Chapitre 3
La table tomba avec fracas contre le parquet du salon, le jeune homme accourant dans la chambre au bout du couloir avant de s'y enfermer. Il tourna le verrou, empêchant quiconque de l'atteindre pendant que son hôte poussait un long soupir d'agacement tout en essayant d'ouvrir cette fichue porte.
- Masao ! Ouvre !
Personne ne lui répondit à part un silence de mort qui ne le rassura pas. Passant sa main dans ses cheveux blés, le jeune homme tenta à nouveau d'appeler le garçon derrière la cloison de bois, mais sans succès. Naruto poussa un nouveau soupir, ses pas le dirigeant vers son salon où le médecin attendait un peu abasourdi.
- Je suis désolé… mais je ne pense pas qu'il va se calmer si vous restez…
L'homme poussa à son tour un lourd soupir, attrapant négligemment son sac tout en passant sa main dans sa nuque. Le jeune homme le fixa un moment remettre ses longues mèches brunes derrière son oreille alors qu'il affichait un faible sourire tout en s'engageant vers la sortie de l'appartement.
- Ce n'est pas très grave. Pour le moment, il faut qu'il s'habitue aux autres et qu'il reste calme. Vous pouvez l'aider, j'en suis certain.
- J'espère…
Un nouveau sourire apparut sur le visage du médecin qui enfila son manteau noir avant de serrer la main du jeune homme qui referma la porte de son appartement derrière lui. Il passa ensuite ses doigts dans ses mèches blondes, un soupir quittant sa gorge pendant qu'il retournait devant la porte de sa chambre où Masao s'était enfermé. Masao, c'était le nom qu'il lui avait donné. Vu qu'il ne se souvenait de rien et qu'il ne pouvait prononcer un mot, il lui avait temporairement choisi ce nom en attendant qu'il retrouve la mémoire et la parole. Mais ce n'était pas le plus important pour l'instant. Le problème que Naruto avait actuellement sur les bras était de faire sortir ce garçon de sa chambre.
- Masao ! Masao ouvre moi !
Rien. Le silence. Le jeune homme s'était certainement réfugié sur son lit, tremblant de peur et d'angoisse. Il n'allait surement pas ouvrir la porte de la pièce dans la minute, vu comment il s'était enfui en voyant l'homme entrer dans le salon avec sa blouse et son sac de travail. Non. Masao était trop paniqué pour faire quoi que ce soit pour l'instant à part frissonner sur son matelas.
- Masao… il est parti… tu n'as rien à craindre…
Naruto observait la porte avec inquiétude, se demandant comment il pourrait bien l'ouvrir de l'extérieur. Il n'entendait pas le moindre son, pas un sanglot qui pourrait dire si Masao était là ou non. Il devait faire face à ce silence pesant qui ne présageait rien de bon tout en essayant d'ouvrir cette fichue porte.
- Masao… Masao ouvre… s'il te plait…
Un soupir lui échappa. Il ne pouvait pas défoncer la paroi qui le séparait du jeune homme, il ne pouvait pas non plus l'ouvrir de l'extérieur. La seule solution qui se présentait à lui était que le garçon ouvre la porte lui-même… et c'est ce qu'il finit par arriver. Les yeux emplis de surprise, Naruto put voir la porte s'entrouvrir doucement, laissant apparaitre la chevelure corbeau du jeune homme qui tremblait toujours avant qu'il ne se jette dans ses bras, des larmes coulant déjà sur ses joues rougies. Son corps était pris de soubresauts assez violents, ses sanglots ne voulant pas cesser pendant que Naruto le berçait avec douceur, embrassant par instant son crâne pour l'apaiser, en vain. Le jeune homme ne semblait pas prêt à se calmer, pleurant chaudement contre le t-shirt du son hôte qui lui parlait doucement, tentant de le rassurer quand qu'il le prit soudain dans contre lui, le portant jusqu'à son lit avant de s'assoir et de garder Masao dans ses bras. Celui-ci ne s'arrêta pas de pleurer, trop effrayé et apeuré pour reprendre son sang-froid et enlaçait le jeune homme du mieux qu'il pouvait. Les larmes se frayèrent un chemin jusqu'à son haut beige trop grand, mouillant le torse de Naruto qui le berçait toujours quand il finit par s'endormir, plusieurs dizaines de minutes plus tard. Son visage trempé de larmes semblait plus apaisé et tranquille pendant que le jeune homme l'installait plus confortablement dans sa couche, l'observant d'un air inquiet et pensif. Trop de questions se bousculaient dans la tête de Naruto. Tellement de questions qui resteraient un long moment sans réponse puisque le principal intéressé ne pouvait pas parler. Il avait pensé aller au poste de police pour leur demander s'il pouvait retrouver la famille du jeune homme ou au moins son identité. Mais il ne pouvait pas quitter l'appartement en laisser Masao seul et personne ne pouvait venir sans que le garçon soit effrayé. Il avait finalement appelé le commissariat qui lui avait envoyé ce médecin… qui avait terrifié son protégé. Comment devait-il s'y prendre pour trouver des réponses à ses interrogations ? Naruto n'en avait aucune idée, mais pour l'instant, le plus important était de s'occuper du jeune homme. Au moins, s'il arrivait à se familiariser à ce qu'il l'entourait, il pourrait surement s'habituer à d'autres personnes et ainsi l'accompagner en dehors de l'appartement. Naruto l'espérait vraiment… de toute façon, il ne pouvait pas rester ici éternellement …
oOooOOooOo
La musique assourdissante qui sortait de la bâtisse devait surement s'entendre à plusieurs kilomètres à la ronde. Les néons et autres lumières aveuglantes éclairaient les rues et avenues bondées de monde, de jeunes plus précisément. Ils allaient ou revenaient de soirées plus ou moins arrosées, chantant et se dandinant aux rythmes des musiques qu'ils entendaient encore. Ils croquaient la vie à pleine dent, ne se souciant pas du lendemain alors qu'ils rentraient joyeusement dans une bâtisse quelconque, prêt à continuer la soirée jusqu'au lever du jour.
C'était le cas de ce jeune homme. Ses prunelles noires injectés de sang balayaient la rue bondée à la recherche d'une fille qui pourrait bien lui tenir compagnie. Sa main passait par moment dans ses cheveux roux ou remettait sa chemise blanche en place alors qu'il avançait d'un pas lent sur les trottoirs surpeuplés. Il avait chaud, il avait soif, il était fatigué mais il en voulait encore. La soirée n'était pas finie, il en voulait bien plus et s'amuser jusqu'au bout de la nuit. Danser sur les pistes des boites, boire des cocktails dans les bars, trouver une fille à son goût et rentrer chez lui, totalement vidé et épuisé. Il souhaitait juste s'éclater et prendre du bon temps, comme n'importe qui d'autre. Alors autant s'amuser encore un peu même si son corps avait du mal à le suivre.
Les néons n'éclairaient pas assez la ruelle où il se trouvait, les passants se faisant plus rare alors qu'il prenait un raccourci qu'il connaissait. Sa boite de nuit préférée n'était plus très loin, à une centaine de mètre de lui. Il pourrait enfin s'amuser et s'écrouler de fatigue dans les bras de la première fille qui voudrait bien de lui. Il allait se vider et s'exploser la panse avec le plus d'alcool possible jusqu'à en cracher tripes et boyaux. Il n'en avait strictement rien à faire de toute manière. Il voulait s'éclater, chaque seconde comptait.
Dans un mouvement brusque, il tourna dans un carrefour, se trouvant dans une ruelle pas très loin de sa destination. Il bouscula au passage un jeune homme plus jeune que lui, sa chevelure noire contrastant avec sa peau blafarde, presque maladive. Il se demandait bien ce qu'il pouvait faire là, habillé de vêtements trop grands et les pieds nus. Il semblait complètement ailleurs, perdu dans ses pensées les plus lointaines. C'était certainement un drogué sorti d'il ne savait où. Il devait encore plané dans un monde imaginaire où rien d'autre que son bonheur existait. Ce genre de type le répugnait. Ils ne savaient pas s'amuser autrement qu'en prenant de la drogue ou des pilules. Ils étaient lamentables et moins que rien. Pas la peine de s'occuper d'eux et de leurs histoires. C'est pour cela qu'il reprit sa route, chancelant un peu à cause de tout l'alcool qu'il avait déjà consommé… quand il entendit le rire clair du jeune homme dans son dos. Perplexe, il se retourna, ses sourcils se plissant tandis qu'il voyait le visage souriant du garçon qu'il venait à peine de bousculer. Ses lèvres vermeilles brillaient sous le peu de lumière qui régnait dans la ruelle, ses dents blanches apparaissant un peu tandis que son sourire s'agrandissait. Sa peau était en sueur, ses joues légèrement creuses couvertes de sillons tracés par des larmes qui ne coulaient plus. Quant à ses yeux, ses prunelles d'un noir profond, ils firent frissonner le jeune homme qui recula d'un pas, la rage et l'amusement se lisant parfaitement dans le regard du garçon qui lui faisait face.
Il se sentait mal. Ses jambes avaient du mal à lui obéir. Il avait envie de s'enfuir en courant, s'éloignant le plus possible de ce type plus que flippant, mais en vain. Il resta là, immobile, à fixer le jeune homme qui s'avançait maintenant vers lui tout en se léchant les lèvres. Ses yeux partaient dans tous les sens à cause de la panique, ses membres ne voulant pas faire le moindre mouvement jusqu'au moment où il aperçut les mains du garçon. Celles-ci, blanchâtres, étaient couvertes d'un liquide rouge et brillant qui coulait lentement sur sa peau. Ses vêtements étaient tachés du même fluide, un frisson parcourant alors son dos. L'odeur lui arriva aux narines rapidement, le répugnant un peu plus et l'angoissant davantage tandis qu'il prenait enfin ses jambes à son cou pour aller ailleurs… Mais il était déjà trop tard…
La douleur fut tellement grande qu'il n'arriva même pas à crier. S'écroulant d'une masse sur le sol, le jeune homme tenait ce qui lui restait de jambe, serrant les dents tout en fermer les yeux. La vive brulure à son genou gauche lui faisait tourner la tête, son tibia s'étant retrouvé à l'autre bout de la rue pendant que le garçon s'asseyait sur son torse tout en souriant. L'air malsain qui peignait son visage lui donna la nausée, son cri se frayant un chemin de sa gorge jusqu'à sa bouche mais son assaillant l'empêcha d'hurler, sa main se posant violemment sur sa face avant qu'il ne lui arrache vivement la mâchoire et la langue. S'il avait pu, le jeune homme aurait hurlé à la mort comme jamais il ne l'avait fait auparavant, ses mains venant prendre ce qui lui restait de visage tandis qu'il pleurait de douleur et de peur. Il tenta de s'enfuir, gigotant dans tous les sens pour se libérer de la prise du garçon qui ne bougea pas d'un pouce, sa main agrippant alors son épaule qu'il arracha à son tour, donnant le tournis au jeune homme qui était sur le point de s'évanouir. Il cherchait le peu de force qui lui restait pour trouver une solution à ce problème qui lui faisait face. Il allait mourir dans la seconde s'il ne faisait rien. Il allait mourir dans les conditions les plus horribles qui soient… il allait mourir… D'un mouvement souple et rapide, le jeune homme réussit à se libérer, propulsant son agresseur un peu plus loin tandis qu'il essayait de ramper pour s'enfuir. Une action inespérée qui pourrait peut-être lui sauver la vie. C'est ce qu'il se disait… mais au fond de lui, il savait très bien ce qui allait se passer.
Il ne fallut que quelques secondes au jeune homme pour le rattraper, sa main prenant son autre jambe qu'il arracha dans un bruit sec et sourd. Aucun son ne sortit de ce qu'il restait de sa bouche, le sang coulant à flot de son visage et de ses membres lacérés alors qu'il perdait connaissance, plongeant dans les ténèbres les plus profondes. Il ne sentit pas le jeune homme lui prendre son autre bras avec sadisme et amusement. Il ne le vit pas lui arracher les globes oculaires avant de les avaler avec envie et gourmandise. Il ne l'entendit pas dévorer son cœur comme s'il s'agissait d'un vulgaire morceau de viande. Non. Il était déjà mort, libéré de la souffrance qui s'était abattu sur lui.
Couvert de sang et de sueur, le sourire aux lèvres, le jeune homme se leva enfin du cadavre déchiqueté qu'il venait de dévorer à moitié. Il regarda son œuvre, la poussant un peu du pied avant de reprendre son chemin en riant doucement, satisfait de sa prouesse. Il ne remarqua pas l'ombre qui l'observait à mille lieux de là, caché par son manteau de fourrure noir et marron. La neige tomba sur ses plaines encore inexplorées, le vent soufflant dans ses mèches brunes pendant que son compagnon arrivait enfin, se posant à ses côtés.
- Il s'est réveillé…
- Je sais…
Sans un mot de plus, il sauta de la colline où il se trouvait, disparaissant dans la montagne enneigée qui l'entourait alors. Le sang coulerait encore…
A suivre.
Ça va ? Vous êtes pas trop choqués ? Je vous avez dit que ce serait un peu gore quand même. Bon y'a pire hein ^^". J'espère en tout cas que vous viendrez lire la suite. A dimanche prochain =D.
P.S : désolé s'il reste des fautes, je ne suis pas parfaite ^_^
