Chapitre IV - Discussions à coeur ouvert.:

Le déjeuner s'était déroulé calmement. Don avait patiemment répondu à Charlie qui l'assaillait de questions sur les événements de la matinée, pendant qu'Alan les écoutait, tout en leur rappelant de temps en temps que le contenu de leurs assiettes allait refroidir s'ils continuaient à discuter. Mais un détail avait attiré l'attention des deux frères dès le début du repas: Alan avait posé près de lui sur la table une petite boîte peinte en bois, ornée de notes de musique, et chacun des deux se demandait ce qu'elle signifiait...

Lorsque les assiettes furent enfin vides, Charlie se leva pour débarrasser la table, et Don alla chercher la mousse au chocolat dans le réfrigérateur. Alan Eppes attendit que les deux hommes soient de nouveau assis pour entamer la discussion:

" Les garçons, je suis très heureux d'avoir pu déjeuner avec vous deux aujourd'hui, car j'ai quelque chose de très important à vous dire. Le menu a d'ailleurs dû vous mettre la puce à l'oreille...

- Tu as rencontré quelqu'un ! s'exclamèrent les deux frères.

- Non ! J'aurais bien aimé, mais non, ce n'est pas ça du tout ! C'est quelque chose d'un peu délicat à annoncer là comme ça, mais il faut bien que je le fasse ! Au début, je pensais te le dire en tête-à-tête Charlie, mais puisque Don a pu nous rejoindre ce midi, c'est tant mieux... parce que ça le concerne aussi de près..."

Don et Charlie se regardèrent: leur père avait l'air soucieux, que pouvait-il donc bien avoir à leur révéler ? Chacun commença à élaborer des hypothèses: "Papa est malade ?" "Il veut quitter la maison maintenant que je l'ai achetée ?"

Alan Eppes inspira profondément: ça y est, le moment de vérité était enfin arrivé, et il allait devoir essayer d'annoncer en douceur que la petite boîte concernait la naissance de l'un des deux jeunes hommes en face de lui... Il inspira encore une fois et se lança:

" Les garçons, ce que je m'apprête à vous annoncer maintenant, votre mère et moi, on aurait dû vous en parler il y a déjà au moins deux ans, mais sa maladie nous a contraints à reporter cette discussion... Alors voilà... Lorsque nous nous sommes mariés, nous voulions fonder une famille, nous voulions deux enfants... Ce que nous avons fait... mais pas... complètement...

- Pas complètement, ça veut dire ? demanda Don.

- Cela veut dire, les garçons, que l'un de vous a été adopté."

Si Alan Eppes n'avait pas été certain à ce moment-là de se trouver en face de ses fils, il aurait juré qu'il avait devant lui deux statues ! Don et Charlie étaient complètement immobiles, le regard dans le vide, essayant d'assimiler l'information qui venait de leur être délivrée...

Flash-back

Don allait sur ses quatre ans. Il venait d'achever sa première année d'école maternelle et il avait constaté que les parents de son copain Jérémy venaient parfois le chercher avec un bébé dans les bras. Il avait demandé à son petit camarade ce qu'était la "chose" qui gigotait dans les bras des parents, et celui-ci lui avait répondu: "Ben c'est mon petit frère !" Et Don s'était demandé pourquoi ses parents à lui ne venaient jamais avec un "bébé frère"... ou un "bébé soeur", puisqueJérémy lui avait dit que ça existait aussi.

Un soir, il avait fini par poser la question à ses parents: "Maman, pourquoi je suis tout seul moi ? Pourquoi j'ai pas de "bébé frère" ou de "bébé soeur" ? Et comment ça se fait un "bébé" ? C'est difficile ?"

Margaret avait alors regardé Alan, qui, surpris par la question de son fils, avait levé le nez de son journal. Les deux époux se regardèrent un instant, puis Margaret dit: "Je crois qu'il est temps de lui montrer le livre d'Hilda."

Et Don s'était fait expliquer par ses parents comment on faisait un bébé, à l'aide d'un livre pour enfants que leur avait conseillé Hilda. Margaret lui avait dit qu'un jour, il aurait un frère ou une soeur, mais que pour le moment il fallait être patient... Don s'était contenté des explications de sa mère, et n'en avait plus reparlé.

Un an plus tard, à la sortie de l'école, Don avait été tout surpris de voir sa tante Hilda. Il lui avait demandé pourquoi sa mère n'était pas là, et Hilda lui avait répondu: "C'est parce que tu vas bientôt avoir un petit frère."

De retour à la maison, Don s'était débarrassé de son manteau; sa tante lui avait préparé un goûter et avait sorti ses jeux préférés pour le distraire, mais Don n'était pas de cet avis: il voulait attendre ses parents pour voir le fameux « petit frère"... D'après les images du livre que sa mère lui avait montré, le bébé se trouvait dans le ventre de la maman qui devenait grosse, mais Don n'avait pas vu ce phénomène se produire chez sa maman à lui. Margaret avait alors expliqué à son fils que le petit frère n'avait pas pu être mis dans son ventre mais que lorsque le moment serait venu, elle reviendrait de la maternité avec lui.

Hilda avait fini par convaincre son neveu de faire une partie de jeu de l'oie, en lui disant que "le petit bébé qui allait arriver dans sa maison serait bien content d'avoir un grand frère pour jouer avec lui et lui apprendre les règles de plein de jeux."

Vers la toute fin de l'après-midi, Don et Margaret Eppes étaient rentrés, et ils portaient quelque chose qu'Hilda désigna à Don comme étant un "couffin", c'est-à-dire un petit lit ambulant pour transporter les bébés. Don avait couru vers ses parents, lesquels posèrent le couffin sur le canapé pour permettre à leur fils de voir le nouveau-né.

"Don, lui dit Margaret en le prenant dans ses bras, voici ton petit frère, Charlie."

Fin du flash-back

Don n'avait jamais oublié la petite frimousse de Charlie ce jour-là: un visage tout rond, avec plein de cheveux noirs bouclés, des petites mains toutes fines... Lorsqu'il avait voulu caresser le nouveau-né, celui-ci avait attrapé l'un de ses doigts et Don en avait toujours gardé un souvenir ému... Il fut tiré de ses pensées par la voix d'Alan qui reprit:

" ... Lorsque votre mère et moi avons décidé de fonder une famille, nous voulions deux enfants. Nous pensions qu'un enfant unique s'ennuierait peut-être sans un frère ou une soeur pour jouer avec lui. Le jour où Margaret s'est retrouvée enceinte, j'ai été le plus heureux des hommes. Quelques mois plus tard tu étais là, Don. Et quand nous avons voulu te donner un petit frère ou une petite soeur quelques années plus tard, nous n'y sommes pas parvenus... Alors nous nous sommes tournés vers l'adoption, et c'est ainsi que toi, Charlie, tu es arrivé parmi nous..., déclara Alan en poussant la petite boîte en bois vers lui. "Et ce coffret contient ce que ta mère biologique nous a confiés pour toi, pour le jour où tu serais en âge de savoir."

L'intéressé cligna plusieurs fois des paupières, puis, reprenant peu à peu ses esprits, il se leva et dit sans regarder ni Alan, ni Don, ni la petite boîte: "J'ai besoin d'être un peu seul", avant de se diriger vers le garage.

" Charlie, attends !"

Don avait voulu tendre le bras pour retenir celui-ci, mais son père l'en avait empêché:

" Non, Don, laisse-le, il a besoin de rester seul un moment, il faut qu'il encaisse le choc..."

Don regarda son père et ses yeux lui adressèrent une question muette: "Pourquoi... Pourquoi ne pas m'en avoir parlé ?" Il se sentait comme anéanti, et en même temps soulagé, tous les sentiments qu'il avait gardés au fond de lui pendant toutes ces années étaient en train de remonter à la surface et une petite voix commença à lui murmurer: "Charlie n'est pas ton frère...Tu es amoureux d'un homme qui n'a jamais été ton frère..." Don eut l'impression de manquer d'air tout à coup, il inspira un grand coup, se leva et dit à son père: "Je...je crois que je vais aller prendre l'air dehors... Oh bon sang, papa, pourquoi... pourquoi vous ne m'avez jamais rien dit, maman et toi ? Pourquoi m'avoir laissé me tourmenter..."

Don stoppa net sa phrase, son père n'était pas sensé connaître les sentiments qu'il éprouvait pour Charlie, il ne s'était confié qu'à sa mère... Mais Alan Eppes était parfaitement au courant de ce qui se passait dans la tête de son fils... et il le lui fit savoir:

"Don, je comprends que tu m'en veuilles, mais essayes de te mettre à ma place... Quand ta mère m'a fait part de ce que tu ressentais pour Charlie, ça m'a bouleversé, tout comme elle... Et ton frère était si jeune à l'époque, il n'avait que 17 ans... Don, comment réagirais-tu si l'un de tes enfants venait t'avouer qu'il est tombé amoureux de son frère ou de sa soeur d'adoption ? Aurais-tu voulu que le plus jeune se prenne la révélation de son adoption en pleine figure juste pour soulager la conscience du plus âgé ? Et aurais-tu voulu également que ton plus jeune fils apprenne que son grand frère était amoureux de lui ?

- Non, je... c'est juste que... pendant des années, j'ai vraiment cru que je n'étais pas normal, que j'étais un pervers... un détraqué... Je pensais avoir réussi à oublier ces sentiments... jusqu'à aujourd'hui... Mais quand j'ai entendu ce matin à la banque que le gamin pris en otage s'appelait Charlie, j'ai fait un malaise à cause de ça. Et c'est là que j'ai réalisé que mes sentiments étaient non seulement toujours là en moi mais qu'en plus ils n'avaient fait que se renforcer au fil du temps, alors je... Oui, je t'en veux, je vous en veux à maman et à toi de n'avoir pas eu confiance en moi ! Si vous m'aviez dit que Charlie avait été adopté, je ne serais pas allé lui déballer mes sentiments, je les aurais gardés pour moi, mais au moins j'aurais eu le soulagement de savoir que je n'étais pas un détraqué... Et maintenant, je suis là, toujours amoureux, et... oh, toutes ces années passées à m'interroger, à me battre contre moi-même, alors que, peut-être, j'aurais pu... l'aimer..."

Sur ces mots, Don sortit de la maison et alla droit vers le fond du jardin; il sentait les larmes lui monter aux yeux mais ne parvint pas à se lâcher, même lorsqu'il arriva près de l'arbre qui avait reçu le témoignage de son amour.

Charlie pleurait à chaudes larmes dans le garage; il avait voulu se relancer dans son théorème impossible, mais à peine avait-il saisi la craie qu'il avait senti les sanglots lui serrer la gorge. Il s'était donc laissé glisser au pied du tableau et essayait tant bien que mal de remettre de l'ordre dans ses pensées: la trahison, la colère, la surprise... Tous ces sentiments l'avaient traversé, et il n'aurait su déterminer avec précision lequel était le plus fort.

Le jeune mathématicien repensa alors à son enfance, puis à son adolescence: il s'était révélé très doué pour les maths, ses parents avaient d'ailleurs fait appel à un professeur particulier. Il était même tellement précoce pour son âge qu'il avait fini par se retrouver à dix ans dans la même classe que Don qui en avait alors quinze. Charlie se rappelait que son frère - adoptif, désormais - avait eu beaucoup de mal au début à accepter la situation, et il lui avait clairement fait comprendre qu'il ne jouerait pas les "nounous" avec lui à l'école. Puis Don s'était découvert une vocation pour devenir agent fédéral, et il était allé à San Franciso en classe préparatoire pendant deux ans. Quant à lui, Charlie, il avait obtenu son bac en même temps que son frère, soit à l'âge de... 13 ans, mais les parents, en raison de sa jeunesse, hésitaient à l'envoyer à l'université tout de suite. Alan et Margaret pensaient qu'il serait bon pour leur cadet de côtoyer des enfants de son âge, aussi avaient-ils voulu l'inscrire dans un collège. Mais Charlie avait tellement fait des pieds et des mains pour aller à Princeton qu'ils avaient fini par céder, non sans un petit pincement au coeur...

Un an plus tard, il commençait à élaborer le mémoire de doctorat qui allait le rendre célèbre - la "convergence de Eppes" - et lui valoir une invitation romantique de la part d'une enseignante de l'université ! Margaret Eppes avait dû bien évidemment excuser son fils auprès de cette dame ! Un petit sourire revint sur le visage de Charlie: il avait été invité à un dîner en tête-à-tête alors que personne ou presque ne savait à quoi il ressemblait, à part son professeur, Larry Fleinhardt, qui l'avait suivi ensuite à l'Institut des Sciences CalSci... Puis, peu à peu, les étudiantes de l'université avaient commencé à le regarder: elles le trouvaient mignon, avec ses boucles brunes, et ses grands yeux noirs... mais jamais Charlie n'avait été tenté de sortir avec l'une de ces demoiselles, les maths étaient bien plus importantes pour lui, et après tout il n'avait que 16 ans, il avait toute la vie devant lui pour se trouver une petite amie ! Oui, mais voilà... A presque 30 ans, lui, Charlie Eppes, mathématicien renommé dans tout le pays et consultant auprès de prestigieuses agences fédérales telles que la NSA ou le FBI, n'avait jamais vraiment été amoureux... Il y avait bien eu Carole, quand il avait 20 ans, mais leur liaison avait plus ressemblé à un flirt poussé qu'à une véritable relation amoureuse... Quant à son ancienne étudiante Amita Ramanujan, avec laquelle il avait envisagé pendant un temps de sortir, c'était plus une relation fraternelle qu'une ébauche de lien amoureux, malgré un baiser échangé...

Demeuré seul après la désertion de la salle à manger par ses deux garçons, Alan Eppes se décida à bouger, mais il ne savait plus trop où il en était. Bien sûr, il s'était attendu à ce que cette révélation soit difficile à encaisser, il savait que Don réagirait au mot "adoption", et maintenant il se demandait lequel des deux jeunes hommes il devait aller trouver en premier...

"Ça y est, ils le savent enfin... Mon pauvre Charlie, je m'en veux de lui avoir annoncé comme ça, mais je ne pouvais pas garder le secret jusqu'à ma mort, il avait le droit de savoir... Quant à Don... il vient enfin d'apprendre que son... amour... n'a jamais été contre-nature... Oh bon sang, Alan Eppes, secoue-toi donc au lieu de ruminer dans ton coin ! Tes deux garçons ont besoin de toi, alors remue-toi et va les trouver !"

Sur ces pensées, il se leva de son siège et, après un court instant de réflexion, prit la petite boîte et se dirigea vers le garage. Il y trouva un Charlie recroquevillé au pied de l'un des tableaux, les yeux rougis, et tremblant de tous ses membres. Alan se sentit un peu embarrassé par la situation, il n'avait jamais été très démonstratif - à la fois par pudeur et par l'éducation qu'il avait reçue - mais là, il fallait vraiment qu'il fasse quelque chose de "physique", car les mots seuls ne suffiraient pas... Il avança tout doucement vers Charlie et s'agenouilla - en grinçant des dents à cause de ses fichus rhumatismes ! - près du jeune homme, posa la petite boîte au sol puis il le prit dans ses bras...

Le jeune mathématicien, surpris par le geste de son père, voulut tout d'abord le repousser, mais le visage d'Alan était si triste que de nouvelles larmes coulèrent sur ses joues et qu'il n'eut pas le coeur de refuser de se blottir contre lui. Alan le berça tout doucement en murmurant des paroles qu'il voulait les plus réconfortantes possibles:

" Je suis désolé, Charlie, je ne voulais pas te faire souffrir... Je m'en veux de te l'avoir dit, mais tu devais le savoir... et Don aussi... J'aurais tellement voulu que ça se passe autrement... Charlie, tu n'es peut-être pas mon fils dans le sens biologique du terme, mais pour nous tu as toujours été notre petit garçon au même titre que Don... et j'espère que tu continueras à m'aimer comme moi, je t'aime..."

Charlie avait relevé la tête en entendant ces paroles prononcées sur un ton... implorant... Alan Eppes, son père, cet homme qui avait toujours donné de lui l'image d'un homme fort, généreux - mais peu démonstratif côté sentiments - oui son père, lui demandait de l'aimer encore !

" Papa... Pour moi aussi tu seras toujours mon père... et moi aussi je t'aimerai toujours... Mais... c'est juste que... ça fait tellement bizarre de savoir que je ne suis pas ton vrai fils... Et puis... comment pourrais-je vous en vouloir à maman et à toi de m'avoir donné un foyer, une famille... et tant d'amour ? Qui me dit que j'aurais été heureux si j'avais été élevé par mes véritables parents ?

- Alors là je t'arrête tout de suite, Charlie, j'ai rencontré ta vraie maman avant ta naissance, et je peux t'assurer que si elle avait pu, non seulement elle t'aurait gardé et élevé, mais en plus elle t'aurait choyé ! C'était une jeune femme très bien ! Si ce n'était pas le cas, tu crois qu'elle aurait laissé ce petit coffret pour toi ?

- Eh bien..."

Charlie ne savait plus quoi penser. Alan Eppes lui présenta alors la petite boîte:

"A l'intérieur, il y a une photo de ta mère juste avant ta naissance, une autre avec toi à la maternité, un pendentif et une lettre. Nous ne l'avons jamais lue ta mère et moi, nous avons toujours pensé que les mots de ta maman ne devaient d'abord s'adresser qu'à toi..."

Le jeune homme prit le coffret entre ses mains: il était tout simple, mais avait un certain cachet. Il souleva doucement le couvercle, son regard se posa tout d'abord sur le pendentif - un petit coeur avec les prénoms "Tonio Carlo" gravés dessus - puis il vit les photos. La première représentait une jeune femme aux longs cheveux bruns ondulés, avec de grands yeux noirs, un joli sourire... et un ventre énorme. Mais la seconde photographie fut celle qui émut le plus Charlie: la même jeune femme, fatiguée mais heureuse, tenait un nourrisson dans ses bras, autrement dit lui-même ! Un petit sourire naquit sur son visage: il trouvait sa mère très belle, et il semblait y avoir une telle douceur dans son regard...

" Oh oui tu lui ressembles Charlie... comme tu peux le constater, tu es né avec des cheveux et moi à l'époque, je m'étais dit que peut-être, tu aurais la chevelure de ta mère et aussi ses yeux... et j'ai pu vérifier par la suite que je ne m'étais pas trompé ! Et puis... votre ressemblance ne s'arrête pas là, tu sais...

- Comment ça ?

- Eh bien... Gabriella... ta mère... venait d'entamer sa deuxième année en mathématiques appliquées lorsqu'elle s'est retrouvée enceinte de toi... Elle voulait se destiner soit à la recherche, soit à l'enseignement...

- C'est vrai ? Elle était étudiante... en maths ? Et... quel âge avait-elle quand je suis né ?

- Oui c'était une matheuse, Charlie, comme toi ! Elle avait 19 ans lorsqu'elle t'a mis au monde. Crois-moi, fiston, si elle avait pu te garder, elle aurait été la plus heureuse des femmes ! Elle avait fait une première lettre pour toi pendant sa grossesse, mais lorsqu'elle t'a vu à la maternité, elle a voulu modifier ce qu'elle avait écrit... Une jeune femme adorable, vraiment...

- Gabriella, c'est ça ? C'est bien le prénom que tu as dit ?

- Oui, Charlie, Gabriella Vezziano, tu as du sang italien dans les veines, fiston !

- Et... et Don ? Pourquoi ne pas l'avoir mis au courant plus tôt ? C'est vrai, après tout, il a 5 ans de plus que moi, il aurait très bien pu le savoir avant moi...

- Je... Ta mère et moi nous pensions que si on le disait à Don, il aurait pu éventuellement gaffer, alors on a décidé qu'on vous en parlerait le jour où vous seriez suffisamment mûrs tous les deux pour entendre la vérité. Par la suite nous avons découvert ta bosse des maths, tu as eu tes diplômes bien en avance par rapport aux autres, mais tu n'étais pas pour autant suffisamment solide émotionnellement pour encaisser la nouvelle, alors on a attendu... Et puis ta mère est tombée malade, du coup ça a reporté le moment de la révélation... et tu connais la suite...

- Ouaip... Mais... Don... Comment il a pris la nouvelle, lui ?

- Eh bien..." Alan Eppes sentit qu'il allait devoir bien choisir ses mots pour répondre à Charlie. "Eh bien, oui, je dirais que... Oui, ça l'a surpris, bien sûr, mais je pense qu'il s'en remettra et puis de toute façon ça ne change rien pour vous deux, vous serez toujours frères de coeur, mon... "duo de choc", Charlie et Don, les redresseurs de tort du FBI !"

En entendant cela, Charlie avait tourné la tête vers son père avec un air surpris et amusé, et la tension qui se trouvait dans la pièce il y a encore quelques minutes tomba d'un coup. Les deux hommes se regardaient dans les yeux et, soudain, un fou rire s'empara d'eux, leur faisant un bien immense. Après quelques minutes de franche rigolade, ils se relevèrent, et Alan, retrouvant son sérieux, dit à Charlie:

" Maintenant que ça va mieux pour toi, je vais aller voir ton frère. Il est dans le jardin en train de prendre l'air... et de reprendre ses esprits en plus de se mettre à me détester..." ajouta-t-il pour lui-même...