Note de l'auteur : merci encore pour tous les reviews, les followers et les alerts. J'espère ne pas vous décevoir et vous faire passer un agréable moment.
J'ai oublié de le dire dans les autres chapitres mais bien entendu, les personnages et l'univers ne m'appartiennent pas, merci à Tolkien pour nous avoir fait connaître son monde et nous inspirer encore aujourd'hui.
Place à l'histoire ! Au programme des taquineries, de la résignation, et de la tendresse.
Bonne lecture !
Chapitre 3 – L'évidence rapproche, le destin sépare
- Alors, ta fin de soirée a été agréable ?
Thorin jeta un regard noir à l'impertinent. Dwalin affichait un air moqueur tout en plongeant dans son bol de café. L'un comme l'autre avaient abusé la veille et le réveil était difficile. Balin les avait gentiment chatouillé avant de partir, frais comme un gardon, invité à visiter la bibliothèque du Maire de Grand'Cave. Ses deux compères préféraient attendre que la migraine passe avant de tenter quoi que ce soit. Thorin envisageait d'aller faire un tour au marché. Enfin, si son soi-disant ami arrêtait de le harceler. Malheureusement, Dwalin semblait d'humeur badine.
- Tu as fait une rencontre en particulier ?
Thorin grogna une nouvelle fois et préféra l'ignorer. Ce qui amusa Dwalin au plus haut point.
- Je t'ai entendu rentrer à l'aube, continua-t-il.
- Le respect de tes aînés tu connais, petit insolent ?
L'hilarité du guerrier augmenta. En tant que Roi, il était difficile de le taquiner comme quand ils étaient jeunes. Une pointe d'amertume vint teinter sa dérision en pensant que Thorin avait rapidement perdu son innocence. Force était de constater qu'il était l'ainé des descendants de Durin vivants et celui qui en supportait le plus lourd fardeau. Mais depuis qu'ils étaient là, tout ça n'avait plus d'importance. Autant profiter de cette seconde jeunesse.
- Et toi, tu as bien terminé ta soirée ?
- Les Hobbits savent ce que veut dire mettre de l'ambiance, mais ils sont trop… mignons. Tu sais, un peu comme ces petits faons qui tiennent à peine sur leurs jambes et ne veulent pas s'éloigner de leur mère. Pas mon genre du tout. Je les préfère plus poilues et plus bourrues, répliqua Dwalin, avec un faux rictus supérieur.
- Je vois ce que tu veux dire, s'esclaffa Thorin. Encore une fois, l'image de sa sœur s'imposa à lui. La Naine type, tout à fait ce qu'appréciait son ami.
- Mais ce n'est pas ton cas ?
- Quoi ? s'étrangla Thorin, avalant de travers les toasts de son petit-déjeuner. Il regarda incrédule son cousin, qui leva les yeux au ciel, l'air de dire « ne me prends pas pour un Gobelin ».
- Allez mon vieux, ça fait quoi, 150 ans qu'on se connaît ? Tu passes peut-être pour un Roi sévère et farouche mais je connais tes goûts.
- Qu'est-ce que tu veux dire par là ? commença à s'énerver Thorin. Le jeu prenait une tournure qui heurtait son ego.
- Tu chouchoutais Frérin et Dis, tu es surprotecteur. Tu fonds devant les petites choses adorables que tu peux protéger de tes bras vaillants de soldat, les petits êtres délicats et innocents. Aurais-tu oublié les lapins que tu as élevés en cachette dans le coffre de ta chambre ? L'agneau que tu avais recueilli ?
Thorin remua sur sa chaise, mal à l'aise.
- Et alors ? C'était il y a longtemps, j'étais un gamin, bougonna-t-il.
- Et alors ? C'est exactement ce que sont les Hobbits. Exactement les personnes qui peuvent émouvoir ton cœur de pierre et te faire craquer, assena Dwalin, appuyant chaque mot comme un coup qui assommait son Roi. Le fait de titiller sa corde sensible, son point faible, le divertissait comme jamais.
Reprenant sa position dans son siège, arborant une expression satisfaite et victorieuse, il reprit :
- Donc j'en reviens à ma première question : ta fin de soirée a été agréable ?
Thorin renifla avec mépris et se leva de table en lançant un « Occupes toi de tes affaires », plus révélateur que n'importe quelle confession.
-o-
Thorin parcourait le marché, ruminant la scène du matin. « Je ne fonds pas devant des petites choses adorables et délicates », fulmina-t-il. « Quel crétin ! Abruti de Dwalin ». Il finit par remarquer les expressions inquiètes des gens autour de lui. Il inspira un grand coup et fit appel à ses habitudes royales pour se recomposer un visage plus ouvert.
L'atmosphère bonne enfant des lieux le gagna petit à petit. Il accepta l'invitation à déjeuner d'une bande de joyeux drilles et plaisanta avec eux. L'après-midi, il retourna au champ pour continuer à aider. Bien que d'apparence il ne semblait pas différent des autres jours, au fond de lui, alors qu'il retapait, fabriquait et nettoyait, ses pensées tournoyaient autour des propos de Dwalin. Il devait reconnaître qu'il y avait un fond de vérité. De fil en aiguille, il se remémora la soirée avec le charmant Bilbo, sa voix embrumée par l'alcool et la fumée, ses petites mimiques, les rougeurs sur ses joues, ses yeux brillants et ses boucles de cheveux qui semblaient si douces.
« Oh, Mahal, Dwalin a raison, admit-il en se frappant le front sur le banc qu'il réparait. J'ai passé l'âge de vivre ça, je ressemble à une pauvre Naine qui vit ses premiers émois. Pathétique pour un Roi », soupira-t-il. Il soupira une énième fois en essayant de s'immerger totalement dans sa tâche, cherchant à oublier ses pensées dérangeantes.
- Ah Bilbo, tu tombes bien ! Qu'est-ce que tu penses de ça, mon garçon ?
Thorin releva aussitôt la tête. A quelques mètres de lui, se tenait l'objet de ses pensées. Il dévora des yeux son profil gracieux, la lumière qui jouait dans ses cheveux, détaillant les fossettes ravissantes lorsqu'il souriait, les mains aux doigts fins et élégants. Un léger boum retentit lorsque le crâne de Thorin rencontra pour la deuxième fois le meuble.
Il devait se rendre à l'évidence : il était séduit par Bilbo. Sans crier gare, de manière inattendue et soudaine, l'amour s'était approché de lui, avait glissé sur sa peau, pénétré son cœur et s'y était fait une place. Il aimait sa sœur, il aimait ses neveux et il aimait ses amis. Mais il avait également aimé son grand-père, son père, sa mère, son frère et beaucoup des nains morts lors de la guerre des Orques. Le devoir, la perte, le chagrin avaient forgé sa vie, dicté ses choix. Il connaissait ses forces et ses faiblesses. Il savait qu'Erebor représentait une finalité tout autant qu'une menace pour lui. Et surtout, un foyer pour le peuple dont il avait la charge. Depuis quelques jours, il avait pu gouter à une autre vie. Mais ce n'était pas sa vie. Son destin était ailleurs. Les Valars l'avaient autorisé pendant un instant à être frivole et heureux. Cependant, ce n'était qu'un cadeau éphémère dont il fallait profiter jusqu'à la dernière goutte avant de tourner le dos. Et tomber amoureux dans ces circonstances n'était pas envisageable.
L'évidence n'était finalement pas de reconnaître qu'il était amoureux de Bilbo. Mais que Bilbo était un homme, un Hobbit et lui le Roi d'un peuple en exil.
La mélancolie assombrit l'esprit de Thorin, embrumant ses pensées. Il pouvait encore savourer le temps qu'il lui restait dans la Comté mais il ne devait pas en partir le cœur en peine, atteint de manière incurable de la plus vieille maladie du monde, sans espérer apaiser la souffrance. Il devait limiter les dégâts et pour cela, il devait éviter Bilbo.
-o-
Bilbo se réveilla avec l'impression de ne plus jamais pouvoir se lever. Son cerveau flottait dans un brouillard qui menaçait de le replonger dans le sommeil dès qu'il clignait des yeux. Son corps semblait définitivement bloquer en position horizontale et rien que d'envisager de bouger un bras le faisait grimacer d'avance. Ses pensées fusaient à une allure foudroyante, à peine arrivait-il à saisir une information que son esprit avait sauté à une autre idée. Pour couronner cet état, il avait la tête aussi lourde que si on lui appliquait une enclume dessus, un arrière-gout d'alcool qui rendait l'intérieur de sa bouche pâteux et sa propre odeur de transpiration agressait son odorat. Rien de très glorieux même pour le lendemain de cuite d'un Hobbit.
Deux heures plus tard, un bain et un café bien fort, il commença à reprendre le contrôle de son corps. Ce n'était pas la première fois qu'il buvait en quantité mais il est vrai que la veille, il n'avait pas surveillé sa consommation. Au moins il pouvait se réconforter en se disant qu'il n'était pas le seul dans cet état, en témoignait la vision de son cousin en face de lui. Quoi que s'il ressemblait à son cousin à ce moment précis, il fallait mieux qu'il attende un peu avant de sortir dehors. Adalgrim avait le teint cireux, les cheveux emmêlés, les yeux cernés et rouges. Et son âme avait apparemment quitté son corps car il fixait son petit-déjeuner, sans amorcer un seul geste, depuis un bon quart d'heure.
Druda les rejoignit en s'esclaffant bruyamment et passa le reste de la matinée à les chahuter, en affichant un teint frais et reposé de jeune fille innocente.
Cela aurait pu être une journée infernale, si Rufus ne les avait pas arraché des griffes de sa sœur, en leur proposant une sieste, loin d'être méritée mais indispensable.
Bilbo ne dormit que très peu, mais il resta allongé, profitant du confort du lit, de la tranquillité de la chambre. Le jeune Baggins s'absorba dans la contemplation de la poussière qui virevoltait dans les rayons du soleil, exécutant un ballet dicté par le destin. Mais aux yeux du Hobbit c'était un visage que dessinaient les particules. Un visage atypique, masculin et bien trop séduisant pour son propre bien.
Le souvenir de la soirée avec Thorin ne lui était pas revenu tout de suite. Il avait fallu que Druda lui pose la question de savoir où il avait disparu le reste de la nuit pour qu'il se rappelle du moment qu'il avait partagé avec le Nain. Rien d'extraordinaire, si ce n'est qu'une conversation entre deux personnes apprenant à se connaître. De plus, les effets de l'alcool aidant, il ne gardait pas de détails, juste une impression de flou. Le tête-à-tête avait été appréciable. Ne pouvant plus se cacher derrière sa timidité, il avait libre cours à sa curiosité et avait harcelé Thorin de questions sur les Nains et sur Ered Luin. Il avait oublié la plupart des réponses maintenant. Et il était hors de question de retourner lui demander en étant sobre. Il devait aussi admettre que Thorin dégageait une prestance qu'il l'avait bouleversé. Les coups de cœur qu'il avait connus jusqu'à ce jour n'était que de pâles reflets de qu'il éprouvait pour ce prince Nain actuellement. Pourtant, Thorin était un homme. Et un Nain. Mais c'était peut-être ça qui l'attirait : il était différent, à la fois fort et tendre. Il ne s'était pas plaint qu'il soit à moitié Baggins, ou à moitié Took, qu'il n'était pas majeur, mais pas non plus un enfant. Il ne l'avait pas regardé comme ses compatriotes. Et c'était sans doute pour cette raison que l'âme de Bilbo avait été chamboulée.
Bilbo prit une grande inspiration. Il gonfla ses poumons au maximum, jusqu'à avoir l'impression d'éclater. Puis il laissa un mince filet d'air s'échapper progressivement entre ses lèvres. Toute la tension dans son corps s'évacuait peu à peu. Il répéta l'opération plusieurs fois, retrouvant une certaine clarté d'esprit.
La soirée avait été divine et il en garderait un souvenir impérissable. Mais ce n'était déjà plus qu'un souvenir. Il avait parfaitement conscience de sa place dans ce monde et de celle de Thorin. Il n'ignorait pas que cette histoire ne le mènerait à rien, sauf peut-être à souffrir. Mieux valait conserver un bon souvenir, qu'il pourrait visualiser certaines fois, le sourire aux lèvres et en rester là avant de le gâcher par la douleur et la peine.
Il n'allait pas revoir Thorin, malgré les sentiments qui naissaient en lui. Il décidait de reprendre le cours de sa vie, la vie d'un Hobbit normal.
Alors qu'il remettait de l'ordre dans ses idées, il sentit le matelas s'enfoncer à côté de lui. Un corps chaud vint se glisser contre le sien, tandis que deux bras le serrèrent et qu'un visage se nicha dans son cou. Un souffle secoua ses cheveux bouclés.
- Tu te sentais seul dans ton lit ?
- Tu es si petit et adorable que je t'ai pris pour une peluche, baragouina Adalgrim. Et puis je te rends service, ajouta-t-il.
Bilbo fronça les sourcils, surpris.
- Et en quoi le fait que tu me baves dans la nuque et que tu m'étouffes me rends service ?
Adalgrim pouffa.
- Tu es si innocent, dit-il en se redressant. Il lui ébouriffa les cheveux en le regardant avec un air tendre. Le jeune Baggins essaya de décrypter l'attitude de son cousin, sans succès. Il s'assit à son tour, repoussant les couvertures, prêt à lui demander de clarifier ses propos, mais il fut interrompu.
- Je t'ai vu hier soir.
Bilbo déglutit en baissant la tête. Il ne chercha pas à cacher son malaise, ni à nier.
- Tu sais, Bilbo, tu es mon cousin préféré. Non, plutôt comme un frère, se reprit Adalgrim en souriant. Je t'apprécie plus que mes propres frères, d'ailleurs. Eux ont tous le même esprit vif et aventureux des Took, et l'insouciance voir l'arrogance qui va avec. Pas toi. Tu peux te montrer audacieux mais il y a quelque chose d'autre en toi. Les autres disent que c'est ton côté Baggins, trop sage, trop réservé.
Bilbo eut un sourire amer à ses paroles.
- Je sais ce que les autres disent.
- Je ne pense pas comme eux, le coupa Adalgrim. Tu es moins imprudent car tu t'attaches plus facilement aux choses. Tu aimes ta terre, ton foyer, ta famille et c'est pour ça que c'est plus dur pour toi de partir.
Bilbo l'observait avec incompréhension. Etait-ce encore les effets de sa cuite qui le rendait aussi confus ou essayait-il de lui dire quelque chose en prenant beaucoup de détours ?
- Plus dur de partir ou de laisser partir, termina son cousin.
- Je crois enfin comprendre où tu veux en venir…
- Je t'ai vu avec le Nain hier soir. Et surtout comment vous vous comportiez l'un envers l'autre.
- Tu n'as pas à t'inquiéter. Comme tu l'as dit, je suis un Baggins. Je ne prendrais pas ce genre de risque. Je sais où est ma place.
Adalgrim se mordit la lèvre. Ses yeux plongés dans ceux sérieux de Bilbo, son cœur balançait entre approuver la résolution de son cousin et son côté Took qu'il le poussait à tenter le tout pour le tout, peu importe les conséquences. Et l'amour était encore plus une raison de prendre des risques. Mieux vaut la souffrance et les souvenirs de bonheur, plutôt que les regrets et ne plus jamais connaître ce sentiment.
Il colla leurs fronts ensemble et ferma les yeux.
- C'est à toi de choisir. Tu fais ce que tu veux. Fais juste attention à toi.
Bilbo hocha la tête. Adalgrim se leva en secouant les épaules et un sourire mutin éclaira son visage.
- Bon, je t'aime bien cousin mais ce moment devient un peu trop intime et t'es pas trop mon genre. Je les préfère plus plantureuses.
- Pff, tu n'es pas mon genre non plus…
- Non, tu les aimes poilus et virils, le charria le jeune Took. Bilbo le bouscula en riant. La partie dégénéra en concours de chatouilles. Ils finirent par s'écrouler sur le lit, les couvertures dispersées aux quatre coins de la pièce, haletants et de nouveau en forme.
- Eh les garçons, vous pourriez venir donner un coup de main ? lança Druda du couloir.
Les deux cousins se regardèrent, amusés, mais un fond d'inquiétude demeura dans les prunelles d'Adalgrim. Ils se levèrent et rejoignirent les Burrows.
Plus tard dans la journée, Bilbo aperçut le prince Nain au loin. Il réparait un banc et semblait profondément concentré, d'après sa mâchoire serrée et les rides soucieuses sur son front.
Il eut du mal à détourner le regard du port altier de Thorin. Mais il savait que c'était la bonne décision. Il ne resterait de cette situation qu'un excellent souvenir, qui lui réchaufferait le cœur les soirs d'hiver, seul devant sa cheminée.
Il se concentra à son tour sur ce qu'on lui demandait, inconscient de l'attention de Thorin sur lui. Une personne repéra leur manège, le cœur lourd et incertain.
Merci d'avoir lu ! Au prochain chapitre : des festivités, de la jalousie, de l'hésitation...
