanges. Le geste est tendre, presque intime et je ferme mes yeux. J'ai envie de pleurer mais je ne peux pas. Il ne doit pas voir à quel point il m'affecte. Il ne peut pas. Je ne veux pas qu'il sache.
Il ne doit pas me montrer d'affection. C'est contre les règles. Du club. Et les miennes. L'affection, les sentiments, ne feront que me blesser. Ou je finirai par lui faire du mal. Et il est bien trop précieux pour que je ne le ternisse.
Je peux sentir son odeur. Masculine. Discrète. Une eau de toilette, un gel douche et peut-être même l'odeur de sa lessive sur sa chemise. Il a passé une journée au bureau et je peux aussi sentir son odeur à lui, naturelle. Putain il sent bon.
Non. Je ne peux pas me laisser aller. Je ne peux pas être fragile. Lorsque je rouvre les yeux, je tente de lui lancer un regard agressif. Si j'en juge par son expression étonnée et sa main qui quitte mon visage, j'ai réussi. Maintenant, il faut que ma voix soit aussi dure que mon regard.
« Va te faire foutre Edward ».
Je ne prends pas le temps de voir les conséquences de mes mots. Est-il blessé? En colère? Dégouté ? Déçu ? Je n'en sais rien. Je ne veux pas savoir. Rapidement, je me faufile et passe sous son bras droit, qui était toujours appuyé contre le mur. Je sors de la pièce en vitesse et file dans les loges. J'ai besoin de rentrer chez moi. Rapidement.
Je remonte la fermeture éclaire de ma veste en coton pour me protéger du froid. L'automne est définitivement installé et j'ai mal prévu, les températures ont considérablement chutées et la nuit est humide, il a dû pleuvoir dans la soirée. Je n'ai pas le temps de faire mon chemin habituel pour rejoindre l'avenue et siffler un taxi, une main rugueuse m'attrape à la gorge et me plaque contre le mur. Ma tête cogne violemment contre la surface froide et solide mais je ne perds pas conscience. Je crois que j'aurais préféré.
