Chapitre 4 : Sacrifice
La pluie c'est nul. J'ai toujours détesté la pluie, ainsi que tout ce qui est froid et mouillé. Je suis déjà pas le genre de fille débordante d'énergie et de joie à longueur de temps, alors une journée de pluie ça me casse carrément dans mon élan, ça me sape le moral.
En parlant de fille débordante de joie, le mauvais temps ne semblait pas affecter l'humeur guillerette qui animait continuellement Alice. Regardez, je serais peut-être dans le même état euphorique qu'elle si j'étais entrain d'essayer ma robe de mariée et à deux doigts d'épouser l'homme de ma vie.
- Hé, oh ! Bella aux bois dormants ! Reviens parmi-nous, s'exclama-t-elle en agitant la main devant mes yeux.
Je détournai le regard des gouttes d'eau qui s'écrasait lourdement sur le trottoir derrière la vitrine de la boutique pour contempler Alice coincée parmi un tas de tulle blanc et froufroutant.
- Hum…
- Aurais-tu un avis plus explicite, s'agaça-t-elle.
Je jetai un regard au jupon de la robe constitué de plusieurs volants de tissu bouffant.
- Pourquoi n'opterais-tu pas pour quelque chose de moins traditionnel ?
- Est-ce ta manière de me dire que je ressemble à une grosse meringue ?
- Personne ne pourrait jamais se permettre de te qualifier de grosse, Alice. Mais, oui…
Elle soupira. Et se laissa tomber sur la banquette où j'étais installée.
- Tu es découragée ?
- Plutôt, rien ne me convient réellement… J'ai déjà essayé des dizaines de robes et rien ne va…
- Je dirai plutôt des centaines, la taquinai-je avec un petit sourire.
Elle me tira la langue en guise de réponse.
- Ne te laisse pas influencer par mon avis, tu sais que les mariages et moi font trente-six mille… Choisis quelque chose qui te plait !
- Ce n'est pas toi, tes critiques étaient constructives, mais je ne trouve rien qui me ressemble…
- Sincèrement, je ne te vois dans aucune de ces robes. Je crois que tu seras plus à ton avantage dans autre chose que la traditionnelle robe bustier… Une robe classe mais originale… Ce magasin est très chic mais il ne vend pas vraiment ce qui te correspond…
- Qu'est-ce que tu proposes, j'ai déjà écumé la moitié des boutiques de robes de mariées de Seattle !
- Est-ce que ça te dérangerait de porter une robe qui a déjà été mise par une autre femme ?
- Une robe de seconde main ?
L'idée semblait la rebuter.
- En quelque sorte, oui. Il y a une boutique à deux pas d'ici qui vend de superbes robes récupérées chez des particuliers dont certaines ont été réalisées sur mesures par de grands couturiers… C'est là que j'ai acheté ma robe pour le bal de la faculté de l'année dernière…
- Cette magnifique robe de cocktail bleue nuit ?
- Ouais…
Vu son visage, je l'avais au moins convaincue d'aller jeter un œil.
- Pourquoi pas après tout… Je suis tellement désespérée que je n'ai rien à perdre !
Nous sortîmes du magasin après que la vendeuse ait réprimandé Alice parce qu'elle s'était assise sur une robe à plus de mille dollars. La jeune femme nous regarda quitter la boutique avec un regard assassin, il fallait dire que mon amie lui avait fait déballer et remballer plusieurs dizaines de robes en une matinée.
- C'est loin, demanda Alice sur un ton pleurnichard. J'ai les pieds en compote !
- Non, c'est juste à deux ou trois rues…
- Je ne le crois pas que ce soit toi qui me fasses découvrir une boutique de fringues, c'est carrément le monde à l'envers.
- Je ne suis plus aussi réfractaire à la mode que je l'étais quand nous nous sommes rencontrées, j'ai quand même un peu changé sur ce point, rétorquai-je.
- Oui, grâce à moi !
- Je dirai plutôt à cause de toi…
Elle n'eut pas le temps de répliquer, car je l'entraînais à l'intérieur d'un minuscule magasin aux lambris de bois sombre et aux parquets grinçants, exactement le genre d'endroit que j'aurai adoré s'il avait vendu des livres plutôt que des vêtements.
- Puis-je vous aider, demanda une vendeuse d'une voix charmante.
- Nous cherchons quelque chose d'un peu particulier, expliquai-je.
- De quoi s'agit-il ?
- D'une robe de mariée…
- Oh, je vois ! C'est pour vous ou pour votre amie ?
- C'est pour moi, se manifesta Alice.
La vendeuse jaugea Alice avant de sourire.
- J'ai une tenue qui est rentrée en magasin le mois dernier, elle est presque invendable tant la taille est petite, je m'apprêtai à la rendre à sa propriétaire, mais elle vous conviendrai parfaitement. Jetez un œil dans le magasin, je vais vous la cherchez dans l'arrière boutique.
Alice se mit à farfouiller dans les rayons, s'extasiant sur ce qu'elle trouvait. Moi, je me laissais tomber sur la chaise la plus proche, j'avais eu ma dose de fringues pour la journée.
La jeune femme revint presque aussitôt et posa sur le comptoir un vêtement précautionneusement emballé dans du papier de soie. Nous nous approchâmes, curieuses et elle en sortit une robe empire en satin ivoire.
- C'est la robe de Caroline Bingley, m'exclamai-je.
- Qu'est-ce que tu racontes, pouffa Alice.
- Tu n'as jamais vu Orgueil et préjugés ? C'est presque la même robe que porte Caroline Bingley au bal de Netherfield !
- On a pas la même culture cinématographique, répondit-elle en caressant le tissu.
Elle saisit la robe et la tint devant elle comme pour la jauger. Le vêtement n'avait pas de manche, juste deux bretelles pas plus larges qu'un pouce. Le décolleté et la taille empire lui donnait quelque chose de très sage, mais aussi de très élégants, le tissu s'évasait sous la poitrine dans des lignes harmonieuses pour venir former une petite traîne sur le sol. C'était simple et dépouillé, mais à la fois original et très chic.
- Hé bien, je ne sais pas qui est ta Caroline machin chose, mais je te promets que si je rentre dans cette robe, je me marie avec… C'est exactement ce que je cherchais sans savoir que je le cherchais…
La vendeuse la guida vers une cabine et elle réapparut quelques minutes plus tard dans la robe, me demandant de boutonner les petits boutons de nacres qui fermaient le vêtement dans le dos. Je lui tendis les gants en satin qui allait avec la robe et elle les enfila jusqu'aux coudes.
- Tu es superbe, m'exclamai-je. C'est exactement ce qu'il te fallait !
Elle se tourna et se retourna pour s'admirer dans le miroir.
- A quelle occasion a-t-elle été portée, demanda-t-elle en se regardant toujours.
- C'est une dame passionnée de l'époque napoléonienne qui l'a fait réaliser sur mesure pour un bal. Elle n'a hélas plus d'occasion pour la porter…
- Très bien, je la prends.
- Tu es sûre, demandai-je surprise par une décision si soudaine, d'ordinaire Alice mettait des heures à se décider.
- Je la veux…
- Demande au moins le prix, la résonnai-je.
- Je m'en moque, Papa et Maman me la paie !
- Gamine pourrie gâté, souris-je.
- Oh, Bella, je sais que c'est cella que je veux, supplia-t-elle avec une moue de petite fille contrariée.
J'éclatai de rire devant sa détermination.
- Puisque tu as la possibilité d'être capricieuse… Ne te gênes pas, la taquinai-je.
Un sourire triomphant apparut sur son visage et elle disparut dans la cabine pour ôter le vêtement, elle le rendit ensuite à la vendeuse qui commença à l'emballer.
Je ne réussis pas à lui arracher un mot tandis que la jeune femme manipulait la robe avec des gestes précautionneux, Alice était perdue dans la contemplation du vêtement.
- Elle n'est pas vraiment blanche, constata-t-elle.
Il me semblait bien qu'elle n'avait pas assez hésité que pour être réellement décidée.
- Je ne savais pas que tu étais encore vierge, déclarai-je un brin moqueuse. Après toutes ces années passées dans le lit de Jasper, j'aurai crû que…
Je laissai ma phrase en suspend et lui adressait un regard suggestif.
- Idiote, c'est juste que c'est la tradition…
- La robe blanche est un symbole, mais il n'a plus lieu d'être si tu n'es plus vierge. Ca serait un peu comme mentir, et tu peux me croire personne ne voudra jamais croire que tu l'es encore. Et puis, je pensais qu'on avait décidé d'abandonner le côté traditionnel.
- Tu as probablement raison, soupira-t-elle avec un sourire béat pour le vêtement que la vendeuse terminait d'emballer.
Elle paya et nous rejoignîmes ma voiture où je m'installai derrière le volant en me replongeant dans ma léthargie empreinte de morosité.
- Il a y un problème, Bella, demanda Alice.
- Non, pas le moindre. Pourquoi, répondis-je sur un ton détaché qui ne la trompa pas.
- Tu as l'air triste…
Oui, je suis triste. Je suis même démolie. Pourquoi ? Parce que ton débile de frère m'a embrassée la semaine dernière, que j'ai ressenti mille choses que je ne voulais absolument pas éprouver dans ses bras. Il a joué avec moi, il m'a fait dû mal et il m'a laissée sur le carreau, parce que malgré le fait que ça soit un crétin de première catégorie, j'en suis amoureuse. Tu entends ça ? A-M-O-U-R-E-U-S-E ! Alors, j'ai le droit d'être triste et j'en profite !
- Non pas du tout, je suis heureuse que tu aies trouvé ce que tu cherchais. Il ne te reste plus tant de chose à faire, n'est-ce pas ?
- Tu plaisantes ? Je dois encore choisir la pièce montée, approuver la composition du buffet froid, choisir les compositions florales et la décoration des tables, trouver une demoiselle d'honneur…
- Oh, Rose n'a pas accepté ?
- Non, soupira Alice, elle est toujours fâchée contre moi. Je trouvai pourtant que c'était un bon compromis tu étais mon témoin et elle ma demoiselle d'honneur, mais elle est tellement butée…
- Je suis vraiment désolée…
- Ce n'est pas ta faute, Bella. Peut-être, que j'ai été égoïste en négligeant les sentiments de Rose, c'est la sœur de Jasper et le seul membre de sa famille avec qui il a des contacts réguliers… C'est important pour lui qu'elle prenne part au mariage…
- Tu regrettes de…
- Non, bien sûr que non, Bella ! C'est de toi dont j'ai besoin à mes côtés pour ce mariage… Je suis sûre qu'Angela se ferait un plaisir d'être ma demoiselle d'honneur.
- J'en suis certaine également…
- Et donc il faut encore que nous te trouvions une robe, et une autre pour Angela si elle accepte, et un pianiste…
- Un pianiste ?
- Oui, pour jouer durant la cérémonie !
- Et Edward ?
Son prénom m'écorchait les lèvres, mais j'étais tellement étonnée qu'Alice n'ait pas pensé à lui que je n'avais pas pu m'empêcher de le mentionner.
Alice sembla mal à l'aise et elle porta son attention sur la circulation.
- Pourquoi pas Edward, répétai-je intriguée par son attitude.
- C'est le témoin de Jasper…
- Ca ne l'empêche pas de jouer quelques morceaux à ce que je sache.
- Bella…
- Quoi ?
- Oh, je ne sais pas si je devrais te dire ça…
- Tu en as déjà trop dit…
- OK. Edward ne veut plus toucher un piano depuis que vous vous êtes séparés…
- Quoi ? Mais c'est ridicule !
Elle me lança un regard qui signifiait qu'elle ne plaisantait pas du tout.
- Et pour le Conservatoire, comment fait-il ?
- Il a un arrangement spécial avec son maître… Je ne peux pas t'en dire plus…
J'étais si hébétée que je ne pris pas garde à la circulation alentour de nous.
- BELLA !
J'effectuai une embardée pour éviter la voiture à laquelle je venais de prendre la priorité.
- Désolé, dis-je en me garant sur l'accotement le plus proche. Je pense qu'il vaut mieux que tu conduises…
Nous échangeâmes nos places et je me calai dans le siège passager, complètement stupéfaite par ce qu'elle venait de m'apprendre.
- C'est impossible, Alice. Le piano c'était toute sa vie, il ne pouvait pas s'en passer, il était si malheureux quand il ne pouvait pas jouer durant une journée pour une raison X ou Y ! Je n'y crois pas qu'il ait pu arrêter, déblatérai-je subitement.
- Bella, je ne sais pas vraiment pourquoi il a cessé de jouer, c'est vraiment un sujet tabou… Je suis consciente de tout ce qu'il gâche, et Dieu sait que j'aurai aimé qu'il joue pour mon mariage, mais je ne sais pas ce qui pourrait le faire changer d'avis…
Je ne répondis rien, devenue muette de stupeur. Alice, elle, semblait plongée dans ses pensées.
- A moins que toi…
- Quoi moi ?
- Attend, dit-elle en faisant une manœuvre pour garer la voiture devant l'immeuble dans lequel se situait son appartement.
Elle sortit précipitamment de la voiture et claqua la portière derrière elle, je dû courir dans les étages pour réussir à la suivre. Alice ouvrit la porte de l'appart et se plongea presque tout entière dans un placard du hall d'entrée duquel elle extirpa une grosse boite en carton.
Elle farfouilla dans la boîte faisant voler un tas de feuilles en papiers dans la pièce.
- Ah voilà ! Je l'ai !
- Quoi ?
- La partition ! C'est ce morceau que je voudrais qu'il joue, dit-elle en agitant une partition sous mes yeux.
- Mais tu a dis qu'il ne voulait plus jouer !
- Toi tu arriveras à le convaincre, Bella ! J'en suis sûre…
Je restai estomaquée par ce qu'elle venait de dire.
- Bella, s'il te plait essaye au moins de lui parler !
- Tu es folle ma parole !
- Bella, je t'en prie, c'est tellement important pour moi, dit-elle avec un expression suppliante qui fendit ce qu'il restait de mon cœur.
- Très bien, je vais voir ce que je peux faire, cédai-je.
- Oh, merci, s'écria-t-elle en se jetant à mon cou.
Alice ne connaissait absolument pas le prix du service qu'elle venait de me demander.
Fin du chapitre 4
Voilà un autre chapitre qui arrive plutôt rapidement. Le prochain mettra du temps à venir, je pars en camp ce soir ! J'écrirai dès que j'aurai un moment de libre. Je suis consciente que ce chapitre n'est pas réellement ce que vous attendiez, mais il était nécessaire.
J'espère qu'il vous plaire quand même.
